Report d’imposition et private equity : les mises en garde de Guillaume Lucchini dans Les Echos
Le private equity a changé de visage. Longtemps chasse gardée des grandes fortunes, il s’invite désormais dans les contrats d’assurance-vie du plus grand nombre, avec des tickets d’entrée de plus en plus accessibles, parfois à peine 100 euros.
Dans une interview menée par la journaliste Laurence Boccara pour Les Echos, Guillaume Lucchini, associé fondateur du multi-family office Scala Patrimoine, revient sur les ressorts de cet engouement, mais aussi sur ses zones d’ombre. Et alerte sur les risques d’une démocratisation parfois poussée à l’extrême de cette classe d’actifs.
Les questions autour du dispositif de réemploi
Premier sujet abordé : le dispositif 150-0 B ter, ce mécanisme fiscal qui permet de reporter l’imposition d’une plus-value de cession, sous réserve de respecter certaines conditions de réinvestissement dans des fonds éligibles.
Séduisant sur le papier, le dispositif n’en demeure pas moins un exercice d’équilibriste pour les sociétés de gestion. « Ils sont peu nombreux, car il y a, dans cette disposition, souvent trop de contraintes à respecter », explique Guillaume Lucchini. Avant d’ajouter un avertissement qui mérite d’être entendu : « Si une seule participation venait à perdre son éligibilité en cours de route, c’est l’intégralité du fonds qui basculerait hors du dispositif. »
Private Equity : quelle place dans une allocation d’actifs ?
Autre fil rouge de l’entretien : la juste place à accorder au private equity dans un patrimoine.
La réponse, évidemment, ne peut être la même selon la taille du patrimoine, l’âge du souscripteur, son profil – entrepreneur, sportif de haut niveau ou membre d’une grande famille – et son niveau de risque.
Mais, de manière générale, pas question, pour le fondateur de Scala Patrimoine, de céder à l’euphorie ambiante. Sa recommandation s’inscrit dans une fourchette de « 5 % à 20 % d’un patrimoine financier », même si certains profils spécifiques, notamment les serial entrepreneurs, peuvent naturellement aller bien au-delà.
Cette prudence à l’égard des investisseurs particuliers tient notamment à une contrainte fondamentale : l’absence de liquidité. Dès la souscription, l’épargnant s’engage dans un fonds qui peut immobiliser son capital pendant dix à douze ans. Une durée qui change nécessairement la manière de penser une allocation.
Ce discours de prudence, Guillaume Lucchini le porte d’ailleurs au-delà des colonnes des Echos. Interrogé par le passé par le média Jurisportiva sur l’accompagnement des sportifs de haut niveau, il rappelait déjà qu’il était impossible de raisonner uniquement en termes de private equity ou de retraite, sans inscrire ces sujets dans une stratégie patrimoniale plus globale.
Reste que les rendements affichés – parfois à deux chiffres – continuent d’attirer les épargnants. À chacun, dès lors, de ne pas confondre performance espérée et gain garanti.
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