Les convictions d’investissement de Scala Patrimoine – Mai 2026

Ce qu’il faut retenir

  • La hausse des marchés actions est surtout portée par l’investissement dans quelques secteurs comme la technologie et l’énergie ;
  • Les marchés obligataires reflètent davantage les tensions inflationnistes et les incertitudes macroéconomiques ;
  • Nous conservons un positionnement neutre et prudent sur les marchés actions, avec une sélection rigoureuse des actifs.

Actions : les marchés défient les risques géopolitiques

Alors que le conflit iranien s’enlise, les marchés financiers font fi des incertitudes géopolitiques et poursuivent leur marche en avant.

  • Des incertitudes… et des records

Il ne fait pas bon être analyste macroéconomique par les temps qui courent. Rarement l’environnement n’a semblé aussi difficile à décrypter.

Tous les regards sont aujourd’hui tournés vers le Moyen-Orient, suspendus à l’espoir d’une issue rapide du conflit iranien. Deux mois et demi plus après le début de la guerre, l’impasse demeure cependant entière. Aucun des protagonistes ne semble prêt à infléchir sa position.

Pour les investisseurs, l’absence totale de visibilité sur une éventuelle sortie de crise nourrit des épisodes de forte volatilité sur les marchés financiers, au gré des déclarations et des démonstrations de force des uns et des autres.

Lors de sa dernière intervention dans la presse, Kristalina Georgieva, directrice générale du Fonds monétaire international, n’a d’ailleurs pas dissimulé son pessimisme. Selon elle, le « scénario de référence » envisagé jusqu’ici par l’institution – celui d’un conflit bref, accompagné d’un simple ralentissement de la croissance mondiale à 3,1 % – n’est désormais plus crédible. « Ce scénario, à mesure que les jours passent, s’éloigne de plus en plus dans le rétroviseur. »

Le FMI table désormais sur un ralentissement plus marqué, avec une croissance mondiale attendue à 2,5 % en 2026.

Et pourtant, contre toute attente, les grands indices boursiers ont inscrit de nouveaux records ces dernières semaines. Une envolée qui masque toutefois de profondes disparités. Car derrière les sommets des indices, la dynamique reste essentiellement concentrée sur deux segments : la technologie et l’énergie.

  • La bonne santé des entreprises

Malgré le brouillard géopolitique, les premières publications de résultats du premier trimestre ont largement dépassé les attentes.

Près de 80 % des entreprises du S&P 500 ont annoncé des bénéfices supérieurs aux prévisions, quand la moyenne historique se situe habituellement autour de 70 %.

Sans surprise, les secteurs technologique et énergétique concentrent l’essentiel de ces bonnes surprises.

« Même au sein de ces secteurs, il existe de fortes disparités de performances. Alphabet a, par exemple, publié des résultats exceptionnels, alors qu’Apple et Amazon ont pu décevoir certains investisseurs », tempère toutefois Francesco Baiano, chargé d’investissement chez Scala Patrimoine.

Parmi les grands moteurs du marché figurent toujours les fabricants de semi-conducteurs. Le Philadelphia Semiconductor Index a bondi de 55 % en seulement cinq semaines. Une progression qu’aucun indice américain n’avait enregistrée depuis 150 ans. Intel a ainsi gagné 130 % en un mois, Micron Technology 77 %, tandis que Nvidia progresse encore de 17 %.

« Le marché est clairement porté par ces valeurs, qui bénéficient d’une très forte visibilité sur la demande, notamment autour des data centers. Les carnets de commandes sont remplis jusqu’en 2027 », précise Francesco Baiano.

En Europe aussi, les publications apparaissent solides.

« Mais, en raison des incertitudes géopolitiques et économiques, les tensions se cristallisent désormais autour des résultats des deuxième et troisième trimestres 2026, qui permettront d’évaluer plus précisément la capacité des entreprises à absorber la crise énergétique et les conséquences du conflit iranien », souligne Romane Azzopardi, responsable de la gestion financière chez Scala Patrimoine.

À ce stade, les performances des marchés actions restent donc principalement alimentées par des facteurs microéconomiques. Le rallye observé ces dernières semaines s’est presque exclusivement joué sur les marchés boursiers.

De manière assez contre-intuitive, l’or a reculé depuis le début du conflit iranien, tandis que les marchés obligataires ont davantage souffert des incertitudes géopolitiques.

  • Investissement : rester exposé sans ignorer les risques

Le dernier rallye boursier a été d’une telle puissance qu’il paraît désormais, au moins en partie, déconnecté des risques actuels.

Aux États-Unis, les indices évoluent sur des niveaux historiquement élevés, tout comme certains marchés émergents.

Heureusement, les entreprises continuent de publier de très bons résultats, tandis que la dynamique autour de l’intelligence artificielle apporte davantage de visibilité sur les perspectives bénéficiaires. D’autant que cette thématique dépasse désormais largement les seules valeurs technologiques : elle irrigue les semi-conducteurs, les infrastructures, les énergéticiens, les fabricants de hardware ou encore les acteurs liés à la construction des data centers.

« Pour autant, faute de visibilité claire, nous conservons un positionnement neutre et prudent sur l’investissement en actions, tout en restant suffisamment exposés pour capter d’éventuels mouvements de hausse », explique Romane Azzopardi. « Dans un environnement aussi instable, toute concentration excessive finit par exposer les portefeuilles à des secousses brutales. Le début d’année en a déjà offert plusieurs démonstrations. Le maître-mot reste donc la diversification. »

Scala Patrimoine continue ainsi de privilégier une large diversification géographique, avec une préférence marquée pour les États-Unis, jugés mieux armés face aux chocs énergétiques. La sélectivité demeure également essentielle, tant au niveau sectoriel qu’intra-sectoriel, afin d’éviter les valorisations devenues excessives sur certaines poches du marché.

Romane Azzopardi réitère également les convictions d’investissement défendues depuis plusieurs mois par le multi family office indépendant : privilégier « les sociétés les moins endettées et capables de générer des cash-flows positifs ».

Reste une série de questions auxquelles personne, aujourd’hui, ne peut répondre avec certitude : comment les entreprises réagiront-elles à une dégradation plus nette de l’environnement macroéconomique ? Et surtout, quand prendra fin le conflit iranien ?

Les marchés obligataires : une approche opportuniste

Le choc énergétique provoqué par la guerre en Iran s’est rapidement diffusé à l’investissement obligataire, principalement par le canal des taux.

C’est en effet le compartiment obligataire qui a été le plus affecté par le conflit, intégrant progressivement à la fois les risques de revirement des politiques monétaires, notamment en Europe, et la résurgence de pressions inflationnistes.

Les obligations souveraines ont été sous tension sur l’ensemble de la courbe, même si les maturités intermédiaires ont fait preuve d’une certaine résilience. Les signatures périphériques, en revanche, ont vu leurs spreads s’écarter davantage, traduisant une exigence accrue de prime de risque.

  • Un changement de cap des banques centrales ?

Les marchés obligataires ont été fortement secoués en ce début d’année. À court terme, le principal catalyseur reste le changement d’orientation des politiques monétaires. À plus longue échéance, c’est surtout le risque inflationniste associé à la prolongation du conflit en Iran qui pèse sur les anticipations.

« Si la hausse des taux a concerné l’ensemble de la courbe, le mouvement de pentification s’est atténué, en particulier dans la zone euro. Une évolution qui s’explique à la fois par l’ajustement des anticipations de politique monétaire et par la montée des craintes de récession, susceptibles de peser davantage sur les taux longs », témoigne Romane Azzopardi.

Dans les faits, les taux ont progressé sur l’ensemble des courbes, aussi bien en dollar qu’en euro. Le Bund à 10 ans est ainsi passé de 2,64% à 3%, tandis que le 2 ans allemand évoluait de 2% à plus de 2,5%. Aux États-Unis, le 10 ans est monté de 3,96% à près de 4,3%, et le 2 ans de 3,38% à 3,85%.

La BCE a récemment durci son discours, soulignant qu’elle ne disposait pas encore de suffisamment de données pour agir, tout en se disant prête à relever ses taux si nécessaire.

Du côté de la Réserve fédérale américaine, les positions apparaissent plus fragmentées. Le gouverneur Miran plaidait, par exemple, pour une baisse de 25 points de base. Mais la majorité des membres privilégie, pour l’instant, le maintien du statu quo.

  • Investissement : une préférence pour le segment « investment grade »

Dans ce contexte, les obligations investment grade offrent un spread encore attractif par rapport aux souverains, même si celui-ci évolue désormais à des niveaux historiquement bas, sous la barre des 100 points de base.

– Investment grade : un segment plus résilient ?

Romane Azzopardi synthétise ainsi les convictions d’investissement du multi-family office indépendant Scala Patrimoine : « Nous conservons une vision constructive sur le crédit investment grade européen, soutenu par l’effet de portage. Une stabilisation des taux constituerait un facteur de soutien supplémentaire à la performance. La préférence est donnée aux obligations libellées en euros afin de se prémunir contre un éventuel affaiblissement du dollar. »

Le segment investment grade est, par ailleurs, jugé plus résilient que le high yield en cas d’élargissement des spreads. L’accent est mis sur des maturités courtes, dans une logique de forte diversification du portefeuille.

« Nous évitons également une trop forte exposition aux devises ainsi qu’aux taux souverains », tient à préciser la responsable investissement de Scala Patrimoine

– Des sources de performance complémentaires

Déjà fragilisé par les tensions sur le marché privé américain, le segment du crédit le plus risqué a dû composer avec la hausse des taux sans risque et l’élargissement des spreads. Les spreads du high yield, comme ceux de la dette émergente, demeurent toutefois proches de leurs moyennes historiques.

Une recherche de rendement complémentaire reste possible sur ces segments, à condition qu’elle s’inscrive dans une approche clairement assumée et fortement diversifiée, la poche dominante restant orientée vers le crédit corporate investment grade. L’attention se porte également sur les dettes subordonnées bancaires.

La dette émergente bénéficie, pour sa part, d’une amélioration des fondamentaux budgétaires de certains émetteurs. Néanmoins, le high yield pourrait s’avérer plus vulnérable si le conflit en Iran venait à se prolonger, avec, à la clé, une remontée des taux de défaut.

« Les pays émergents apparaissent également exposés à la hausse des prix de l’énergie et à la vigueur du dollar. Il convient toutefois de rappeler que, contrairement aux marchés actions, la dette émergente reste davantage exposée à l’Amérique latine qu’à l’Asie du Sud », abonde Romane Azzopardi.

– Dette publique : des perspectives qui s’assombrissent

Ce sont des niveaux que l’on observait pendant la crise de l’euro entre 2010 et 2011. Au regard des besoins de financement de certains pays, comme l’Allemagne, ces niveaux de taux seront difficilement soutenables pour les finances publiques. Mais tant que le cours du pétrole restera aussi élevé et que les pressions inflationnistes demeureront soutenues, ces pays disposeront de peu de marges de manœuvre.

Romane Azzopardi reconnaît en creux que les perspectives pour les pays les plus lourdement endettés s’annoncent délicates : « À plus long terme, même si le conflit en Iran venait à se résoudre, ces tensions sous-jacentes sur les taux longs, notamment européens mais aussi américains, devraient perdurer au regard des besoins de financement. »

Produits structurés : calibrer son exposition aux marchés actions

Le rallye observé sur les marchés, associé à une compression de la volatilité, a pu jouer en défaveur des produits structurés. Mais cette classe d’actifs conserve un large éventail d’opportunités : elle permet notamment de construire des solutions sur mesure, adossées à un panier de valeurs ou à d’autres segments de marché, en fonction de la stratégie d’investissement recherchée.

« Le produit structuré permet véritablement de moduler son exposition aux marchés actions. Il constitue ainsi une source de diversification potentielle intéressante pour s’exposer à des actifs aujourd’hui jugés trop élevés, tout en bénéficiant d’une protection à la baisse. Ces produits peuvent également s’avérer pertinents dans des stratégies d’investissement reposant sur la génération de revenus, avec l’objectif de distribuer des coupons réguliers », précise la responsable des investissements de Scala Patrimoine.