Conseil en gestion de patrimoine indépendant

Avènement du conseil indépendant : la lente révolution de la gestion de patrimoine

Longtemps structuré autour d’un modèle opaque, le marché français de la gestion de patrimoine amorce une mutation profonde. Sous l’effet conjugué de la réglementation et des attentes croissantes des investisseurs, le conseil indépendant, encore minoritaire, s’impose progressivement comme une alternative crédible. Décryptage d’un basculement silencieux mais déterminant.

Un modèle historique fondé sur les rétrocessions

Pendant des décennies, la distribution de produits financiers en France s’est organisée autour d’un mécanisme central : celui des rétrocessions de commissions.

Le principe est simple. Lorsqu’un épargnant investit dans un contrat - assurance-vie, plan d’épargne retraite (PER) ou compte-titres - intégrant des fonds, la société de gestion prélève des frais. Une partie de ces frais est ensuite reversée à l’assureur, puis redistribuée aux réseaux commercialisant leurs produits : banques, courtiers, conseillers en gestion de patrimoine (CGP).

Ce système, largement répandu, structure encore aujourd’hui la grande majorité du marché.

Mais il porte en lui une ambiguïté majeure : les conflits d’intérêts potentiels. Le conseiller pouvant être incité à privilégier les produits les plus rémunérateurs pour lui plutôt que les plus pertinents pour son client.

Guillaume Lucchini, associé fondateur du multi-family office indépendant Scala Patrimoine, revient sur les origines du marché des CGP. En quelques phrases, il esquisse une évolution regrettable : celle d’un métier qui, né sous le signe du conseil, s’est progressivement orienté vers la commercialisation de produits, au risque d’en oublier sa vocation première. « Lorsque j’ai débuté dans le conseil patrimonial, j’ai découvert un univers assez déroutant. Le métier s’était pourtant construit en réaction au modèle bancaire, alors dominant, qui consistait à distribuer ses propres produits financiers. À ses débuts, le CGP incarnait une profession libérale, indépendante, libre d’explorer un marché ouvert pour en extraire les meilleures solutions d’investissement. Il avait accès à l’ensemble des sociétés de gestion de la place. C’était, en un sens, le meilleur des deux mondes : une exigence de conseil alliée à une architecture totalement ouverte. »

Mais ce modèle s’est rapidement heurté à une réalité moins chatoyante. « Pour des raisons financières, de nombreux de conseillers ont, en pratique, orienté leurs choix vers les solutions les plus rémunératrices pour eux-mêmes. Peu à peu, le métier a glissé vers une logique de distribution des produits les mieux commissionnés. La confiance s’est alors érodée, laissant place à des conflits d’intérêts potentiels qui continuent, aujourd’hui encore, de questionner la profession » explique Guillaume Lucchini.

Les rétrocessions, une mécanique particulièrement rémunératrice

Ce mode de rémunération présente plusieurs avantages pour les professionnels.

D’abord, il génère des revenus récurrents. Une fois le contrat ouvert, les commissions continuent d’être perçues chaque année, sans nécessiter d’intervention supplémentaire.

Ensuite, ces frais sont directement prélevés sur les produits financiers du contrat. Pour l’épargnant, ils restent souvent invisibles, car ils ne donnent pas lieu à une facturation explicite.

Mais cette invisibilité a un revers. Comme le souligne Guillaume Lucchini, associé-fondateur du multi-family office Scala Patrimoine : « Le client fait face à une superposition de frais difficilement lisible. Lorsque les acteurs privilégient leurs propres solutions, les niveaux de rémunération s’additionnent, parfois au détriment de la diversification et de l’intérêt du client. »

Autrement dit, la logique de distribution peut primer sur la logique de conseil.

L’effet pervers de la financiarisation du secteur

À cette problématique s’ajoute une évolution plus récente : l’entrée massive de fonds d’investissement au capital de cabinets de gestion de patrimoine.

Attirés par la stabilité des revenus récurrents, ces investisseurs encouragent des stratégies de croissance rapide. Résultat : une vague de consolidation du marché, marquée par des acquisitions avec effet de levier, dont l’objectif est d’augmenter rapidement les encours sous gestion.

Cette pression financière peut, dans certains cas, renforcer les logiques commerciales au détriment de l’indépendance du conseil.

Une réponse réglementaire progressive : indépendant Vs non indépendant

Face à ces dérives potentielles, plusieurs pays ont choisi des approches radicales, alors que la France a choisi une voie médiane.

  • Les choix forts des pays anglo-saxons

Au Royaume-Uni, la réforme du Retail Distribution Review (RDR) a interdit dès 2013 les commissions versées aux conseillers indépendants. Ces derniers doivent désormais être rémunérés exclusivement par leurs clients. Les Pays-Bas ont adopté une mesure similaire la même année, suivis par des pays comme le Danemark.

La France, en revanche, a opté pour une voie intermédiaire.

  • Le cadre plus mesuré de la France

Depuis l’entrée en vigueur de la directive MiFID II, le marché français repose sur une distinction claire :

- Le conseil indépendant : le professionnel ne peut conserver aucune rémunération provenant de tiers. Toute commission perçue doit être restituée au client. Sa rémunération repose exclusivement sur des honoraires.

- Le conseil non indépendant : les rétrocessions restent autorisées, à condition d’être transparentes et d’améliorer la qualité du service rendu.

Cette distinction vise à renforcer la lisibilité pour l’épargnant. « Sans transparence complète sur les frais et les flux financiers, le client ne peut pas apprécier le coût réel du service ni comparer les offres. La clarté est une condition essentielle de la confiance », rappelle cependant Guillaume Lucchini.

Pour le family officer, il faut d’abord accepter de regarder la réalité en face. « Le marché de la distribution, essentiellement les CGP ou les sociétés de gestion, n’a guère d’intérêt à promouvoir la transparence. L’opacité régnante permet aux sociétés de gestion de commercialiser leurs solutions d’investissement sans avoir à recruter une armée de commerciaux. Le recours aux CGP constitue, de ce point de vue, un levier redoutablement efficace, avec un maillage territoriale important. Dans ce contexte, les lobbys financiers et assurantiels, particulièrement puissants en France, n’ont aucun intérêt à faire bouger les lignes. Il est donc logique que la réponse réglementaire soit encore timide. »

« La nouvelle génération revendique un conseil patrimonial véritablement impartial »

L’émergence d’un modèle indépendant, fondé sur les honoraires de conseil

Dans ce contexte, certains acteurs ont fait le choix d’un positionnement radical : abandonner totalement les rétrocessions.

C’est le cas de cabinets indépendants qui s’inspirent des pratiques anglo-saxonnes. « Il convient d’aligner totalement les intérêts du conseiller et de son client. Lorsque la rémunération dépend uniquement des honoraires, la recommandation redevient objective », explique Guillaume Lucchini.

Une nouvelle génération de conseillers émerge, davantage formée aux enjeux financiers et moins attachée aux logiques purement commerciales. Pour ces professionnels, l’indépendance n’est plus une contrainte réglementaire, mais un positionnement stratégique.

Ce modèle reste aujourd’hui toutefois minoritaire, environ 5 % du marché, mais il progresse régulièrement.

Scala Patrimoine : le précurseur

Dans ce paysage recomposé, Scala Patrimoine a fait figure de pionnier en étant l’un des seuls à choisir, dès l’origine, le statut d’indépendant. « À la manière d’un cabinet de conseil, nous avons fait le choix de facturer exclusivement des honoraires, définis dans une lettre de mission, en fonction des besoins de nos clients et de l’accompagnement que nous leur apportons », explique Guillaume Lucchini.

Dans un souci de transparence, le montant de ces honoraires est systématiquement détaillé dès l’entrée en relation, puis formalisé à l’issue d’un premier rendez-vous. Une pratique qui tranche avec les usages longtemps en vigueur dans la profession.

Cette logique a également conduit Scala Patrimoine à participer à la création d’une première assurance-vie dit « Cleanshare ». Un contrat qui a la particularité d’intégrer des supports d’investissement faiblement chargés, précisément parce qu’ils n’intègrent pas de rétrocessions au profit du distributeur.

« Ce positionnement garantit aux clients que le conseiller n’a aucun intérêt à privilégier un fonds plutôt qu’un autre pour des raisons de rémunération », souligne Guillaume Lucchini.

À ce jour, seuls quelques cabinets ont franchi le pas de cette indépendance revendiquée, à l’image de Prosper Conseil, d’Alpha & K et de quelques multi family-offices.

Pourquoi le statut d'indépendant séduit de plus en plus

Le conseil indépendant répond à plusieurs attentes fortes des investisseurs :

- une transparence totale sur les frais ;

- une absence de biais commercial et un conseil dénué de tout conflit d’intérêts ;

- une personnalisation accrue des stratégies patrimoniales ;

- la possibilité de mettre en concurrence les solutions proposées.

Il s’inscrit aussi dans une évolution plus large des comportements. Mieux informés, échaudés par les pratiques bancaires où les produits “maison” sont largement surreprésentés, les clients se montrent de plus en plus exigeants sur la qualité et l’objectivité du conseil. Les grandes familles et les entrepreneurs sont désormais clairement à la recherche d’un conseil véritablement indépendant.

Cet essor s’explique avant tout par une meilleure diffusion de l’information appui l’associé fondateur du multi family office indépendant Scala Patrimoine. « Autrefois, les clients se souciaient peu de ce type de données. Aujourd’hui, la donne a changé : la presse s’empare du sujet, et des blogs animés par des professionnels, comme celui de l’Avenue des Investisseurs, jouent un rôle pédagogique majeur. »

Parallèlement, on perçoit chez la nouvelle génération une volonté de reprendre la main sur ces questions. « Cette génération revendique un conseil véritablement impartial, capable de naviguer dans un environnement complexe, soumis à de fortes contraintes économiques, fiscales et de marché. Cette exigence accrue contribue à faire évoluer le métier, en orientant la profession vers davantage de transparence et d’indépendance. » estime à cet égard Guillaume Lucchini.

Un environnement favorable

Plusieurs dynamiques externes contribuent aujourd’hui à faire évoluer le marché vers un modèle davantage indépendant.

D’abord, une nouvelle génération de professionnels, souvent issue du monde du conseil, arrive sur le marché avec un regard plus critique. Beaucoup disent avoir pris conscience des limites du marché traditionnel. Certains parlant même de « supercherie ». Ils ont la volonté de rebattre les cartes et de replacer le conseil au cœur de leur pratique, loin des logiques purement commerciales.

Par ailleurs, le modèle de rémunération fondé sur les honoraires facilite les synergies avec d’autres professions réglementées, come les avocats, notaires, experts-comptables. Pour Guillaume Lucchini, cette convergence n’a rien d’anecdotique. « Ces métiers partagent des standards similaires. La qualité du conseil est pour eux un levier essentiel pour accompagner, dans la durée, des clientèles exigeantes comme les familles fortunées, les entrepreneurs ou encore les sportifs de haut niveau. »

L’irruption de l’intelligence artificielle aura également son importance. En permettant de produire plus rapidement un premier niveau d’analyse ou de recommandation, elle pourrait inciter certains conseillers à s’orienter vers des modèles plus transparents, débarrassés des conflits d’intérêts.

Guillaume Lucchini met cependant en garde : « Certains pourraient être tentés de s’engager dans une course à la baisse des frais, sans pour autant renforcer la qualité du conseil ou des services proposés. Ce serait une erreur. Le modèle d’aujourd’hui, et plus encore celui de demain, repose sur un accompagnement approfondi, exigeant et sur mesure. Il suppose que les cabinets se structurent autour de compétences solides et complémentaires, capables d’offrir une vision à 360°. C’est d’ailleurs le choix que nous avons fait chez Scala Patrimoine depuis plusieurs années. »

Enfin, les sociétés de gestion, établissements bancaires et assureurs internationaux voient dans ces acteurs indépendants des partenaires privilégiés. « Notre rôle est d’identifier les meilleurs gérants et les solutions les plus pertinentes, sans autre contrainte que l’intérêt du client. C’est précisément cette liberté qui attire les grandes maisons de gestion », résume Guillaume Lucchini.

Un virage historique pour le conseil indépendant

Malgré ces évolutions, la France reste l’un des marchés européens où le modèle des rétrocessions demeure dominant.

Pourtant, loin de s’être arrêtée à MiFID II, la pression réglementaire continue de s’intensifier. Les autorités de supervision, à commencer par l’AMF, renforcent leurs exigences en matière de transparence et de gestion des conflits d’intérêts. À Bruxelles, la question d’une interdiction pure et simple des rétrocessions est régulièrement remise sur la table.

Quoi qu’il en soit, la dynamique est enclenchée. À mesure que les exigences de transparence s’intensifient et que les investisseurs gagnent en maturité financière, le conseil indépendant va s’imposer comme le nouveau standard.

« L’indépendance n’est plus seulement une posture éthique, c’est devenu un avantage compétitif. Les clients comprennent mieux les enjeux de frais et exigent un alignement réel des intérêts », abonde Guillaume Lucchini.

En somme, une révolution discrète, mais irréversible.

Rétrocessions & Conseil en gestion de patrimoine indépendant
Rétrocessions & Conseil en gestion de patrimoine indépendant

Nos conseils pour réussir ses investissement dans un fonds de private equity

Faut-il investir dans les produits structurés ?

Avec un rendement annuel médian brut compris entre 6 % et 7 %, les produits structurés attirent de nombreux investisseurs. La collecte brute illustre cet engouement. Celle-ci est passée de 23 milliards d’euros fin 2021 à près de 42 milliards en 2023, et pourrait approcher les 70 milliards en 2025, selon l’ACPR.

Pour autant, ces chiffres doivent être nuancés. La résurgence des tensions géopolitiques et de la volatilité sur les marchés financiers efface les repères traditionnels. Cet environnement crée certes des opportunités, mais il accroît également les risques.

La sélection d’un produit structuré doit donc s’inscrire dans une démarche adaptée au profil de l’investisseur, à son horizon de placement et à ses besoins de liquidité.

Les produits structurés, des placements sophistiqués

Les produits structurés symbolisent en partie la sophistication de la finance de marché. Ils combinent plusieurs actifs, le plus souvent obligations et dérivés, afin de proposer un profil rendement/risque adapté au profil et aux objectifs des investisseurs.

  • Le rôle clé du sous-jacent

Ces placements sont des investissements « à maturité », c’est-à-dire avec une échéance fixée dès la souscription.

Leur rendement dépend de l’évolution d’un élément de référence, appelé le sous-jacent : des taux d’intérêt, un indice boursier, un panier d’actions, voire une matière première. Tant que cet indicateur ne dépasse pas un seuil prédéfini, un coupon peut être versé périodiquement.

  • Une barrière de protection totale ou partielle

Si ce mécanisme comporte un risque de perte en capital, une barrière de protection est, dans la quasi-totalité des cas, prévue. Celle-ci demeure souvent favorable aux investisseurs.

En moyenne, le capital n’est, en pratique, menacé qu’en cas de baisse du sous-jacent de 40 à 50 %.

Certains produits offrent même, en contrepartie d’un rendement moindre, une garantie complète du capital à l’échéance. Aujourd’hui, cette typologie de placement représente près de 25 % de la collecte sur le marché.

La durée de vie maximale de ces produits se situe généralement entre huit et dix ans.

Les catégories de produits structurés

Les produits structurés se déclinent en plusieurs catégories, selon le degré de protection du capital visé (garanti, partiellement protégé ou non garanti) et les mécanismes de rémunération choisis.

  • Les autocalls

Parmi eux, les autocalls sont les plus répandus. Les versions Athéna permettent un remboursement anticipé si le sous-jacent dépasse un seuil à certaines dates d’observation. Les Phoenix versent, quant à eux et sous conditions, des coupons réguliers même sans remboursement anticipé. Historiquement, ces produits présentaient soit un capital garanti, soit une barrière située entre 30 % et 70 % du capital.

  • Les autres catégories de produits structurés

D’autres catégories existent : les produits de rendement, offrant des coupons conditionnels. Les produits de participation, exposant à la hausse d’un actif tout en protégeant partiellement le capital, sont aussi très présents dans les allocations d’actifs. Tout comme les produits à capital garanti qui viennent sécuriser entièrement le capital à l’échéance au prix d’une performance limitée.

Les avantages des produits structurés

Les produits structurés offrent la possibilité de s'exposer à un marché (actions, taux, matières premières …) tout en minimisant le risque et en protégeant le capital investi.

  • Un produit sur mesure

Les produits structurés sont présents dans de nombreux portefeuilles financiers, grâce à des moteurs de performance capables de s’adapter à tous les environnements de marché.

« La personnalisation est un atout majeur : il est possible de créer des produits sur mesure en collaboration directe avec les salles de marché », souligne Romane Azzopardi, responsable des investissements cotés chez Scala Patrimoine. Il est, par exemple, possible d’introduire une dégressivité dans la barrière de rappel ou d’augmenter la fréquence des observations - annuelles, trimestrielles ou mensuelles - pour adapter le produit aux objectifs de l’investisseur.

La protection du capital est, elle aussi, modulable. Certains produits proposent une protection de l’intégralité du capital à l’échéance, tandis que d’autres prévoient une protection partielle.

  • La création de revenus complémentaires

Ces instruments financiers offrent la possibilité de générer des revenus complémentaires. Grâce à leurs coupons conditionnels, l’investisseur peut percevoir des versements périodiques si le sous-jacent - action, indice ou panier d’actifs - respecte certaines conditions prédéfinies par avance.

Par ailleurs, certaines formules innovantes appliquent un « effet mémoire » aux coupons et ce de façon rétroactive". L'investisseur peut ainsi percevoir le rendement espéré dès que les conditions de déclenchement sont atteintes, même si la valeur de l’actif a baissé entre-temps, offrant ainsi un équilibre entre performance et sécurité.

Exemple : si un produit structuré est censé verser 2 % par mois mais que le premier mois la condition de paiement n'est pas respectée, il va payer 4 %, si la condition est respectée le deuxième mois.

« Concrètement, le produit structuré permet de moduler le profil de risque pris par l’investisseur. On peut ainsi diminuer le delta, ajouter une protection ou transformer l’exposition en coupon », abonde Romane Azzopardi.

Les risques des produits structurés

Les produits structurés offrent des opportunités de rendement attrayantes, mais ils ne sont pas dénués de risques.

  • Une complexité à manier avec précaution

« Avant toute souscription, il est essentiel que l’investisseur comprenne parfaitement le fonctionnement du produit et les conséquences potentielles de la réalisation des scénarios les plus défavorables, tels que l’absence de paiement du coupon ou la perte en capital », avertit d’emblée Romane Azzopardi.

Les investisseurs devront, par ailleurs, bien appréhender le risque de marché avant d’investir dans un produit structuré. Les variations du sous-jacent, actions, indices ou matières premières, peuvent, en effet, affecter fortement la valeur du produit.

Le risque de liquidité doit également être pris en compte. Comme le souligne la responsable des investissements côtés du multi-family office indépendant : « certains produits ne sont pas facilement revendables avant l’échéance ou peuvent subir une décote significative en cas de revente anticipée. L’investisseur doit donc anticiper ses besoins de liquidité avant de s’engager. »

Plusieurs exemples témoignent des dérives du marché. En analysant les portefeuilles de certains investisseurs venus solliciter notre expertise, nous avons été frappés par des choix d’investissement extrêmement concentrés.

« L’un d’eux détenait plus de 50 % de son portefeuille en produits structurés. Un autre avait investi dans des produits structurés sur Stellantis, présentés comme des pépites combinant rendement attractif et protection supposée, mais dont la barrière franchie pouvait générer de lourdes pertes. Un troisième avait placé 2 millions d’euros dans un CMS sur dix ans : séduisant sur le papier, ce produit manquait de diversification et s’est transformé en véritable piège face à la remontée des taux. » abonde Guillaume Lucchini, associé fondateur de Scala Patrimoine.

  • Une vérification de la solidité de l’émetteur

Le risque de crédit ou de contrepartie n’est pas non plus à mésestimer. Un produit structuré étant, en pratique, un titre de créance, si l’émetteur rencontre des difficultés financières, l’investisseur peut ne pas récupérer son capital. La récente faillite de Credit Suisse l’a bien montré. Même les institutions réputées peuvent faire défaut.

Une position appuyée par Romane Azzopardi : « Le risque de ces placements repose avant tout sur la solidité ou la fragilité de la banque qui émet le produit structuré. Nous recommandons en conséquence de privilégier des établissements de premier rang, notés investment grade. Certains assureurs luxembourgeois n’autorisent d’ailleurs pas l’investissement sur des émetteurs, notamment des banques, en dessous d’une certaine note. »

Un coût souvent invisible pour l’épargnant

Les produits structurés restent des supports financiers à frais élevés, souvent méconnus des épargnants. Ces coûts, intégrés directement dans la mécanique du produit, passent généralement inaperçus.

Même l’Autorité des marchés financiers (AMF) reconnaît qu’il est impossible de connaître le montant exact des frais.

« Ces commissions constituent un véritable moteur de consolidation du secteur : les grands cabinets de conseillers en gestion de patrimoine rachètent les plus petits et orientent leurs clients vers des produits structurés pour accélérer le retour sur investissement de leurs acquisitions. Une logique commerciale qui ne correspond pas toujours à l’intérêt des clients », avertit Guillaume Lucchini, associé fondateur de Scala Patrimoine.

Il est donc essentiel de comprendre la structure de coûts de ces produits, surtout dans le cadre d’un contrat d’assurance-vie ou d’un plan d’épargne retraite (PER), où les couches de frais se multiplient rapidement.

Conseils et bonnes pratiques

La complexité des produits structurés exige une certaine prudence, mais ne doit pas pour autant effrayer. « Au contraire, la volatilité peut devenir une opportunité, car les options intégrées aux produits se valorisent davantage dans des marchés volatils », souligne Francesco Baiano, chargé d’investissement au sein du multi-family office Scala Patrimoine.

  • La stratégie de la diversification

Comme le rappelle Romane Azzopardi, la diversification est essentielle. « Il ne s’agit pas seulement de varier les sous-jacents, mais aussi les mécanismes et les corrélations avec d’autres placements. On peut ainsi souscrire à des produits à capital garanti indexés sur des taux d’intérêt, des paniers d’actions ou des indices, permettant de profiter des différentes catégories de marché tout en modulant le risque. »

La responsable des investissements côtés du multi-family office indépendant tient à ajouter « qu’il est préférable de travailler avec des institutions fiables, ayant une notation élevée, et d’éviter les intermédiaires multiples, qui viennent, par ailleurs, réduire la performance par des frais additionnels.»

  • Les convictions de Scala Patrimoine

Dans des périodes de forte volatilité, il convient plus que jamais de garder la tête froide. La prudence reste, en effet, de mise face aux propositions commerciales des banques et brokers.

« Nous privilégions généralement les structures autocalls, dont le remboursement anticipé est conditionné aux niveaux de marché dès le départ, plutôt que celles rappelables à la discrétion de l’émetteur de façon trimestrielle ou semestrielle, moins pertinentes pour l’investisseur », explique Romane Azzopardi.

Les produits de type Phoenix offrent des coupons réguliers conditionnels, avec un taux souvent lié à des indices larges (Stoxx 50, iTraxx Main) ou sectoriels lorsque l’exposition ciblée est souhaitée. « En revanche, nous ne sommes pas positionnés sur les indices à décrément, très à la mode en ce moment. Leur trajectoire est difficile à anticiper, rendant l’estimation du rendement incertaine », prévient Francesco Baiano.

Conclusion

Fin janvier, un groupe de travail de l’Autorité des marchés financiers (AMF) a rendu ses conclusions sur les produits structurés. L’institution admet notamment que « les informations peuvent être dispersées et pas toujours très faciles à comprendre pour le grand public ».

Ces produits occupent pourtant une place importante dans l’allocation d’actifs proposée par les conseillers en gestion de patrimoine. Selon l’Observatoire de Nortia, ils représenteront 33 % des unités de compte en 2025. Cela fait tout simplement des produits structurés l’une des classes d’actifs les plus recommandées.

Le revers de la médaille, c’est que, pour de nombreux intermédiaires, ces produits génèrent des flux de commissions importants : des frais d’entrée autour de 5 %. « L’intérêt du distributeur peut ainsi primer sur celui du client », regrette à ce titre Guillaume Lucchini.

C’est précisément pour cette raison que la question de l’indépendance du conseil est centrale. Pour tout investissement, et en particulier pour les produits structurés, il est essentiel de s’entourer d’un conseiller réellement indépendant, rémunéré uniquement par des honoraires transparents, sans rétrocommissions, et aligné exclusivement avec les intérêts de son client.


Les marchés financiers prouvent une nouvelle fois leur dépendance aux décisions des banques centrales. L'économie résiste, quant à elle, trés bien.

Le rendez-vous des marchés financiers - Avril 2026

Les Marchés financiers & économie : les points clés

  • Les marchés financiers essuient le contrecoup de l’escalade du conflit au Moyen‑Orient, marquant une nette augmentation de la volatilité ;
  • La guerre en Iran perturbe de manière significative la production pétrolière mondiale. Selon l’Agence internationale de l’énergie, l’offre globale serait amputée d’environ huit millions de barils par jour ;
  • Le spectre d’une stagflation — cette combinaison redoutée de croissance atone et d’inflation persistante — gagne du terrain tant aux États‑Unis qu’en Europe.

Les grandes actualités géopolitiques et les performances sur les marchés financiers

La guerre menée par les États-Unis et Israël contre l'Iran déstabilise les marchés financiers.

  • Le conflit iranien cristallise l’attention

Bloqué depuis cinq semaines, le détroit d’Ormuz concentre l’attention de tous les investisseurs. Les frappes menées sur les infrastructures du Golfe perturbent des chaînes d’approvisionnement clés.

Résultat : les cours de l’énergie explosent. Le prix du baril de pétrole a pris plus de 53 % en un mois, passant de 60 à 110 dollars, tandis que le prix du gaz bondit de près de 70 %. Cela ne représente rien de moins que la plus forte hausse mensuelle depuis 1988.

Les conséquences du blocage de ce passage stratégique de 54 km sont déjà importantes. Le Qatar estime ainsi avoir perdu 17 % de ses capacités d’exportation de gaz. La production mondiale d’engrais azotés, d’aluminium ou encore d’hélium, cruciale pour les puces électroniques, est aussi touchée.

Les négociations autour d’un plan de paix en 15 points avec l’Iran par les États-Unis semblent, il est vrai, piétiner.

Donald Trump osera-t-il se lancer dans une hasardeuse opération militaire terrestre pour prendre le contrôle de l'île de Kharg, le terminal par lequel transitent 90 % des exportations pétrolières iraniennes ? Personne ne peut le dire. Tant le président des États-Unis est capable, d’un jour à l’autre, de dire tout et son contraire.

De son côté, l’Iran affirme promettre de « faire pleuvoir le feu » sur les forces américaines si tel était le cas.

Et pour ne rien arranger à la situation, au Yémen, les Houthis – alliés aux Iraniens – pourraient tenter de bloquer Bab el-Mandab, le détroit entre le Yémen et Djibouti, où passe près de 12 % de l’ensemble du commerce mondial !

  • Une économie mondiale touchée de plein fouet ?

Il n’est pas facile d’être analyste macroéconomique en ce moment. Les événements économiques et géopolitiques se bousculent en ce début d’année. L’enlèvement du président Maduro au Venezuela par les États‑Unis, l’intelligence artificielle continue de transformer l’économie mondiale, le débat sur l’abandon des tarifs douaniers se poursuit, le crédit privé reste fragile et la guerre en Iran inquiète les marchés. Il est difficile de prévoir quelles seront les conséquences de tous ces événements à long terme.

L’OCDE s’est toutefois risquée à faire des projections. Elle vient de réviser à la hausse ses prévisions d’inflation pour les pays du G20 (+ 1,2 point).

Même si le conflit s’arrêtait rapidement, la croissance mondiale ne serait pas totalement préservée. Une baisse comprise entre 0,2 % et 0,7 % en 2026 est déjà anticipée, selon les zones économiques et leur dépendance au pétrole.

Tout dépendra désormais de la durée de la guerre. Plus elle sera courte, plus ses effets sur l’inflation et la croissance resteront transitoires.

Pour relativiser en partie les conséquences économiques du conflit en Iran, une donnée intéressante sur le pétrole est rarement évoquée : la désensibilisation de l’économie à l’or noir. En 1973, selon les calculs de l’Agence internationale de l’énergie, il fallait un baril de pétrole pour générer mille dollars de production. Cinquante‑deux ans plus tard, c’est moins d’un quart de baril qui est nécessaire pour le même effet, en dollars constants.

  • Les marchés financiers en baisse face aux tensions internationales

Le conflit en Iran inquiète les investisseurs. La volatilité explose et l’indice Greed & Fear chute à 10, signalant une peur extrême sur les marchés. Pour rappel, cet indicateur varie de 0, marque d’une peur intense, à 100, correspondant à une avidité extrême.

Conséquence directe : les indices boursiers poursuivent leur tendance baissière. Le S&P 500 enregistre cinq semaines consécutives de baisse, une première depuis mai 2022, perdant plus de 4 % depuis le début de l’année.

Même les titres phares des marchés américains souffrent. L’ETF regroupant les Magnificent Seven abandonne près de 20 % par rapport aux sommets d’octobre dernier.

Pourtant, la saison des résultats reste solide aux États-Unis. La croissance des bénéfices par action au quatrième trimestre atteint 14 % sur un an, et 75 % des sociétés ont dépassé les attentes des analystes.

Sur les marchés européens, le début d’année est également morose. Le CAC 40 recule de 3 %, tandis que le DAX 30 cède 6,5 %.

En Asie, le Shanghai Composite perd 2,5 %, et la chute est encore plus marquée pour le Nifty 50. L'indice phare des marchés boursiers indiens s’effondre de 14 %.

Les marchés obligataires également sont sous pression. Le rendement des bons du Trésor américain à 10 ans bondit de 40 points de base en un mois, atteignant 4,38 %. En France, le taux passe de 3,2 % à 3,73 %, et en Allemagne, il grimpe de 2,65 % à 3 %.

  • L’or reprend son souffle

L’or est en baisse de près de 20 % depuis ses plus hauts historiques. Plusieurs facteurs expliquent ce recul. D’abord, les niveaux atteints laissaient peu de marge pour une progression supplémentaire. Ensuite, certaines banques centrales, confrontées aux tensions économiques, ont temporairement suspendu leurs achats de métal précieux.

Pour autant, le métal jaune conserve sa réputation de valeur refuge par excellence. Selon Bruno Jacquier, directeur de la stratégie chez Altitude Investment Solutions, cette correction reflète avant tout une situation conjoncturelle particulière : « Si l’or est revenu à son niveau du 1er janvier, c’est essentiellement parce que les investisseurs, confrontés à d’importants besoins de liquidités, ont choisi de sécuriser leurs profits sur cet actif très liquide. »

Performances des marchés boursiers - Avril 2026
Performances des marchés boursiers - Avril 2026

États-Unis : les risques autour d’une stagflation s’intensifient

Le PIB américain du quatrième trimestre 2025 a été publié, et la surprise est de taille : la croissance a été révisée à seulement 0,7 %. Pour mémoire, certains économistes tablaient sur 1,4 %. Ce ralentissement préoccupant alarme particulièrement les banquiers centraux, qui voient poindre le spectre d’une stagflation, ce cocktail redoutable où inflation et croissance au ralenti se conjuguent pour fragiliser l’économie.

  • Une économie qui tousse

Les hausses du prix du gallon d’essence, conséquence directe du conflit en Iran, commencent à peser sur le budget des ménages américains. L’effet est immédiat : le moral des consommateurs s’érode. Selon l’Université du Michigan, l’indice de confiance des ménages a reculé en mars à 53,3 points, en deçà des 53,5 points anticipés, après 56,6 points le mois précédent.

Cette instabilité géopolitique survient dans un contexte déjà fragile. En janvier, les dépenses réelles n’avaient progressé que de 0,1 %, frôlant la stagnation.

À l’aune de ces signaux, les prévisions économiques s’assombrissent. Goldman Sachs estime désormais à 30 % la probabilité d’une récession aux États-Unis. JPMorgan et Moody’s Analytics vont plus loin, avec respectivement 35 % et 48 %.

Bruno Jacquier, directeur de la stratégie chez Altitude Investment Solutions évoque lui aussi un ralentissement à venir : « Si les prévisions portant sur les conséquences économiques de la guerre en Iran diffèrent, ce n’est que par leur intensité, car il est parfaitement certain que l’inflation sera plus élevée, la croissance plus faible, l’investissement et l’emploi des entreprises revus à la baisse, et la consommation en berne. »

  • Marché de l’emploi : le point de bascule

Plusieurs facteurs convergent vers un affaiblissement du marché du travail américain. Certaines causes sont structurelles : le ralentissement économique et l’émergence des outils d’intelligence artificielle, qui perturbent déjà l’entrée des jeunes diplômés sur le marché du travail. D’autres sont plus conjoncturelles, liées aux tensions géopolitiques et aux incertitudes autour des droits de douane.

Le rapport mensuel sur l’emploi de février illustre ces difficultés : 92 000 postes ont été perdus, alors que 50 000 créations étaient attendues. Les données de décembre et janvier ont, par ailleurs, été révisées à la baisse. Le taux de chômage approche désormais 4,5 %, soit 7,57 millions d’Américains en recherche d’un emploi.

  • Inflation : un équilibre fragile

Au-delà du ralentissement économique, l’inflation menace toujours. Le Core PCE, indicateur de référence, atteint 3,1 % sur un an. Si l’on se concentre sur le secteur des services, moteur de l’économie américaine, le chiffre grimpe à 3,5 %.

Jerome Powell, président de la FED, a toutefois estimé qu’il n’était pas nécessaire, pour l’instant, de relever les taux en réaction à la flambée des prix du pétrole, soulignant que « les anticipations d’inflation de long terme restaient maîtrisées ». La Fed maintient donc ses taux directeurs entre 3,50 % et 3,75 %, tout en laissant la porte ouverte à une éventuelle baisse plus tard dans l’année.

Côté marché, les investisseurs restent prudents. La probabilité d’une hausse des taux en 2026 atteint désormais 52 %, traduisant un doute croissant sur la capacité de la FED à maîtriser les effets du contexte géopolitique. Barclays, de son côté, anticipe une reprise graduelle de l’assouplissement monétaire, avec d’éventuelles baisses de taux d’ici fin 2026, sous réserve d’une désinflation confirmée. Le principal risque demeure une pause prolongée, liée à des chocs temporaires sur les prix ou à une prudence excessive des décideurs.

Zone euro : la BCE fait preuve de prudence

La Banque centrale européenne (BCE) a rapidement ajusté ses prévisions économiques, sous l’effet des tensions qui secouent l’Iran. L’inflation attendue pour 2026 a été revue à la hausse, à 2,6 %, soit 0,7 point de plus que sa projection de décembre. À l’inverse, la croissance connaît un net ralentissement, estimée désormais à 0,9 %, soit 0,3 point de moins que prévu.

  • À la croisée des chemins

Le pessimisme de la BCE se reflète dans les chiffres. De nombreux indicateurs économiques montrent une tendance à la baisse.

Dans la zone euro, la croissance du secteur privé a marqué le pas en mars. L’indice PMI Flash, basé sur les sondages auprès d’entreprises, est tombé à 50,5 points, contre 51,9 en février, traduisant un quasi-arrêt de l’activité. Les nouvelles commandes se réduisent, signe d’un marché en attente.

Parallèlement, l’indice de sentiment économique (ESI) recule de 1,6 point, à 96,6, et l’indice des attentes en emploi (EEI) perd 1,4 point, s’établissant à 96,4.

En Allemagne, l’un des indicateurs les plus scrutés, l’indice ZEW du sentiment des investisseurs, plonge de 58,3 à -0,5 en mars.

Chris Williamson, chef économiste chez S&P Global,  pense que ces signes sont révélateurs . « L’indice PMI Flash de la zone euro sonne l’alarme sur le risque de stagflation. La guerre au Moyen-Orient fait grimper les prix tout en freinant la croissance. »

  • Une BCE attentiste

Comme aux États-Unis, l’inflation repart à la hausse dans la zone euro. Les prix ont augmenté de 2,5 % sur un an en mars, contre 1,9 % en février, et dix États membres affichent même une inflation supérieure à 3 %.

Faut-il pour autant redouter un resserrement brutal de la politique monétaire ? La BCE, consciente des fragilités de l’Europe face au choc énergétique, a choisi la prudence : elle maintient ses taux directeurs à 2 %, pour la sixième fois consécutive.

Pour Madison Faller, stratégiste chez J.P. Morgan, le message est clair : « La BCE ne s’engage pas à relever ses taux. Cependant, elle n’exclut pas un ajustement si les anticipations de marché évoluent. L’Europe a plus à perdre que les autres dans ce contexte énergétique. »

Le marché, lui, a déjà modifié ses attentes : après un mois de statu quo, il anticipe désormais trois hausses de taux en 2026. La BCE, elle, reste en observation, mesurant chaque mouvement avec prudence.

La Chine face à ses fragilités

La Chine peine encore à se relever du choc économique provoqué par la crise du Covid. La confiance des ménages s’est nettement effritée, tandis que le chômage des jeunes diplômés demeure à un niveau préoccupant. Dans ce contexte déjà tendu, l’embrasement de la situation au Moyen-Orient ne va pas l’aider à amorcer un rebond.

  • La principale victime du conflit iranien ?

La guerre au Moyen-Orient et la fermeture du détroit d’Ormuz mettent l’économie chinoise à rude épreuve et confirment sa vulnérabilité sur le plan énergétique.

La guerre au Moyen-Orient, conjuguée à la fermeture du détroit d’Ormuz, met en exergue la vulnérabilité énergétique de la Chine. Premier importateur mondial de pétrole, le pays dépend pour près de la moitié de ses approvisionnements du Moyen-Orient. 45 % de ses importations transitent précisément par ce passage. En 2025, Pékin absorbait même près de 90 % des exportations pétrolières iraniennes.

« Le détroit d’Ormuz est une artère vitale pour l’économie chinoise », confirme Emmanuel Lincot, directeur de recherche à l’IRIS. Avant d’ajouter : « Le blocage de ce détroit prive la Chine d’une part essentielle de ses approvisionnements, soit près de 5,5 millions de barils par jour. Or c'est une situation qui va devenir rapidement insoutenable pour son économie et son industrie. »

Pékin cherche naturellement à réduire son exposition en diversifiant ses fournisseurs, notamment en direction de la Russie ou de certains pays d’Amérique latine. Mais ces ajustements ne suffisent pas à compenser un choc de cette ampleur. Face au risque de pénurie, les autorités ont dû prendre des mesures d’urgence, allant jusqu’à imposer aux raffineries de suspendre certaines exportations de gaz et de pétrole afin de préserver le marché intérieur.

Les dirigeants chinois espèrent désormais une fin rapide du conflit. D’autant que les relations commerciales avec les États-Unis se tendent à nouveau.

  • La chine entre dans une nouvelle ère

Une transformation profonde de l’économie chinoise est actuellement à l’œuvre. Le gouvernement semble même avoir acté le ralentissement structurel de son économie. Celui-ci vise désormais une croissance comprise entre 4,5 % et 5 % en 2026. Un niveau bien éloigné des rythmes à deux chiffres qui prévalaient encore avant 2010.

Le Premier ministre Li Qiang ne fait d’ailleurs plus mystère des difficultés rencontrées. Dans un discours d’une étonnante transparence, il a reconnu que « le pays n'avait jamais été confronté à une conjoncture aussi grave et complexe. Les chocs et défis extérieurs se sont conjugués et superposés aux dilemmes internes et à des choix politiques cornéliens ».

Pour tenter de rebondir, Pékin mise sur une stratégie de montée en gamme technologique : semi-conducteurs, intelligence artificielle, robotique avancée ou encore fusion nucléaire figurent désormais au cœur des priorités. L’objectif est ici de réduire la dépendance aux importations tout en consolidant la place du pays sur les marchés mondiaux.

Parallèlement, les autorités entendent stimuler la demande intérieure.

Mais, pour relancer la consommation, encore faut-il redonner confiance aux ménages. Et c’est là que le bât blesse. Les ménages continuent de mettre de côté près d’un tiers de leurs revenus disponibles — 31,7 % en moyenne chaque année. Un niveau exceptionnellement élevé, qui en dit long sur les incertitudes persistantes et les inquiétudes qui traversent la société chinoise.


Le dispositif de l'apport-cession

L’apport-cession (article 150-0 B ter) : un dispositif durci en 2026

Le mécanisme de l’apport-cession, prévu à l’article 150-0 B ter du Code général des impôts, occupe une place centrale dans les stratégies de cession et de réinvestissement des dirigeants d’entreprise.

Instauré en 2012, ce dispositif permet de différer l’imposition de la plus-value réalisée lors de l’apport de titres à une société soumise à l’impôt sur les sociétés, généralement une holding contrôlée par l’apporteur. À la différence d’une cession classique — immédiatement taxée au prélèvement forfaitaire unique de 30 % (ou, sur option, au barème progressif de l’impôt sur le revenu) — l’apport-cession offre un avantage de trésorerie significatif en reportant l’impôt.

Le dispositif de l'apport-cession au service du réinvestissement

Concrètement, un contribuable apporte les titres d’une société opérationnelle à une holding qu’il contrôle. En contrepartie, il reçoit des titres de cette holding. La plus-value constatée lors de cet apport n’est pas immédiatement imposée : elle bénéficie d’un report d’imposition.

Ce report est toutefois conditionné. En cas de cession des titres apportés par la holding dans un délai de trois ans, celle-ci doit réinvestir une part significative du produit de cession dans des activités économiques éligibles afin de maintenir le report.

Initialement conçu pour encourager le financement de l’économie réelle, le dispositif a été progressivement encadré, notamment depuis 2016, afin de limiter les stratégies purement fiscales. Doctrine administrative et jurisprudence ont, depuis, précisé des notions essentielles telles que le contrôle de la holding ou la nature des réinvestissements admissibles.

Un durcissement marqué par la loi de finances pour 2026

Sans remettre en cause l’architecture générale du dispositif, la loi de finances pour 2026 en renforce sensiblement les conditions d’application. L’objectif affiché est clair : recentrer le mécanisme sur des investissements productifs et limiter les usages opportunistes.

  1. Un effort de réinvestissement accru

La principale évolution concerne le niveau de réinvestissement exigé. Jusqu’à présent fixé à 60 % du produit de cession, ce seuil est relevé à 70 %.

Par ailleurs, les actifs ou titres acquis dans le cadre du réinvestissement doivent désormais être conservés pendant une durée minimale de cinq ans. Généralisant ainsi une contrainte qui pouvait auparavant varier selon les situations.

Ces mesures traduisent une volonté de renforcer l’impact économique réel des capitaux réinvestis.

  1. Transmission : des délais de conservation allongés

Le législateur a également revu les règles applicables en cas de transmission à titre gratuit.

Jusqu’ici, la donation des titres de la holding permettait, sous certaines conditions, de purger définitivement la plus-value en report, à condition que le donataire conserve les titres pendant un délai minimal.

La loi de finances pour 2026 allonge ces délais :

- de 5 à 6 ans en cas de donation classique ;

- de 10 à 11 ans lorsque le réinvestissement a été réalisé via des fonds de capital-investissement.

À défaut de respect de ces durées, l’imposition initialement différée est remise en cause.

  1. Un encadrement strict des investissements immobiliers

C’est sans doute l’un des changements les plus structurants. Au fil des années, une part importante des réinvestissements s’est orientée vers des opérations immobilières. Or celles-ci sont parfois éloignées de l’objectif initial de soutien à l’économie productive.

Le législateur a donc resserré le périmètre des activités éligibles au dispositif de l'apport-cession.

Désormais, le réinvestissement doit être réalisé dans des activités industrielles, commerciales, artisanales, agricoles ou libérales, ou via :

- l’acquisition de titres de sociétés opérationnelles,

- ou des investissements dans des fonds de capital-investissement.

Sont explicitement exclues :

- les activités générant des revenus garantis (notamment via des tarifs réglementés),

- les activités financières et de courtage,

- la gestion de patrimoine mobilier ou immobilier,

- ainsi que la majorité des activités immobilières (marchands de biens, promotion, lotissement, gestion, etc.).

En pratique, la plupart des montages de « club deals » immobiliers ne permettent plus de conserver le bénéfice du report d’imposition. Certaines exceptions subsistent toutefois, notamment dans des secteurs impliquant une véritable activité d’exploitation, comme l’hôtellerie ou certaines résidences de tourisme.

  1. Une souplesse limitée mais notable

Dans un souci pragmatique, le législateur introduit néanmoins un assouplissement. Le délai accordé à la holding pour procéder au réinvestissement est porté de deux à trois ans.

Cette extension vise à tenir compte des contraintes opérationnelles liées à l’identification et à la structuration d’investissements pertinents.

Ces nouvelles dispositions s’appliquent aux cessions de titres apportés réalisées à compter du 21 février 2026, soit le lendemain de la publication de la loi.

Les cessions de titres apportés réalisées avant l’entrée en vigueur de la loi demeurent soumises au régime antérieur. Y compris pour l’appréciation des obligations de réinvestissement qui en découlent.

Aménagement du dispositif de l’apport cession : les enjeux pour l’entrepreneur

Le régime fiscal de l’article 150‑0 B ter du Code général des impôts s’inscrit dans une volonté de recentrer le dispositif sur l’économie réelle. Il ne s’agit plus d’un simple mécanisme d’optimisation fiscale, mais d’un engagement de gestion à long terme, destiné avant tout à soutenir des projets entrepreneuriaux ambitieux plutôt qu’à faciliter des montages strictement patrimoniaux ou opportunistes.

  • Une réforme guidée par une logique économique

La réforme qui a redessiné les contours du 150‑0 B ter releve les exigences du dispositif. Trop souvent, ce report d’imposition était utilisé comme un outil fiscal, détaché de toute logique d’investissement productif.

Dans les exposés législatifs, l’objectif affiché est clair : « recentrer le dispositif sur certaines activités opérationnelles, afin de renforcer sa vocation de financement de l’économie réelle », tout en excluant les activités peu risquées – notamment les activités purement immobilières ou financières ainsi que certaines formes de location meublée.

Cette orientation impose aux entrepreneurs de réfléchir à leur stratégie bien avant la cession. L’erreur la plus fréquente ? Ne considérer le 150‑0 B ter qu’au moment du closing. À ce stade, il est déjà trop tard. L’opération perd sa cohérence et se réduit à une simple optimisation fiscale, sans fondement économique.

Comme le souligne Guillaume Lucchini, associé fondateur du multi-family office Scala Patrimoine : « La véritable question porte sur les besoins et objectifs patrimoniaux post-cession : train de vie, projets professionnels, horizon d’investissement et stratégie de transmission éventuelle. Ce n’est qu’après avoir répondu à ces questions qu’il devient pertinent d’intégrer la fiscalité dans une réflexion globale. »

  • Les risques à ne pas négliger

Le réinvestissement prévu par le 150‑0 B ter ne doit jamais être envisagé comme un simple placement financier. Il s’agit d’un projet économique réel, exposé aux aléas de performance et au risque de pertes en capital.

Investir 70 % des liquidités dans des sociétés ou fonds opérationnels exige de faire des choix stratégiques éclairés, bien en amont de la cession, car ces placements sont ni liquides ni garantis.

Guillaume Lucchini estime par ailleurs sur la chaine B Smart TV, que ces opérations alimentent un écosystème de financements privés qui vivent précisément du 150‑0 B ter, avec des frais souvent élevés et des horizons d’investissement qui ne correspondent pas toujours aux besoins des entrepreneurs.

Pour l’associé de Scala Patrimoine : « Le 1500 B ter trouve toute sa pertinence pour les entrepreneurs qui prévoient de réinvestir dans leur prochaine aventure professionnelle, avec une véritable vision stratégique ou les investisseurs souhaitant développer un rôle de business angel ou de sponsor actif, dans un secteur ou une industrie qu’ils maîtrisent. »

En revanche, lorsqu’aucun projet clair n’est identifié, il peut être préférable de monétiser tout ou partie des actifs, puis d’explorer d’autres leviers de structuration patrimoniale (par exemple des donations pré‑cession, transmission familiale, etc.), plutôt que de s’enfermer dans un montage contraint et coûteux.

Comme le conclut le fondateur du multi family-office indépendant :« il ne faut jamais perdre de vue que le 1500 B ter n’est pas une fin en soi, mais un élément d’une stratégie patrimoniale globale et maîtrisée. »

Loi de finances pour 2026
Réforme du 150 OB TER portée par la loi de finances pour 2026
Réforme du 150 OB TER portée par la loi de finances pour 2026

AMI Labs, la start-up fondée par Yann Le Cun

1 Md$ pour réinventer l’IA : le pari fou de Yann Le Cun avec Ami Labs

L’annonce était très attendue dans le monde de l’intelligence artificielle. Le chercheur français Yann Le Cun, figure majeure du deep learning et ancien directeur scientifique de l’IA chez Meta, officialise le lancement de sa start-up, Advanced Machine Intelligence (AMI). Son ambition : repenser en profondeur les fondements mêmes de l’intelligence artificielle.

Pour soutenir son développement, l’entreprise a réalisé une levée de fonds spectaculaire de 1,03 milliard de dollars, la valorisant d’emblée à environ 3,5 milliards de dollars. Un tour de table hors norme pour une structure encore naissante, qui témoigne des attentes considérables suscitées par son projet.

Les chiffres clés d'AMI Labs
Les chiffres clés d'AMI Labs

Yann Le Cun, pionnier du « deep learning »

Pour comprendre l’ampleur du projet, il faut revenir sur le parcours de son fondateur. À 65 ans, Yann Le Cun est l’un des scientifiques les plus influents dans le domaine de l’IA.

Titulaire d’un doctorat en informatique à l’université de la Sorbonne, il s’intéresse très tôt aux réseaux de neurones artificiels — des modèles mathématiques inspirés du cerveau humain, conçus pour apprendre à partir de données.

Après des passages à l’université de Toronto et aux Bell Labs d’AT&T, il développe dans les années 1980 et 1990 les bases du deep learning. Cette approche repose sur des réseaux de neurones « profonds », capables de traiter des informations complexes — aujourd’hui au cœur des systèmes d’IA modernes.

Professeur à l’université de New York dès 2003, il rejoint dix ans plus tard Mark Zuckerberg chez Meta, où il fonde le laboratoire FAIR (Facebook AI Research). En 2018, il reçoit le prestigieux prix Turing aux côtés de Geoffrey Hinton et Yoshua Bengio, pour leurs contributions décisives au développement des réseaux neuronaux.

Fin 2025, il quitte Meta pour lancer AMI et jeter les bases de ce qu’il appelle la « troisième révolution de l’IA ».

La promesse des « world models »

Le cœur du projet d’AMI repose sur une rupture technologique. Yann Le Cun se montre en effet très critique à l’égard des modèles dominants, les large language models (LLM), utilisés notamment par ChatGPT, Claude ou Gemini.

Ces systèmes, entraînés principalement sur du texte, excellent dans des tâches comme rédiger, coder ou répondre à des questions. Mais selon lui, ils restent fondamentalement limités : ils manipulent des mots sans réellement comprendre le monde.

« Si ces systèmes passent en pratique avec succès l'examen du barreau, démontrent des théorèmes ou écrivent du code, ils ne permettront pas d’avoir des robots domestiques ou de voitures qui se conduisent toutes seules », explique Yann Le Cun.

Autrement dit, ils peuvent produire des réponses impressionnantes, mais sans véritable intuition physique ni capacité de raisonnement autonome.

Le projet d’AMI Labs pour révolutionner l’IA repose donc sur des « world models » — des modèles capables de construire une représentation interne du monde.

Concrètement, il ne s’agit plus seulement d’apprendre à partir de textes. Mais de donner à l’IA une forme « d’expérience » du réel : images, vidéos, environnements 3D, données spatiales. L’objectif est que la machine comprenne des notions simples mais essentielles, comme le fait qu’un objet posé au bord d’une table peut tomber.

Cette approche vise à rapprocher l’IA du fonctionnement humain : percevoir, anticiper, planifier.

Les applications potentielles sont vastes : robotique, véhicules autonomes, industrie, santé. Là où les systèmes actuels montrent leurs limites, ces nouveaux modèles pourraient permettre aux machines d’interagir réellement avec le monde physique.

Un casting de rêve

Pour porter cette ambition, Yann Le Cun s’est entouré d’une équipe expérimentée.

La direction opérationnelle est confiée à Alexandre Lebrun, cofondateur de la start-up médicale Nabla. Laurent Solly, ancien dirigeant de Meta en Europe, rejoint l’aventure comme directeur des opérations.

Côté recherche, Saining Xie et Pascale Fung, issus respectivement de Meta et de Google DeepMind, pilotent les travaux scientifiques. Enfin, Michael Rabbat supervise le développement des « world models ». Un casting qui n’a — naturellement — pas manqué d’attirer les investisseurs.

Une levée de fonds hors norme

Le tour de table a suscité un engouement exceptionnel, avec des engagements dépassant largement le montant initialement envisagé. Pourtant, l’entreprise ne génère à ce jour aucun revenu !

Initialement fixée à 500 millions d’euros, la levée a finalement été doublée pour atteindre 1,03 milliard de dollars. L’opération est co-dirigée par Cathay Innovation, Greycroft, Hiro Capital, HV Capital et Jeff Bezos Expeditions.

Yann Le Cun met d’ailleurs en avant la diversité géographique des investisseurs de l’entreprise : « Un peu plus d’un tiers sont européens, un peu moins viennent d’Asie et du Moyen-Orient, et un tiers sont américains. »

Parmi les investisseurs figurent des fonds internationaux comme le fonds singapourien Temasek, SBVA, Bpifrance Digital Venture, mais aussi des géants industriels et technologiques tels que NVIDIA, Samsung, Toyota ou encore le groupe industriel Marcel Dassault, ainsi que des personnalités de premier plan comme Xavier Niel ou de grandes familles françaises comme Mulliez, Pinault ou Arnault via leurs fonds d’investissement.

Cette répartition est-elle suffisante pour rivaliser avec les géants chinois ou américains ? Interrogé au micro de France Inter, le scientifique ne doute pas un instant : « Bien sûr, nous avons les talents pour cela. Nous sommes une entreprise mondiale, soutenue par des investisseurs variés. Nous proposons une voie vers la prochaine révolution de l’IA, celle qui saura véritablement comprendre le monde. »

Le fondateur d’AMI Labs résume d’ailleurs cette opération avec humour : « Quand une entreprise dépasse une valorisation d’un milliard, on appelle ça une licorne. Nous, on dépasse les trois milliards, donc on est un tricératops. »

Une aventure au long cours

Installée à Paris, AMI Labs reste pour l’instant une structure légère, avec une dizaine de collaborateurs. L’objectif est d’atteindre 30 à 50 employés d’ici quelques mois, avec des bureaux à Singapour, Montréal et New York.

L’essentiel des fonds sera consacré à deux priorités. Recruter les meilleurs talents et investir dans la puissance de calcul — notamment des GPU, indispensables pour entraîner les modèles d’IA.

Mais les dirigeants se veulent lucides : le projet s’inscrit dans un temps long. La recherche fondamentale primera dans les premières années, et les retombées économiques ne sont pas attendues à court terme. Alexandre Lebrun, le CEO d’AMI Labs, reconnaît lui-même « entrer dans un territoire inconnu ».

Si la promesse est immense, le pari reste risqué.

Mais qu’on se le dise, « Impossible n’est pas français ! »


L'AMF sanctionne Altaroc

L’AMF rappelle l’importance de l’indépendance du conseil financier

L’Autorité des marchés financiers (AMF) vient de conclure un accord de composition administrative avec la Caisse d’Épargne Île de France, mettant un terme à une procédure portant sur plusieurs manquements dans la commercialisation de son service de gestion sous mandat. L’établissement a accepté de verser un million d’euros dans le cadre de cette transaction, destinée notamment à indemniser certains clients et à solder la procédure engagée par le régulateur.

Au-delà de la sanction financière, l’affaire éclaire les dérives possibles d’un modèle dans lequel conseil, distribution et gestion d’actifs se trouvent souvent imbriqués au sein d’un même groupe financier (banques et cabinets de Conseil en Gestion de Patrimoine notamment). Elle rappelle surtout combien la question de l’indépendance du conseil reste centrale pour les investisseurs.

Un contrôle portant sur quatre années d’activité

Le contrôle mené par les équipes de l’AMF a porté sur la période comprise entre le 1er janvier 2020 et le 31 décembre 2023. Les inspecteurs ont examiné plusieurs dimensions clés de l’activité de gestion sous mandat :

- la politique de rémunération ;

- la communication relative aux coûts et frais ;

- la gestion des conflits d’intérêts ;

- les dispositifs de contrôle interne ;

- et la qualité du conseil délivré aux clients.

L’organisation opérationnelle reposait sur un partage des tâches entre plusieurs entités du groupe, liées par des conventions de partenariat. Une architecture qui, selon le régulateur, a contribué à créer une certaine opacité dans la chaîne de valeur et dans la compréhension par les clients des frais réellement appliqués.

Les flux de rémunération circulaient entre différentes entités avant d’être éventuellement rétrocédés, générant un enchevêtrement de commissions peu lisible pour l’investisseur.

Les manquements relevés par le régulateur

Dans son analyse, l’AMF retient plusieurs catégories de manquements : défaut d’évaluation de l’adéquation du conseil, insuffisances dans l’information des clients, dispositifs lacunaires de gestion des conflits d’intérêts et carences du contrôle interne.

Ces constats mettent ainsi en lumière plusieurs dysfonctionnements majeurs.

  1. Un défaut d’évaluation de l’adéquation du conseil

Dans le cadre de la réglementation issue notamment de la directive européenne MiFID II, les établissements doivent démontrer que les recommandations formulées sont adaptées au profil de l’investisseur.

Cette obligation se matérialise notamment par la remise d’un rapport d’adéquation, document qui explique pourquoi une stratégie ou un produit d’investissement correspond aux objectifs, à l’horizon de placement et à la tolérance au risque du client.

Or, l’examen d’un échantillon de dossiers a montré que ces rapports périodiques étaient parfois absents ou insuffisamment documentés, ce qui fragilise la traçabilité du conseil délivré.

  1. Une structure de frais particulièrement complexe

Le régulateur s’est également penché sur la structure de rémunération associée aux mandats de gestion. Celle-ci cumulait plusieurs catégories de frais :

- commissions de gestion du mandat ;

- droits d’entrée sur les fonds ;

- droits de garde ;

- commissions de mouvement ;

- frais de gestion propres aux fonds détenus dans les portefeuilles.

Pour Guillaume Lucchini, associé fondateur du multi-family office Scala Patrimoine, cette superposition de coûts illustre un problème plus profond : « Une fois encore, le client se retrouve face à une véritable myriade de frais imbriqués dans la mécanique du contrat. Le problème n’est pas seulement leur niveau, mais l’absence d’indépendance du conseil : lorsqu’une banque privilégie ses propres fonds dans une gestion sous mandat, elle cumule les strates de rémunération. »

Selon lui, ce modèle crée un biais structurel dans la recommandation d’investissement : « Le conseiller peut alors être incité à orienter le client vers les produits de son groupe, générateurs de commissions. Cette logique de distribution interne se fait au détriment d’un principe pourtant fondamental en gestion de portefeuille : la diversification entre différentes maisons de gestion. »

Parmi les pratiques relevées, deux éléments ont particulièrement retenu l’attention : l’établissement percevait l’intégralité des commissions de gestion reversées par la société de gestion sur les mandats qu’il commercialisait.

Par ailleurs, dans certains cas, 90 % des droits de garde facturés par un teneur de compte externe lui étaient rétrocédés.

« La rétrocession des droits de garde est particulièrement étonnante. Elle illustre une mécanique de flux financiers dont le client n’a pas toujours conscience », observe Guillaume Lucchini. « La position de l’AMF est ici salutaire : elle rappelle que la transparence sur les frais et les rétrocessions est une condition indispensable pour protéger les investisseurs. »

  1. Une information précontractuelle incomplète

L’AMF reproche également à l’établissement une information insuffisante sur la structure réelle des frais.

Les documents remis aux clients ne détaillaient pas clairement certaines rétrocessions ni l’existence de commissions de mouvement, c’est-à-dire des frais liés aux transactions effectuées dans les portefeuilles.

Or ces frais peuvent créer une incitation économique implicite : plus les arbitrages sont nombreux, plus les commissions perçues peuvent être élevées. « Lorsque l’information est partielle, le client ne peut pas apprécier le coût global réel du service ni le comparer avec d’autres offres du marché », souligne Guillaume Lucchini. « Dans une relation professionnelle saine, l’investisseur doit connaître précisément la totalité des frais, mais aussi les flux de rétrocession entre professionnels. »

  1. Des conflits d’intérêts insuffisamment encadrés

L’AMF estime également que la caisse régionale n’avait pas mis en place un dispositif suffisant pour identifier et gérer les conflits d’intérêts.

Dans un groupe intégré combinant distribution et gestion d’actifs, la tentation peut exister de privilégier les produits « maison », qui génèrent davantage de revenus internes. Un biais qui peut entrer en contradiction avec l’obligation réglementaire de servir au mieux l’intérêt du client et de proposer une certaine indépendance dans son conseil.

  1. Des failles dans le contrôle interne

Enfin, le régulateur a pointé des carences dans le dispositif de contrôle interne, pourtant considéré comme l’un des piliers de la régulation financière.

Les établissements doivent en effet vérifier eux-mêmes en continu la conformité de leurs pratiques, sans attendre l’intervention du superviseur.

Dans le cas présent, certains outils permettant de contrôler la qualité des rapports d’adéquation ou le respect des obligations réglementaires n’étaient pas suffisamment opérationnels.

Un débat plus large sur l’indépendance du conseil patrimonial

Au-delà de cette affaire, l'accord entre l'AMF et la Caisse d'Epargne relance le débat sur l’indépendance du conseil financier.

Pour Guillaume Lucchini, la structure même de certains grands groupes peut favoriser des schémas complexes de distribution : « Lorsque la banque, la société de gestion et le distributeur appartiennent au même groupe, on voit apparaître des circuits de rémunération croisés entre plusieurs entités. La seule victime de ces mécanismes reste bien souvent le client final. »

Car l’impact de ces frais cumulés peut s’avérer considérable dans la durée. « Chaque couche de frais vient réduire la performance du portefeuille. Sur le long terme, avec l’effet de la capitalisation, l’impact peut représenter des montants très importants pour l’investisseur. »

D’où l’importance, selon lui, d’un conseil véritablement indépendant : « Le seul moyen d’aligner parfaitement les intérêts entre l’investisseur et son conseil est de supprimer les conflits d’intérêts. Lorsque le conseiller est directement rémunéré par son client et non par les produits qu’il distribue, la recommandation redevient enfin objective. L'indépendance du conseil est ainsi préservée. »

TRA-2026-01 - Accord de composition administrative conclu le 12 novembre 2025 avec Caisse d'Epargne et de Prévoyance Ile-de-France

Pasqal

Pasqal : la licorne française qui révolutionne l’informatique quantique

L’excellence de la recherche française en informatique quantique continue de s’affirmer. Aux côtés d’Alice & Bob, C12 ou Quobly, Pasqal s’impose comme l’un des fers de lance d’une nouvelle génération de start-up hexagonales. Basée à Palaiseau, la société vient de boucler une levée de fonds exceptionnelle de 340 millions d’euros.

Les chiffres clés de Pasqal
Les chiffres clés de Pasqal

Un acteur majeur du quantique français

Fondée en 2019 au sein de l’Institut d’Optique par Georges-Olivier Reymond, Christophe Jurczak, Alain Aspect (prix Nobel de physique 2022), Antoine Browaeys et Thierry Lahaye, Pasqal compte aujourd’hui plus de 275 collaborateurs.

L’entreprise développe des ordinateurs quantiques basés sur la technologie des atomes neutres. Ces atomes sont refroidis à des températures proches du zéro absolu pour limiter leurs mouvements. Puis ils sont piégés par des faisceaux laser jouant le rôle de “pinces optiques”. Exploitant les propriétés quantiques des atomes, Pasqal est capable de manipuler des qubits — l’unité de base de l’informatique quantique — pour effectuer des calculs extrêmement complexes.

Les atomes neutres présentent des avantages significatifs. Ils sont identiques par nature, abondants, et leur fonctionnement peut se faire à température ambiante. Ce qui présente l'avantage de limiter les besoins énergétiques. Cette technologie ouvre, en pratique, la voie à une transformation radicale de l’informatique, promettant des puissances de calcul supérieures à celles des ordinateurs classiques.

Les applications potentielles sont vastes : optimisation logistique, conception de nouveaux matériaux, chimie, énergie, recherche pharmaceutique et découverte de médicaments, intelligence artificielle ou encore finance.

Une concurrence internationale féroce

Malgré son positionnement innovant, Pasqal doit affronter une concurrence mondiale intense. La Chine investit massivement dans les communications et l’informatique quantique. Tandis que de nombreuses start-up nord-américaines telles que IonQ, D-Wave ou Rigetti sont déjà cotées au Nasdaq.

IQM, en Finlande, prépare une introduction en bourse via un SPAC, avec une valorisation proche de 1,8 milliard de dollars. Les géants technologiques — Alphabet, Amazon, IBM, Microsoft — maintiennent également des divisions consacrées au quantique.

En France, si la recherche académique est de haute qualité et le tissu économique favorable aux start-up, le passage à l’échelle industrielle reste complexe. Les synergies entre technologies quantiques émergentes et industries existantes sont difficiles à établir. Le financement, en particulier, demeure un défi face à l’ampleur des besoins, surtout comparé aux États-Unis ou à la Chine.

Pasqal, première licorne française dans le domaine du quantique

Pour financer son développement, Pasqal a donc réalisé une levée de fonds internationale de 340 millions d’euros. Celle-ci est toutefois structurée en deux volets. Une levée classique de 170 millions, puis un financement via un SPAC (Special Purpose Acquisition Company) en vue d’une double introduction en bourse.

La première tranche a mobilisé des investisseurs internationaux tels que le fonds américain Parkway Ventures, le taïwanais Quanta Computer, le coréen LG Electronics et le transporteur français CMA CGM, ainsi que des actionnaires historiques comme Temasek, EIC Fund, Saudi Aramco Entrepreneurship Ventures, Daphni et ISAI. Bpifrance conservant un rôle stratégique au sein du capital.

Le second volet prépare une introduction en bourse à New York (Nasdaq), avant de s’introduire à Paris (Euronext). Une opération qui valorise la société à environ 2 milliards de dollars. Pour le Spac, le véhicule est déjà identifié : Bleichroeder Acquisition Corp. II, avec la participation de fonds comme Inflection Point et Large Ventures de Bpifrance.

Michel Combes, un sponsor stratégique

Pour accélérer ce projet, Pasqal s’appuie sur Michel Combes. L'ancien PDG de SFR et directeur général d’Altice jouant le rôle de sponsor financier. L’avantage du SPAC ? Une exécution plus rapide qu’une introduction classique, avec une valorisation négociée à l’avance, évitant la volatilité immédiate des marchés. L’opération reste toutefois soumise aux autorisations réglementaires, avec un bouclage attendu dans la seconde moitié de 2026.

« Nous devenons une licorne quantique française», se réjouit Loïc Henriet, directeur général. « Ce choix nous donne un accès rapide à des capitaux du monde entier, tout en affirmant notre ancrage français et européen.»

Des ambitions claires pour l’avenir

Les fonds levés serviront à renforcer la R&D et les capacités industrielles de Pasqal. L’entreprise prévoit de doubler sa production en deux ans, d’augmenter ses effectifs de 20 % et de développer un ordinateur quantique avancé tolérant aux fautes d’ici la fin de la décennie.

Un système tolérant aux fautes est, en effet, capable de détecter et corriger ses erreurs tout en poursuivant des calculs complexes. Un atout indispensable pour l’industrialisation des technologies quantiques.

L’industrie du calcul quantique nécessite des investissements massifs, souvent supérieurs à ce que le marché européen du capital-risque peut absorber. Le choix d’un SPAC, bien que risqué, permet à Pasqal de gagner un temps précieux face à une concurrence internationale accrue.

Souhaitons désormais que Pasqal réussisse son pari et propulse la France dans une nouvelle dimension quantique !


Les marchés financiers prouvent une nouvelle fois leur dépendance aux décisions des banques centrales. L'économie résiste, quant à elle, trés bien.

L’actualité des marchés financiers - Mars 2026

Les Marchés financiers & économie : les points clés

  • Les marchés financiers mondiaux qui affichaient des performances prometteuses depuis le début d’année ont été freinés par le début du conflit iranien ;
  • Donald Trump a, en effet, lancé l’opération « Epic Fury » pour renverser le régime des mollahs en Iran ;
  • La Cour suprême américaine a jugé qu’une grande partie des droits de douane négociés par Donald Trump avec ses partenaires commerciaux internationaux étaient illégales.

Les grandes actualités géopolitiques et les performances sur les marchés financiers

  • Les États-Unis et Israël lancent les hostilités face à l’Iran

L’actualité internationale est aujourd’hui dominée par une brusque montée des tensions militaires au Moyen-Orient. Le lancement de l’opération « Epic Fury » par Donald Trump, vise à frapper le cœur du pouvoir iranien.

- Un contexte géopolitique hautement inflammable

Les chancelleries internationales étaient en état d’alerte depuis plusieurs jours. Après avoir exprimé publiquement son insatisfaction quant à l’état des négociations avec l’Iran, le président américain a ordonné une série de frappes coordonnées avec Israël.

Ces opérations ont conduit à l’élimination du Guide suprême Ali Khamenei ainsi que de nombreux responsables du régime. En représailles, l’Iran a ciblé plusieurs intérêts et alliés des États-Unis dans la région : Dubaï, Bahreïn, des bases américaines en Arabie saoudite, au Qatar, ainsi qu’en Israël.

L’objectif affiché de Washington est un changement de régime à Téhéran, misant sur un soulèvement populaire. Or, après la répression sanglante des manifestations survenues entre fin décembre et mi-janvier, aucune force politique structurée ne semble aujourd’hui en mesure de prendre le relais. Le risque d’une longue période d’instabilité, voire de chaos politique, apparaît donc élevé.

- Un rebond de la volatilité sur les marchés financiers

Comme souvent en période de conflit armé, la volatilité refait surface sur les marchés financiers. L’indice VIX, surnommé « indice de la peur », a progressé de 27 % en une seule séance.

Dans ce climat d’incertitude, les investisseurs se tournent vers les valeurs refuges. L’or renforce son statut protecteur et a progressé de 4 %, atteignant près de 5 360 dollars l’once, avant de redescendre autour de 5 100 dollars. Le dollar et le franc suisse concentrent également les flux de capitaux.

À l’inverse, certains secteurs bénéficient de ce nouvel environnement. Les valeurs liées à la défense et aux matières premières rebondissent.

L’impact sur les taux longs obligataires demeure, à ce stade, modéré. Il devra toutefois être suivi de très près, en particulier dans le scénario d’une hausse durable et marquée des prix du pétrole, qui raviverait les tensions inflationnistes et pourrait exercer une pression haussière sur les rendements à long terme.-

- Les points de vigilance à surveiller

  1. Le détroit d’Ormuz

Tous les regards se tournent vers le détroit d’Ormuz, par lequel transite près de 20 % du pétrole mondial et du gaz naturel liquéfié. Ce couloir maritime, large d’à peine une vingtaine de kilomètres à son point le plus étroit, demeure ouvert mais son trafic est devenu extrêmement difficile.

L’Organisation maritime internationale a appelé les compagnies à éviter la zone. Les primes d’assurance explosent. Une perturbation durable ferait peser une pression considérable sur les prix de l’énergie et, par ricochet, sur la croissance mondiale.

Le premier pays à ressentir l’impact serait probablement la Chine, puisque 84 % du pétrole transitant par le détroit d’Ormuz est destiné à l’Asie. Sur les 14 millions de barils quotidiens qui empruntent ce passage stratégique, un million seulement est destiné à l’Europe.

  1. La production de pétrole

À la suite de l’opération « fureur épique » le baril de Brent a bondi de près de 16 %, atteignant 84 dollars, un plus haut depuis quatre ans.

L’Iran ne représente toutefois qu’une fraction relativement modeste de la production mondiale de pétrole, aux alentours de 3 à 4,5 % de l’offre. Le scénario le plus critique serait donc une attaque des infrastructures pétrolières en Arabie saoudite, aux Émirats arabes unis ou au Koweït.

Néanmoins, le marché pétrolier abordait ce conflit dans une situation relativement confortable : l’offre excédait la demande, les stocks étaient élevés (90 jours), des pipelines permettent de contourner en partie la zone, et plusieurs membres de l’Opep+ ont annoncé des hausses de production, laissant entrevoir une certaine capacité d’amortissement.

  1. Le risque inflationniste

Une flambée durable des prix de l’énergie raviverait les tensions inflationnistes, alors même que la Réserve fédérale amorçait une phase de normalisation monétaire. Ce choc pourrait retarder les baisses de taux attendues et exercer une pression supplémentaire sur les marchés obligataires. Une extension ou une prolongation du conflit fragiliserait également la croissance économique mondiale.

- Perspectives

Donald Trump a évoqué une campagne militaire susceptible de durer « quatre semaines ou moins ». Un élément à ne pas négliger : le président américain demeure particulièrement attentif à la réaction des marchés financiers. À l’approche des élections de mi-mandat (midterms), le calendrier politique réduit sa marge d’erreur et limite la probabilité d’un conflit long et incontrôlé.

L’évolution de la situation dépendra désormais de trois facteurs clés : la durée effective des frappes, l’impact réel sur la navigation des pétroliers dans le détroit d’Ormuz et le risque de contagion régionale. C’est de cet équilibre précaire que dépendra l’ampleur de la réaction des marchés dans les semaines à venir.

  • Japon : une victoire politique qui ouvre la voie à une relance massive

Le pari de la Première ministre japonaise Sanae Takaichi s’est révélé payant. Lors des élections législatives anticipées, son parti a remporté une victoire écrasante, obtenant 354 sièges sur 465 à la Chambre basse — une majorité historique depuis la Seconde Guerre mondiale.

Fort de ce mandat exceptionnel, le gouvernement dispose désormais d’une large marge de manœuvre pour mettre en œuvre son programme économique.

Au cœur de cette stratégie : une relance budgétaire massive, destinée à soutenir l’activité et à stimuler la demande intérieure. Une orientation qui risque toutefois d’alourdir encore davantage la dette publique déjà record du Japon.

Les marchés financiers, notamment obligataires, ont rapidement réagi. Le rendement de l’emprunt d’État japonais à 10 ans a bondi de près de 8 points de base, atteignant 2,302 %, soit sa deuxième pire clôture depuis juillet 1997 — un signal de tension croissante sur la dette souveraine nippone.

  • Marchés financiers : la volatilité fait son retour

Depuis le 1er janvier, les marchés financiers mondiaux affichaient des performances prometteuses, mais le conflit au Moyen-Orient est venu brusquement freiner cet élan.

- Des records boursiers effacés 

Aux États-Unis, près d’un tiers des sociétés composant le S&P 500 ont publié leurs résultats trimestriels, et 80 % d’entre elles ont surpassé les attentes en matière de bénéfices. Pourtant, l’indice reste quasiment inchangé depuis le début de l’année, avec une progression marginale de +0,13 %. Le Nasdaq Composite, dominé par les valeurs technologiques, cède 1,6 %, tandis que le Dow Jones Industrial Average affiche une légère hausse de 0,2 %. Cette divergence illustre la rotation sectorielle en cours, où la prudence prime face aux incertitudes géopolitiques.

En Europe, les marchés financiers ont également été affectés. Le CAC 40 avait atteint un sommet historique en séance à 8 642,23 points avant le déclenchement du conflit. Depuis janvier, il recule de 1,1 %, tandis que le DAX 30 allemand perd 2,1 %.

En Asie, les effets sont encore plus marqués. La Kospi a enregistré sa pire séance depuis août 2024, plongeant de 7,2 % dès le lendemain des premières frappes américaines. Cette chute reflète à la fois la nervosité des investisseurs face au conflit et des prises de bénéfices après une spectaculaire hausse de 29,57 % depuis le début de l’année. À l’inverse, le Nikkei 225 progresse de 6,65 %, et le Shanghai Composite de 2,2 %. En Inde, le Nifty 50 recule de 5,28 %.

- L'or confirme son rôle de valeur refuge

Sur le marché obligataire, le rendement des obligations américaines à 10 ans grimpe à 4,13 %. En zone euro, le Bund allemand à 10 ans atteint 2,82 % et le taux OAT français à 10 ans s’élève à 3,42 %.

Les matières premières et les devises reflètent également ce climat de prudence. L’or s’échange autour de 5 100 dollars l’once, confirmant son rôle de valeur refuge. Le Bitcoin replonge sous 61 800 euros, en baisse de 17 % depuis le début d’année, tandis que le Dollar se renforce et l’Euro retombe sous 1,16 dollar.

Performance des marchés financiers
Performance des marchés financiers
  • Nvidia : le miracle permanent

Scrutés à la loupe par les marchés, les résultats de Nvidia tiennent lieu de véritable baromètre de l’intelligence artificielle. À chaque publication, c’est tout le secteur technologique qui retient son souffle, tant le groupe californien incarne aujourd’hui les espoirs — et les excès — de la révolution en cours.

Un engouement d’autant plus intense que les valorisations boursières, comme les anticipations de bénéfices, évoluent à des niveaux historiquement élevés. Dans ce contexte, la moindre déception serait sanctionnée. Mais, une fois encore, Nvidia déjoue les doutes et dépasse les attentes.

Au dernier trimestre, l’entreprise basée à Santa Clara a engrangé 68 milliards de dollars de chiffre d’affaires, contre 66 milliards anticipés par les analystes, soit une progression spectaculaire de 73 % sur un an. Dans le même temps, le bénéfice net a presque doublé, atteignant 43 milliards de dollars. Sur l’ensemble de l’exercice, Nvidia affiche ainsi un résultat net cumulé de 120 milliards de dollars. Un chiffre vertigineux. Presque irréel.

Cette performance hors normes repose, sans surprise, sur le moteur désormais central de l’entreprise : les data centers. À eux seuls, ils ont généré 62,3 milliards de dollars de revenus, en hausse de 75 % sur un an, confirmant la position dominante de Nvidia dans l’infrastructure de l’intelligence artificielle mondiale.

Et la dynamique ne semble pas près de s’essouffler. En guise de cerise sur le gâteau, le groupe anticipe pour le prochain trimestre un chiffre d’affaires compris entre 76,4 et 79,5 milliards de dollars, bien au-delà des 72,7 milliards attendus par le consensus.

  • Coup de mou pour les entreprises du CAC 40

Les grandes entreprises françaises commencent-elles à ressentir les contrecoups du climat économique assombri dans lequel la France s’est installée depuis la dissolution de l’Assemblée nationale décidée par Emmanuel Macron en 2024 ? Les premiers éléments de réponse fournis par la saison des résultats invitent à la prudence, voire à l’inquiétude.

Sur les 38 groupes du CAC 40 ayant déjà publié leurs comptes, les bénéfices cumulés atteignent 96,2 milliards d’euros. Un montant considérable en valeur absolue, mais en recul brutal de 31 % sur un an, et surtout très éloigné du sommet historique de 156 milliards d’euros atteint en 2021, au sortir de la crise sanitaire.

- Le secteur de l'automobile face à la concurrence chinoise 

L’essentiel de cette dégradation provient du secteur automobile, devenu le maillon faible de la cote parisienne. Le groupe Stellantis enregistre une perte nette abyssale de plus de 22 milliards d’euros, plombé par la restructuration de ses activités et les lourds investissements liés à l’électrification. Même constat chez Renault, qui bascule également dans le rouge, victime d’une transition énergétique coûteuse et d’une concurrence chinoise de plus en plus agressive sur les segments clés.

À ces difficultés sectorielles s’ajoutent des facteurs macroéconomiques défavorables. La baisse du dollar face à l’euro, combinée à la montée des tensions commerciales internationales, a pénalisé les groupes fortement exposés à l’export, au premier rang desquels figurent les acteurs du luxe, longtemps considérés comme des valeurs refuges.

- Les banques résistent

Dans ce tableau assombri, un secteur fait figure d’exception : la banque. Les établissements financiers résistent mieux que le reste de la cote, portés par des taux d’intérêt encore élevés. BNP Paribas s’impose ainsi comme le premier contributeur aux profits, confirmant la solidité de son modèle dans un environnement économique incertain.

États-Unis : des signaux économiques contradictoires

Malgré les turbulences politiques et commerciales, les États-Unis demeurent le pivot de l’économie mondiale. Certains indicateurs macroéconomiques illustrent parfaitement l’étendue de leur puissance. Selon une étude conjointe de Trendeo, de l’Institut de la réindustrialisation et de McKinsey, les investissements industriels ont bondi de 96 %, atteignant 793 milliards de dollars – un signe tangible du retour en force du secteur manufacturier américain.

  • Trump et les droits de douane : un pouvoir limité

La question était brûlante : Donald Trump pouvait-il, seul, renégocier les droits de douane avec ses partenaires commerciaux en s’appuyant sur la loi IEEPA (International Emergency Economic Powers Act) ? La Cour suprême a tranché sans ambiguïté : non.

Les juges ont estimé que le président avait dépassé ses prérogatives en imposant unilatéralement des droits de douane dits « réciproques » sous couvert d’une déclaration d’urgence nationale. Tous les tarifs instaurés sur cette base sont donc invalidés. Rassurant toutefois pour certains secteurs, cette décision n’affecte pas les droits de douane sectoriels fondés sur d’autres textes, à l’instar des tarifs sur l’acier et l’aluminium.

- Une riposte présidentielle déjà à l’œuvre

Mais Washington n’est pas sans armes. Peu après le verdict, le président a invoqué la section 122 pour instaurer une hausse de 10 % des tarifs mondiaux, suivie rapidement d’une majoration de 5 % supplémentaire. Toutefois, cette mesure ne peut être prolongée au-delà de 150 jours sans l’aval du Congrès.

En suspens demeure la question des remboursements pour les sommes indûment perçues depuis 2025. Selon les premières estimations, les États-Unis pourraient être contraints de restituer jusqu’à 175 milliards de dollars aux entreprises affectées. Plus de 1 500 sociétés ont engagé des procédures judiciaires, avec FedEx en tête de file pour défendre ses intérêts.

- Une incertitude prolongée pour les entreprises

Cette décision marque un tournant pour le tissu économique américain et international. Après des années de renégociations commerciales et de tensions tarifaires, les entreprises se retrouvent une fois encore confrontées à l’imprévisibilité du cadre réglementaire et à une période d’incertitudes prolongée.

  • Un environnement propice à la croissance américaine ?

La banque Goldman Sachs se montre optimiste pour 2026, anticipant une croissance du PIB de 2,5 % en rythme annuel, du quatrième trimestre 2025 au quatrième trimestre 2026, confirmant que l’économie américaine conserve un dynamisme enviable malgré un contexte mondial incertain.

Le produit intérieur brut (PIB) américain a cependant marqué un net ralentissement au quatrième trimestre, atteignant 1,4 % sur un an, contre 4,4 % au trimestre précédent. Ce coup de frein est largement imputable au shutdown gouvernemental qui a paralysé une partie de l’activité économique. Sur l’ensemble de l’année 2025, la croissance a été de 2,2 %, légèrement en deçà des prévisions des analystes, qui tablaient sur 2,4 %.

Pour 2026, le consensus des experts, de Goldman Sachs à Bloomberg, anticipe une croissance américaine supérieure à 2 %. Plusieurs moteurs soutiennent cette dynamique : les baisses d’impôts issues du plan budgétaire promu par Donald Trump, des conditions financières plus favorables, et surtout l’investissement soutenu des entreprises, porté par les puissants « Magnificent Seven ».

Cependant, l’horizon n’est pas exempt de nuages. La récente décision de la Cour suprême sur les droits de douane remet en lumière les tensions commerciales internationales, déjà sensibles. À cela s’ajoutent d’autres menaces potentielles : une hausse des prix du pétrole, ou encore des fragilités dans le crédit privé, capables de freiner la croissance ou de provoquer des ajustements brutaux sur les marchés.

  • L’emploi américain soulève de nombreuses questions

Le marché de l’emploi américain pourrait-il fléchir en 2026 ? C’est le scénario que plusieurs analystes jugent le plus probable. Pourtant, les derniers chiffres publiés par le Bureau of Labor Statistics dessinent un tableau plus favorable qu’attendu.

- Une dynamique plutôt favorable

En janvier, 130 000 emplois ont été créés, contre 55 000 anticipés, tandis que le taux de chômage reste stable à 4,3 % (contre 4,4 % en décembre).

En février, le secteur privé a surpris positivement avec une hausse de 63 000 postes, après une révision à la baisse de 11 000 postes pour janvier. Le salaire moyen horaire progresse à 3,7 %, dépassant l’inflation (2,7 %), offrant ainsi un regain de pouvoir d’achat aux Américains. Donald Trump s’est empressé de célébrer ces chiffres sur ses réseaux sociaux : « Chiffres d’emplois exceptionnels, beaucoup plus que prévu ! Les États-Unis devraient payer BEAUCOUP MOINS sur leurs emprunts. »

Selon la Réserve fédérale américaine (FED), le marché du travail est aujourd’hui « à l’équilibre », avec une légère offre excédentaire de 0,8 million de personnes. Autrement dit, le marché n’est plus en tension, mais il ne présente pas non plus de signes de sous-emploi.

- Une réalité plus nuancée

Une analyse plus approfondie invite toutefois à la prudence. Les révisions des années passées révèlent une création d’emplois beaucoup plus faible que prévu : depuis le retour au pouvoir de Donald Trump, seulement 180 000 emplois ont été créés, soit un rythme historiquement bas de 15 000 postes par mois.

De plus, la croissance de l’emploi est concentrée dans le secteur de la santé et du social, tandis que d’autres secteurs – finance, information, transport, logistique – ont connu des suppressions de postes. Le nombre d’emplois à pourvoir a chuté à 6,542 millions, contre 7,25 millions anticipés.

La question de l’intelligence artificielle inquiète également. Dans sa dernière étude, Goldman Sachs souligne que l’automatisation et les technologies émergentes pourraient bouleverser le marché du travail, notamment pour les jeunes entrants dans des secteurs exposés. Déjà, les postes disponibles pour cette population ont enregistré un déclin de 16 %.

Le contraste est frappant : Nvidia, valorisée à 4 500 milliards de dollars, emploie seulement 40 000 personnes, tandis qu’IBM, en 1985, avec une capitalisation vingt fois inférieure, employait dix fois plus de salariés. Ce décalage illustre la transformation structurelle du marché du travail, où la valeur économique se détache désormais du volume d’emplois créés.

En dépit des chiffres récents encourageants, les signaux structurels laissent entrevoir une dégradation probable du marché de l’emploi. Un défi que les acteurs économiques et politiques devront affronter dans les années à venir.

  • Politique monétaire : la Fed temporise

Malgré un tableau macroéconomique globalement rassurant, Jerome Powell insiste sur la nécessité de rester vigilant. Les données actuelles ne plaident pas pour une baisse immédiate des taux, mais le président de la Réserve fédérale (Fed) continue de surveiller de près le marché du travail.

L’inflation américaine a marqué un ralentissement en janvier, à 2,4 % sur un an, soit 0,3 point de moins qu’en décembre. Ce reflux s’explique principalement par la baisse des prix de l’énergie (-1,5 % sur un mois), alors que les denrées alimentaires poursuivent leur progression (+0,2 %). Le « core inflation », indicateur privilégié par la Fed, hors énergie et alimentation, ressort à 2,5 %, son niveau le plus bas depuis 2021.

Cependant, une étude de la Fed de New York vient tempérer cet optimisme. En ajustant les effets temporaires, notamment le shutdown de 43 jours qui avait perturbé la collecte des prix à l’automne, les économistes estiment que l’inflation réelle s’élevait plutôt à 2,83 % fin 2025.

En attendant la prise de fonction de Kevin Warsh, Jerome Powell a maintenu le taux directeur à 3,5 %, après une baisse cumulative de 75 points de base en 2025. Il justifie cette posture par l’amélioration progressive de certains indicateurs économiques, tout en restant attentif aux risques persistants.

Pour sa part, Stephen Miran, gouverneur de la Fed et critique d’une politique monétaire jugée trop restrictive, préconise une réduction d’un point de pourcentage des taux cette année, invoquant la fragilité encore présente sur le marché du travail et les incertitudes entourant l’activité économique.

Zone euro : une dynamique toujours fragile

Selon la Banque centrale européenne, l’économie de la zone euro se montre plus résistante que prévu. Soutenue par la progression des revenus des ménages, la hausse des dépenses publiques et l’amélioration progressive des conditions de financement, la croissance pourrait atteindre 1,2 % en 2026, puis 1,4 % en 2027 et 2028.

  • Un rebond encore à confirmer

Les premiers signaux de reprise sont déjà perceptibles. Au quatrième trimestre 2025, l’économie de la zone euro a progressé de 0,3 %, portant la croissance annuelle à 1,5 %.

Le redressement, encore timide, de l’économie allemande constitue à ce titre une évolution encourageante. L’activité outre-Rhin a progressé de 0,3 % au quatrième trimestre, portée par la relance des dépenses publiques et par un regain d’activité dans le secteur de la construction.

Au sein du « G4 » européen, c’est toutefois Espagne qui conserve la dynamique la plus solide, avec une croissance trimestrielle de 0,8 %.

Le marché du travail continue également de soutenir l’activité. Le taux de chômage est ainsi passé de 6,3 % à 6,2 % en décembre, contribuant à la progression des revenus et à une consommation plus dynamique. La hausse des salaires, combinée à une baisse du taux d’épargne, pourrait soutenir la demande intérieure, tout comme les investissements des entreprises et les dépenses publiques.

Mais cette dynamique reste fragile. La remise en cause possible de l’accord commercial entre l’Union européenne et les États-Unis, ainsi que les tensions géopolitiques au Iran, pourraient peser sur les perspectives économiques.

Le choc énergétique constitue une source d’inquiétude particulière. Depuis le début du conflit, les prix du gaz en Europe ont bondi de plus de 50 %, après l’arrêt de la production au Qatar sur l’un des plus grands sites d’exportation mondiaux.

Par ailleurs, le moral des acteurs économiques reste fragile. Selon les données publiées par la Commission européenne, l’indice du sentiment économique dans la zone euro a reculé à 98,3 en février, contre 99,3 en janvier, alors que les analystes interrogés par Reuters anticipaient 99,8.

  • Christine Lagarde sur le départ ?

Avant même que les conséquences du conflit au Moyen-Orient ne se matérialisent pleinement dans les statistiques, l’inflation repart légèrement à la hausse. Selon Eurostat, les prix à la consommation ont progressé de 1,9 % en février, contre 1,7 % en janvier, dépassant les prévisions des économistes.

La Banque centrale européenne reste néanmoins confiante. Elle anticipe une inflation moyenne de 1,9 % en 2026, 1,8 % en 2027, avant un retour vers 2 % en 2028, son objectif à moyen terme.

Dans ce contexte, aucune baisse des taux directeurs n’est attendue à court terme.

Une prudence que certains observateurs jugent excessive. Pour Wilfrid Galand, directeur stratégiste chez Montpensier Arbevel, la BCE devra rapidement ajuster sa position : « L’Europe doit aussi faire face à un défi monétaire. Mois après mois, l’inflation recule dans plusieurs grandes économies de la zone euro. En France, elle atteint seulement 0,3 % en rythme annuel en janvier, rapprochant dangereusement le pays du seuil de déflation. Dans ces conditions, maintenir une politique monétaire aussi prudente apparaît de moins en moins justifié au regard de la faible croissance européenne. »

Enfin, des interrogations émergent également sur l’avenir de Christine Lagarde à la tête de la BCE. Selon le Financial Times, son départ pourrait intervenir avant la fin de son mandat, officiellement prévue en octobre 2027.

D’après le quotidien britannique, le président français Emmanuel Macron pourrait souhaiter peser dans la nomination de son successeur avant l’élection présidentielle française de 2027, ouvrant ainsi une nouvelle séquence politique au sommet de l’institution monétaire européenne.

Chine : vers un nouveau modèle de croissance ?

Le ralentissement structurel de l’économie chinoise est désormais pleinement assumé par Pékin. L’objectif de 5 % de croissance, longtemps présenté comme un seuil incontournable, apparaît aujourd’hui difficile à atteindre.

  • Une croissance proche de 4,5 % en 2026 ?

Pour 2026, les autorités tablent désormais sur une expansion comprise entre 4,5 % et 5 %, un rythme légèrement inférieur à celui observé ces dernières années.

Ce repositionnement s’accompagne d’un engagement clair en faveur d’un soutien budgétaire accru et d’investissements publics massifs dans la technologie, l’industrie et la consommation intérieure.

L’objectif est stratégique : permettre à la deuxième économie mondiale de réduire sa dépendance aux exportations et de renforcer son marché domestique. Une transformation économique de grande ampleur pour le pays dirigé par Xi Jinping.

  • Une consommation encore fragile

Mais cette transition prendra du temps. Le moral des ménages chinois reste fortement affecté par l’éclatement de la bulle immobilière et par les difficultés rencontrées par les jeunes diplômés pour s’insérer sur le marché du travail.

Le Premier ministre Li Qiang lui-même reconnaît l’existence de pressions persistantes sur l’emploi et le pouvoir d’achat, illustrant les fragilités de l’économie chinoise.

Autre signal révélateur : l’absence de tensions inflationnistes. En janvier, l’inflation a nettement ralenti, tombant à 0,2 %, contre 0,8 % en décembre, sous l’effet notamment d’une baisse de 0,7 % des prix alimentaires.

Dans ce contexte, la Chine s’engage dans une transition délicate, cherchant à rééquilibrer son modèle économique tout en préservant la stabilité sociale et la dynamique de croissance.

Les convictions de Scala Patrimoine sur les marchés financiers

Le conflit impliquant l’Iran pourrait-il bouleverser l’équilibre macroéconomique mondial ? Jusqu’à présent, la solidité des grandes économies et la robustesse des résultats des entreprises ont permis d’amortir les tensions sur les marchés. Cette résilience reste toutefois conditionnée à un facteur clé : le prix du pétrole. Tant que le baril demeure sous le seuil des 100 dollars, scénario aujourd’hui privilégié par la plupart des analystes, l’impact sur l’économie mondiale et les marchés financiers devrait rester contenu.

  • Iran : deux scénarios sur la table

- Le scénario privilégié par les marchés financiers

Le scénario actuellement intégré par les marchés financiers est celui d’un impact limité du conflit. Dans cette hypothèse, la hausse des prix du pétrole resterait modérée, limitant ses répercussions sur l’inflation, les marges des entreprises et la consommation. La croissance mondiale ne serait alors que marginalement affectée.

Des disparités régionales pourraient néanmoins apparaître. L’Asie est beaucoup plus dépendante des flux énergétiques transitant par le Détroit d’Ormuz que l’Europe ou les États-Unis.

La situation est particulièrement sensible pour la Chine, premier importateur mondial de pétrole. Le pays consomme environ 15 millions de barils par jour, dont une part significative transite par le détroit d’Ormuz. Toutefois, seulement 6 % de ses importations proviennent directement d’Iran. Pékin pourrait par ailleurs exercer une influence diplomatique pour sécuriser le passage de ses tankers. La montée en puissance des énergies renouvelables offre également au pays quelques marges d’adaptation.

Les inquiétudes asiatiques se sont néanmoins manifestées sur les marchés financiers : lors du déclenchement du conflit, la Bourse de Corée du Sud a brièvement chuté de 12 %, avant de se reprendre dans les séances suivantes.

En Europe, les préoccupations portent davantage sur le gaz naturel. Le Qatar, premier exportateur mondial de gaz naturel liquéfié, a suspendu une partie de sa production après une attaque de drone attribuée à l’Iran. Une situation délicate pour les pays européens, qui ont fortement réduit leurs importations énergétiques en provenance de Russie et dépendent désormais davantage des fournisseurs du Golfe.

- Le scénario de risque

Le second scénario, jugé moins probable mais plus déstabilisant, serait celui d’un conflit qui s’intensifie et s’inscrit dans la durée. Dans ce cas, le prix du baril pourrait dépasser les 100 dollars, ce qui provoquerait une correction plus marquée sur les marchés financiers et pèserait davantage sur la croissance mondiale.

Selon une étude de la Réserve fédérale américaine, une hausse de 10 % du prix du Brent entraînerait une augmentation limitée de l’inflation (+0,2 %) et un léger ralentissement de la croissance (–0,1 point).

Pour la Banque centrale européenne (BCE), l’impact serait plus sensible sur le continent européen : une hausse de 15 % des prix de l’énergie pourrait faire progresser l’inflation de 0,5 point et réduire la croissance de 0,2 point.

Enfin, selon une analyse de Goldman Sachs, la fermeture du Détroit d’Ormuz pendant quatre semaines pourrait entraîner une hausse d’environ 15 dollars du prix du baril.

Dans ce contexte, la sécurité de cette route énergétique stratégique demeure l’un des principaux risques pour les marchés financiers.

  • Marchés actions : le conflit en Iran secoue les investisseurs

Dans l’immédiat, les principaux bénéficiaires du conflit impliquant l’Iran sont les entreprises des secteurs de l’énergie et de la défense, ainsi que l’Or, valeur refuge traditionnelle en période d’incertitude.

Fait plus inhabituel, les obligations souveraines des grandes économies ne jouent pas pleinement leur rôle de refuge. La hausse des rendements reste toutefois contenue. Les analystes n’ont, pour l’heure, pas modifié leurs anticipations concernant une éventuelle baisse de taux de la Réserve fédérale des États-Unis.

En revanche, on observe une augmentation de la prime de risque sur les obligations d’entreprises, aussi bien sur le segment Investment Grade que sur celui du High Yield, signe d’une prudence accrue des investisseurs financiers.

- Des marchés financiers mieux préparés qu’attendu

Les marchés financiers ont, dans l’ensemble, bien résisté aux premiers jours du conflit. Les frappes menées par les États-Unis et Israël avaient été largement anticipées par les investisseurs. Depuis plusieurs semaines, les mouvements de la flotte américaine autour du Détroit d’Ormuz alimentaient déjà les scénarios d’escalade.

La baisse initiale des marchés actions s’explique également par des stratégies d’options massivement utilisées par les investisseurs institutionnels. Parallèlement, des positions acheteuses sur les valeurs pétrolières et les entreprises de défense ont généré d’importants gains à court terme.

Mais ces stratégies très tactiques peuvent s’avérer dangereuses à moyen terme. Si les investisseurs institutionnels décidaient de déboucler rapidement leurs positions, les investisseurs particuliers pourraient subir un effet de “porte de saloon”, accentué par une volatilité toujours élevée.

- Les convictions de notre multi-family office sur les marchés financiers

La règle d’or reste la diversification des investissements, à la fois sectorielle et géographique.

Certains secteurs ont été particulièrement touchés par la baisse initiale des marchés. Sur le long terme, il pourrait être opportun de se positionner progressivement sur un rebond des valeurs technologiques du logiciel (« software ») ainsi que sur les valeurs bancaires.

Quelques thématiques apparaissent particulièrement pertinentes, notamment les fonds investis dans des entreprises offrant des dividendes élevés, capables de générer un revenu régulier malgré la volatilité des marchés.

Les valeurs de défense, tout comme l’or, peuvent également s’inscrire dans une stratégie de long terme, même si ces actifs restent susceptibles de connaître des phases de volatilité.

Aux États-Unis, les valeurs domestiques ont fait office de refuge durant les premiers jours du conflit. Grâce à l’indépendance énergétique du pays, elles sont moins exposées aux tensions au Moyen-Orient et ont par ailleurs bénéficié du renforcement du dollar.

Sur les marchés européens, la stratégie reste inchangée, avec le maintien des positions existantes.

Les marchés émergents peuvent, de leur côté, constituer une source de diversification intéressante, notamment en Asie. Toutefois, cette région reste particulièrement sensible à une éventuelle perturbation du trafic dans le Détroit d’Ormuz, comme l’a illustré la forte baisse des indices sud-coréens au début du conflit.

La Chine pourrait néanmoins tirer son épingle du jeu grâce à son positionnement stratégique sur les métaux rares, essentiels à la transition énergétique et aux technologies avancées. À l’inverse, le Japon et la Corée du Sud apparaissent plus exposés dans l’hypothèse d’un conflit prolongé.

- Garder la tête froide sur les marchés financiers

Dans un environnement aussi incertain, le mot d’ordre reste la discipline. Sur les marchés financiers, la panique est rarement bonne conseillère.

Les investisseurs devront probablement s’habituer à une volatilité accrue, avec des phases de correction parfois brutales et des rallyes techniques plus marqués qu’à l’accoutumée.

Mais l’histoire des marchés rappelle également que les périodes de turbulence sont souvent celles où émergent les meilleures opportunités d’investissement.

Et, au risque de nous répéter, une règle demeure immuable : plus un portefeuille est diversifié, plus il est capable d’absorber les chocs et de traverser les phases de baisse des marchés.

- L’importance des actifs tangibles dans un contexte volatil

La diversification offerte par les marchés obligataires face aux actions pourrait s’éroder si le prix du baril de pétrole venait à franchir le seuil symbolique des 100 dollars. Une telle flambée pourrait entraîner une corrélation plus étroite entre ces deux classes d’actifs, limitant l’effet protecteur traditionnel des obligations face aux turbulences des marchés actions.

Dans l’éventualité d’un enlisement prolongé du conflit géopolitique actuel, les matières premières et les actifs tangibles, tels que l’or et les métaux précieux, retrouveraient toute leur pertinence. Leur rôle de valeur refuge et de couverture contre l’incertitude économique et l’inflation n’a jamais été aussi crucial.

Parallèlement, certaines stratégies dites long/short pourraient tirer parti de la hausse de la volatilité sur les marchés financiers, exploitant les écarts de valorisation entre différents titres pour générer des performances même dans un contexte incertain.

- Les produits structurés

Les produits structurés sont également susceptibles de bénéficier de ces mouvements de marché. En particulier, les produits indexés sur l’indice iTraxx Main, qui reflète le risque de défaut (CDS) des 125 sociétés européennes les plus liquides, voient leur attrait croître lorsque les spreads s’élargissent. L’augmentation de ces spreads traduit un renchérissement de la prime de risque : pour les investisseurs, cela constitue un point d’entrée potentiellement intéressant.

Malgré ces tensions, les fondamentaux économiques demeurent solides et les résultats des entreprises restent robustes. Cette stabilité pourrait limiter l’ampleur du repli des marchés, même si le risque d’une prolongation du conflit reste réel.

Pour l’instant, la dynamique des marchés financiers semble pointer vers un épisode de volatilité de courte durée, suivi d’un retour progressif aux fondamentaux économiques. Dans ce contexte, savoir identifier et valoriser les actifs tangibles, ainsi que les stratégies adaptées à l’augmentation temporaire de l’incertitude, demeure essentiel pour naviguer avec succès dans les marchés financiers.

Nos équipes sont à votre disposition pour échanger sur vos projets d’investissement et évaluer, avec vous, leur intérêt, au regard de l’environnement économique et financier, de la structuration de votre patrimoine et de vos objectifs de vie.


Le dispositif Jeanbrun

Statut de bailleur privé : les contours du nouveau dispositif immobilier « Jeanbrun »

Le secteur du logement est dans la tourmente. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Entre 2021 et 2024, la part des investisseurs dans le neuf a chuté de 63%, selon la Fédération des promoteurs immobiliers. En 2024, seules 104 200 mises en chantier de logements individuels ont été enregistrées, loin des 175 700 comptabilisées en 2022.

Avec l’extinction progressive du dispositif Pinel, le gouvernement a voulu redonner un second souffle à l’investissement immobilier. La réponse : un nouveau levier fiscal, le dispositif dit « Jeanbrun », du nom de l’actuel ministre du Logement, Vincent Jeanbrun. Également baptisé « Statut du bailleur privé » ou « Relance logement », ce mécanisme répond à un vœu de longue date des professionnels de l’immobilier.

Concrètement, il instaure un système d’amortissement progressif pour les biens acquis en vue de leur location nue, dans l’esprit de la location meublée non professionnelle (LMNP) au régime réel, en opposition à la réduction d’impôt directe proposée par le Pinel. Selon les premières estimations, le dispositif représenterait un coût annuel de 2 à 3 milliards d’euros. Les politiques espèrent engendrer la création de 50 000 nouveaux logements dès cette année.

Dispositif Jeanbrun : un avantage fiscal sous la forme d’amortissement

Le dispositif Jeanbrun repose sur un principe simple mais potentiellement puissant : l’amortissement. Les investisseurs mettant un logement neuf ou réhabilité en location nue peuvent ainsi déduire, de leurs revenus fonciers, une fraction du prix d’acquisition du bien. Cette déduction peut atteindre 80% de la valeur du logement (hors foncier estimé forfaitairement à 20 %). Celle-ci étant majorée du coût des travaux pour les biens anciens.

Chaque année, le contribuable déduit donc de ses loyers imposables une partie du prix d’achat, cumulable avec les charges classiques admises en déduction dans le régime réel des revenus fonciers. Si les professionnels sont encore en attente de précisions de la part de l'administration fiscale, l’amortissement devrait pouvoir générer un déficit foncier imputable sur le revenu global jusqu’à 10 700 €, avec report sur les revenus fonciers des dix années suivantes.

Pour les rénovations importantes de logements anciens, un plafond majoré temporaire est prévu jusqu’en 2027. L’imputation peut alors atteindre 21 400€ par an, sous réserve que les travaux concernent l’efficacité énergétique du bien. L’exigence est cependant stricte : le logement doit atteindre un DPE de classe A ou B.

« L’avantage proposé par le dispositif Jeanbrun varie fortement selon la tranche marginale d’imposition. Plus elle est élevée et plus le contribuable dispose de revenus fonciers, plus le dispositif devient intéressant », explique Guillaume Lucchini, fondateur du multi family office indépendant, Scala Patrimoine.

La location meublée (LMNP/LMP) reste toutefois exclue du dispositif et soumise aux régimes BIC classiques.

Les logements éligibles au dispositif « Jeanbrun »

Le dispositif s’applique aux logements neufs ou anciens nécessitant des travaux lourds, pour une durée minimale de neuf ans, et sous réserve de plafonds de loyers et de ressources des locataires.

  • Les biens neufs ou faisant l'objet de travaux lourds

Sont concernés, les logements :

- acquis neufs ou en état futur d’achèvement (VEFA) ;

- que le contribuable fait construire ;

- ayant fait l’objet de travaux concourant à la production d’un immeuble neuf ;

- anciens dont les travaux représentent au moins 30 % du prix d’acquisition, éligibles à des aides telles que MaPrimeRenov.

  • L'exclusion des maisons individuelles

Le dispositif ne couvre pas les maisons individuelles, mais s’applique à tous les logements collectifs du territoire.

Comme l’explique Guillaume Lucchini, « l’accès au dispositif est limité à deux logements par foyer fiscal. Soulignons cependant que les avantages fiscaux liés à l’amortissement ne sont pas intégrés dans le plafonnement global des niches fiscales. Pour optimiser l’amortissement, une valeur maximale de 290 000 € par logement est, en pratique, recommandée. »

Les taux d’amortissement applicables au dispositif « Jeanbrun »

Pour les logements neufs ou en VEFA, le loyer :

- intermédiaire : 3,5 % par an (plafond 8 000 €)

- social : 4,5 % par an (plafond 10 000 €)

- très social : 5,5 % par an (plafond 12 000 €)

Pour les logements anciens, le loyer :

- intermédiaire : 3 %

- social : 3,5 %

- très social : 4 %

« Le gain fiscal annuel peut atteindre 2 000 à 3 000 € pour un foyer imposé à 30 %, voire davantage pour les tranches supérieures. Cependant, les contraintes liées aux respects de plafonds de loyers stricts, à un engagement minimum de 9 ans et à la réintégration des amortissements dans le calcul de l’éventuelle plus-value immobilière limitent l’intérêt pour les patrimoines les plus élevés », nuance Guillaume Lucchini.

Enfin, l’option Jeanbrun doit être exercée de manière irrévocable lors de la déclaration des revenus de l’année d’acquisition ou d’achèvement. Les logements ne peuvent être loués à des membres du foyer fiscal du propriétaire ou à des proches jusqu’au deuxième degré.

Conditions et limites

Les plafonds de loyers et ressources des locataires varient selon l’avantage accordé.

- Pour les loyers intermédiaires, les plafonds Pinel s’appliquent ;

- Pour les loyers sociaux et très sociaux, les plafonds sont ceux du dispositif Loc’Avantages.

Dans tous les cas, le logement doit être loué dans les 12 mois suivant son achèvement ou son acquisition.

Autre limite du dispositif Jeanbrun : celui-ci n’est pas cumulable pour un même logement avec Pinel, Denormandie, Outre-mer, ou les régimes liés aux monuments historiques.

Formes juridiques

Le dispositif s’adresse aux particuliers, résidents fiscaux français ou non-résidents, et peut se réaliser via une Société Civile immobilière (SCI) à l’IR. Les structures à l’IS et le démembrement (sauf suite à décès) sont exclus. En indivision, chaque indivisaire bénéficie de l’avantage fiscal à hauteur de sa quote-part, sous condition d’engagement collectif de location.

Durée

Le dispositif est applicable aux acquisitions réalisées entre le 20 février 2026 et le 31 décembre 2028. L’engagement de location doit couvrir 9 ans, mais l’amortissement peut se poursuivre tant que le bien génère des revenus fonciers, sans dépasser 80 % de sa valeur hors foncier.

« Tant que le propriétaire conserve le bien et qu’il n’a pas épuisé son volume d’amortissement, il peut continuer à réduire sa fiscalité sur les loyers. Le cumul des amortissements ne peut jamais excéder la valeur hors foncier du logement », précise Guillaume Lucchini.

Revente & fiscalité

La revente du bien immobilier entraîne une réintégration fiscale proportionnelle des amortissements.

Ceux-ci viennent également minorer le prix d’acquisition pour le calcul de la plus-value, qui reste soumise au régime classique : exonération d’impôt sur le revenu après 22 ans de détention, et des prélèvements sociaux après 30 ans.

« L’un des points noirs du dispositif Jeanbrun réside dans la fiscalité à la revente. Les amortissements doivent être anticipés, sinon la facture peut être très lourde », souligne Guillaume Lucchini.

Pour le fondateur du multi family office, « le dispositif Jeanbrun, malgré son attrait fiscal apparent, reste peu intéressant pour les hauts revenus. Ses conditions très restrictives – plafonds de loyers, durée minimale de location – limitent fortement la liberté d’investissement et la rentabilité potentielle. Pour les investisseurs avertis, il peut être plus judicieux de se tourner vers un investissement immobilier traditionnel. Ces derniers pourraient avoir intérêt à se focaliser sur des biens à rénover dans de grandes métropoles ou à Paris. La demande locative y étant très soutenue. Cette stratégie permet d’optimiser à la fois la valeur patrimoniale et les revenus locatifs, sans subir les contraintes du dispositif. »

LOI n° 2026-103 du 19 février 2026 de finances pour 2026

Dette privée Evergreen 2026

La dette privée « evergreen » : un nouveau modèle pour l’investissement non coté ?

Inspirés des stratégies patrimoniales des grandes fortunes et des pratiques de gestion des investisseurs institutionnels, les fonds dits evergreen s’imposent progressivement comme un pilier de l’investissement non coté.

Les chiffres confirment cette montée en puissance. Selon les estimations du fournisseur de données Novantigo, les encours des fonds evergreen et des ELTIF ont bondi de 73 % entre fin 2024 et septembre 2025, atteignant 93,4 milliards d’euros. À l’horizon 2030, ces véhicules pourraient représenter plus de 60 % des investissements en actifs privés.

Face à cet engouement et devant les difficultés rencontrées par la société de gestion Blue Owl, Scala Patrimoine décrypte les ressorts de ce modèle, appliqué à l’investissement en dette privée.

Fonds evergreen : une rupture avec le modèle traditionnel

Les fonds de private equity et de private debt classiques reposent sur un schéma bien connu : appels de capitaux successifs, période d’investissement étalée dans le temps, distributions tardives et capital immobilisé jusqu’à la liquidation finale du fonds. Ce fonctionnement expose l’investisseur à la fameuse courbe en J, caractérisée par des performances initialement négatives avant une création de valeur différée.

Les fonds evergreen s’inscrivent dans une logique radicalement différente.

  • Une structure perpétuelle, pensée pour le long terme

Contrairement aux fonds dits « millésimés », dont la durée de vie est généralement comprise entre 6 et 12 ans, les fonds evergreen ne disposent pas de date de clôture prédéfinie. Cette structure ouverte permet aux gérants d’investir en continu, sans contrainte de liquidation finale.

Résultat :

- le capital est déployé immédiatement,

- la courbe en J est atténuée structurellement, mais dépend du rythme de déploiement, du niveau de cash buffer (ou réserve de liquidités) et peut réapparaitre en cas de vague de défauts,

- et l’investissement commence à produire du rendement dès les premiers mois.

Autre différence majeure : l’investisseur effectue un seul apport initial, sans appels de fonds ultérieurs.

Comme le souligne Adrien Tourbet, responsable des investissements non cotés chez Scala Patrimoine : « La spécificité des fonds evergreen destinés aux investisseurs privés réside dans l’appel intégral du capital dès la souscription. Cette immédiateté d’investissement modifie profondément la dynamique de rendement : le capital n’est pas progressivement mobilisé, il travaille quasi instantanément. »

Dans le cadre de la dette privée, les intérêts générés peuvent être distribués régulièrement (le plus souvent trimestriellement) ou réinvestis, selon le choix de l’investisseur. Cette seconde option active un puissant mécanisme d’intérêts composés, optimisant la création de valeur sur le long terme.

  • Une liquidité encadrée

Autre spécificité clé : les fonds evergreen offrent une liquidité partielle. Des fenêtres de rachat sont généralement prévues chaque trimestre ou semestre, grâce à une poche de liquidités conservée par le fonds.

Il ne s’agit toutefois pas d’une liquidité comparable à celle des marchés cotés. Les fonds evergreen sont qualifiés de semi-liquides : la liquidité est possible, mais elle n’est jamais garantie. En cas de déséquilibre entre demandes de rachat et liquidités disponibles, les sociétés de gestion peuvent activer des mécanismes de proratisation des sorties (gates), différer une partie des rachats ou, dans des cas extrêmes, suspendre temporairement les opérations.

Des périodes de lock-up — souvent comprises entre 1 et 5 ans — peuvent s’appliquer, parfois assorties de pénalités en cas de sortie anticipée.

Adrien Tourbet tient à ce titre à préciser que : « ce n’est pas de la liquidité au sens strict des marchés publics, où les titres peuvent être vendus instantanément. On se situe à mi-chemin entre marchés privés et marchés cotés. L’horizon d’investissement reste long terme, généralement entre 5 et 10 ans. Les difficultés rencontrées par la société de gestion américaine Blue Owl sont d’ailleurs là pour nous le rappeler. »

  • Un enjeu central : le cash management

Sur la durée de vie du fonds, les niveaux d’allocation atteignent en moyenne 80 % à 90 %, offrant à l’investisseur un portefeuille diversifié et mature dès l’entrée. Cette structure impose toutefois une discipline rigoureuse en matière de gestion de trésorerie.

Contrairement aux fonds millésimés, souvent investis à près de 100 %, les fonds evergreen conservent 10 % à 20 % de liquidités afin d’honorer les demandes de rachat.

« Le cash management est un facteur clé de performance. Un fonds evergreen bien géré doit concilier rendement et liquidité », précise Adrien Tourbet.

  • Un outil de lissage des cycles économiques

Sur le papier — et dans les faits lorsque la gestion est maîtrisée — les fonds evergreen offrent de nombreux avantages : suppression des sorties forcées, disparition de la logique de millésime, lissage naturel des cycles économiques, et redéploiement continu du capital.

À mesure que les investissements arrivés à maturité sont cédés, les capitaux sont réalloués vers de nouvelles opportunités, assurant une diversification intrinsèque permanente.

Quelques réserves majeures méritent néanmoins d’être formulées. « Le marché souffre encore d’un manque de recul sur le track record des fonds evergreen, en particulier en Europe, où leur historique demeure trop récent pour permettre une évaluation pleinement robuste » abonde Adrien Tourbet. Celui-ci ajoute qu’une « interrogation centrale subsiste : comment ces véhicules se comporteront-ils en cas de choc macroéconomique sévère ou de crise prolongée ? Leur résilience n’a pas encore été véritablement éprouvée par un cycle adverse de grande ampleur. »

Sur un plan plus empirique, la question de la liquidité effective accordée aux investisseurs — qu’ils soient entrants ou sortants — devra également être analysée avec rigueur. « La promesse de liquidité, souvent mise en avant, ne saurait être purement théorique : elle suppose des mécanismes opérationnels solides et une profondeur de marché suffisante. » explique le responsable des investissements non cotés de Scala Patrimoine. À cet égard, un consensus se dessine : pour que cette liquidité soit crédible et durable, les fonds de dette privée doivent atteindre une taille critique, généralement estimée à au moins un milliard de dollars d’actifs sous gestion. Ce seuil permet généralement d’atteindre une diversification suffisante pour diluer le risque idiosynatique, lisser les flux d’entrées et de sorties et accéder à des transactions primaires de meilleure qualité.

Pourquoi la dette privée s’impose comme une classe d’actifs incontournable

Depuis la crise des subprimes à la fin des années 2000, le paysage du financement des entreprises s’est profondément transformé. Sous l’effet d’un durcissement réglementaire et d’une aversion accrue au risque, les établissements bancaires ont progressivement réduit leur exposition au crédit. En conséquence, un nombre croissant d’entreprises s’est tourné vers les marchés privés pour financer leur croissance, leurs acquisitions ou leur refinancement.

Ce mouvement structurel a propulsé la dette privée au rang de classe d’actifs majeure. À l’échelle mondiale, elle représente aujourd’hui près de 1 700 milliards de dollars d’encours. Selon Moody’s, ce marché devrait franchir le seuil des 2 000 milliards de dollars dès 2026, confirmant une dynamique toujours très soutenue.

  • Un double avantage : pour les entreprises comme pour les investisseurs

La dette privée joue un rôle clé pour les entreprises en leur offrant une source de financement alternative, flexible et souvent plus adaptée à leurs besoins spécifiques. Elle leur permet de diversifier leurs sources de capitaux et de limiter leur exposition à la volatilité des marchés financiers cotés.

Pour les investisseurs, l’attrait est tout aussi clair : la dette privée offre des rendements attractifs, généralement supérieurs à ceux des obligations cotées, tout en reposant sur des flux de revenus identifiables, issus des intérêts versés par les emprunteurs.

  • Une classe d’actifs défensive, mais pas sans risques

Dans un environnement marqué par la baisse des taux et la compression des spreads obligataires traditionnels, les grands investisseurs cherchent à renforcer la diversification de leur patrimoine — en particulier au sein de leur poche obligataire. La dette privée répond précisément à cet objectif.

Grâce à la nature sur mesure des transactions, cette classe d’actifs affiche une faible corrélation avec les marchés côtés, ce qui en fait un puissant outil de diversification.

La dette privée présente également un caractère défensif : elle offre une bonne visibilité sur les revenus futurs, fondés sur le paiement régulier des intérêts. De plus, les prêts à taux variable constituent une protection naturelle contre l’inflation, limitant l’impact des fluctuations de taux.

Mais aucun rendement élevé ne va sans contrepartie. Les investisseurs doivent rester attentifs :

- au risque de défaut des entreprises financées,

- et au risque de liquidité, en particulier dans un contexte économique dégradé où de nombreux investisseurs pourraient souhaiter sortir simultanément.

Ces enjeux sont d’autant plus importants que l’environnement économique mondial demeure incertain et que les transformations liées au développement de l’intelligence artificielle rebattent profondément les cartes de nombreux secteurs.

  • Le marché de la dette privée evergreen sous tension

L’attrait croissant des investisseurs ne doit pas occulter les premières zones de fragilité du marché. À ce stade, les pertes restent contenues, mais les signaux de vigilance se multiplient.

Aux États-Unis, le taux de défaut des crédits privés est en légère hausse, passant de 5,4 % à 5,6 % en décembre 2025, selon Fitch.

Les récentes difficultés de Blue Owl mettent en lumière certaines fragilités structurelles du marché de la dette privée evergreen. La société de gestion américaine a en effet décidé de supprimer définitivement la clause permettant aux investisseurs de l’un de ses fonds de retirer une partie de leurs capitaux chaque trimestre. Une décision lourde de sens, qui ravive les inquiétudes autour des standards du crédit privé et de l’exposition croissante du secteur à des entreprises rendues plus vulnérables par le ralentissement économique et les bouleversements technologiques — à commencer par l’essor fulgurant de l’intelligence artificielle dans des secteurs comme celui des logiciels. Dans un environnement plus exigeant, la promesse de liquidité devient donc plus difficile à tenir.

L’Europe, en revanche, bénéficie d’un contexte plus favorable. Les spreads y demeurent plus élevés — de 25 à 50 points de base — et les taux de défaut restent significativement plus bas, bien qu’en progression, de 0,4 % en 2024 à 1,25 % en 2025.

Symbole de cette montée en puissance, l’Europe représente désormais près de 30 % du marché mondial du crédit privé, avec une croissance annuelle moyenne de 18 % depuis 2008, contre 11 % sur le marché américain.

  • La clé du succès : la discipline et la sélectivité

Le constat est sans appel : les capitaux à investir sont abondants, mais les opportunités réellement attractives se raréfient. « Dans ce contexte, certains fonds de dette commettent l’erreur de relâcher leurs critères d’investissement, au risque de diluer la qualité de leurs portefeuilles », avertit Adrien Tourbet.

Plus que jamais, la sélectivité des gérants, la qualité de l’analyse crédit et la rigueur des processus d’investissement constituent les véritables facteurs différenciants. Dans un marché arrivé à maturité, la dette privée ne récompense plus seulement l’exposition, mais avant tout l’exigence et la discipline.

Sur quels critères choisir un fonds de dette privée evergreen ?

Dans l’univers du non coté — et plus encore en dette privée evergreen — le choix du gérant est déterminant. Les écarts de performance entre les fonds du premier et du dernier quartile sont significatifs, rendant toute approximation dans la sélection particulièrement coûteuse pour l’investisseur.

L’enjeu est clair : viser un rendement net annuel compris entre 6 % et 9 % en 2025 pour les stratégies les plus équilibrées, et au-delà de 12 % pour les fonds acceptant un niveau de risque plus élevé. Atteindre ces objectifs suppose une discipline de sélection rigoureuse et une compréhension fine des mécanismes de création de valeur.

  • Une méthodologie d’analyse de fonds de dette privée evergreen éprouvée

Avant toute décision d’investissement, il convient de s’appuyer sur un cadre méthodologique structuré, reposant sur des critères précis. Ce travail d’analyse en amont constitue, à lui seul, un facteur clé de performance à long terme.

La qualité d’un fonds de dette privée evergreen dépend avant tout de l’expertise humaine et technique de son équipe de gestion. Il convient de privilégier des sociétés de gestion ayant démontré :

- leur solidité à travers plusieurs cycles économiques,

- la capacité à attirer et conserver des investisseurs institutionnels de premier plan,

- leur aptitude à générer de la performance aussi bien en phase d’expansion qu’en période de ralentissement économique.

Il convient à ce titre d’analyser :

- le taux de perte net historique

- le multiple de couverture des intérêts du portefeuille moyen du portefeuille

- le niveau de levier moyen

- leur proportion de dette senior loan secured

- la durée moyenne résiduelle des prêts

- leur méthodologie de valorisation de la NAV

La capacité d’un gérant à réagir efficacement en temps de crise est souvent plus révélatrice que ses résultats dans un environnement porteur.

Un historique de performance solide et récurrent constitue un prérequis, mais il ne doit jamais être analysé isolément. Il est essentiel d’en comprendre leurs ressorts.

  • Le savoir-faire opérationnel : un facteur différenciant majeur

Au-delà de l’analyse financière, la dette privée repose sur une proximité forte avec les entreprises financées. La capacité des équipes de gestion à accompagner les sociétés sur des enjeux clés — internationalisation, digitalisation, structuration financière ou croissance externe — constitue un véritable levier de sécurisation des investissements.

Ce savoir-faire opérationnel favorise un alignement d’intérêts entre prêteurs et emprunteurs, un suivi étroit des participations, et une anticipation accrue des risques.

Le principal risque inhérent à la dette privée evergreen reste celui du défaut de paiement. Il est donc essentiel de privilégier des équipes stables, expérimentées et capables de maintenir un taux de défaut maîtrisé au sein de leur portefeuille.

Enfin, une approche rigoureuse de la structuration des financements — intégrant la prise de garanties adaptées et une documentation juridique robuste — permet d’optimiser les conditions de recouvrement et de protéger efficacement le capital investi.

« Adrien Tourbet résume la situation : « choisir un fonds de dette evergreen ne consiste pas à comparer des rendements affichés. Il s’agit d’évaluer une architecture complète : qualité du sourcing, rigueur du crédit, gestion de la liquidité et alignement d’intérêts. Dans un marché devenu plus mature, la performance durable appartient aux gérants capables de dire non autant que de dire oui. »

Exemples de fonds de dette privée evergreen

Ces dernières années, les fonds de dette privée evergreen se sont multipliés, portés par la quête de rendement et de visibilité des investisseurs. Parmi les acteurs les plus actifs figurent plusieurs géants de la gestion d’actifs, dont Goldman Sachs et Ares, qui ont renforcé leur présence sur ce segment stratégique.

  • Goldman Sachs European Credit

C’est en 2023 que Goldman Sachs Alternatives a lancé Goldman Sachs European Credit (GSEC), un fonds de dette privée evergreen européenne semi-liquide destiné à répondre aux attentes d’investisseurs en quête de revenus réguliers ou de capitalisation à long terme.

Le fonds propose deux catégories de parts :

- une part distribuante, permettant aux investisseurs de percevoir régulièrement les intérêts ;

- une part capitalisante, dans laquelle les revenus sont automatiquement réinvestis afin de favoriser la croissance du capital.

Une plateforme mondiale, forte de 25 ans d’expérience

La société de gestion américaine s’appuie sur une expertise de plus de 25 ans dans la dette privée. Depuis sa création, sa plateforme dédiée a investi près de 180 milliards de dollars, ce qui en fait l’une des plus importantes au monde. Elle bénéficie d’une présence locale solide sur les marchés clés des États-Unis, de l’Europe et de l’Asie.

Cette proposition de valeur a rapidement trouvé son public. Le fonds affiche aujourd’hui près de 3,8 milliards d’euros d’encours, dont 82 % investis en dette privée, le solde — environ 18 % — étant conservé en liquidités afin de préserver la flexibilité et la liquidité du véhicule.

Un portefeuille de dette privée evergreen diversifié et orienté qualité

La stratégie de GSEC repose sur une large diversification : le portefeuille compte 97 lignes de dettes d’entreprises, quasi exclusivement constituées de dettes senior de premier rang. Les sociétés financées affichent une taille significative, avec un EBITDA moyen de 243 millions d’euros, gage de solidité opérationnelle.

L’équipe de gestion privilégie des emprunteurs de taille moyenne à grande, positionnés sur des secteurs peu cycliques et disposant de modèles économiques capables de résister à un environnement macroéconomique dégradé, y compris en cas de récession.

Les logiciels, les services aux entreprises et le secteur de la santé concentrent à eux seuls environ 77 % du flux de transactions, illustrant cette orientation défensive.

Un objectif de distribution attractif

Parmi les opérations emblématiques figurent notamment des prêts accordés à Softway Medical, fournisseur français de premier plan de logiciels de systèmes d’information hospitaliers pour les établissements publics et privés, ainsi qu’à Trade Me, leader néo-zélandais des enchères et des petites annonces en ligne.

Depuis son lancement en octobre 2023, GSEC a versé neuf distributions trimestrielles consécutives aux investisseurs, jusqu’à la fin du quatrième trimestre 2025. Le fonds affiche une ambition claire : offrir une distribution annuelle comprise entre 6,5 % et 8 %, tout en s’appuyant sur une approche prudente et sélective du crédit.

  • Ares European Strategic Income Fund

La société américaine de gestion d’investissements alternatifs Ares Management s’est, elle aussi, imposée dans la course aux fonds européens de dette privée evergreen. Lancé il y a moins de deux ans, l’Ares European Strategic Income ELTIF Fund affiche déjà une trajectoire spectaculaire : 5,75 milliards d’euros d’actifs sous gestion.

Une montée en puissance imposante, révélatrice de l’appétit croissant des investisseurs pour des solutions de rendement alternatives.

Un spécialiste de la dette privée evergreen

Ce véhicule prend la forme d’un fonds de prêts directs semi-liquide, à durée indéterminée, exclusivement investi sur le marché européen. Il s’inscrit dans une expertise éprouvée : Ares déploie sa stratégie de prêt direct en Europe depuis près de vingt ans, avec un premier lancement dès 2007.

Depuis sa création, l’activité européenne de prêt direct du groupe a réalisé plus de 390 investissements, représentant un volume cumulé supérieur à 73 milliards d’euros.

Pour capter les opportunités à l’échelle du continent, le gestionnaire s’appuie sur une plateforme européenne solide, composée de 95 professionnels de l’investissement répartis dans sept bureaux.

Un positionnement défensif

La construction du portefeuille reflète une approche résolument défensive et diversifiée. Les secteurs les plus représentés sont la finance (18 %), la santé (18 %), les services aux entreprises (17 %), ainsi que le logiciel et les technologies (14 %). Point clé pour les investisseurs soucieux de protection du capital : 94 % des 345 lignes du portefeuille sont constituées de dettes seniors de premier rang, renforçant la visibilité et la robustesse du profil risque-rendement du fonds.

À l’échelle mondial, Ares Management administre 506 milliards d’euros d’actifs, dont 73 % investis en dette privée, confirmant le caractère central de cette classe d’actifs dans sa stratégie.

Cette expertise s’accompagne d’un historique de performance remarquable : le taux de perte cumulé est de 0,04 %, un niveau exceptionnellement bas pour le segment.

Le Rendement de distribution annualisé étant de 8 %.