Raphaël Varane (+FORT) : «L’éducation financière est essentielle pour un sportif»

Ancien défenseur international et champion du monde 2018, Raphaël Varane a progressivement pris conscience des enjeux patrimoniaux qui accompagnent une carrière de sportif de haut niveau. Des revenus concentrés sur quelques années, des sollicitations nombreuses et la nécessité d’anticiper l’après-carrière l’ont conduit à s’intéresser de près à l’investissement et à la gestion de patrimoine.

Désormais associé fondateur de +FORT, le Sport Office créé aux côtés de Guillaume Lucchini, fondateur de Scala Patrimoine, et du docteur Hervé Silbert, il revient, dans cet entretien accordé à Fabienne Lissak, journaliste chez Citywire, sur l’importance de l’éducation financière et sa conception d’un accompagnement global des athlètes, avant, pendant et après leur carrière.

Fabienne Lissak. Quel est votre rapport à l’univers de l’investissement ?

Raphaël Varane. Le football est un sport dans lequel les revenus peuvent être importants, mais ils sont concentrés sur une période très courte. Les enjeux patrimoniaux viennent donc rapidement se mêler aux enjeux sportifs. Or, un athlète reste avant tout focalisé sur le terrain, la performance et les résultats. Il doit donc savoir s’entourer pour gérer ces autres dimensions.

On voit les joueurs à travers la télévision, les médias, ce qu’ils accomplissent sur le terrain. Mais derrière cette exposition, il y a toute une gestion à organiser, et cela très tôt, dès le début de la carrière. Pour ma part, c’est surtout dans la deuxième partie de mon parcours professionnel que je me suis davantage intéressé à l’investissement. Avec une idée en tête : investir sur moi-même et préparer mon avenir.

Fabienne Lissak. Quel a été le déclic, le moment où vous avez pris conscience de l’importance des questions financières ?

Raphaël Varane. C’est quelque chose de très personnel, qui dépend des besoins et des aspirations de chacun. Dans mon cas, cette prise de conscience m’a aidé, dans la deuxième partie de ma carrière, à mieux me concentrer sur le terrain. Je pouvais aussi me consacrer, en dehors du football, à d’autres sujets, sans avoir à tout gérer moi-même.

Il y a également eu une évolution dans ma vie familiale. Je suis devenu père, et cela change nécessairement le regard que l’on porte sur l’avenir. On ne se projette plus de la même manière.

« Un investissement doit s’inscrire dans une perspective de long terme »

Fabienne Lissak. Quand on est sportif de haut niveau, les possibilités d’investissement sont nombreuses et les sollicitations permanentes. Il faut aller chercher de la performance dans ce domaine aussi, mais cela suppose d’y consacrer du temps.

Raphaël Varane. C’est justement ce qui me plaît : cette connexion entre le mindset d’un sportif de haut niveau et ce qui se passe dans le monde des affaires. C’est un univers qui m’attire beaucoup.

Après, il faut savoir déléguer. Les sollicitations sont extrêmement nombreuses et il est indispensable d’être bien entouré pour faire le tri, identifier les propositions qui correspondent à ses envies et à ses objectifs. Un investissement doit s’inscrire dans une perspective de long terme et, surtout, faire l’objet d’une analyse sérieuse par des spécialistes.

Fabienne Lissak. Vous franchissez justement une étape importante avec la création de +FORT, aux côtés de Guillaume Lucchini, une figure bien connue de l’univers de l’investissement et de la gestion de patrimoine, et du docteur Hervé Silbert. Pouvez-vous nous présenter ce Sport Office ?

Raphaël Varane. C’est d’abord la rencontre de plusieurs univers : la santé, la prévention et la performance, la gestion patrimoniale, mais aussi le conseil stratégique en matière de carrière.

La complémentarité de ces trois dimensions permet de construire un véritable écosystème autour de l’athlète. L’objectif est de lui donner les moyens de performer, tout en lui permettant de déléguer certains sujets, sans jamais perdre de vue sa propre vision. Celle-ci doit rester au centre des décisions.

C’est un projet qui se veut avant tout adaptable. Chaque athlète a ses besoins, ses envies et ses objectifs. L’accompagnement doit en tenir compte.

Fabienne Lissak. Cet accompagnement ne concerne donc pas uniquement l’après-carrière. Les questions se posent avant, pendant et après la vie sportive.

Raphaël Varane. Exactement. Sur le volet santé, prévention et performance, l’accompagnement peut commencer dès le plus jeune âge, se poursuivre tout au long de la carrière, jusqu’à son terme, et même au-delà.

Pour la partie financière, les besoins évoluent également avec le temps. On ne rencontre pas les mêmes problématiques à 20 ans, à 25 ans ou à 30 ans. Les enjeux patrimoniaux ne sont pas figés : ils évoluent au rythme de la carrière et de la situation personnelle de chacun. Il faut donc pouvoir accompagner ces différentes étapes.

« Défendre les intérêts de l’athlète »

Fabienne Lissak. Sur le plan de la santé, éviter les blessures constitue évidemment un enjeu majeur pour un sportif de votre niveau. Quelle est la valeur ajoutée de votre approche ?

Raphaël Varane. Elle repose avant tout sur une vision de long terme et sur la capacité à anticiper ce qui peut arriver. Au très haut niveau, le calendrier est devenu un véritable sujet, avec un nombre de matchs particulièrement important.

L’idée est donc de réaliser un travail de fond, mais aussi de conserver une vision transversale de la carrière. Il faut pouvoir tenir compte des changements de club, des périodes avec la sélection nationale et des différentes contraintes qui en découlent. Cela suppose une véritable coordination entre les différents membres des staffs qui entourent le sportif.

Fabienne Lissak. Vous vous êtes également engagé récemment sur la question des commotions cérébrales. Le football reste un sport exposé aux blessures et aux risques physiques. Que souhaitez-vous faire évoluer sur ce terrain ?

Raphaël Varane. Je pense qu’il reste des progrès à accomplir dans beaucoup de domaines. Mon idée est avant tout de défendre les intérêts de l’athlète. C’est vraiment le fil conducteur de mon engagement : travailler de manière transparente et indépendante, avec une approche qui place le sportif au centre des décisions. Il s’agit, au fond, d’être un véritable protecteur des intérêts des joueurs.

Fabienne Lissak. Les sollicitations auxquelles sont confrontés les sportifs doivent être extrêmement variées et nombreuses. Quel retour d’expérience en tirez-vous ?

Raphaël Varane. Il y a un peu de tout. Mais, dans notre approche, l’essentiel est de parvenir à un accord sur le fond. Notre vision et nos valeurs doivent être alignées avec celles de l’athlète. C’est une condition importante pour construire une relation de confiance. L’idée est de travailler en coopération, dans la durée, plutôt que de proposer un accompagnement standardisé.

Fabienne Lissak. Aux côtés de votre conseiller Guillaume Lucchini, vous avez investi dans différentes classes d’actifs. Lorsqu’on est un international de votre niveau, quels choix patrimoniaux fait-on ?

Raphaël Varane. Ce que j’ai notamment appris aux côtés de Guillaume, c’est l’importance de la diversification. Il faut trouver un bon équilibre entre les différents investissements, c’est primordial.

J’ai aussi compris combien l’éducation financière était importante. Il faut prendre le temps de comprendre les enjeux, les mécanismes et la manière dont les choses fonctionnent. Pour nous, sportifs, c’est essentiel : même lorsque l’on est accompagné, il faut rester en mesure de comprendre les décisions que l’on prend et ce qu’elles impliquent.

Retrouvez ici l’interview de Citywire