Les Echos

Faut-il détenir son immobilier en SCI ? L’analyse de Scala Patrimoine dans Les Echos

La SCI est une forme sociétaire très prisée des investisseurs immobiliers. Elle facilite la transmission progressive d’un patrimoine et permet de s’affranchir de certaines rigidités de l’indivision. Mais, comme pour chaque outil patrimonial, elle ne prend tout son sens que lorsqu’elle répond à des objectifs précis et s’inscrit dans une stratégie d’ensemble.

C’est l’un des enseignements d'un article publié par Les Echos. Sous la plume de la journaliste Laurence Boccara, le journal se consacre aux situations dans lesquelles il peut être judicieux ou - au contraire - déconseillé de détenir certains actifs immobiliers en SCI.

Un outil patrimonial puissant, mais pas une solution universelle

Pour Guillaume Lucchini, président-fondateur du multi family office indépendant Scala Patrimoine, l’intérêt de la SCI se révèle notamment dans les stratégies de transmission. Lorsqu’un bien immobilier a été acquis à crédit, le capital restant dû vient en effet diminuer la valeur nette de l’actif transmis. « Si le bien en question a été financé à l'aide d'un crédit immobilier, les droits de donation sont ici maîtrisés. Car la valeur vénale transmise est faible, voire nulle », explique-t-il.

Cette particularité tient au mode d’évaluation des parts. « La valeur des parts s'appréciant sur la base de l'actif net de la société, soit l'actif minoré du passif. »

La SCI permet alors d’avancer progressivement. Il est possible de donner des parts à ses enfants tout en conservant, lorsque les statuts le prévoient, la maîtrise de la société. Une souplesse précieuse pour organiser une transmission dans le temps, sans nécessairement renoncer à la gestion ou à l’usage du patrimoine. Le dispositif peut ainsi se révéler particulièrement adapté à ceux qui souhaitent conserver un bien familial sur plusieurs générations.

SCI et résidence principale ne font pas toujours bon ménage

Mais l’outil a ses limites. Elles apparaissent notamment lorsqu’il s’agit d’immobilier de jouissance.

La résidence principale, en particulier, appelle à la prudence. Au-delà des questions de gouvernance et de liberté de décision, sa détention au travers d’une SCI peut avoir des conséquences fiscales, notamment pour les contribuables assujettis à l’IFI. « Un contribuable éligible à l'impôt sur la fortune immobilière ne bénéficie pas de l'abattement sur la résidence principale de 30 % au titre de l'IFI », rappelle Guillaume Lucchini.

Même vigilance pour la résidence secondaire, notamment lorsqu’elle est ponctuellement proposée à la location meublée. La frontière entre détention patrimoniale et activité commerciale peut alors devenir plus délicate à appréhender.

La SCI n’est donc ni un réflexe, ni un passage obligé. C’est un instrument d’architecture patrimoniale, dont l’intérêt dépend autant de la nature du bien que des objectifs poursuivis. Transmission, conservation, gouvernance, fiscalité : c’est dans l’articulation de ces différents paramètres que se mesure sa véritable pertinence. C’est précisément cette approche sur mesure que vient rappeler l’analyse publiée par Les Echos.


L'Opinion

Produits structurés : Stellantis, le revers d’un rendement trop séduisant

Comme le rappelait récemment la journaliste de L’Opinion Carole Papazian dans un article consacré aux produits structurés, ces placements représentent aujourd’hui entre 5 et 20 % du portefeuille de nombreux clients patrimoniaux.

Sur le papier, les performances affichées ont de quoi séduire, particulièrement lorsque les marchés offrent un terrain favorable. Mais en matière d’investissement, aucun rendement n’arrive sans contrepartie. Un taux élevé signifie aussi, bien souvent, un risque élevé.

Pourquoi les produits structurés Stellantis à décrément ont-ils perdu autant de valeur ?

L’épisode Stellantis en fournit une illustration particulièrement brutale. Derrière le succès commercial des produits structurés se dessine l’une des déconvenues patrimoniales les plus sévères de ces derniers mois : l’effondrement de milliers de produits adossés au constructeur automobile. Avec, en filigrane, une question que l’on aurait tort de réduire à ce seul cas : celle de la diversification lorsqu’un produit repose sur un sous-jacent unique.

Plus de 2 300 produits structurés seraient encore liés à Stellantis en France, selon Structured Retail Products. Longtemps, le titre avait tout du sous-jacent idéal : une forte capitalisation, une liquidité confortable, une volatilité suffisamment généreuse pour permettre de construire des produits attractifs et, surtout, un dividende particulièrement élevé, supérieur à 7,5 %.

Puis le décor s’est brusquement fissuré.

De 1,55 euro en 2024, le dividende est tombé à 0,68 euro, avant d’être purement et simplement suspendu en février dernier. Problème : dans la mécanique du décrément, un dividende théorique continue, lui, de s’appliquer jusqu’à l’échéance du produit, parfois à hauteur de 1,34 à 1,55 euro. Un décalage qui, mois après mois, érode la valeur de l’indice synthétique, indépendamment de ce que l’entreprise verse réellement à ses actionnaires.

Derrière le produit, la question de l’indépendance du conseil

Chez Scala Patrimoine, le constat est sans détour. « Certaines valorisations se sont effondrées à des niveaux parfois inférieurs à 10 % du nominal. Il est encore possible, en théorie, pour certains investisseurs de récupérer leur mise. Mais il ne faut pas se faire trop d’illusions. Sur un produit Stellantis à décrément, récupérer son capital suppose désormais un rebond très important du sous-jacent », explique le multi-family office dans des propos rapportés par L’Agefi.

Reste une leçon, peut-être la plus importante. Le cas Stellantis ne raconte pas seulement l’histoire d’un sous-jacent qui s’est retourné. Il met aussi en lumière les fragilités d’une architecture de distribution dans laquelle les niveaux de rétrocommissions peuvent parfois dépasser 10 %. De quoi poser, une nouvelle fois, une question que l’on ne peut éluder : jusqu’où peut aller l’indépendance d’un conseil lorsque celui qui le dispense est rémunéré par le produit qu’il recommande ?


Guillaume Lucchini dans le podcast Next Gen Patrimoine

Guillaume Lucchini : « Le conseiller en gestion de patrimoine doit être payé pour ce qu’il est : faire du conseil »

Les principaux enseignements

  • Dans le podcast Next Gen Patrimoine, Guillaume Lucchini défend un modèle de conseil en gestion de patrimoine 100% indépendant et rémunéré uniquement par honoraires, qu’il considère plus transparent et mieux aligné avec l’intérêt du client que les modèles fondés sur les rétrocommissions.
  • L’associé fondateur de Scala Patrimoine estime que beaucoup de cabinets qui se disent indépendants restent en réalité dépendants économiquement des commissions, et que la vraie transparence devrait obliger chaque conseiller à justifier clairement sa rémunération auprès du client.
  • Le family officer reconnait que le modèle d’indépendant exige davantage d’efforts et d’investissement humain.

Dans son podcast « Next Gen Patrimoine », Florian Freyssenet est parti à la rencontre de Guillaume Lucchini, associé fondateur du multi family office indépendant Scala Patrimoine. Durant près d’une heure, ils ont notamment évoqué la voie empruntée par le cabinet : celle de l’indépendance et de la transparence. Une voie d’autant plus singulière que les acteurs qui travaillent exclusivement aux honoraires restent encore peu nombreux en France.

Au cours de cet échange, Guillaume Lucchini revient sur la création de Scala Patrimoine, le choix d’un modèle fondé sur les honoraires et sa vision de l’évolution du marché du conseil patrimonial.

Florian Freyssenet. Guillaume, tu es devenu une figure du conseil patrimonial indépendant en France. Tu as été diplômé d’un master en fiscalité et droit de la propriété intellectuelle et tu as fondé Scala Patrimoine en 2014. La même année, tu remportes le Trophée de la gestion de fortune. Scala est aujourd’hui un multi family office indépendant, avec des bureaux à Paris, Marseille et Genève. Dès le départ, le pari était assez clair : créer un cabinet de conseil indépendant au sens de la réglementation européenne. Comment se lance-t-on avec un modèle qui se veut indépendant ?

Guillaume Lucchini. J’ai effectivement fait mes armes dans le monde du droit, avec une formation juridique axée sur la fiscalité et la propriété littéraire et artistique. Je travaillais en cabinet d’avocats et de conseil auprès d’une clientèle composée notamment de collectionneurs et d’artistes, sur des problématiques d’accompagnement juridique et fiscal au sens large.

Puis, en 2012, je rejoins le groupe Primonial. Je découvre alors, presque par hasard, ce que l’on appelle aujourd’hui en France le conseil en gestion de patrimoine. Et je découvre surtout un marché essentiellement fondé sur l’intermédiation financière, dans lequel le conseil à proprement parler est relégué assez loin derrière une logique de distribution et de commercialisation de produits financiers.

Pour expliquer ce marché et l’enjeu d’opter pour un conseil totalement indépendant, rémunéré à 100 % en honoraires, je fais souvent une analogie avec le parcours de la start-up Yuka, dont l’objectif est de donner un Nutri-Score aux aliments. Je me souviens qu’à l’époque, lorsque l’entreprise est allée voir les industriels, elle a essuyé de nombreux refus. C’est lorsque ces derniers ont compris que les consommateurs commençaient à utiliser massivement l’application qu’ils ont réagi. C’est un peu la même chose dans la gestion patrimoniale. Ce sont aussi les investisseurs qui décident du conseil qu’ils veulent avoir. Et ils manifestent aujourd’hui un intérêt croissant pour un modèle reposant sur le conseil, sans conflits d’intérêts.

« L’indépendance capitalistique ne garantit absolument pas l’indépendance financière »

Florian Freyssenet. L’indépendance capitalistique et l’indépendance financière sont-elles liées ?

Guillaume Lucchini. Au fil des années, je me suis rendu compte que l’indépendance capitalistique ne garantissait absolument pas l’indépendance financière. Un cabinet peut être parfaitement indépendant sur le plan capitalistique. Mais si, pour un même travail, une société de gestion ou un produit financier vous rapporte davantage en commissions, vous pouvez entrer dans une forme de dépendance.

C’est d’ailleurs le discours que tiennent aujourd’hui de nombreux CGP : « On touche des rétrocessions, mais on est transparents. » Or la transparence ne signifie pas nécessairement l’indépendance. Beaucoup de cabinets ont longtemps estimé que les Français n’étaient pas prêts à recourir aux honoraires, qu’ils ne voulaient pas payer pour du conseil. C’est faux. Et cela fait maintenant plus de douze ans que nous le démontrons. Au-delà de l’indépendance du conseil, je ne me voyais pas lancer Scala Patrimoine dans un marché où ma rémunération dépendrait d’un acteur tiers - assureur ou société de gestion - et donc d’autre chose que de mon métier à proprement parler.

J’ai donc créé Scala Patrimoine sur le modèle d’un cabinet de conseil, avec cette volonté d’accompagner véritablement le client à 360 degrés. C’est dans ce but que nous réinvestissons l’essentiel de notre chiffre d’affaires dans notre outil de travail, et notamment près de 80 % dans l’humain, au sens noble du terme, en allant chercher des compétences supplémentaires.

Nous investissons également beaucoup dans la data, avec notamment le recrutement d’un professionnel titulaire d’un doctorat en physique quantique.

Florian Freyssenet. Tu portes le combat en faveur d’un marché de la gestion de patrimoine reposant sur les honoraires de conseil. Tu fais partie de ces 5 % de cabinets en France qui se rémunèrent de cette manière. Est-ce que tu penses que les cabinets qui se rémunèrent à la commission peuvent être indépendants ?

Guillaume Lucchini. Absolument pas. Mais soyons très clairs sur le sujet : 100 % des cabinets français peuvent devenir indépendants. Il faut simplement que ces acteurs acceptent de rendre transparente auprès du client la rétrocommission qu’ils perçoivent. La question qui se posera alors est simple : suis-je capable de défendre cette rétrocommission et, indirectement, de démontrer la valeur ajoutée que j’apporte à mes clients ?

En 2018, lorsque l’Autorité des marchés financiers a intégré la directive MIF 2 et demandé aux cabinets de se positionner, les 95 % de cabinets qui ont choisi le statut de non-indépendant l’ont fait, selon moi, avant tout pour protéger leurs intérêts.

Quand vous êtes habitué à percevoir des rétrocommissions, êtes-vous réellement prêt à abandonner une part significative de vos revenus, si votre client considère qu’elles ne sont pas justifiées ?

Lorsqu’un client choisit de se faire accompagner par un conseil en gestion de patrimoine, il vient chercher une valeur ajoutée. Aujourd’hui, celle-ci est, le plus souvent, rémunérée par ce que l’on appelle une rétrocommission dans le modèle des cabinets non indépendants.

On nous dit cependant que cette rétrocommission est transparente. Je n’y crois pas du tout. Et, d’ailleurs, les clients qui arrivent chez nous sont souvent passés par ces grandes structures. Ils nous le disent : ils ont fini par comprendre la mécanique et nous sollicitent précisément parce qu’on leur lève le voile sur le fonctionnement réel du marché.

Je pose alors une question : un marché qui se rémunère essentiellement par des rétrocommissions doit-il encore s’appeler « conseil en gestion de patrimoine » ?

Dans les faits, ce sont des courtiers. On met en place un produit, un contrat, sur lequel on va percevoir une commission. Très bien. Mais peut-on appeler cela du conseil ? Non. Il n’y a pas nécessairement de conseil derrière.

« Un multi family office indépendant doit démontrer en permanence sa valeur ajoutée »

Florian Freyssenet. Qu’en est-il des modèles hybrides, avec d’un côté des honoraires pour le conseil et, de l’autre, des rétrocommissions pour la partie courtage ?

Guillaume Lucchini. Ce mélange des genres ne se fait pas, à mon sens, dans l’intérêt du client.

D’ailleurs, on le voit aujourd’hui dans les dernières publications de l’AMF. Les mêmes sujets reviennent régulièrement : le private equity, les produits structurés… Pourquoi ces produits reviennent-ils constamment sur le devant de la scène ? Parce qu’il y a une consolidation du marché et qu’il faut rendre la mariée toujours plus belle et vendre les produits les plus rémunérateurs pour le cabinet.

Pour la petite anecdote, j’ai encore récemment pu accéder à certains dossiers de cabinets qui étaient à vendre. Quand vous découvrez que 50 % de la rémunération d’un cabinet provient des produits structurés, cela pose question. C’est un placement très rémunérateur pour celui qui le distribue et pas forcément très transparent pour le client.

Alors pourquoi cette transparence n’existe-t-elle toujours pas sur les rétrocommissions ?

C’est bien qu’il existe un lobby, ou des intérêts qui ne sont pas forcément ceux du client, au cœur du sujet.

Florian Freyssenet. Quels conseils donnerais-tu à un professionnel qui souhaiterait créer son cabinet de conseil sur un modèle 100 % honoraires, totalement indépendant ?

Guillaume Lucchini. J’aimerais lui dire qu’il s’engage dans un marathon.

Avec un modèle indépendant, il gagnera probablement, au départ, dix fois moins qu’un CGP qui se lance sur un modèle de courtage en vendant des produits structurés. Il faut toutefois dépasser cette réalité et adopter une vision de long terme, en alignant ses intérêts avec ceux de ses clients.

Pour la petite anecdote, j’ai récemment échangé avec un prospect qui avait lu tout ce que nous avions pu dire ou faire au cours des douze dernières années. À la fin de nos échanges, il m’a dit : « C’est vous que je choisis, parce que votre posture n’a pas changé depuis douze ans. »

On peut difficilement faire plus belle reconnaissance.

Nous nous rendons compte qu’en choisissant la voie de l’indépendance, on va faire davantage d’efforts. Nous supportons également plus de charges que les autres. Mais c’est aussi cela, la vie d’un entrepreneur. Il faut démontrer en permanence sa valeur ajoutée.

À l’inverse, dans un cabinet de gestion de patrimoine rémunéré par les rétrocommissions, le métier peut, d’une certaine manière, finir par ressembler à celui d’un rentier.

« Les professions réglementées n’ont pas envie de se retrouver en porte-à-faux avec des CGP rémunérés par des rétrocommissions »

Florian Freyssenet. Quels sont les profils de clients qui sont prêts à payer des honoraires de conseil ?

Guillaume Lucchini. Les entrepreneurs, naturellement. Pourquoi ? Parce qu’ils sont déjà habitués à être bien accompagnés. Ils travaillent avec un avocat ou un expert-comptable qu’ils rémunèrent aux honoraires. Ils sont donc naturellement prêts à se faire épauler de la même manière sur leurs problématiques patrimoniales.

Nous avons également une grande partie de notre clientèle qui est arrivée chez nous par l’intermédiaire de professions réglementées : notaires, avocats… Ces professionnels ont bien compris que, pour travailler en interprofessionnalité avec les métiers du conseil en gestion de patrimoine, il fallait que les intérêts soient alignés.

Ces professions réglementées n’ont pas envie de se retrouver en porte-à-faux avec des CGP rémunérés par des rétrocommissions, lorsque les placements conseillés pourraient l’être pour des raisons essentiellement financières.

Et puis il y a la nouvelle génération qui connaît très bien les rouages du marché de la gestion de patrimoine. Elle a pris ces sujets à bras-le-corps et opte plus volontiers pour un conseil indépendant. Et n’hésite pas non plus à utiliser l’IA pour renforcer ses convictions et identifier un conseil indépendant.

Florian Freyssenet. Les banques sont-elles vos concurrentes ?

Guillaume Lucchini. Absolument pas.

Nous ne sommes pas là pour marcher sur les plates-bandes des banques. En tant que multi family office indépendant, les banques font partie de l’écosystème de nos clients. Ceux-ci auront toujours besoin d’un interlocuteur bancaire.

En revanche, mon rôle consiste à monitorer les relations et à trouver les meilleurs partenaires possibles pour telle ou telle problématique. D’ailleurs, notre modèle économique fait qu’aujourd’hui nous travaillons avec énormément de banques privées françaises, luxembourgeoises, suisses et monégasques.

« La moitié de la performance peut être prélevée par la chaîne de distribution »

Florian Freyssenet. Le facteur coût est-il un critère important dans la sélection des placements financiers pour un multi family office comme Scala Patrimoine ?

Guillaume Lucchini. Nous avons effectivement un rôle de « cost killer », pour éliminer un maximum de coûts. Notre idée est de négocier ceux qui sont incompressibles auprès des assureurs sur les contrats d’assurance-vie, ou encore les frais de gestion avec les asset managers. Nous intégrons également de la gestion indicielle dès lors que cela est pertinent.

Il existe d’ailleurs un rapport sur la protection des épargnants, publié en 2021 par les sénateurs Jean-François Husson et Albéric de Montgolfier, qui fut largement passé sous silence, mais qui demeure très intéressant. Selon ce rapport, près de 50 % des gains de l’épargne peuvent être captés par les frais de gestion et d’intermédiation sur une période de quarante ans.

Autrement dit, près de la moitié de la performance peut être prélevée par la chaîne de distribution. Le client, lui, prend 100 % du risque. Et une part considérable de la performance qui devrait rémunérer ce risque ne lui revient pas : elle va directement dans la poche d’un intermédiaire.

C’est cela, aujourd’hui, le vrai sujet.

Florian Freyssenet. Revenons sur l’importance de la donnée. Comment travailles-tu ce sujet ?

Guillaume Lucchini. La donnée, si vous voulez véritablement l’utiliser, il faut être capable de la contrôler. Et, pour cela, vous ne pouvez pas simplement passer par une entreprise extérieure. Elle ne connaît pas votre cabinet, vos clients, ni les stratégies mises en place.

Nous avons beaucoup travaillé sur ces sujets et avec quasiment toutes les contreparties. Aujourd’hui, nous récupérons directement nos flux SFTP sur un serveur, notamment en Suisse, avec également une sécurisation des données sur ces serveurs. Le choix de serveurs situés hors de l’Union européenne répond aussi à notre réflexion sur la protection des données et la cybersécurité.

« Scala Patrimoine a lancé, en 2018, le premier contrat d’assurance-vie clean share »

Florian Freyssenet. Quel regard portes-tu sur la consolidation du marché de la gestion de patrimoine ?

Guillaume Lucchini. Elle répond à deux phénomènes.

D’une part, il y a des gens qui souhaitent prendre des gains et monétiser le travail de développement de leur cabinet. Ce n’est pas déshonorant.

D’autre part, certains préfèrent se regrouper. Seul, un CGP peut avoir peur de s’épuiser sous le poids des charges administratives et réglementaires. À un moment, il faut s’entourer.

On remarque d’ailleurs que la génération qui souhaite faire le choix du conseil indépendant le fait souvent dans le cadre d’une reconversion.

Ce sont des professionnels qui ne se retrouvent plus dans le modèle économique actuel, mais qui veulent conserver cette dimension de conseil. Très souvent, ils ont une formation juridique, fiscale ou d’expertise comptable.

Le problème, c’est qu’à 35, 40 ou 45 ans, ils ont parfois des crédits, une famille, une vie déjà installée. C’est compliqué de se mettre à nu, entre guillemets, pendant plusieurs années pour créer une clientèle.

Ils sont donc nombreux à nous solliciter pour devenir partenaires de Scala Patrimoine, avec l’idée de pouvoir s’appuyer sur une équipe pluridisciplinaire capable de les accompagner sur des dossiers à forte valeur ajoutée.

Florian Freyssenet. C’est donc un marché qui aura du mal à bouger ?

Guillaume Lucchini. Quand nous avons voulu lancer, en 2018, le premier contrat d’assurance-vie « clean share », reposant sur des supports d’investissement dont les frais de distribution étaient supprimés pour mettre véritablement en avant le conseil indépendant, nous avons demandé aux assureurs de la place s’ils souhaitaient nous accompagner.

Un seul a accepté : Suravenir.

Les autres nous ont félicités. Ils nous ont dit qu’ils y croyaient, mais qu’ils ne voulaient pas scier la branche sur laquelle ils étaient assis et se priver du système, très rémunérateur, des rétrocommissions. Tout est dit.

« Quand un client pense avoir affaire à un conseil, il s’attend à ce qu’il n’y ait pas de conflit d’intérêts »

Florian Freyssenet. L’ambition de Scala Patrimoine est de devenir le premier groupe d’acteurs 100 % honoraires et indépendants ?

Guillaume Lucchini. Nous ne regardons pas les choses comme cela. Nous sommes tout simplement un cabinet de conseil au sens classique du terme. Je ne suis foncièrement pas opposé aux rétrocommissions en tant que telles, à partir du moment où elles sont 100 % transparentes. Mais il faut être très clair sur les termes. Quand un client pense avoir affaire à un conseil, il s’attend à ce qu’il n’y ait pas de conflit d’intérêts.

Quand je vais voir un médecin, je sais qu’il est là pour me conseiller. J’attends que, lorsqu’il pose un diagnostic, il n’ait pas, derrière, un intérêt particulier à me revendre un séjour dans telle ou telle clinique.

C’est finalement la même chose.

Sur ces sujets, il faut avoir en tête que le marché est extrêmement disparate. On ne fait pas le même métier selon que l’on accompagne quelqu’un qui est salarié et dispose d’un patrimoine de quelques centaines de milliers d’euros, ou un entrepreneur qui vient de vendre son entreprise et se retrouve à la tête d’un patrimoine considérable.

Ce sont des métiers différents. Il y aura donc nécessairement des cabinets de conseil différents, avec des typologies de clientèle différentes.

Mais cette notion de transparence est fondamentale. Elle est même au cœur de ce que devrait être le conseil.

Le podcast est à retrouver en intégralité sur la page Youtube de Next Gen Patrimoine.


Médecins libéraux : comment transmettre son patrimoine professionnel à ses enfants ?

Dans une tribune publiée par Mieux Vivre Votre Argent, Guillaume Lucchini, associé-fondateur de Scala Patrimoine, revient sur les stratégies patrimoniales qui peuvent permettre aux professions médicales réglementées de transmettre leur patrimoine professionnel, malgré les contraintes qui encadrent leurs structures d’exercice.

Des contraintes réglementaires fortes pour les médecins libéraux

On parle beaucoup de la fiscalité des entrepreneurs. Beaucoup moins de celle des professions médicales.

C’est précisément ce sujet que Guillaume Lucchini a choisi d’explorer dans une tribune publiée par Mieux Vivre Votre Argent.

La question est aussi simple que délicate. Comment un praticien peut-il faire fructifier puis transmettre le patrimoine professionnel accumulé au sein de sa SEL ou de sa SPFPL, sans se heurter aux contraintes réglementaires propres à son activité ?

Le paradoxe est réel. Les structures qui permettent aux médecins d’exercer et de développer leur activité sont, dans le même temps, soumises à des règles strictes en matière de détention du capital et d’investissement. Au fil des années, une trésorerie peut ainsi s’accumuler, sans que la question de sa transmission ne soit réellement anticipée.

Et lorsque les enfants ne sont pas eux-mêmes médecins, la difficulté devient très concrète. Comment transmettre ce patrimoine lorsque les règles de la profession limitent précisément les personnes susceptibles de le détenir ?

Un cadre contraint, mais pas totalement verrouillé

Guillaume Lucchini revient d’abord sur les limites du cadre actuel. Une ordonnance de 2023 prévoit que plus de la moitié du capital et des droits de vote d’une SEL reste entre les mains de professionnels en exercice. Une règle structurante, qui limite fortement les possibilités de transmission directe.

Mais le même texte prévoit que des décrets propres à chaque profession peuvent permettre à des tiers d’entrer au capital. Pour les médecins, ce plafond a été fixé à 25 % par le décret du 11 décembre 2025. Une possibilité qui n’a, à ce jour, pas été ouverte dans les mêmes conditions aux chirurgiens-dentistes et aux pharmaciens d’officine.

C’est dans cet espace que se situe l’essentiel de la réflexion développée par Guillaume Lucchini.

Apporter de la souplesse à la structuration patrimoniale

Plutôt que de transmettre l’outil professionnel lui-même, le médecin peut avoir intérêt à transmettre la valeur patrimoniale qu’il génère au fil du temps au sein d’une holding dédiée. La SPFPL ne permettant pas d’avoir des associés non exerçants au capital, sauf cas très particuliers, la transmission anticipée des titres de la holding aux enfants ou au conjoint n’apparaît pas possible. Selon la réglementation applicable à chaque type de profession libérale, la pratique a toutefois développé certains schémas permettant d’envisager une telle transmission.

L’interposition d’une holding de droit commun, qui n’est pas soumise aux mêmes restrictions qu’une SPFPL, peut notamment permettre d’accueillir des associés qui ne sont pas eux-mêmes professionnels de santé. Et potentiellement, des membres de la famille du praticien.

Autre outil : les actions de préférence, qui permettent de dissocier les droits financiers des droits de vote. Dans certaines configurations, une SAS peut ainsi attribuer l’essentiel des droits financiers à certains associés. Tout en respectant les contraintes applicables à la détention du capital.

Enfin, le démembrement des titres de cette holding - avec la nue-propriété détenue par les enfants et l’usufruit conservé par le parent - peut offrir une voie de transmission qui resterait impossible à mettre en œuvre directement au niveau de la SEL ou de la SPFPL.

Des mécanismes techniques, parfois complexes, mais qui dessinent une véritable marge de manœuvre.

Car en matière patrimoniale, une règle demeure : le temps ne joue jamais en faveur de celui qui attend.

La tribune complète est à retrouver dans Mieux Vivre Votre Argent et sur Investir Les Echos.


Mieux Vivre Votre Argent

Devenir rentier : les pièges à déjouer selon Guillaume Lucchini pour Mieux Vivre Votre Argent

Devenir rentier ne consiste pas simplement à disposer d’un capital important. Encore faut-il savoir le préserver, le faire fructifier et transformer les revenus qu’il génère en une rente durable. Fiscalité, diversification, choix des enveloppes, liquidité des placements : une fois le patrimoine constitué, les arbitrages changent de nature. Et lorsque l’essentiel de la fortune repose sur des actifs financiers, ils deviennent particulièrement déterminants.

Comment construire une rente dans la durée sans sacrifier la liquidité, prendre des risques excessifs ou laisser une part trop importante de la performance à la fiscalité ?

Pour répondre à ces questions, le journaliste Léo Monégier a interrogé Guillaume Lucchini, associé fondateur du multi family office indépendant Scala Patrimoine, dans un entretien publié par Mieux Vivre Votre Argent.

Distinguer rendement brut et rendement net

Après des années consacrées à constituer un patrimoine, vient, pour certains, le moment d’en vivre. Un changement de perspective qui n’a rien d’anodin. Il ne s’agit plus seulement pour le rentier de rechercher de la performance, mais de trouver le bon équilibre entre revenus, préservation du capital et fiscalité.

Comment dégager des revenus réguliers sans entamer trop rapidement son capital ? Comment continuer à le faire fructifier tout en conservant suffisamment de liquidités ? Et que devient cette stratégie lorsqu’un projet d’expatriation entre en ligne de compte ?

Ces questions se posent à de nombreux chefs d’entreprise après une cession, à des sportifs de haut niveau au moment de mettre un terme à leur carrière, à des héritiers qui viennent de recevoir une succession importante, mais aussi, plus simplement, à ceux qui préparent leur retraite.

Premier enseignement de Guillaume Lucchini : le rendement affiché n’est pas nécessairement celui qui compte. « Ce qui compte vraiment, c’est ce que vous gardez après impôts », rappelle-t-il.

Avant même de comparer les performances, le choix de l’enveloppe fiscale mérite donc d’être posé. L’assurance-vie conserve, à ce titre, des atouts importants, notamment grâce à son régime fiscal qui permet de distinguer la part de capital de celle correspondant aux gains lors des retraits. La holding patrimoniale peut, quant à elle, trouver sa pertinence dans certaines situations, notamment après la cession d’une entreprise.

Quand la structuration finit par immobiliser le patrimoine

Mais une stratégie patrimoniale peut aussi devenir contre-productive pour le rentier lorsqu’elle fait perdre de vue un élément essentiel : la disponibilité du capital.

Guillaume Lucchini revient notamment sur le cas d’un couple ayant vendu son entreprise de pompes funèbres pour 4 millions d’euros, avant de voir l’essentiel de son patrimoine immobilisé dans des investissements de private equity illiquides dans le cadre d’un dispositif de réemploi.

Une situation qui rappelle une règle souvent oubliée : un montage patrimonial ne devrait jamais dicter les besoins du client. C’est l’inverse.

Dernier volet de l’entretien : l’expatriation. Île Maurice, résidence fiscale, contrat luxembourgeois… Autant de sujets qui peuvent ouvrir de nouvelles possibilités patrimoniales, mais qui exigent aussi de regarder de près les règles fiscales applicables. Car quitter la France ne suffit pas, à lui seul, à effacer les liens avec l’administration fiscale française.

L’intégralité de l’entretien avec Guillaume Lucchini est à retrouver dans Mieux Vivre Votre Argent et sur le site d'Investir Les Echos.


Les Echos

Report d’imposition et private equity : les mises en garde de Guillaume Lucchini dans Les Echos

Le private equity a changé de visage. Longtemps chasse gardée des grandes fortunes, il s’invite désormais dans les contrats d’assurance-vie du plus grand nombre, avec des tickets d’entrée de plus en plus accessibles, parfois à peine 100 euros.

Dans une interview menée par la journaliste Laurence Boccara pour Les Echos, Guillaume Lucchini, associé fondateur du multi-family office Scala Patrimoine, revient sur les ressorts de cet engouement, mais aussi sur ses zones d’ombre. Et alerte sur les risques d’une démocratisation parfois poussée à l’extrême de cette classe d’actifs.

Les questions autour du dispositif de réemploi

Premier sujet abordé : le dispositif 150-0 B ter, ce mécanisme fiscal qui permet de reporter l’imposition d’une plus-value de cession, sous réserve de respecter certaines conditions de réinvestissement dans des fonds éligibles.

Séduisant sur le papier, le dispositif n’en demeure pas moins un exercice d’équilibriste pour les sociétés de gestion. « Ils sont peu nombreux, car il y a, dans cette disposition, souvent trop de contraintes à respecter », explique Guillaume Lucchini. Avant d’ajouter un avertissement qui mérite d’être entendu : « Si une seule participation venait à perdre son éligibilité en cours de route, c’est l’intégralité du fonds qui basculerait hors du dispositif. »

Private Equity : quelle place dans une allocation d’actifs ?

Autre fil rouge de l’entretien : la juste place à accorder au private equity dans un patrimoine.

La réponse, évidemment, ne peut être la même selon la taille du patrimoine, l’âge du souscripteur, son profil - entrepreneur, sportif de haut niveau ou membre d’une grande famille - et son niveau de risque.

Mais, de manière générale, pas question, pour le fondateur de Scala Patrimoine, de céder à l’euphorie ambiante. Sa recommandation s’inscrit dans une fourchette de « 5 % à 20 % d’un patrimoine financier », même si certains profils spécifiques, notamment les serial entrepreneurs, peuvent naturellement aller bien au-delà.

Cette prudence à l’égard des investisseurs particuliers tient notamment à une contrainte fondamentale : l’absence de liquidité. Dès la souscription, l’épargnant s’engage dans un fonds qui peut immobiliser son capital pendant dix à douze ans. Une durée qui change nécessairement la manière de penser une allocation.

Ce discours de prudence, Guillaume Lucchini le porte d’ailleurs au-delà des colonnes des Echos. Interrogé par le passé par le média Jurisportiva sur l’accompagnement des sportifs de haut niveau, il rappelait déjà qu’il était impossible de raisonner uniquement en termes de private equity ou de retraite, sans inscrire ces sujets dans une stratégie patrimoniale plus globale.

Reste que les rendements affichés - parfois à deux chiffres - continuent d’attirer les épargnants. À chacun, dès lors, de ne pas confondre performance espérée et gain garanti.


Citywire

L’immobilier, une classe d’actifs toujours incontournable pour les grandes fortunes ?

Au cours d’un entretien accordé à Nahid Lenormand pour Citywire, Guillaume Lucchini, associé fondateur du multi family office Scala Patrimoine, revient sur la place qu’occupe encore l’immobilier dans la stratégie patrimoniale des grandes familles, des entrepreneurs et des sportifs de haut niveau.

Une classe d’actifs toujours plébiscitée

Malgré les soubresauts des dernières années - remontée des taux d’intérêt, incertitudes fiscales et politiques mais aussi environnement économique dégradé - les grandes fortunes continuent de manifester un intérêt marqué pour l’immobilier.

C’est ce que souligne Guillaume Lucchini dans cet entretien à retrouver dans Citywire.

Face à la volatilité des marchés financiers, la pierre continue de rassurer. « Nos clients, grandes familles, entrepreneurs, sportifs de haut niveau, ont en commun une appétence marquée pour l’immobilier parisien », observe-t-il.

Cet attrait ne doit rien au hasard. L’immobilier répond à plusieurs objectifs patrimoniaux : détenir un actif tangible, valoriser un patrimoine dans la durée, bénéficier de l’effet de levier du crédit ou encore générer des revenus complémentaires. Il peut également, dans certaines situations, s’inscrire dans une stratégie de transmission familiale.

Autrement dit, lorsqu’il est choisi et structuré avec discernement, l’immobilier coche de nombreuses cases. Là où les instruments financiers, plus abstraits, peuvent parfois sembler moins rassurants.

Un attrait certain pour l’immobilier parisien

Paris, en particulier, continue de cristalliser les attentes. Au-delà du prestige de la capitale, c’est surtout la profondeur de son marché qui séduit les investisseurs les plus avertis. La demande locative y reste structurellement soutenue.

« Un bien de qualité, bien situé, ne reste pas vacant », résume Guillaume Lucchini. Trouver un locataire solvable ? « Ce n’est pas un sujet. » Une mécanique, précise-t-il, que « les investisseurs aguerris savent apprécier à sa juste valeur ».

Mais l’accompagnement de Scala Patrimoine ne s’arrête pas à l’acquisition d’un bien.

Le multi family office construit également des montages financiers sophistiqués articulés autour de l’immobilier, notamment dans le cadre d’opérations de remploi éligibles au dispositif 150-0 B ter. Un savoir-faire particulièrement mobilisé dans le secteur hôtelier, où le cabinet conçoit des solutions sur mesure, adaptées à chaque situation patrimoniale.

Une approche globale que Guillaume Lucchini détaille dans l’intégralité de son entretien accordé à Citywire.


Gestion de fortune : l'Ile Maurice

Île Maurice : Guillaume Lucchini décrypte les atouts fiscaux du paradis de l’océan Indien

Dans les colonnes du Magazine Gestion de Fortune, Guillaume Lucchini, président-fondateur de Scala Patrimoine, décortique les mécanismes qui font de l’Île Maurice une destination prisée des grandes fortunes françaises, sans pour autant en éluder les zones grises.

Taux unique de 15 %, exonération des plus-values, absence d’impôt sur la fortune immobilière : sur le papier, l’Île Maurice a tout du paradis fiscal. Mais dans l’interview qu’il a accordée au journaliste Jonathan Blondelet, Guillaume Lucchini prend soin de nuancer le tableau. Car s’installer sur l’île ne suffit pas, à lui seul, à couper les ponts avec l’administration fiscale française.

Les charmes de l’assurance-vie

Premier sujet abordé : les contrats d’assurance-vie internationaux, dont les rachats échappent à l’impôt mauricien comme aux cotisations sociales. Mieux encore : certains peuvent survivre à un retour en France. « Certains contrats internationaux permettent par ailleurs d’être conservés lors d’un changement de résidence fiscale », explique Guillaume Lucchini. Une souplesse rare, qui transforme l’enveloppe en véritable outil de mobilité patrimoniale, plutôt qu’en pari à sens unique.

Les holdings, entre optimisation et prudence

Sur le terrain des sociétés, le président-fondateur de Scala Patrimoine évoque les Global Business Companies, ces structures qui peuvent, dans certaines configurations, alléger sensiblement la facture fiscale. « Les Global Business Companies peuvent bénéficier d’un régime d’exonération partielle sur certains revenus internationaux, permettant dans certaines situations de ramener le taux effectif d’imposition à un niveau proche de 3 % », précise-t-il.

Un dispositif séduisant, certes. Mais qui ne s’improvise pas. Derrière l’optimisation fiscale se trouve une ingénierie patrimoniale exigeante, qui suppose de respecter des conditions précises. Là encore, un simple changement d’adresse ne suffit pas.

La résidence fiscale, nerf de la guerre

Reste le point sur lequel Guillaume Lucchini insiste : la résidence fiscale effective. C’est elle qui détermine, en premier lieu, la possibilité de s’affranchir réellement de la fiscalité française. « L’administration fiscale regarde d’abord le foyer fiscal, puis le centre des intérêts économiques », rappelle-t-il. Et d’ajouter : « La détermination de la résidence fiscale repose sur un faisceau d’indices prévu par les législations nationales et, le cas échéant, par la convention fiscale régissant les échanges entre les deux pays. »

Autrement dit, pas de formule magique. Une expatriation fiscale se prépare, se documente et se construit avec méthode, bien avant de faire ses valises pour l’océan Indien.


Guillaume Lucchini, associé fondateur du multi family office de Scala Patrimoine

Guillaume Lucchini évoque les coulisses de l’accompagnement des sportifs de haut niveau

Dans une interview accordée au Brief Patrimonial, média indépendant fondé par Gillet Petit et spécialisé dans l’actualité économique et patrimoniale, Guillaume Lucchini, associé fondateur de Scala Patrimoine, revient d’abord sur onze années de développement du multi family office indépendant. Il évoque ensuite les enjeux très particuliers de l’accompagnement des sportifs de haut niveau. Et la manière dont leur patrimoine doit être pensé et protégé au fil d’une carrière souvent aussi brillante que brève.

Scala Patrimoine : l’indépendance pour signature

Fondé en 2014 par Guillaume Lucchini, le multi family office indépendant a bâti sa réputation sur un principe qui, dans un secteur nourri aux rétrocommissions, est valeur de provocation : être rémunéré exclusivement par ses clients, sous forme d’honoraires de conseil. Dans l’interview accordée au Brief Patrimonial, l’associé fondateur lève le voile sur les coulisses de cette maison, où entrepreneurs, familles fortunées et sportifs professionnels sont accompagnés depuis Paris, Marseille et Genève.

Au cours de l’entretien, Guillaume Lucchini revient également sur les contours de l'offre dédiée au mécénat. Un département qui est né de sa rencontre avec Francis Charhon, ancien dirigeant de la Fondation de France.

Cette expertise permet ainsi d’intégrer la dimension philanthropique à l’organisation et à la structuration du patrimoine des clients du family office.

« Chez nos clients, la question du sens donné à leur patrimoine finit tôt ou tard par s’imposer autour de la table. Comme une évidence qui dépasse les seules considérations financières. Avec ce pôle d’expertise, nous les aidons à structurer leur démarche philanthropique : création de fondations ou de fonds de dotation, organisation de la gouvernance, sélection des projets à soutenir, suivi de l’impact… Le tout en mobilisant des expertises juridiques et fiscales pointues » souligne ainsi Guillaume Lucchini.

L’accompagnement des sportifs de haut niveau : une méthode éprouvée

Dans le cadre de cette interview, Gillet Petit a également souhaité revenir sur l’une des particularités de Scala Patrimoine : sa capacité à accompagner des athlètes de haut niveau, dont les carrières, aussi brillantes soient-elles, demeurent par nature éphémères.

« La gestion patrimoniale d’un sportif de haut niveau répond à des enjeux singuliers », résume Guillaume Lucchini. Quinze années de carrière, souvent moins, constitue finalement une fenêtre étroite pour bâtir un patrimoine équilibré, dont la vocation est de durer bien plus longtemps.

La méthode, elle, ne change pas. D’abord, sécuriser les fondamentaux : résidence principale, investissement locatif, épargne de précaution. Ensuite, seulement, envisager des placements plus ambitieux - marchés financiers, private equity, projets entrepreneuriaux - en fonction des aspirations et du profil de chacun.

Guillaume Lucchini alerte notamment sur les dérives qu’il observe chez certains athlètes confrontés à des difficultés financières : « des dettes contractées sur des durées qui dépassent leur carrière. Quand les revenus s’effondrent, les charges restent. C’est une mécanique redoutable. »

Il y a aussi le corps, qui peut trahir à tout moment. « Une blessure peut tout remettre en question du jour au lendemain », rappelle le fondateur de Scala Patrimoine. Le cabinet met ainsi ses clients en relation avec des experts indépendants de la performance, afin de les accompagner sans conflit d’intérêts.

L’enjeu consiste aussi à considérer la notoriété comme un actif à part entière. Une logique de brand equity se dessine alors, pensée pour préparer, bien avant qu’elle ne survienne, la transition vers l’après-carrière.

Un accompagnement qui, comme le souligne Guillaume Lucchini dans cet entretien au Brief Patrimonial, dépasse largement le seul conseil financier.


@ Aura Aero

Aura Aero : 340 M€ pour construire un avion bas carbone d’ici 2030

Les principaux enseignements

  • Aura Aero a sécurisé un tour de table de 340 millions d'euros. Celle-ci combine 50 M€ en série B, 120 M€ de subventions et 170 M€ de dette.
  • L'entreprise positionne ses activités civiles comme militaires comme des contributions directes à l'autonomie stratégique française et européenne.
  • Aura Aero vise la toute première certification mondiale d'un avion 100 % électrique en catégorie CS-23.

Le rêve d’un avion bas carbone pourrait-il devenir réalité d’ici 2030 ? Les planètes, en tout cas, semblent s’aligner. À Toulouse, dans les bureaux d’Aura Aero, les projets pourraient bientôt se concrétiser. La direction s’est d’ailleurs donné les moyens de ses ambitions. Le 8 avril dernier, l’avionneur a mené un tour de table de 340 millions d’euros.

Mais derrière l’annonce se joue une partie encore plus stratégique : celle de la capacité française à faire émerger de nouveaux champions industriels. Avec, en point de mire, l’idée de réussir un double pari : gagner en souveraineté et réussir la transition climatique.

Portée par le plan France 2030, la société toulousaine est en passe de réussir cet incroyable tour de force !

Chiffres clés d'Aura Aero
Chiffres clés d'Aura Aero

La genèse d’un incroyable pari industriel

L’odyssée toulousaine démarre en 2018. Trois anciens d’Airbus - Jérémy Caussade, Fabien Raison et Wilfried Dufaud - posent les bases de ce qui deviendra, sept ans plus tard, le nouveau fleuron tricolore de l’aéronautique bas carbone.

Une activité reposant sur deux piliers : la formation et la voltige ainsi que le transport régional.

Deux appareils incarnent la stratégie de l’entreprise de 250 salariés.

D’une part, l’Integral, biplace destiné à la formation et à la voltige. Une version entièrement électrique devrait bientôt voir le jour. Les certifications étant attendues dans les mois à venir.

Et d’autre part, L’ERA, avion régional hybride-électrique de 19 places. L’appareil affiche une autonomie de 1 500 kilomètres et vise un marché qu’Aura Aero estime à 5 000 appareils dans le monde sur les quinze prochaines années.

L’entreprise revendique une réduction des émissions de CO₂ pouvant atteindre 80 % par rapport aux avions thermiques de sa catégorie. Le calendrier, lui, ne laisse guère de place à l’erreur : premiers essais avec un prototype avant la fin de l’année, premier vol en 2027, certification visée pour 2028.

En ligne de mire : la première certification d’un avion 100 % électrique en catégorie CS-23, une première mondiale que l’entreprise ne compte pas laisser passer.

Une diversification des activités vers les drones civils et militaires

Mais au-delà des activités purement aéronautiques, la société toulousaine a eu la bonne idée de se positionner sur les drones civils et militaires. Une diversification des activités qui répond pleinement aux besoins européens.

Un projet retient toute l’attention des décideurs : Enbata. Ce drone MALE - moyenne altitude, longue endurance - dont le premier vol est prévu fin 2026, devrait entrer en service fin 2028.

Ses caractéristiques techniques ? 55 heures d’endurance, 25 000 pieds d’altitude opérationnelle, 160 ktas de vitesse de croisière (environ 300 Km/h), 17 mètres d’envergure et jusqu’à 1 050 kg de charge utile, carburant et charge mission compris.

Il vise aussi bien la surveillance civile et la gestion des catastrophes naturelles que les besoins militaires.

Mais sa principale particularité tient en un mot : ITAR-free. Sans composant américain, l’appareil peut être commercialisé sans l’aval de Washington. Un atout décisif dans un contexte de réarmement européen face à la menace russe.

Pour piloter cette diversification militaire, Aura Aero a recruté le général Stéphane Mille, ancien chef d’état-major de l’armée de l’air, désormais à la tête d’une branche dédiée aux drones destinés aux armées françaises et à l’export.

Le tour de table : Safran, l’État et une ligne rouge sur les capitaux étrangers

Pour continuer à grandir, Aura Aero a donc annoncé une levée de fonds de 50 millions d’euros en série B. Un montant qui, complété par 120 millions d’euros de subventions et 170 millions d’euros de dette, porte le total sécurisé à 340 millions d’euros.

Depuis sa création, la jeune pousse a ainsi rassemblé près de 500 millions d’euros.

Comme relevé par Les Echos, le tour de table de cette série B rassemble de grands noms industriels et du capital-risque européen. French Tech Souveraineté, le Fonds du Conseil européen de l’innovation, Safran Corporate Ventures, Blast, Innovacom, Florida Opportunity Fund et EDF Groupe font ainsi partie de l’aventure.

« Aura Aero change de dimension. Le financement, les commandes fermes et les usines ne sont plus des perspectives. Ce sont des réalités », se félicite Antoine Blin, Chief of Staff de la société française.

Du côté de la présidence, le ton est similaire, mais l’accent porte davantage sur l’ambition industrielle que financière. « Nous sommes en train de construire bien plus que des avions. Nous construisons un nouvel acteur industriel européen », estime Jérémy Caussade, président et cofondateur.

Un rapprochement entre industriel et start-up ?

Safran, présent au capital via son fonds de venture, justifie son entrée par une logique de filière.

« Cet investissement s’inscrit dans la stratégie de Safran Corporate Ventures, qui vise à soutenir de nouveaux acteurs autour des briques technologiques innovantes de l’aviation décarbonée, comme les chaînes propulsives hybrides-électriques », explique Florent Illat, directeur général de Safran Corporate Ventures.

Une manière, pour l’un des géants historiques de la propulsion aéronautique, de garder un pied dans les technologies émergentes sans en porter seul le risque.

Le ministre des Transports, Philippe Tabarot, ne cache pas non plus sa satisfaction. Il estime notamment que ce lien entre la start-up et un grand groupe industriel français doit servir d’exemple à l’avenir : « La décarbonation de l’aviation a besoin de grands acteurs industriels établis, elle a aussi besoin de startups et de nouveaux acteurs : la participation de Safran au tour de table démontre qu’il ne faut pas opposer les deux mondes. »

Place à la production en série

Pour Aura Aero, cette levée de fonds doit marquer le passage du développement à la production en série.

À Cugnaux, au sud de Toulouse, sur le site de Francazal, l’« Aura Factory » doit sortir de terre en 2028. Ce site, conçu comme un ensemble intégré de plus de 40 000 m² sur près de 12,5 hectares, réunira la conception, l’assemblage et la livraison des appareils.

À terme, la capacité de production sera d’une centaine d’ERA et d’une cinquantaine d’Integral par an, avec environ 1 600 salariés.

De l’autre côté de l’Atlantique, le mouvement est déjà engagé. Un premier site a été inauguré en octobre 2025 à Daytona Beach, en Floride, pour l’assemblage final de l’Integral.

Une seconde usine, dédiée cette fois à l’ERA et dotée de 50 000 mètres carrés, doit voir le jour d’ici 2028 sur un terrain de 16 hectares, avec le soutien de Space Florida.

Cette double implantation n’est pas un hasard. Elle traduit une stratégie assumée de l’entreprise : « disposer des capacités de production au plus près de nos marchés, en Europe comme aux États-Unis », comme l’avait précisé Jérémy Caussade.

Un carnet de commandes qui commence à se remplir

Sur le plan commercial, les chiffres avancés par l’entreprise tranchent avec la prudence habituelle du secteur en phase de développement : plus de 700 intentions d’achat et 20 commandes fermes pour l’ERA.

Côté chiffre d’affaires, Aura Aero reste pour l’instant un acteur modeste : 2 millions d’euros en 2025, avec une prévision proche de 10 millions d’euros pour 2026, portée par les ventes d’Integral et les travaux sur le drone Enbata.

Un écart entre ambitions industrielles et revenus actuels qui rappelle combien la phase qui s’ouvre reste risquée.

L’atout « souveraineté »

Alors que l’Europe se bat pour exister dans de nombreux secteurs face aux puissances chinoises et américaines, la montée en puissance d’Aura Aero est perçue comme une bénédiction par les responsables politiques.

Il faut dire que c’est un sujet sur lequel Jérémy Caussade se montre particulièrement offensif. Dès 2023, il alertait sur la fragilité du financement européen dans l’aéronautique décarbonée :

« Si on continue à avoir des fonds qui sont aussi peu à la hauteur, il y a deux solutions. Soit les sociétés vont mourir et se rendront à l’étranger. Soit elles se retrouveront, comme 90 % des sociétés européennes dans notre secteur, avec des fonds chinois au capital. »

Une ligne qu’il revendique comme une singularité.

« La raison est simple. Nous sommes la seule scale-up européenne à ne pas avoir de fonds chinois dans notre capital », affirmait-il, se targuant par ailleurs du siège obtenu par AURA AERO au comité directeur de l’Alliance for Zero Emission Aviation, aux côtés d’Airbus, pour représenter les constructeurs européens.

Trois ans plus tard, le discours n’a pas varié d’un pouce, quand bien même l’entreprise a considérablement grossi.

« Il n’est pas question pour Aura Aero d’accepter de se faire racheter par une entreprise chinoise, turque ou indienne », tranche-t-il aujourd’hui.

« Nous travaillons sur des projets touchant à la souveraineté du pays, que ce soit pour le civil ou le militaire. Nous traçons notre voie, dans l’idée de grossir, de mener à bien nos développements actuels, d’aller conquérir des marchés et de développer, dans le futur, de nouveaux produits. »

Et de se féliciter, à propos du tour de table qui vient de se boucler : « Le principe de la souveraineté est garanti avec ces actionnaires. Il n’y a pas de fonds exotiques. La liberté n’a pas de prix. »

Prochaine levée de fonds programmée pour 2028 ?

Cette accélération financière s’accompagne d’un mouvement de croissance externe. Aura Aero a repris VoltAero, autre acteur français de la propulsion hybride-électrique. Un rapprochement qui est fondé, selon la direction de l'entreprise, sur des complémentarités technologiques.

Mais l’histoire ne s’arrête pas là.

Antoine Blin, directeur général adjoint, prévient déjà la suite : « Une autre levée de fonds sera nécessaire début 2028 pour la production. »

Une manière de rappeler qu’entre la promesse d’un avion bas carbone et sa production en série, le chemin reste long et extrêmement coûteux.