Harmattan AI, la jeune pousse qui bouscule la défense française
Si la France demeure une puissance militaire de premier rang, le conflit ukrainien a agi comme un électrochoc, révélant la vulnérabilité des modèles traditionnels face à la guerre électronique. Pour Paris, l’enjeu est désormais vital : acquérir une autonomie technologique absolue sur les segments de rupture. Dans ce contexte, les armées françaises intègrent pleinement les start-ups dans la chaîne de valeur de l’armement. Celles-ci sont conscientes que l’innovation de rupture naît souvent en dehors des grands programmes étatiques.
Symbole de cette révolution, Harmattan AI. En levant 171 millions d’euros auprès de Dassault Aviation, la jeune pousse devient la première licorne souveraine du secteur de l’armement.
Son ambition ? Concevoir une gamme complète de systèmes autonomes intégrés : drones de frappe et de surveillance, plateformes de commandement et briques logicielles d’intelligence artificielle embarquée.

La guerre des drones
Fondée en 2024 par Mouad M’Ghari, pur produit de l’excellence académique française (Polytechnique, ENS, MIT), l’entreprise s’est entourée d’un aéropage d’experts issus de la robotique civile et industrielle (Parrot, Safran). En moins de deux ans, l’effectif a bondi à 160 collaborateurs.
« La vie opérationnelle d’un drone ne dépasse plus 12 à 24 mois », analyse Mouad M’Ghari. Dans ce « jeu du chat et de la souris », où les fréquences de pilotage sont neutralisées en quelques heures par le brouillage adverse, Harmattan AI mise sur l’agilité. Un pari gagnant : la Direction générale de l’armement (DGA) a déjà commandé plusieurs milliers de vecteurs pour l’exercice Orion 2026. Londres et Kiev ont, eux aussi, scellé des partenariats d’envergure avec la jeune pousse.
Selon le cabinet d’études Xerfi, le marché mondial du drone militaire était estimé à 16 milliards de dollars en 2025. Et sa croissance s’annonce exponentielle !
L’approche « full stack » Harmattan AI séduit les investisseurs
Plus qu’un simple constructeur, l’entreprise maîtrise l’intégralité de la chaîne de valeur, du design des cellules à l’intelligence artificielle embarquée.
« Nous ne sommes pas seulement un fabricant de drones », insiste Mouad M’Ghari. « Nous développons et commercialisons des systèmes de défense autonomes. » Cette capacité à livrer des solutions clés en main — couvrant le renseignement comme la frappe — a séduit un tour de table prestigieux.
Après une amorce de 25 millions d’euros auprès de fonds tels que l’Américain FirstMark Capital, l’Allemand Atlantic Labs, W Ventures et Kima Ventures — le fonds créé par Xavier Niel — Harmattan AI vient de changer de dimension. La firme a réalisé une seconde levée de fonds de 171 millions d’euros. Elle a été menée par Dassault Aviation, aux côtés de Bpifrance Investissement et de Future French Champions avec le soutien du Qatar Investment Authority.
Cette opération valorise la start-up à 1,4 milliard de dollars. Harmattan AI entre ainsi dans le cercle très fermé des licornes de défense.
Un partenariat stratégique avec Dassault Aviation
Pour Dassault Aviation, l’entrée au capital dépasse la simple logique financière : il s’agit d’un partenariat industriel structurant. Harmattan AI développera les fonctions d’intelligence artificielle embarquées pour le Rafale F5 et pour les drones de combat UCAS appelés à accompagner les chasseurs de sixième génération à l’horizon 2035.
Pour Éric Trappier, président-directeur général du constructeur aéronautique français, ce rapprochement répond à une logique industrielle claire. « Intégrer des solutions d’autonomie à forte valeur ajoutée dans les systèmes de combat aérien de prochaine génération ». L’avionneur mettra de son côté à disposition son savoir faire, son retour d’expérience sur les opérations de haute intensité et son soutien commercial.
Le président de la République, Emmanuel Macron, a lui-même tenu à saluer l’initiative. « C’est une excellente nouvelle pour notre autonomie stratégique, pour la supériorité technologique de nos armées en matière de drones de défense activés par l’IA, et pour notre économie. »
Une montée en puissance industrielle
L’un des atouts majeurs d’Harmattan AI réside dans ses drones capables d’opérer en autonomie totale, y compris en cas de rupture des communications. Trois gammes structurent aujourd’hui son offre. Le drone de reconnaissance Sonora, doté de 40 minutes d’autonomie et de deux kilomètres de portée. Le Sahara, spécialisé dans la détection d’équipements camouflés. Et le Gobi, capable d’intercepter un drone adverse en moins d’une minute.
« C’est notre expertise dans les systèmes de missions autonomes que viennent chercher nos partenaires, qu’il s’agisse de drones légers ou de drones de combat accompagnant un avion de chasse habité, comme le futur Rafale F5 », souligne Mouad M’Ghari.
Les fonds levés permettront ainsi d’accélérer le déploiement des solutions d’IA et d’augmenter les capacités industrielles. Un site pilote est déjà opérationnel à Paris. Une nouvelle usine de 6 000 m² va ouvrir à Orly (Val-de-Marne). Jusqu’à 10 000 drones seront ainsi produits par mois à l’horizon de juin 2026.
Une concurrence internationale féroce pour Harmattan AI
Le défi est de taille. Face à l’américain Anduril et à l’avance opérationnelle de la Russie et de la Chine, Harmattan AI fait donc figure de fer de lance européen. Comme le rappelle Mouad M’Ghari, l’enjeu n’est plus seulement de concevoir, mais de produire à l’échelle.
Un constat qui résonne avec les propos du ministre des Armées. Sébastien Lecornu a ainsi souligné : « Il faut avoir l’humilité de reconnaître que les Ukrainiens sont aujourd’hui meilleurs que nous pour concevoir des drones et surtout pour élaborer la doctrine d’emploi qui les accompagne. » Et sur le terrain de la guerre électronique, les Russes conservent une avance notable, reconnaît également Mouad M’Ghari.
« Nous étions tous convaincus qu’un changement radical était nécessaire pour préserver notre autonomie stratégique », conclut-il en évoquant la genèse du projet pour le journal Les Échos.
Avec Harmattan AI, le changement est désormais en marche.
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