Les convictions d’investissement de Scala Patrimoine – Avril 2026
Depuis le début de l’année, les marchés actions et obligataires ont été profondément secoués. Le conflit impliquant les États-Unis et Israël en Iran a agi comme un véritable catalyseur d’incertitudes. Dans ce contexte chahuté, les convictions d’investissement de Scala Patrimoine, centrées sur une certaine prudence et une volonté d’apporter une forte diversification, géographique et sectorielle, aux portefeuilles de nos clients en sortent renforcées.
Marchés actions : entre chocs géopolitiques et nécessité de diversification
C’est un principe que nous martelons depuis des mois, c’est bien celui de la diversification face à la concentration excessive. Se focaliser sur un nombre restreint de secteurs ou de valeurs expose inévitablement à des à-coups violents, dont le début d’année se fait un pressant écho.
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Le sacro-saint principe de diversification
La nécessité d’apporter de la diversification notamment au sein même du marché des actions américain, apparaît aujourd’hui comme une approche incontournable. Trop d’investisseurs sont restés surexposés à quelques segments, en particulier aux grandes valeurs technologiques. Or, même les hyperscalers n’ont pas été épargnés par les turbulences liées à la crise iranienne. Quant aux éditeurs de logiciels, ils ont subi de plein fouet les interrogations croissantes sur la solidité de leur modèle face à la montée en puissance de l’intelligence artificielle.
À l’inverse, certains secteurs ont tiré leur épingle du jeu. Les valeurs pétrolières ont logiquement bénéficié du contexte géopolitique. D’autres segments, plus cycliques comme le luxe, les loisirs, ou le transport aérien se sont montrés nettement plus vulnérables, leur sensibilité à l’activité économique les rendant particulièrement exposés.
Romane Azzopardi, responsable des investissements cotés au sein du multi family office indépendant Scala Patrimoine confirme l’importance de garder le cap. « Ce début d’année a été marqué par de fortes rotations sectorielles. Dans un tel environnement, l’absence de diversification de l’investissement en bourse se paie comptant. À l’échelle des portefeuilles, cela implique non seulement de répartir les investissements entre différents secteurs, mais aussi entre plusieurs zones géographiques. »
Dans les périodes troublées, l’intégration de valeurs plus défensives, santé ou industrie de qualité, reste une règle simple, presque évidente, mais trop souvent négligée.
Cette logique vaut également sur le plan géographique. « Les marchés émergents, après une année 2025 marquée par une réappréciation progressive, affichent encore une performance positive depuis le 1er janvier, malgré les turbulences récentes. Une résilience qui mérite d’être soulignée. » confirme Romane Azzopardi.
Dans ce contexte, l’Europe conserve toute sa place dans les allocations. Le déploiement du plan de relance allemand, et les effets d’entraînement attendus sur l’économie européenne, continuent d’alimenter des perspectives constructives. « Même si celles-ci restent, à ce stade, encore largement conditionnées à l’évolution du contexte international. » reconnait la responsable des investissements côtés de Scala Patrimoine.
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Les regards tournés vers l’Iran
Dans les semaines à venir, l’attention restera inévitablement focalisée sur l’évolution du conflit en Iran. Ses répercussions dépassent largement le seul cadre géopolitique. Elles influencent directement les valorisations boursières et perturbent la chaîne de valeur de l’économie mondiale, en particulier sur le segment énergétique.
Les dernières semaines ont été marquées par une volatilité particulièrement élevée. « Près de 40 % des valeurs du S&P 500 ont enregistré des baisses supérieures à 20 %. Sans parler de véritable capitulation, certaines corrections ont été brutales, presque désordonnées. » confirme Romane Azzopardi.
Pour autant, nous ne sommes pas encore dans des configurations comparables à celles observées en 2025, lors de l’annonce des hausses de droits de douane américains par Donald Trump, dans ce qu’il avait lui-même qualifié de « Liberation Day ».
Le comportement des marchés a d’ailleurs évolué par phases. D’abord relativement complaisants durant les premières semaines, les investisseurs ont progressivement intégré l’idée d’un conflit plus long et plus complexe que prévu. À partir de là, la perception du risque a changé de nature et les marchés avec.
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Des banques centrales prises entre le marteau et l’enclume
Dans ce contexte, les banques centrales avancent sur une ligne de crête. Les États-Unis, forts de leur relative indépendance énergétique, devraient être moins exposés que l’Europe ou la Chine. Mais la vigilance reste de mise.
Certains fondamentaux, quelque peu relégués au second plan ces dernières semaines, pourraient rapidement revenir au cœur des préoccupations : solidité du marché de l’emploi, ampleur des investissements liés à l’intelligence artificielle, et risque de déceptions à mesure que les montants engagés, souvent colossaux, devront se traduire en résultats concrets.
Les évolutions récentes illustrent d’ailleurs l’ampleur des ajustements en cours. Entre février et mars, les anticipations de politique monétaire ont été profondément révisées. Le scénario d’un ralentissement économique combiné à un retour de l’inflation prend désormais corps. Après être passée sous les 2 %, l’inflation est remontée autour de 2,5 % en mars, sous l’effet notamment du choc énergétique.
Dans ces conditions, la marge de manœuvre des banquiers centraux apparaît particulièrement contrainte.
Marchés obligataires : le choc iranien rebat les cartes
Le conflit impliquant les États-Unis, Israël et l’Iran a provoqué une onde de choc brutale sur les marchés obligataires. En quelques semaines, l’ensemble de la courbe des taux, en Europe comme aux États-Unis, a été bousculé. Les spreads de crédit se sont écartés, tout comme ceux des dettes émergentes, signe d’un regain de prudence des investisseurs face à un environnement redevenu incertain.
Derrière ces mouvements, c’est avant tout le retour du risque inflationniste, alimenté par le choc énergétique, qui a rebattu les anticipations de marché.
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Taux : un retournement brutal des anticipations
Les mouvements les plus marqués se concentrent sur la partie courte de la courbe des taux. En cause : un changement radical des anticipations de politique monétaire.
Jusqu’au début de l’année, les marchés tablaient encore sur une ou deux baisses de taux de la Réserve fédérale américaine en 2026. Désormais, le scénario s’est inversé. Le consensus estime possible une hausse des taux.
Cette révision a mécaniquement tiré les taux courts vers le haut, beaucoup plus nettement que les taux longs.
– Une courbe sous tension
Les taux courts ont fortement réagi au repositionnement des anticipations monétaires.
Les taux longs, eux, ont également progressé, mais dans une moindre mesure, principalement sous l’effet des craintes inflationnistes persistantes.
Aux États-Unis, une incertitude supplémentaire pèse : celle liée aux futures orientations de la banque centrale. En zone euro, le changement de ton est tout aussi notable. Alors qu’un statu quo de la Banque centrale européenne semblait acquis, un consensus émerge désormais autour d’une, voire deux hausses de taux.
– Des anticipations jugées fragiles
Ce repositionnement reste toutefois sujet à caution. Comme le souligne Romane Azzopardi, ces anticipations pourraient s’avérer excessives. « D’une part, la situation géopolitique au Moyen-Orient demeure extrêmement évolutive. D’autre part, de nombreux analystes estiment qu’un resserrement monétaire dans ce contexte manquerait de crédibilité. »
Le raisonnement est simple. Si le risque inflationniste est réel, la dynamique de croissance, elle, reste fragile. Une hausse des taux viendrait durcir les conditions de financement et risquerait d’étouffer une activité déjà peu dynamique.
La Banque centrale européenne, en particulier, dispose de marges de manœuvre limitées. Dans ce contexte, une partie de la hausse des taux courts apparaît déjà intégrée dans les prix.
« Si la BCE ne matérialise pas ces hausses, la partie courte pourrait même offrir de bonnes surprises avec un mouvement de normalisation », avance Romane Azzopardi.
– Pressions structurelles sur les taux longs
Si la hausse des taux longs est restée plus contenue, elle s’inscrit dans une tendance plus durable. Au-delà du choc actuel, plusieurs facteurs continuent d’exercer une pression haussière : la persistance des risques inflationnistes à moyen terme, l’augmentation des besoins de financement publics, et la dégradation des marges budgétaires en Europe.
L’exemple allemand illustre cette dynamique. Les plans de soutien massifs annoncés ces derniers mois impliquent une hausse significative des émissions obligataires. Une offre accrue de dette qui, mécaniquement, pèse sur les taux.
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Spreads : une réaction mesurée, mais sous surveillance
Contrairement aux taux, les spreads de crédit ont réagi de manière relativement contenue. Leur niveau reste, à ce stade, proche des moyennes historiques.
Ce calme apparent appelle toutefois à la vigilance. Plusieurs questions se posent. Comment les entreprises absorberont-elles ce nouvel environnement ? Faut-il anticiper des tensions sur certains segments en cas de ralentissement économique ?
Pour l’heure, les taux de défaut restent comparables à ceux observés avant le déclenchement du conflit. Mais l’équilibre demeure fragile.
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Investissement : une approche prudente
Dans cet environnement incertain, une approche prudente s’impose. L’attention se porte désormais sur la partie intermédiaire de la courbe, entre 3 et 5 ans, surtout en euro, qui offre un compromis jugé plus équilibré entre rendement et risque.
À l’inverse, la partie longue apparaît plus exposée. Un retour durable de l’inflation, ou des décisions de politique budgétaire aux États-Unis, pourraient accentuer la volatilité sur ce segment.
« Nous ne connaissons pas encore l’ampleur ni la durée de l’impact inflationniste. Des effets de second tour sont déjà évoqués, notamment sur les prix alimentaires à horizon 6 à 9 mois », souligne Romane Azzopardi.
– Le retour en grâce du portage obligataire
Dans ce contexte, le portage obligataire retrouve tout son attrait.
Cette stratégie d’investissement, qui consiste à conserver une obligation jusqu’à son échéance pour en percevoir les revenus, bénéficie aujourd’hui de niveaux de coupon plus élevés. Elle permet de générer des flux réguliers, qui jouent un rôle d’amortisseur face aux chocs de taux ou à l’élargissement des spreads.
Les obligations d’entreprises de bonne qualité (investment grade) conservent notre faveur. Elles offrent un surplus de rendement par rapport aux dettes souveraines et une duration plus basse, tout en restant relativement peu sensibles aux tensions géopolitiques.
Sur le segment d’investissement du high yield, la position est plus attentiste. En cas de ralentissement économique marqué, un élargissement des spreads apparaît probable.
– Marchés émergents : des disparités accrues
Les obligations émergentes présentent un profil plus contrasté. Les écarts entre pays se creusent. Certains bénéficient de la hausse des prix de l’énergie, alors que d’autres en subissent les conséquences.
À cela s’ajoute une contrainte structurelle : ces marchés restent largement dépendants du dollar, ce qui accentue leur sensibilité aux conditions financières globales.
– Subordonnées bancaires : des fondamentaux encore solides
Les obligations subordonnées du secteur bancaire ont, jusqu’ici, bien résisté.
Les fondamentaux des établissements restent robustes, notamment en Europe où le cadre réglementaire est plus strict. Le principal risque résiderait dans un ralentissement économique brutal, susceptible de dégrader la qualité du crédit.
Aux États-Unis, certaines fragilités apparaissent, notamment en lien avec le marché du crédit privé, dont les tensions pourraient se diffuser aux assureurs et aux banques.
Malgré cela, le segment reste attractif en Europe, porté par des émetteurs de premier plan et majoritairement investment grade.
Enfin, l’investissement sur du monétaire suscitent des interrogations. Comme le souligne Francisco Baiano, chargé d’investissement chez Scala Patrimoine : « Se positionner sur des fonds monétaires revient à accepter des taux réels très faibles, voire négatifs, compte tenu des anticipations d’inflation. »
Autrement dit, une solution d’investissement rassurante en apparence, mais dont le rendement réel pourrait s’avérer décevant.
Quoiqu’il en soit, dans cet environnement mouvant, la sélectivité redevient clé. Entre prudence tactique et recherche de rendement, les investisseurs doivent composer avec un équilibre plus instable, mais aussi, potentiellement, plus riche en opportunités.
L’or reprend son souffle
L’or, traditionnellement considéré comme une valeur refuge, a connu une surprenante baisse depuis le début du conflit en Iran. Cette chute s’explique en partie par la prudence des banques centrales dans le cadre de leur investissement. Elles ont, en effet, suspendu leurs programmes d’achat d’or au moment où la guerre éclatait.
La Turquie, par exemple, a massivement liquidé une partie de ses réserves : 52 tonnes sur un total de 440 tonnes ont été remises sur le marché, soit l’équivalent d’environ 20 milliards de dollars. Une opération qui a pesé sur les cours et rappelle que même les métaux précieux peuvent être sensibles aux décisions stratégiques des États.
Le contexte économique global joue également un rôle majeur. Si un nouveau cycle de hausse des taux d’intérêt venait à démarrer, l’or pourrait en pâtir, étant traditionnellement négativement corrélé à ces variations.
Malgré ces soubresauts, certains fondamentaux restent solides sur le moyen terme. Les achats des banques centrales se poursuivent, et l’or conserve son rôle de diversification au sein des portefeuilles. Sa nature tangible en fait un actif prisé pour ceux qui cherchent à sécuriser une partie de leur patrimoine face aux incertitudes économiques.
« L’histoire récente montre cependant que l’or n’est pas infaillible. Même dans des périodes où il est censé offrir une protection, il peut souffrir de conditions de marché particulières. Les investisseurs doivent donc considérer ce métal précieux comme un outil de diversification plutôt qu’une assurance absolue contre les crises. » explique Romane Azzopardi.
Stratégies alternatives : Un biais long malgré la diversification
Les stratégies alternatives présentent souvent un biais long sur les actions, même si elles incluent une composante short. Cela signifie que, même en période de baisse des marchés, ces stratégies restent partiellement corrélées à la chute des prix.
Certaines stratégies pourraient bénéficier d’une reprise de l’activité de fusions-acquisitions (M&A). « Le merger arbitrage, ainsi que certains longs/shorts orientés sur les opérations de fusion, peuvent alors devenir performants. Ces approches profitent de la valorisation relative des entreprises impliquées dans des transactions et cherchent à tirer parti des écarts de prix créés par ces opérations. » confirme Francesco Baiano.
Cependant, ces stratégies ne sont pas totalement indépendantes des marchés. La corrélation ne provient pas uniquement du biais long : lorsqu’elles reposent sur l’arbitrage, ces stratégies sont sensibles aux conditions macroéconomiques. En période de forte incertitude, de nombreuses opérations sont soit annulées, soit reportées, ce qui limite les opportunités et affecte la performance des fonds engagés dans ce type de stratégies.
Private Equity : Opportunités et résilience dans un contexte volatil
Dans un environnement économique incertain, le private equity demeure une classe d’actif pertinente pour les investisseurs de long terme en quête de rendement.
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Des stratégies d’investissement diversifiées et adaptées
L’intérêt pour les actifs non cotés — les fameux private assets — ne faiblit pas.
Pour nos clients, nous ciblons plusieurs segments du marché :
– Growth Equity : mise sur la croissance de sociétés innovantes à fort potentiel.
– Stratégies secondaires : stabilité rassurante et rendements robustes grâce à des actifs déjà matures.
– Fonds de co-investissement : optimisation des performances tout en maîtrisant les coûts et la structure des portefeuilles.
– Fonds d’infrastructures : visibilité sur les cash-flow.
– Capital-risque : technologies et transition énergétique en tête, un vivier pour les startups innovantes.
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Les zones de fragilité de la dette privée evergreen
L’engouement croissant pour la dette privée evergreen ne doit pas occulter les premières tensions qui apparaissent sur ce marché. Si les pertes restent pour l’instant limitées, plusieurs signaux appellent à la vigilance. Aux États-Unis, le taux de défaut des crédits privés a légèrement progressé, passant de 5,4 % à 5,6 % en décembre 2025, selon Fitch. Les difficultés récentes de Blue Owl mettent en lumière certaines fragilités structurelles qui méritent attention.
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Tensions localisées sur le marché américain
Le marché de la dette privée evergreen se distingue nettement selon les continents. Aux États-Unis, où le secteur est développé et très concurrentiel, des tensions localisées se font sentir. Ces fragilités sont accentuées par une forte demande de retraits et par des conditions d’entrée moins strictes pour certains fonds ces dernières années.
En Europe, en revanche, le cadre réglementaire plus strict et une approche prudente des investisseurs garantissent une stabilité relative. Les pressions sur les fonds y sont moins marquées, et le marché bénéficie d’une gestion plus long terme et sélective.
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Des fondamentaux solides malgré les frictions
Malgré ces tensions, la qualité des actifs reste robuste. Les taux de défaut sont maitrisés, les portefeuilles sont investis de manière diversifiée. Les pressions sur les fonds en matière de liquidité demeurent par ailleurs contenues. Cette résilience est particulièrement visible en Europe, où les stratégies long terme et la sélection rigoureuse des investissements limitent les risques.
Un secteur mérite une attention particulière : les entreprises de logiciels et de SaaS, largement financées par la dette privée. Si certaines d’entre elles ressentent la pression de l’arrivée de l’IA, la majorité affichent une résilience notable. Les sociétés de gestion restent sélectives, privilégiant les entreprises les moins exposées aux bouleversements technologiques récents.
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Vers une phase d’ajustement et de nouvelles opportunités
Le marché amorce progressivement une phase d’ajustement. Dans ce contexte, nous avons, par prudence, choisi de suspendre temporairement les nouveaux investissements afin de sécuriser les portefeuilles existants.
Cette période de transition pourrait toutefois se révéler stratégique. Elle offre des conditions d’investissement plus favorables pour ceux entrants dans la classe d’actifs et l’opportunité de renforcer des portefeuilles déjà solides. Notre conviction d’investissement demeure ainsi intacte, soutenue par la résilience des fonds et des stratégies structurées.
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