Assurtech : Alan accueille des sportifs de haut niveau à son capital
La licorne française de l’assurance santé, Alan vient de boucler une nouvelle levée de fonds de 100 millions d’euros. L’opération, réalisée sur la base d’une valorisation annoncée à 5 milliards d’euros, marque l’entrée de nouveaux investisseurs, parmi lesquels figurent plusieurs sportifs de haut niveau.

Une volonté de bousculer les codes de l’assurance santé
Fondée en 2016, Alan est née de la rencontre entre deux ingénieurs, Jean-Charles Samuelian-Werve et Charles Gorintin. Le premier venait de l’aéronautique, le second de la tech américaine.
Tous deux partagent le même constat : le système de santé et d’assurance accuse un retard structurel dans sa transformation digitale.
De cette intuition naît Alan, pensée comme une assurance santé entièrement numérique, accessible via une application unique.
Dans ses prises de parole, Jean-Charles Samuelian-Werve résume régulièrement cette ambition : « sortir d’un système centré sur la maladie, marqué par la complexité des parcours de soins et la surcharge des professionnels de santé ».
Pour encourager les comportements préventifs, Alan s’inspire notamment des mécaniques issues de l’univers du jeu vidéo : défis de marche, de respiration, de sommeil ou encore d’alimentation. L’entrée de sportifs de haut niveau à son capital doit justement renforcer cette dimension, en ouvrant la voie à la mise en œuvre de défis sportifs, permettant à chaque participant de comparer ses performances avec celles des athlètes auxquels il peut s’identifier.
En parallèle, la start-up a lancé un assistant conversationnel fondé sur l’intelligence artificielle, présenté comme un « compagnon de santé ». Baptisé Mo, il accompagne les utilisateurs dans leur parcours de soins et facilite la prise de rendez-vous avec des professionnels partenaires.
Une levée de fonds opportuniste pour Alan
Depuis sa création, Alan a levé près de 700 millions d’euros auprès d’investisseurs internationaux de premier plan, parmi lesquels Index Ventures, Temasek, Coatue ou encore Ontario Teachers’ Pension Plan.
Une nouvelle opération a été annoncée au cours du mois de mars. Celle-ci vise à renforcer ses capacités d’investissement. Menée par Index Ventures, elle réunit des investisseurs historiques comme Belfius. Mais aussi de nouveaux entrants, dont SH Capital, le fonds américain Greenoaks, le family office émirati Kaaf Investments, ainsi que Tobias Lütke, fondateur de la plateforme Shopify.
Elle s’accompagne également de l’arrivée de sportifs de haut niveau au capital, dont deux champions du monde 2018 de football : Kylian Mbappé et Antoine Griezmann.
Le montant exact investi par l’actuel joueur du Real Madrid via son fonds Coalition Capital n’a pas été communiqué. L’ensemble s’inscrit dans une levée globale de 100 millions d’euros, sur la base d’une valorisation portée à 5 milliards.
Une opération qualifiée d’opportuniste par la directrice financière du groupe, Mihaela Albu : « Nous n’avions pas besoin de lever des fonds. C’était opportuniste. Nous avons eu une demande de la part de nos investisseurs existants pour réinvestir, mais aussi de nouveaux investisseurs ».
Une rentabilité à horizon 2027 ?
Dans le cadre d’une conférence de presse qui a beaucoup fait parler, en présence notamment de Kylian Mbappé, les dirigeants d’Alan ont adopté une posture très offensive dans leur communication. Alan revendique aujourd’hui plus d’un million de membres et environ 37 000 entreprises clientes. Quelques semaines plus tôt, l’assurtech avait défrayé la chronique en devenant la mutuelle du ministère de l’Économie et des Finances, couvrant plus de 130 000 agents.
« Notre croissance est équilibrée entre le secteur privé et le secteur public », précise cependant Mihaela Albu.
Selon les chiffres dévoilés par sa direction en ce début d’année, Alan a affiché en 2025 un revenu annuel récurrent de 785 millions d’euros. Toujours selon l’entreprise, le groupe devrait atteindre le seuil de rentabilité en 2027. En 2024, elle enregistrait encore 34 millions d’euros de pertes.
Une stratégie tournée vers la croissance externe
Quelle sera la feuille de route pour les prochains mois ?
La croissance externe devrait encore faire les gros titres pour cette start-up de 800 salariés. « Cette levée de fonds va nous permettre de procéder à des acquisitions et de soutenir notre expansion internationale », confirme Mihaela Albu.
Selon une indiscrétion des Échos, Alan se dirigerait vers de nouveaux services, notamment autour de la prévention. La licorne aurait d’ailleurs préparé le terrain en rachetant, début février 2026, la plateforme de santé ARO. Un acteur émergent qui s’est lancé en 2025.
Le nouveau rôle des sportifs de haut niveau
Au-delà de l’apport financier, l’arrivée de sportifs professionnels au capital d’entreprises technologiques s’inscrit dans une stratégie patrimoniale de plus en plus prisée. Celle du « brand for equity ».
L’image, la notoriété et la crédibilité des athlètes deviennent des actifs stratégiques. En retour, les sportifs diversifient leur patrimoine et anticipent leur reconversion.
Le private equity et l’investissement dans les start-up s’imposent ainsi comme une classe d’actifs incontournable pour les sportifs.
Avec ces entrées au capital, Alan ajoute, de son côté, une dimension supplémentaire à sa communication : celle de la performance. Les athlètes deviennent à la fois ambassadeurs et partenaires de la marque.
L’ambition est donc là, mais le modèle économique est encore à installer dans la durée. Pour 2026, le ministère de la Transition écologique a en effet augmenté de 14 % les tarifs des options du contrat de complémentaire santé assuré par Alan. Preuve qu’il n’est pas facile de définir le « juste prix », même chez les acteurs pleinement digitalisés.
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