Le Figaro : L’immobilier séduit-il encore les héritiers ?

Pendant longtemps, la question ne se posait même pas. Recevoir un bien immobilier dans le cadre d’une succession était souvent perçu comme une chance. Le patrimoine étant tangible, transmissible et susceptible de prendre de la valeur avec le temps.

Aujourd’hui, la situation est plus nuancée. Certains héritiers ne souhaitent plus forcément conserver les biens transmis par leurs parents ou leurs grands-parents. Lorsque plusieurs membres d’une même famille héritent ensemble d’un logement ou d’un immeuble, la vente apparaît même souvent comme une solution naturelle.

Cette tendance a récemment été mise en lumière dans un article publié par Le Figaro. Le journaliste Jorge Carasso revient sur l’évolution du rapport des héritiers à la pierre. Guillaume Lucchini, associé fondateur de Scala Patrimoine, y partage également son analyse.

Des contraintes de plus en plus importantes sur l’immobilier

L’immobilier conserve de nombreux atouts, mais sa détention s’accompagne aujourd’hui de contraintes que les héritiers prennent davantage en considération qu’auparavant.

Les coûts d’entretien augmentent. Les travaux de rénovation énergétique peuvent représenter des montants importants et la fiscalité demeure un sujet central dans certaines successions. À cela s’ajoutent les contraintes de gestion lorsque le bien est loué ou détenu en indivision.

« Pour beaucoup de clients, l’immobilier ne rapporte plus rien, voire il coûte » confirme le fondateur du multi family office indépendant, Scala Patrimoine.

Cette perception ne concerne évidemment pas toutes les situations. Certains biens continuent d’offrir une rentabilité attractive ou revêtent une importance particulière pour les familles qui les possèdent. Mais la conservation d’un actif immobilier n’apparaît plus systématiquement comme une évidence.

Un rapport différent au patrimoine

Au-delà des considérations économiques, on observe également une évolution des attentes.

Les nouvelles générations recherchent souvent davantage de souplesse dans la gestion de leur patrimoine. Beaucoup préfèrent disposer de liquidités qu’ils pourront affecter librement à leurs projets personnels ou professionnels que de conserver un bien dont ils n’ont pas nécessairement l’usage.

Une tendance soulignée par Guillaume Lucchini : « Les héritiers ont davantage la volonté de recevoir de l’argent dont ils useront comme ils le souhaitent, pas forcément de s’inscrire dans un schéma patriarcal et héréditaire comme l’induit la pierre. »

Cela ne signifie pas pour autant que l’immobilier a perdu son attrait. Elle rappelle surtout qu’un patrimoine transmis n’a pas la même valeur pour tous les héritiers. L’histoire familiale, les projets de vie de chacun ou encore les caractéristiques du bien peuvent fortement influencer les décisions prises après une succession.

Adapter la transmission aux attentes des héritiers

La question n’est donc plus seulement de savoir quels actifs transmettre, mais également dans quelles conditions ils seront reçus et conservés.

Une stratégie de transmission efficace repose souvent sur un dialogue préalable entre les générations et sur une réflexion qui dépasse la seule valeur financière des biens. L’objectif est de trouver un équilibre entre la préservation du patrimoine familial et les aspirations de ceux qui en deviendront les futurs détenteurs.

Dans ce contexte, l’immobilier conserve toute sa place. Mais il n’est plus automatiquement considéré comme l’actif incontournable qu’il a pu représenter pour les générations précédentes.