Elixir Aircraft : l’avion français qui veut réinventer l’aviation légère

Les principaux enseignements

  • Fondée à La Rochelle en 2015, Elixir Aircraft veut bousculer l’aviation légère avec un avion biplace plus léger, plus simple et moins coûteux à exploiter.
  • Après une nouvelle levée de fonds de 45 millions d’euros, la jeune entreprise française accélère son industrialisation et vise désormais le marché américain.
  • La PME rochelaise anticipe un doublement de son chiffre d’affaires, à 10 millions d’euros en 2026

Un élixir est, à l’origine, une substance mystérieuse à laquelle on prête le pouvoir de transformer la matière.

À La Rochelle, la recette n’a pourtant rien de magique. Elle a commencé dans un garage.

En 2015, Arthur Léopold-Léger et ses deux associés, Cyril Champenois et Nicolas Mahuet, y imaginent un avion biplace destiné à bousculer les codes de l’aviation légère : moins lourd, plus robuste et surtout moins coûteux à exploiter.

Ancien skipper de haut niveau, Arthur Léopold-Léger transpose dans l’aviation certaines technologies issues de la voile de compétition, notamment le procédé Carbon OneShot. Celui-ci permet de fabriquer en une seule pièce des éléments majeurs de l’avion, comme le fuselage ou l’aile.

Dix ans plus tard, l’entreprise prend véritablement son envol. Elixir Aircraft vient de lever 45 millions d’euros auprès d’investisseurs publics et privés. De quoi accélérer son industrialisation, mais aussi partir à la conquête du marché américain.

Les chiffres clés d'Elixir Aircraft
Les chiffres clés d’Elixir Aircraft

D’un garage à La Rochelle à une levée de fonds de 45 millions d’euros

Le renouveau de l’industrie française passe aussi par ces projets un peu à part, portés par des entrepreneurs qui acceptent de sortir des sentiers battus. Elixir Aircraft en est une illustration.

  • Repartir d’une feuille blanche pour réinventer l’avion léger

Arthur Léopold-Léger, Cyril Champenois et Nicolas Mahuet sont ainsi partis d’une feuille blanche pour concevoir un biplace de nouvelle génération, construit en matériaux composites.

« La première chose qui nous démarque, c’est l’âge. Nos concurrents, pour la majorité, ont été conçus dans les années 50. Ce sont des avions qui sont faits avec à peu près 15 000 références, 30 000 pièces. Un Elixir, c’est à peu près 800 références et un gros millier de pièces. Donc le client va gagner en coût d’opération. C’est un avion qui coûte moins cher à produire, qui est moins souvent en panne », confie Arthur Léopold-Léger, président d’Elixir Aircraft.

La simplicité est au cœur de l’équation. Elle se retrouve dans le poids de l’appareil, mais aussi dans ses coûts d’exploitation. Elixir Aircraft estime ainsi le coût du carburant et de la maintenance à environ 50 dollars par heure de vol.

L’avion consomme par ailleurs deux fois moins de carburant que les appareils classiques de sa catégorie et émet jusqu’à 70 % de CO₂ en moins. Une performance qui a valu à la société d’être distinguée dans le cadre du programme French Tech 2030.

  • La simplicité comme pari technologique

Mais la légèreté n’est pas le seul argument. La sécurité fait également partie du cahier des charges.

« Au-delà de l’aspect écologique, il y a une dimension de sécurité importante avec la présence d’une technologie résistante à la vrille pour lutter contre la perte de contrôle et d’un réservoir anti-explosion », souligne Cyril Champenois.

Avant d’ajouter : « Le défi technologique, c’est en réalité pour nous celui de la simplicité. On passe d’un avion de plusieurs dizaines de milliers de pièces, à entretenir et sources de défaillances, à un avion de neuf pièces pour toute l’aérostructure. »

Une simplicité qui se retrouve jusque dans les opérations de maintenance. « Elles sont moins complexes, plus courtes et moins coûteuses : 600 000 euros sur dix ans contre 1,2 million d’euros pour un Cessna 152 comparable », poursuit-il.

Elixir Aircraft mise sur la simplicité

La demande pour ces avions de nouvelle génération vient principalement des écoles de pilotage, en France comme aux États-Unis. Leur problème est ancien : les flottes vieillissent. La moyenne d’âge des appareils approche désormais les 50 ans.

Cyril Champenois, cofondateur et directeur commercial du groupe, résume pour le Journal Les Echos la situation avec le sens de la formule qu’on lui connaît : « C’est un peu comme si on apprenait encore à conduire sur une Coccinelle ou une 4L. »

Plus de 300 exemplaires ont déjà été commandés. La PME rochelaise prévoit de réaliser un chiffre d’affaires d’environ 10 millions d’euros en 2026, contre 5 millions l’année précédente.

Basée à La Rochelle et à Sarasota, en Floride, la start-up compte désormais 240 collaborateurs. Elle vise la rentabilité d’ici deux ans, à condition de parvenir à produire et livrer près de 75 appareils par an. Prix d’entrée : à partir de 400 000 euros.

Un changement d’échelle qui constitue désormais le principal défi de l’entreprise.

45 millions d’euros pour passer de l’innovation à l’industrialisation

En 2024, Elixir Aircraft avait déjà bouclé une première levée de fonds, permettant à l’entreprise de disposer d’un budget de 40 millions d’euros sur cinq ans.

En juillet dernier, elle a franchi une nouvelle étape avec une opération de 45 millions d’euros. Une levée menée par le fonds SPI (Sociétés de Projets Industriels) de Bpifrance, aux côtés d’Odyssée Venture, d’Innovacom (Turenne Groupe) et d’autres investisseurs.

« C’est un bel exploit dans un contexte particulièrement difficile pour lever des fonds ! », souligne Cyril Champenois dans La Tribune.

L’argent doit désormais servir à changer de dimension. « Désormais, nous entrons dans une phase d’industrialisation, où il faut accélérer la production, faire face à tous les défis du développement de l’entreprise, techniques, humains, financiers, commerciaux… Il faut accélérer, produire de plus en plus d’avions », explique Arthur Léopold-Léger pour Radio France.

Elixir Aircraft construit actuellement une nouvelle usine de 15 000 m² à La Rochelle, tandis qu’un site de réassemblage est prévu à Sarasota, en Floride. Dans le même temps, la société prépare l’élargissement de sa gamme avec un moteur plus puissant de 140 chevaux et surtout une version fonctionnant au carburant d’aviation durable (SAF), actuellement en phase de certification.

L’hydrogène est déjà dans les plans. Elixir travaille sur cette technologie avec la DGAC, Safran, Daher et Air Liquide.

Le marché potentiel est, lui, considérable. L’entreprise estime à 230 000 le nombre d’avions monomoteurs à pistons d’ancienne génération susceptibles d’être remplacés.

De quoi donner une autre dimension à cette histoire commencée dans un garage rochelais.

Pour Elixir Aircraft, la magie tient finalement moins au nom qu’à la recette : prendre une idée simple, la pousser jusqu’au bout et parvenir, dix ans plus tard, à en faire une véritable success story industrielle.