Conseil en gestion de patrimoine indépendant

Avènement du conseil indépendant : la lente révolution de la gestion de patrimoine

Longtemps structuré autour d’un modèle opaque, le marché français de la gestion de patrimoine amorce une mutation profonde. Sous l’effet conjugué de la réglementation et des attentes croissantes des investisseurs, le conseil indépendant, encore minoritaire, s’impose progressivement comme une alternative crédible. Décryptage d’un basculement silencieux mais déterminant.

Un modèle historique fondé sur les rétrocessions

Pendant des décennies, la distribution de produits financiers en France s’est organisée autour d’un mécanisme central : celui des rétrocessions de commissions.

Le principe est simple. Lorsqu’un épargnant investit dans un contrat - assurance-vie, plan d’épargne retraite (PER) ou compte-titres - intégrant des fonds, la société de gestion prélève des frais. Une partie de ces frais est ensuite reversée à l’assureur, puis redistribuée aux réseaux commercialisant leurs produits : banques, courtiers, conseillers en gestion de patrimoine (CGP).

Ce système, largement répandu, structure encore aujourd’hui la grande majorité du marché.

Mais il porte en lui une ambiguïté majeure : les conflits d’intérêts potentiels. Le conseiller pouvant être incité à privilégier les produits les plus rémunérateurs pour lui plutôt que les plus pertinents pour son client.

Guillaume Lucchini, associé fondateur du multi-family office indépendant Scala Patrimoine, revient sur les origines du marché des CGP. En quelques phrases, il esquisse une évolution regrettable : celle d’un métier qui, né sous le signe du conseil, s’est progressivement orienté vers la commercialisation de produits, au risque d’en oublier sa vocation première. « Lorsque j’ai débuté dans le conseil patrimonial, j’ai découvert un univers assez déroutant. Le métier s’était pourtant construit en réaction au modèle bancaire, alors dominant, qui consistait à distribuer ses propres produits financiers. À ses débuts, le CGP incarnait une profession libérale, indépendante, libre d’explorer un marché ouvert pour en extraire les meilleures solutions d’investissement. Il avait accès à l’ensemble des sociétés de gestion de la place. C’était, en un sens, le meilleur des deux mondes : une exigence de conseil alliée à une architecture totalement ouverte. »

Mais ce modèle s’est rapidement heurté à une réalité moins chatoyante. « Pour des raisons financières, de nombreux de conseillers ont, en pratique, orienté leurs choix vers les solutions les plus rémunératrices pour eux-mêmes. Peu à peu, le métier a glissé vers une logique de distribution des produits les mieux commissionnés. La confiance s’est alors érodée, laissant place à des conflits d’intérêts potentiels qui continuent, aujourd’hui encore, de questionner la profession » explique Guillaume Lucchini.

Les rétrocessions, une mécanique particulièrement rémunératrice

Ce mode de rémunération présente plusieurs avantages pour les professionnels.

D’abord, il génère des revenus récurrents. Une fois le contrat ouvert, les commissions continuent d’être perçues chaque année, sans nécessiter d’intervention supplémentaire.

Ensuite, ces frais sont directement prélevés sur les produits financiers du contrat. Pour l’épargnant, ils restent souvent invisibles, car ils ne donnent pas lieu à une facturation explicite.

Mais cette invisibilité a un revers. Comme le souligne Guillaume Lucchini, associé-fondateur du multi-family office Scala Patrimoine : « Le client fait face à une superposition de frais difficilement lisible. Lorsque les acteurs privilégient leurs propres solutions, les niveaux de rémunération s’additionnent, parfois au détriment de la diversification et de l’intérêt du client. »

Autrement dit, la logique de distribution peut primer sur la logique de conseil.

L’effet pervers de la financiarisation du secteur

À cette problématique s’ajoute une évolution plus récente : l’entrée massive de fonds d’investissement au capital de cabinets de gestion de patrimoine.

Attirés par la stabilité des revenus récurrents, ces investisseurs encouragent des stratégies de croissance rapide. Résultat : une vague de consolidation du marché, marquée par des acquisitions avec effet de levier, dont l’objectif est d’augmenter rapidement les encours sous gestion.

Cette pression financière peut, dans certains cas, renforcer les logiques commerciales au détriment de l’indépendance du conseil.

Une réponse réglementaire progressive : indépendant Vs non indépendant

Face à ces dérives potentielles, plusieurs pays ont choisi des approches radicales, alors que la France a choisi une voie médiane.

  • Les choix forts des pays anglo-saxons

Au Royaume-Uni, la réforme du Retail Distribution Review (RDR) a interdit dès 2013 les commissions versées aux conseillers indépendants. Ces derniers doivent désormais être rémunérés exclusivement par leurs clients. Les Pays-Bas ont adopté une mesure similaire la même année, suivis par des pays comme le Danemark.

La France, en revanche, a opté pour une voie intermédiaire.

  • Le cadre plus mesuré de la France

Depuis l’entrée en vigueur de la directive MiFID II, le marché français repose sur une distinction claire :

- Le conseil indépendant : le professionnel ne peut conserver aucune rémunération provenant de tiers. Toute commission perçue doit être restituée au client. Sa rémunération repose exclusivement sur des honoraires.

- Le conseil non indépendant : les rétrocessions restent autorisées, à condition d’être transparentes et d’améliorer la qualité du service rendu.

Cette distinction vise à renforcer la lisibilité pour l’épargnant. « Sans transparence complète sur les frais et les flux financiers, le client ne peut pas apprécier le coût réel du service ni comparer les offres. La clarté est une condition essentielle de la confiance », rappelle cependant Guillaume Lucchini.

Pour le family officer, il faut d’abord accepter de regarder la réalité en face. « Le marché de la distribution, essentiellement les CGP ou les sociétés de gestion, n’a guère d’intérêt à promouvoir la transparence. L’opacité régnante permet aux sociétés de gestion de commercialiser leurs solutions d’investissement sans avoir à recruter une armée de commerciaux. Le recours aux CGP constitue, de ce point de vue, un levier redoutablement efficace, avec un maillage territoriale important. Dans ce contexte, les lobbys financiers et assurantiels, particulièrement puissants en France, n’ont aucun intérêt à faire bouger les lignes. Il est donc logique que la réponse réglementaire soit encore timide. »

« La nouvelle génération revendique un conseil patrimonial véritablement impartial »

L’émergence d’un modèle indépendant, fondé sur les honoraires de conseil

Dans ce contexte, certains acteurs ont fait le choix d’un positionnement radical : abandonner totalement les rétrocessions.

C’est le cas de cabinets indépendants qui s’inspirent des pratiques anglo-saxonnes. « Il convient d’aligner totalement les intérêts du conseiller et de son client. Lorsque la rémunération dépend uniquement des honoraires, la recommandation redevient objective », explique Guillaume Lucchini.

Une nouvelle génération de conseillers émerge, davantage formée aux enjeux financiers et moins attachée aux logiques purement commerciales. Pour ces professionnels, l’indépendance n’est plus une contrainte réglementaire, mais un positionnement stratégique.

Ce modèle reste aujourd’hui toutefois minoritaire, environ 5 % du marché, mais il progresse régulièrement.

Scala Patrimoine : le précurseur

Dans ce paysage recomposé, Scala Patrimoine a fait figure de pionnier en étant l’un des seuls à choisir, dès l’origine, le statut d’indépendant. « À la manière d’un cabinet de conseil, nous avons fait le choix de facturer exclusivement des honoraires, définis dans une lettre de mission, en fonction des besoins de nos clients et de l’accompagnement que nous leur apportons », explique Guillaume Lucchini.

Dans un souci de transparence, le montant de ces honoraires est systématiquement détaillé dès l’entrée en relation, puis formalisé à l’issue d’un premier rendez-vous. Une pratique qui tranche avec les usages longtemps en vigueur dans la profession.

Cette logique a également conduit Scala Patrimoine à participer à la création d’une première assurance-vie dit « Cleanshare ». Un contrat qui a la particularité d’intégrer des supports d’investissement faiblement chargés, précisément parce qu’ils n’intègrent pas de rétrocessions au profit du distributeur.

« Ce positionnement garantit aux clients que le conseiller n’a aucun intérêt à privilégier un fonds plutôt qu’un autre pour des raisons de rémunération », souligne Guillaume Lucchini.

À ce jour, seuls quelques cabinets ont franchi le pas de cette indépendance revendiquée, à l’image de Prosper Conseil, d’Alpha & K et de quelques multi family-offices.

Pourquoi le statut d'indépendant séduit de plus en plus

Le conseil indépendant répond à plusieurs attentes fortes des investisseurs :

- une transparence totale sur les frais ;

- une absence de biais commercial et un conseil dénué de tout conflit d’intérêts ;

- une personnalisation accrue des stratégies patrimoniales ;

- la possibilité de mettre en concurrence les solutions proposées.

Il s’inscrit aussi dans une évolution plus large des comportements. Mieux informés, échaudés par les pratiques bancaires où les produits “maison” sont largement surreprésentés, les clients se montrent de plus en plus exigeants sur la qualité et l’objectivité du conseil. Les grandes familles et les entrepreneurs sont désormais clairement à la recherche d’un conseil véritablement indépendant.

Cet essor s’explique avant tout par une meilleure diffusion de l’information appui l’associé fondateur du multi family office indépendant Scala Patrimoine. « Autrefois, les clients se souciaient peu de ce type de données. Aujourd’hui, la donne a changé : la presse s’empare du sujet, et des blogs animés par des professionnels, comme celui de l’Avenue des Investisseurs, jouent un rôle pédagogique majeur. »

Parallèlement, on perçoit chez la nouvelle génération une volonté de reprendre la main sur ces questions. « Cette génération revendique un conseil véritablement impartial, capable de naviguer dans un environnement complexe, soumis à de fortes contraintes économiques, fiscales et de marché. Cette exigence accrue contribue à faire évoluer le métier, en orientant la profession vers davantage de transparence et d’indépendance. » estime à cet égard Guillaume Lucchini.

Un environnement favorable

Plusieurs dynamiques externes contribuent aujourd’hui à faire évoluer le marché vers un modèle davantage indépendant.

D’abord, une nouvelle génération de professionnels, souvent issue du monde du conseil, arrive sur le marché avec un regard plus critique. Beaucoup disent avoir pris conscience des limites du marché traditionnel. Certains parlant même de « supercherie ». Ils ont la volonté de rebattre les cartes et de replacer le conseil au cœur de leur pratique, loin des logiques purement commerciales.

Par ailleurs, le modèle de rémunération fondé sur les honoraires facilite les synergies avec d’autres professions réglementées, come les avocats, notaires, experts-comptables. Pour Guillaume Lucchini, cette convergence n’a rien d’anecdotique. « Ces métiers partagent des standards similaires. La qualité du conseil est pour eux un levier essentiel pour accompagner, dans la durée, des clientèles exigeantes comme les familles fortunées, les entrepreneurs ou encore les sportifs de haut niveau. »

L’irruption de l’intelligence artificielle aura également son importance. En permettant de produire plus rapidement un premier niveau d’analyse ou de recommandation, elle pourrait inciter certains conseillers à s’orienter vers des modèles plus transparents, débarrassés des conflits d’intérêts.

Guillaume Lucchini met cependant en garde : « Certains pourraient être tentés de s’engager dans une course à la baisse des frais, sans pour autant renforcer la qualité du conseil ou des services proposés. Ce serait une erreur. Le modèle d’aujourd’hui, et plus encore celui de demain, repose sur un accompagnement approfondi, exigeant et sur mesure. Il suppose que les cabinets se structurent autour de compétences solides et complémentaires, capables d’offrir une vision à 360°. C’est d’ailleurs le choix que nous avons fait chez Scala Patrimoine depuis plusieurs années. »

Enfin, les sociétés de gestion, établissements bancaires et assureurs internationaux voient dans ces acteurs indépendants des partenaires privilégiés. « Notre rôle est d’identifier les meilleurs gérants et les solutions les plus pertinentes, sans autre contrainte que l’intérêt du client. C’est précisément cette liberté qui attire les grandes maisons de gestion », résume Guillaume Lucchini.

Un virage historique pour le conseil indépendant

Malgré ces évolutions, la France reste l’un des marchés européens où le modèle des rétrocessions demeure dominant.

Pourtant, loin de s’être arrêtée à MiFID II, la pression réglementaire continue de s’intensifier. Les autorités de supervision, à commencer par l’AMF, renforcent leurs exigences en matière de transparence et de gestion des conflits d’intérêts. À Bruxelles, la question d’une interdiction pure et simple des rétrocessions est régulièrement remise sur la table.

Quoi qu’il en soit, la dynamique est enclenchée. À mesure que les exigences de transparence s’intensifient et que les investisseurs gagnent en maturité financière, le conseil indépendant va s’imposer comme le nouveau standard.

« L’indépendance n’est plus seulement une posture éthique, c’est devenu un avantage compétitif. Les clients comprennent mieux les enjeux de frais et exigent un alignement réel des intérêts », abonde Guillaume Lucchini.

En somme, une révolution discrète, mais irréversible.

Rétrocessions & Conseil en gestion de patrimoine indépendant
Rétrocessions & Conseil en gestion de patrimoine indépendant

Nos conseils pour réussir ses investissement dans un fonds de private equity

Faut-il investir dans les produits structurés ?

Avec un rendement annuel médian brut compris entre 6 % et 7 %, les produits structurés attirent de nombreux investisseurs. La collecte brute illustre cet engouement. Celle-ci est passée de 23 milliards d’euros fin 2021 à près de 42 milliards en 2023, et pourrait approcher les 70 milliards en 2025, selon l’ACPR.

Pour autant, ces chiffres doivent être nuancés. La résurgence des tensions géopolitiques et de la volatilité sur les marchés financiers efface les repères traditionnels. Cet environnement crée certes des opportunités, mais il accroît également les risques.

La sélection d’un produit structuré doit donc s’inscrire dans une démarche adaptée au profil de l’investisseur, à son horizon de placement et à ses besoins de liquidité.

Les produits structurés, des placements sophistiqués

Les produits structurés symbolisent en partie la sophistication de la finance de marché. Ils combinent plusieurs actifs, le plus souvent obligations et dérivés, afin de proposer un profil rendement/risque adapté au profil et aux objectifs des investisseurs.

  • Le rôle clé du sous-jacent

Ces placements sont des investissements « à maturité », c’est-à-dire avec une échéance fixée dès la souscription.

Leur rendement dépend de l’évolution d’un élément de référence, appelé le sous-jacent : des taux d’intérêt, un indice boursier, un panier d’actions, voire une matière première. Tant que cet indicateur ne dépasse pas un seuil prédéfini, un coupon peut être versé périodiquement.

  • Une barrière de protection totale ou partielle

Si ce mécanisme comporte un risque de perte en capital, une barrière de protection est, dans la quasi-totalité des cas, prévue. Celle-ci demeure souvent favorable aux investisseurs.

En moyenne, le capital n’est, en pratique, menacé qu’en cas de baisse du sous-jacent de 40 à 50 %.

Certains produits offrent même, en contrepartie d’un rendement moindre, une garantie complète du capital à l’échéance. Aujourd’hui, cette typologie de placement représente près de 25 % de la collecte sur le marché.

La durée de vie maximale de ces produits se situe généralement entre huit et dix ans.

Les catégories de produits structurés

Les produits structurés se déclinent en plusieurs catégories, selon le degré de protection du capital visé (garanti, partiellement protégé ou non garanti) et les mécanismes de rémunération choisis.

  • Les autocalls

Parmi eux, les autocalls sont les plus répandus. Les versions Athéna permettent un remboursement anticipé si le sous-jacent dépasse un seuil à certaines dates d’observation. Les Phoenix versent, quant à eux et sous conditions, des coupons réguliers même sans remboursement anticipé. Historiquement, ces produits présentaient soit un capital garanti, soit une barrière située entre 30 % et 70 % du capital.

  • Les autres catégories de produits structurés

D’autres catégories existent : les produits de rendement, offrant des coupons conditionnels. Les produits de participation, exposant à la hausse d’un actif tout en protégeant partiellement le capital, sont aussi très présents dans les allocations d’actifs. Tout comme les produits à capital garanti qui viennent sécuriser entièrement le capital à l’échéance au prix d’une performance limitée.

Les avantages des produits structurés

Les produits structurés offrent la possibilité de s'exposer à un marché (actions, taux, matières premières …) tout en minimisant le risque et en protégeant le capital investi.

  • Un produit sur mesure

Les produits structurés sont présents dans de nombreux portefeuilles financiers, grâce à des moteurs de performance capables de s’adapter à tous les environnements de marché.

« La personnalisation est un atout majeur : il est possible de créer des produits sur mesure en collaboration directe avec les salles de marché », souligne Romane Azzopardi, responsable des investissements cotés chez Scala Patrimoine. Il est, par exemple, possible d’introduire une dégressivité dans la barrière de rappel ou d’augmenter la fréquence des observations - annuelles, trimestrielles ou mensuelles - pour adapter le produit aux objectifs de l’investisseur.

La protection du capital est, elle aussi, modulable. Certains produits proposent une protection de l’intégralité du capital à l’échéance, tandis que d’autres prévoient une protection partielle.

  • La création de revenus complémentaires

Ces instruments financiers offrent la possibilité de générer des revenus complémentaires. Grâce à leurs coupons conditionnels, l’investisseur peut percevoir des versements périodiques si le sous-jacent - action, indice ou panier d’actifs - respecte certaines conditions prédéfinies par avance.

Par ailleurs, certaines formules innovantes appliquent un « effet mémoire » aux coupons et ce de façon rétroactive". L'investisseur peut ainsi percevoir le rendement espéré dès que les conditions de déclenchement sont atteintes, même si la valeur de l’actif a baissé entre-temps, offrant ainsi un équilibre entre performance et sécurité.

Exemple : si un produit structuré est censé verser 2 % par mois mais que le premier mois la condition de paiement n'est pas respectée, il va payer 4 %, si la condition est respectée le deuxième mois.

« Concrètement, le produit structuré permet de moduler le profil de risque pris par l’investisseur. On peut ainsi diminuer le delta, ajouter une protection ou transformer l’exposition en coupon », abonde Romane Azzopardi.

Les risques des produits structurés

Les produits structurés offrent des opportunités de rendement attrayantes, mais ils ne sont pas dénués de risques.

  • Une complexité à manier avec précaution

« Avant toute souscription, il est essentiel que l’investisseur comprenne parfaitement le fonctionnement du produit et les conséquences potentielles de la réalisation des scénarios les plus défavorables, tels que l’absence de paiement du coupon ou la perte en capital », avertit d’emblée Romane Azzopardi.

Les investisseurs devront, par ailleurs, bien appréhender le risque de marché avant d’investir dans un produit structuré. Les variations du sous-jacent, actions, indices ou matières premières, peuvent, en effet, affecter fortement la valeur du produit.

Le risque de liquidité doit également être pris en compte. Comme le souligne la responsable des investissements côtés du multi-family office indépendant : « certains produits ne sont pas facilement revendables avant l’échéance ou peuvent subir une décote significative en cas de revente anticipée. L’investisseur doit donc anticiper ses besoins de liquidité avant de s’engager. »

Plusieurs exemples témoignent des dérives du marché. En analysant les portefeuilles de certains investisseurs venus solliciter notre expertise, nous avons été frappés par des choix d’investissement extrêmement concentrés.

« L’un d’eux détenait plus de 50 % de son portefeuille en produits structurés. Un autre avait investi dans des produits structurés sur Stellantis, présentés comme des pépites combinant rendement attractif et protection supposée, mais dont la barrière franchie pouvait générer de lourdes pertes. Un troisième avait placé 2 millions d’euros dans un CMS sur dix ans : séduisant sur le papier, ce produit manquait de diversification et s’est transformé en véritable piège face à la remontée des taux. » abonde Guillaume Lucchini, associé fondateur de Scala Patrimoine.

  • Une vérification de la solidité de l’émetteur

Le risque de crédit ou de contrepartie n’est pas non plus à mésestimer. Un produit structuré étant, en pratique, un titre de créance, si l’émetteur rencontre des difficultés financières, l’investisseur peut ne pas récupérer son capital. La récente faillite de Credit Suisse l’a bien montré. Même les institutions réputées peuvent faire défaut.

Une position appuyée par Romane Azzopardi : « Le risque de ces placements repose avant tout sur la solidité ou la fragilité de la banque qui émet le produit structuré. Nous recommandons en conséquence de privilégier des établissements de premier rang, notés investment grade. Certains assureurs luxembourgeois n’autorisent d’ailleurs pas l’investissement sur des émetteurs, notamment des banques, en dessous d’une certaine note. »

Un coût souvent invisible pour l’épargnant

Les produits structurés restent des supports financiers à frais élevés, souvent méconnus des épargnants. Ces coûts, intégrés directement dans la mécanique du produit, passent généralement inaperçus.

Même l’Autorité des marchés financiers (AMF) reconnaît qu’il est impossible de connaître le montant exact des frais.

« Ces commissions constituent un véritable moteur de consolidation du secteur : les grands cabinets de conseillers en gestion de patrimoine rachètent les plus petits et orientent leurs clients vers des produits structurés pour accélérer le retour sur investissement de leurs acquisitions. Une logique commerciale qui ne correspond pas toujours à l’intérêt des clients », avertit Guillaume Lucchini, associé fondateur de Scala Patrimoine.

Il est donc essentiel de comprendre la structure de coûts de ces produits, surtout dans le cadre d’un contrat d’assurance-vie ou d’un plan d’épargne retraite (PER), où les couches de frais se multiplient rapidement.

Conseils et bonnes pratiques

La complexité des produits structurés exige une certaine prudence, mais ne doit pas pour autant effrayer. « Au contraire, la volatilité peut devenir une opportunité, car les options intégrées aux produits se valorisent davantage dans des marchés volatils », souligne Francesco Baiano, chargé d’investissement au sein du multi-family office Scala Patrimoine.

  • La stratégie de la diversification

Comme le rappelle Romane Azzopardi, la diversification est essentielle. « Il ne s’agit pas seulement de varier les sous-jacents, mais aussi les mécanismes et les corrélations avec d’autres placements. On peut ainsi souscrire à des produits à capital garanti indexés sur des taux d’intérêt, des paniers d’actions ou des indices, permettant de profiter des différentes catégories de marché tout en modulant le risque. »

La responsable des investissements côtés du multi-family office indépendant tient à ajouter « qu’il est préférable de travailler avec des institutions fiables, ayant une notation élevée, et d’éviter les intermédiaires multiples, qui viennent, par ailleurs, réduire la performance par des frais additionnels.»

  • Les convictions de Scala Patrimoine

Dans des périodes de forte volatilité, il convient plus que jamais de garder la tête froide. La prudence reste, en effet, de mise face aux propositions commerciales des banques et brokers.

« Nous privilégions généralement les structures autocalls, dont le remboursement anticipé est conditionné aux niveaux de marché dès le départ, plutôt que celles rappelables à la discrétion de l’émetteur de façon trimestrielle ou semestrielle, moins pertinentes pour l’investisseur », explique Romane Azzopardi.

Les produits de type Phoenix offrent des coupons réguliers conditionnels, avec un taux souvent lié à des indices larges (Stoxx 50, iTraxx Main) ou sectoriels lorsque l’exposition ciblée est souhaitée. « En revanche, nous ne sommes pas positionnés sur les indices à décrément, très à la mode en ce moment. Leur trajectoire est difficile à anticiper, rendant l’estimation du rendement incertaine », prévient Francesco Baiano.

Conclusion

Fin janvier, un groupe de travail de l’Autorité des marchés financiers (AMF) a rendu ses conclusions sur les produits structurés. L’institution admet notamment que « les informations peuvent être dispersées et pas toujours très faciles à comprendre pour le grand public ».

Ces produits occupent pourtant une place importante dans l’allocation d’actifs proposée par les conseillers en gestion de patrimoine. Selon l’Observatoire de Nortia, ils représenteront 33 % des unités de compte en 2025. Cela fait tout simplement des produits structurés l’une des classes d’actifs les plus recommandées.

Le revers de la médaille, c’est que, pour de nombreux intermédiaires, ces produits génèrent des flux de commissions importants : des frais d’entrée autour de 5 %. « L’intérêt du distributeur peut ainsi primer sur celui du client », regrette à ce titre Guillaume Lucchini.

C’est précisément pour cette raison que la question de l’indépendance du conseil est centrale. Pour tout investissement, et en particulier pour les produits structurés, il est essentiel de s’entourer d’un conseiller réellement indépendant, rémunéré uniquement par des honoraires transparents, sans rétrocommissions, et aligné exclusivement avec les intérêts de son client.


Les marchés financiers prouvent une nouvelle fois leur dépendance aux décisions des banques centrales. L'économie résiste, quant à elle, trés bien.

Le rendez-vous des marchés financiers - Avril 2026

Les Marchés financiers & économie : les points clés

  • Les marchés financiers essuient le contrecoup de l’escalade du conflit au Moyen‑Orient, marquant une nette augmentation de la volatilité ;
  • La guerre en Iran perturbe de manière significative la production pétrolière mondiale. Selon l’Agence internationale de l’énergie, l’offre globale serait amputée d’environ huit millions de barils par jour ;
  • Le spectre d’une stagflation — cette combinaison redoutée de croissance atone et d’inflation persistante — gagne du terrain tant aux États‑Unis qu’en Europe.

Les grandes actualités géopolitiques et les performances sur les marchés financiers

La guerre menée par les États-Unis et Israël contre l'Iran déstabilise les marchés financiers.

  • Le conflit iranien cristallise l’attention

Bloqué depuis cinq semaines, le détroit d’Ormuz concentre l’attention de tous les investisseurs. Les frappes menées sur les infrastructures du Golfe perturbent des chaînes d’approvisionnement clés.

Résultat : les cours de l’énergie explosent. Le prix du baril de pétrole a pris plus de 53 % en un mois, passant de 60 à 110 dollars, tandis que le prix du gaz bondit de près de 70 %. Cela ne représente rien de moins que la plus forte hausse mensuelle depuis 1988.

Les conséquences du blocage de ce passage stratégique de 54 km sont déjà importantes. Le Qatar estime ainsi avoir perdu 17 % de ses capacités d’exportation de gaz. La production mondiale d’engrais azotés, d’aluminium ou encore d’hélium, cruciale pour les puces électroniques, est aussi touchée.

Les négociations autour d’un plan de paix en 15 points avec l’Iran par les États-Unis semblent, il est vrai, piétiner.

Donald Trump osera-t-il se lancer dans une hasardeuse opération militaire terrestre pour prendre le contrôle de l'île de Kharg, le terminal par lequel transitent 90 % des exportations pétrolières iraniennes ? Personne ne peut le dire. Tant le président des États-Unis est capable, d’un jour à l’autre, de dire tout et son contraire.

De son côté, l’Iran affirme promettre de « faire pleuvoir le feu » sur les forces américaines si tel était le cas.

Et pour ne rien arranger à la situation, au Yémen, les Houthis – alliés aux Iraniens – pourraient tenter de bloquer Bab el-Mandab, le détroit entre le Yémen et Djibouti, où passe près de 12 % de l’ensemble du commerce mondial !

  • Une économie mondiale touchée de plein fouet ?

Il n’est pas facile d’être analyste macroéconomique en ce moment. Les événements économiques et géopolitiques se bousculent en ce début d’année. L’enlèvement du président Maduro au Venezuela par les États‑Unis, l’intelligence artificielle continue de transformer l’économie mondiale, le débat sur l’abandon des tarifs douaniers se poursuit, le crédit privé reste fragile et la guerre en Iran inquiète les marchés. Il est difficile de prévoir quelles seront les conséquences de tous ces événements à long terme.

L’OCDE s’est toutefois risquée à faire des projections. Elle vient de réviser à la hausse ses prévisions d’inflation pour les pays du G20 (+ 1,2 point).

Même si le conflit s’arrêtait rapidement, la croissance mondiale ne serait pas totalement préservée. Une baisse comprise entre 0,2 % et 0,7 % en 2026 est déjà anticipée, selon les zones économiques et leur dépendance au pétrole.

Tout dépendra désormais de la durée de la guerre. Plus elle sera courte, plus ses effets sur l’inflation et la croissance resteront transitoires.

Pour relativiser en partie les conséquences économiques du conflit en Iran, une donnée intéressante sur le pétrole est rarement évoquée : la désensibilisation de l’économie à l’or noir. En 1973, selon les calculs de l’Agence internationale de l’énergie, il fallait un baril de pétrole pour générer mille dollars de production. Cinquante‑deux ans plus tard, c’est moins d’un quart de baril qui est nécessaire pour le même effet, en dollars constants.

  • Les marchés financiers en baisse face aux tensions internationales

Le conflit en Iran inquiète les investisseurs. La volatilité explose et l’indice Greed & Fear chute à 10, signalant une peur extrême sur les marchés. Pour rappel, cet indicateur varie de 0, marque d’une peur intense, à 100, correspondant à une avidité extrême.

Conséquence directe : les indices boursiers poursuivent leur tendance baissière. Le S&P 500 enregistre cinq semaines consécutives de baisse, une première depuis mai 2022, perdant plus de 4 % depuis le début de l’année.

Même les titres phares des marchés américains souffrent. L’ETF regroupant les Magnificent Seven abandonne près de 20 % par rapport aux sommets d’octobre dernier.

Pourtant, la saison des résultats reste solide aux États-Unis. La croissance des bénéfices par action au quatrième trimestre atteint 14 % sur un an, et 75 % des sociétés ont dépassé les attentes des analystes.

Sur les marchés européens, le début d’année est également morose. Le CAC 40 recule de 3 %, tandis que le DAX 30 cède 6,5 %.

En Asie, le Shanghai Composite perd 2,5 %, et la chute est encore plus marquée pour le Nifty 50. L'indice phare des marchés boursiers indiens s’effondre de 14 %.

Les marchés obligataires également sont sous pression. Le rendement des bons du Trésor américain à 10 ans bondit de 40 points de base en un mois, atteignant 4,38 %. En France, le taux passe de 3,2 % à 3,73 %, et en Allemagne, il grimpe de 2,65 % à 3 %.

  • L’or reprend son souffle

L’or est en baisse de près de 20 % depuis ses plus hauts historiques. Plusieurs facteurs expliquent ce recul. D’abord, les niveaux atteints laissaient peu de marge pour une progression supplémentaire. Ensuite, certaines banques centrales, confrontées aux tensions économiques, ont temporairement suspendu leurs achats de métal précieux.

Pour autant, le métal jaune conserve sa réputation de valeur refuge par excellence. Selon Bruno Jacquier, directeur de la stratégie chez Altitude Investment Solutions, cette correction reflète avant tout une situation conjoncturelle particulière : « Si l’or est revenu à son niveau du 1er janvier, c’est essentiellement parce que les investisseurs, confrontés à d’importants besoins de liquidités, ont choisi de sécuriser leurs profits sur cet actif très liquide. »

Performances des marchés boursiers - Avril 2026
Performances des marchés boursiers - Avril 2026

États-Unis : les risques autour d’une stagflation s’intensifient

Le PIB américain du quatrième trimestre 2025 a été publié, et la surprise est de taille : la croissance a été révisée à seulement 0,7 %. Pour mémoire, certains économistes tablaient sur 1,4 %. Ce ralentissement préoccupant alarme particulièrement les banquiers centraux, qui voient poindre le spectre d’une stagflation, ce cocktail redoutable où inflation et croissance au ralenti se conjuguent pour fragiliser l’économie.

  • Une économie qui tousse

Les hausses du prix du gallon d’essence, conséquence directe du conflit en Iran, commencent à peser sur le budget des ménages américains. L’effet est immédiat : le moral des consommateurs s’érode. Selon l’Université du Michigan, l’indice de confiance des ménages a reculé en mars à 53,3 points, en deçà des 53,5 points anticipés, après 56,6 points le mois précédent.

Cette instabilité géopolitique survient dans un contexte déjà fragile. En janvier, les dépenses réelles n’avaient progressé que de 0,1 %, frôlant la stagnation.

À l’aune de ces signaux, les prévisions économiques s’assombrissent. Goldman Sachs estime désormais à 30 % la probabilité d’une récession aux États-Unis. JPMorgan et Moody’s Analytics vont plus loin, avec respectivement 35 % et 48 %.

Bruno Jacquier, directeur de la stratégie chez Altitude Investment Solutions évoque lui aussi un ralentissement à venir : « Si les prévisions portant sur les conséquences économiques de la guerre en Iran diffèrent, ce n’est que par leur intensité, car il est parfaitement certain que l’inflation sera plus élevée, la croissance plus faible, l’investissement et l’emploi des entreprises revus à la baisse, et la consommation en berne. »

  • Marché de l’emploi : le point de bascule

Plusieurs facteurs convergent vers un affaiblissement du marché du travail américain. Certaines causes sont structurelles : le ralentissement économique et l’émergence des outils d’intelligence artificielle, qui perturbent déjà l’entrée des jeunes diplômés sur le marché du travail. D’autres sont plus conjoncturelles, liées aux tensions géopolitiques et aux incertitudes autour des droits de douane.

Le rapport mensuel sur l’emploi de février illustre ces difficultés : 92 000 postes ont été perdus, alors que 50 000 créations étaient attendues. Les données de décembre et janvier ont, par ailleurs, été révisées à la baisse. Le taux de chômage approche désormais 4,5 %, soit 7,57 millions d’Américains en recherche d’un emploi.

  • Inflation : un équilibre fragile

Au-delà du ralentissement économique, l’inflation menace toujours. Le Core PCE, indicateur de référence, atteint 3,1 % sur un an. Si l’on se concentre sur le secteur des services, moteur de l’économie américaine, le chiffre grimpe à 3,5 %.

Jerome Powell, président de la FED, a toutefois estimé qu’il n’était pas nécessaire, pour l’instant, de relever les taux en réaction à la flambée des prix du pétrole, soulignant que « les anticipations d’inflation de long terme restaient maîtrisées ». La Fed maintient donc ses taux directeurs entre 3,50 % et 3,75 %, tout en laissant la porte ouverte à une éventuelle baisse plus tard dans l’année.

Côté marché, les investisseurs restent prudents. La probabilité d’une hausse des taux en 2026 atteint désormais 52 %, traduisant un doute croissant sur la capacité de la FED à maîtriser les effets du contexte géopolitique. Barclays, de son côté, anticipe une reprise graduelle de l’assouplissement monétaire, avec d’éventuelles baisses de taux d’ici fin 2026, sous réserve d’une désinflation confirmée. Le principal risque demeure une pause prolongée, liée à des chocs temporaires sur les prix ou à une prudence excessive des décideurs.

Zone euro : la BCE fait preuve de prudence

La Banque centrale européenne (BCE) a rapidement ajusté ses prévisions économiques, sous l’effet des tensions qui secouent l’Iran. L’inflation attendue pour 2026 a été revue à la hausse, à 2,6 %, soit 0,7 point de plus que sa projection de décembre. À l’inverse, la croissance connaît un net ralentissement, estimée désormais à 0,9 %, soit 0,3 point de moins que prévu.

  • À la croisée des chemins

Le pessimisme de la BCE se reflète dans les chiffres. De nombreux indicateurs économiques montrent une tendance à la baisse.

Dans la zone euro, la croissance du secteur privé a marqué le pas en mars. L’indice PMI Flash, basé sur les sondages auprès d’entreprises, est tombé à 50,5 points, contre 51,9 en février, traduisant un quasi-arrêt de l’activité. Les nouvelles commandes se réduisent, signe d’un marché en attente.

Parallèlement, l’indice de sentiment économique (ESI) recule de 1,6 point, à 96,6, et l’indice des attentes en emploi (EEI) perd 1,4 point, s’établissant à 96,4.

En Allemagne, l’un des indicateurs les plus scrutés, l’indice ZEW du sentiment des investisseurs, plonge de 58,3 à -0,5 en mars.

Chris Williamson, chef économiste chez S&P Global,  pense que ces signes sont révélateurs . « L’indice PMI Flash de la zone euro sonne l’alarme sur le risque de stagflation. La guerre au Moyen-Orient fait grimper les prix tout en freinant la croissance. »

  • Une BCE attentiste

Comme aux États-Unis, l’inflation repart à la hausse dans la zone euro. Les prix ont augmenté de 2,5 % sur un an en mars, contre 1,9 % en février, et dix États membres affichent même une inflation supérieure à 3 %.

Faut-il pour autant redouter un resserrement brutal de la politique monétaire ? La BCE, consciente des fragilités de l’Europe face au choc énergétique, a choisi la prudence : elle maintient ses taux directeurs à 2 %, pour la sixième fois consécutive.

Pour Madison Faller, stratégiste chez J.P. Morgan, le message est clair : « La BCE ne s’engage pas à relever ses taux. Cependant, elle n’exclut pas un ajustement si les anticipations de marché évoluent. L’Europe a plus à perdre que les autres dans ce contexte énergétique. »

Le marché, lui, a déjà modifié ses attentes : après un mois de statu quo, il anticipe désormais trois hausses de taux en 2026. La BCE, elle, reste en observation, mesurant chaque mouvement avec prudence.

La Chine face à ses fragilités

La Chine peine encore à se relever du choc économique provoqué par la crise du Covid. La confiance des ménages s’est nettement effritée, tandis que le chômage des jeunes diplômés demeure à un niveau préoccupant. Dans ce contexte déjà tendu, l’embrasement de la situation au Moyen-Orient ne va pas l’aider à amorcer un rebond.

  • La principale victime du conflit iranien ?

La guerre au Moyen-Orient et la fermeture du détroit d’Ormuz mettent l’économie chinoise à rude épreuve et confirment sa vulnérabilité sur le plan énergétique.

La guerre au Moyen-Orient, conjuguée à la fermeture du détroit d’Ormuz, met en exergue la vulnérabilité énergétique de la Chine. Premier importateur mondial de pétrole, le pays dépend pour près de la moitié de ses approvisionnements du Moyen-Orient. 45 % de ses importations transitent précisément par ce passage. En 2025, Pékin absorbait même près de 90 % des exportations pétrolières iraniennes.

« Le détroit d’Ormuz est une artère vitale pour l’économie chinoise », confirme Emmanuel Lincot, directeur de recherche à l’IRIS. Avant d’ajouter : « Le blocage de ce détroit prive la Chine d’une part essentielle de ses approvisionnements, soit près de 5,5 millions de barils par jour. Or c'est une situation qui va devenir rapidement insoutenable pour son économie et son industrie. »

Pékin cherche naturellement à réduire son exposition en diversifiant ses fournisseurs, notamment en direction de la Russie ou de certains pays d’Amérique latine. Mais ces ajustements ne suffisent pas à compenser un choc de cette ampleur. Face au risque de pénurie, les autorités ont dû prendre des mesures d’urgence, allant jusqu’à imposer aux raffineries de suspendre certaines exportations de gaz et de pétrole afin de préserver le marché intérieur.

Les dirigeants chinois espèrent désormais une fin rapide du conflit. D’autant que les relations commerciales avec les États-Unis se tendent à nouveau.

  • La chine entre dans une nouvelle ère

Une transformation profonde de l’économie chinoise est actuellement à l’œuvre. Le gouvernement semble même avoir acté le ralentissement structurel de son économie. Celui-ci vise désormais une croissance comprise entre 4,5 % et 5 % en 2026. Un niveau bien éloigné des rythmes à deux chiffres qui prévalaient encore avant 2010.

Le Premier ministre Li Qiang ne fait d’ailleurs plus mystère des difficultés rencontrées. Dans un discours d’une étonnante transparence, il a reconnu que « le pays n'avait jamais été confronté à une conjoncture aussi grave et complexe. Les chocs et défis extérieurs se sont conjugués et superposés aux dilemmes internes et à des choix politiques cornéliens ».

Pour tenter de rebondir, Pékin mise sur une stratégie de montée en gamme technologique : semi-conducteurs, intelligence artificielle, robotique avancée ou encore fusion nucléaire figurent désormais au cœur des priorités. L’objectif est ici de réduire la dépendance aux importations tout en consolidant la place du pays sur les marchés mondiaux.

Parallèlement, les autorités entendent stimuler la demande intérieure.

Mais, pour relancer la consommation, encore faut-il redonner confiance aux ménages. Et c’est là que le bât blesse. Les ménages continuent de mettre de côté près d’un tiers de leurs revenus disponibles — 31,7 % en moyenne chaque année. Un niveau exceptionnellement élevé, qui en dit long sur les incertitudes persistantes et les inquiétudes qui traversent la société chinoise.


Le dispositif de l'apport-cession

L’apport-cession (article 150-0 B ter) : un dispositif durci en 2026

Le mécanisme de l’apport-cession, prévu à l’article 150-0 B ter du Code général des impôts, occupe une place centrale dans les stratégies de cession et de réinvestissement des dirigeants d’entreprise.

Instauré en 2012, ce dispositif permet de différer l’imposition de la plus-value réalisée lors de l’apport de titres à une société soumise à l’impôt sur les sociétés, généralement une holding contrôlée par l’apporteur. À la différence d’une cession classique — immédiatement taxée au prélèvement forfaitaire unique de 30 % (ou, sur option, au barème progressif de l’impôt sur le revenu) — l’apport-cession offre un avantage de trésorerie significatif en reportant l’impôt.

Le dispositif de l'apport-cession au service du réinvestissement

Concrètement, un contribuable apporte les titres d’une société opérationnelle à une holding qu’il contrôle. En contrepartie, il reçoit des titres de cette holding. La plus-value constatée lors de cet apport n’est pas immédiatement imposée : elle bénéficie d’un report d’imposition.

Ce report est toutefois conditionné. En cas de cession des titres apportés par la holding dans un délai de trois ans, celle-ci doit réinvestir une part significative du produit de cession dans des activités économiques éligibles afin de maintenir le report.

Initialement conçu pour encourager le financement de l’économie réelle, le dispositif a été progressivement encadré, notamment depuis 2016, afin de limiter les stratégies purement fiscales. Doctrine administrative et jurisprudence ont, depuis, précisé des notions essentielles telles que le contrôle de la holding ou la nature des réinvestissements admissibles.

Un durcissement marqué par la loi de finances pour 2026

Sans remettre en cause l’architecture générale du dispositif, la loi de finances pour 2026 en renforce sensiblement les conditions d’application. L’objectif affiché est clair : recentrer le mécanisme sur des investissements productifs et limiter les usages opportunistes.

  1. Un effort de réinvestissement accru

La principale évolution concerne le niveau de réinvestissement exigé. Jusqu’à présent fixé à 60 % du produit de cession, ce seuil est relevé à 70 %.

Par ailleurs, les actifs ou titres acquis dans le cadre du réinvestissement doivent désormais être conservés pendant une durée minimale de cinq ans. Généralisant ainsi une contrainte qui pouvait auparavant varier selon les situations.

Ces mesures traduisent une volonté de renforcer l’impact économique réel des capitaux réinvestis.

  1. Transmission : des délais de conservation allongés

Le législateur a également revu les règles applicables en cas de transmission à titre gratuit.

Jusqu’ici, la donation des titres de la holding permettait, sous certaines conditions, de purger définitivement la plus-value en report, à condition que le donataire conserve les titres pendant un délai minimal.

La loi de finances pour 2026 allonge ces délais :

- de 5 à 6 ans en cas de donation classique ;

- de 10 à 11 ans lorsque le réinvestissement a été réalisé via des fonds de capital-investissement.

À défaut de respect de ces durées, l’imposition initialement différée est remise en cause.

  1. Un encadrement strict des investissements immobiliers

C’est sans doute l’un des changements les plus structurants. Au fil des années, une part importante des réinvestissements s’est orientée vers des opérations immobilières. Or celles-ci sont parfois éloignées de l’objectif initial de soutien à l’économie productive.

Le législateur a donc resserré le périmètre des activités éligibles au dispositif de l'apport-cession.

Désormais, le réinvestissement doit être réalisé dans des activités industrielles, commerciales, artisanales, agricoles ou libérales, ou via :

- l’acquisition de titres de sociétés opérationnelles,

- ou des investissements dans des fonds de capital-investissement.

Sont explicitement exclues :

- les activités générant des revenus garantis (notamment via des tarifs réglementés),

- les activités financières et de courtage,

- la gestion de patrimoine mobilier ou immobilier,

- ainsi que la majorité des activités immobilières (marchands de biens, promotion, lotissement, gestion, etc.).

En pratique, la plupart des montages de « club deals » immobiliers ne permettent plus de conserver le bénéfice du report d’imposition. Certaines exceptions subsistent toutefois, notamment dans des secteurs impliquant une véritable activité d’exploitation, comme l’hôtellerie ou certaines résidences de tourisme.

  1. Une souplesse limitée mais notable

Dans un souci pragmatique, le législateur introduit néanmoins un assouplissement. Le délai accordé à la holding pour procéder au réinvestissement est porté de deux à trois ans.

Cette extension vise à tenir compte des contraintes opérationnelles liées à l’identification et à la structuration d’investissements pertinents.

Ces nouvelles dispositions s’appliquent aux cessions de titres apportés réalisées à compter du 21 février 2026, soit le lendemain de la publication de la loi.

Les cessions de titres apportés réalisées avant l’entrée en vigueur de la loi demeurent soumises au régime antérieur. Y compris pour l’appréciation des obligations de réinvestissement qui en découlent.

Aménagement du dispositif de l’apport cession : les enjeux pour l’entrepreneur

Le régime fiscal de l’article 150‑0 B ter du Code général des impôts s’inscrit dans une volonté de recentrer le dispositif sur l’économie réelle. Il ne s’agit plus d’un simple mécanisme d’optimisation fiscale, mais d’un engagement de gestion à long terme, destiné avant tout à soutenir des projets entrepreneuriaux ambitieux plutôt qu’à faciliter des montages strictement patrimoniaux ou opportunistes.

  • Une réforme guidée par une logique économique

La réforme qui a redessiné les contours du 150‑0 B ter releve les exigences du dispositif. Trop souvent, ce report d’imposition était utilisé comme un outil fiscal, détaché de toute logique d’investissement productif.

Dans les exposés législatifs, l’objectif affiché est clair : « recentrer le dispositif sur certaines activités opérationnelles, afin de renforcer sa vocation de financement de l’économie réelle », tout en excluant les activités peu risquées – notamment les activités purement immobilières ou financières ainsi que certaines formes de location meublée.

Cette orientation impose aux entrepreneurs de réfléchir à leur stratégie bien avant la cession. L’erreur la plus fréquente ? Ne considérer le 150‑0 B ter qu’au moment du closing. À ce stade, il est déjà trop tard. L’opération perd sa cohérence et se réduit à une simple optimisation fiscale, sans fondement économique.

Comme le souligne Guillaume Lucchini, associé fondateur du multi-family office Scala Patrimoine : « La véritable question porte sur les besoins et objectifs patrimoniaux post-cession : train de vie, projets professionnels, horizon d’investissement et stratégie de transmission éventuelle. Ce n’est qu’après avoir répondu à ces questions qu’il devient pertinent d’intégrer la fiscalité dans une réflexion globale. »

  • Les risques à ne pas négliger

Le réinvestissement prévu par le 150‑0 B ter ne doit jamais être envisagé comme un simple placement financier. Il s’agit d’un projet économique réel, exposé aux aléas de performance et au risque de pertes en capital.

Investir 70 % des liquidités dans des sociétés ou fonds opérationnels exige de faire des choix stratégiques éclairés, bien en amont de la cession, car ces placements sont ni liquides ni garantis.

Guillaume Lucchini estime par ailleurs sur la chaine B Smart TV, que ces opérations alimentent un écosystème de financements privés qui vivent précisément du 150‑0 B ter, avec des frais souvent élevés et des horizons d’investissement qui ne correspondent pas toujours aux besoins des entrepreneurs.

Pour l’associé de Scala Patrimoine : « Le 1500 B ter trouve toute sa pertinence pour les entrepreneurs qui prévoient de réinvestir dans leur prochaine aventure professionnelle, avec une véritable vision stratégique ou les investisseurs souhaitant développer un rôle de business angel ou de sponsor actif, dans un secteur ou une industrie qu’ils maîtrisent. »

En revanche, lorsqu’aucun projet clair n’est identifié, il peut être préférable de monétiser tout ou partie des actifs, puis d’explorer d’autres leviers de structuration patrimoniale (par exemple des donations pré‑cession, transmission familiale, etc.), plutôt que de s’enfermer dans un montage contraint et coûteux.

Comme le conclut le fondateur du multi family-office indépendant :« il ne faut jamais perdre de vue que le 1500 B ter n’est pas une fin en soi, mais un élément d’une stratégie patrimoniale globale et maîtrisée. »

Loi de finances pour 2026
Réforme du 150 OB TER portée par la loi de finances pour 2026
Réforme du 150 OB TER portée par la loi de finances pour 2026

L'AMF sanctionne Altaroc

L’AMF rappelle l’importance de l’indépendance du conseil financier

L’Autorité des marchés financiers (AMF) vient de conclure un accord de composition administrative avec la Caisse d’Épargne Île de France, mettant un terme à une procédure portant sur plusieurs manquements dans la commercialisation de son service de gestion sous mandat. L’établissement a accepté de verser un million d’euros dans le cadre de cette transaction, destinée notamment à indemniser certains clients et à solder la procédure engagée par le régulateur.

Au-delà de la sanction financière, l’affaire éclaire les dérives possibles d’un modèle dans lequel conseil, distribution et gestion d’actifs se trouvent souvent imbriqués au sein d’un même groupe financier (banques et cabinets de Conseil en Gestion de Patrimoine notamment). Elle rappelle surtout combien la question de l’indépendance du conseil reste centrale pour les investisseurs.

Un contrôle portant sur quatre années d’activité

Le contrôle mené par les équipes de l’AMF a porté sur la période comprise entre le 1er janvier 2020 et le 31 décembre 2023. Les inspecteurs ont examiné plusieurs dimensions clés de l’activité de gestion sous mandat :

- la politique de rémunération ;

- la communication relative aux coûts et frais ;

- la gestion des conflits d’intérêts ;

- les dispositifs de contrôle interne ;

- et la qualité du conseil délivré aux clients.

L’organisation opérationnelle reposait sur un partage des tâches entre plusieurs entités du groupe, liées par des conventions de partenariat. Une architecture qui, selon le régulateur, a contribué à créer une certaine opacité dans la chaîne de valeur et dans la compréhension par les clients des frais réellement appliqués.

Les flux de rémunération circulaient entre différentes entités avant d’être éventuellement rétrocédés, générant un enchevêtrement de commissions peu lisible pour l’investisseur.

Les manquements relevés par le régulateur

Dans son analyse, l’AMF retient plusieurs catégories de manquements : défaut d’évaluation de l’adéquation du conseil, insuffisances dans l’information des clients, dispositifs lacunaires de gestion des conflits d’intérêts et carences du contrôle interne.

Ces constats mettent ainsi en lumière plusieurs dysfonctionnements majeurs.

  1. Un défaut d’évaluation de l’adéquation du conseil

Dans le cadre de la réglementation issue notamment de la directive européenne MiFID II, les établissements doivent démontrer que les recommandations formulées sont adaptées au profil de l’investisseur.

Cette obligation se matérialise notamment par la remise d’un rapport d’adéquation, document qui explique pourquoi une stratégie ou un produit d’investissement correspond aux objectifs, à l’horizon de placement et à la tolérance au risque du client.

Or, l’examen d’un échantillon de dossiers a montré que ces rapports périodiques étaient parfois absents ou insuffisamment documentés, ce qui fragilise la traçabilité du conseil délivré.

  1. Une structure de frais particulièrement complexe

Le régulateur s’est également penché sur la structure de rémunération associée aux mandats de gestion. Celle-ci cumulait plusieurs catégories de frais :

- commissions de gestion du mandat ;

- droits d’entrée sur les fonds ;

- droits de garde ;

- commissions de mouvement ;

- frais de gestion propres aux fonds détenus dans les portefeuilles.

Pour Guillaume Lucchini, associé fondateur du multi-family office Scala Patrimoine, cette superposition de coûts illustre un problème plus profond : « Une fois encore, le client se retrouve face à une véritable myriade de frais imbriqués dans la mécanique du contrat. Le problème n’est pas seulement leur niveau, mais l’absence d’indépendance du conseil : lorsqu’une banque privilégie ses propres fonds dans une gestion sous mandat, elle cumule les strates de rémunération. »

Selon lui, ce modèle crée un biais structurel dans la recommandation d’investissement : « Le conseiller peut alors être incité à orienter le client vers les produits de son groupe, générateurs de commissions. Cette logique de distribution interne se fait au détriment d’un principe pourtant fondamental en gestion de portefeuille : la diversification entre différentes maisons de gestion. »

Parmi les pratiques relevées, deux éléments ont particulièrement retenu l’attention : l’établissement percevait l’intégralité des commissions de gestion reversées par la société de gestion sur les mandats qu’il commercialisait.

Par ailleurs, dans certains cas, 90 % des droits de garde facturés par un teneur de compte externe lui étaient rétrocédés.

« La rétrocession des droits de garde est particulièrement étonnante. Elle illustre une mécanique de flux financiers dont le client n’a pas toujours conscience », observe Guillaume Lucchini. « La position de l’AMF est ici salutaire : elle rappelle que la transparence sur les frais et les rétrocessions est une condition indispensable pour protéger les investisseurs. »

  1. Une information précontractuelle incomplète

L’AMF reproche également à l’établissement une information insuffisante sur la structure réelle des frais.

Les documents remis aux clients ne détaillaient pas clairement certaines rétrocessions ni l’existence de commissions de mouvement, c’est-à-dire des frais liés aux transactions effectuées dans les portefeuilles.

Or ces frais peuvent créer une incitation économique implicite : plus les arbitrages sont nombreux, plus les commissions perçues peuvent être élevées. « Lorsque l’information est partielle, le client ne peut pas apprécier le coût global réel du service ni le comparer avec d’autres offres du marché », souligne Guillaume Lucchini. « Dans une relation professionnelle saine, l’investisseur doit connaître précisément la totalité des frais, mais aussi les flux de rétrocession entre professionnels. »

  1. Des conflits d’intérêts insuffisamment encadrés

L’AMF estime également que la caisse régionale n’avait pas mis en place un dispositif suffisant pour identifier et gérer les conflits d’intérêts.

Dans un groupe intégré combinant distribution et gestion d’actifs, la tentation peut exister de privilégier les produits « maison », qui génèrent davantage de revenus internes. Un biais qui peut entrer en contradiction avec l’obligation réglementaire de servir au mieux l’intérêt du client et de proposer une certaine indépendance dans son conseil.

  1. Des failles dans le contrôle interne

Enfin, le régulateur a pointé des carences dans le dispositif de contrôle interne, pourtant considéré comme l’un des piliers de la régulation financière.

Les établissements doivent en effet vérifier eux-mêmes en continu la conformité de leurs pratiques, sans attendre l’intervention du superviseur.

Dans le cas présent, certains outils permettant de contrôler la qualité des rapports d’adéquation ou le respect des obligations réglementaires n’étaient pas suffisamment opérationnels.

Un débat plus large sur l’indépendance du conseil patrimonial

Au-delà de cette affaire, l'accord entre l'AMF et la Caisse d'Epargne relance le débat sur l’indépendance du conseil financier.

Pour Guillaume Lucchini, la structure même de certains grands groupes peut favoriser des schémas complexes de distribution : « Lorsque la banque, la société de gestion et le distributeur appartiennent au même groupe, on voit apparaître des circuits de rémunération croisés entre plusieurs entités. La seule victime de ces mécanismes reste bien souvent le client final. »

Car l’impact de ces frais cumulés peut s’avérer considérable dans la durée. « Chaque couche de frais vient réduire la performance du portefeuille. Sur le long terme, avec l’effet de la capitalisation, l’impact peut représenter des montants très importants pour l’investisseur. »

D’où l’importance, selon lui, d’un conseil véritablement indépendant : « Le seul moyen d’aligner parfaitement les intérêts entre l’investisseur et son conseil est de supprimer les conflits d’intérêts. Lorsque le conseiller est directement rémunéré par son client et non par les produits qu’il distribue, la recommandation redevient enfin objective. L'indépendance du conseil est ainsi préservée. »

TRA-2026-01 - Accord de composition administrative conclu le 12 novembre 2025 avec Caisse d'Epargne et de Prévoyance Ile-de-France

Pasqal

Pasqal : la licorne française qui révolutionne l’informatique quantique

L’excellence de la recherche française en informatique quantique continue de s’affirmer. Aux côtés d’Alice & Bob, C12 ou Quobly, Pasqal s’impose comme l’un des fers de lance d’une nouvelle génération de start-up hexagonales. Basée à Palaiseau, la société vient de boucler une levée de fonds exceptionnelle de 340 millions d’euros.

Les chiffres clés de Pasqal
Les chiffres clés de Pasqal

Un acteur majeur du quantique français

Fondée en 2019 au sein de l’Institut d’Optique par Georges-Olivier Reymond, Christophe Jurczak, Alain Aspect (prix Nobel de physique 2022), Antoine Browaeys et Thierry Lahaye, Pasqal compte aujourd’hui plus de 275 collaborateurs.

L’entreprise développe des ordinateurs quantiques basés sur la technologie des atomes neutres. Ces atomes sont refroidis à des températures proches du zéro absolu pour limiter leurs mouvements. Puis ils sont piégés par des faisceaux laser jouant le rôle de “pinces optiques”. Exploitant les propriétés quantiques des atomes, Pasqal est capable de manipuler des qubits — l’unité de base de l’informatique quantique — pour effectuer des calculs extrêmement complexes.

Les atomes neutres présentent des avantages significatifs. Ils sont identiques par nature, abondants, et leur fonctionnement peut se faire à température ambiante. Ce qui présente l'avantage de limiter les besoins énergétiques. Cette technologie ouvre, en pratique, la voie à une transformation radicale de l’informatique, promettant des puissances de calcul supérieures à celles des ordinateurs classiques.

Les applications potentielles sont vastes : optimisation logistique, conception de nouveaux matériaux, chimie, énergie, recherche pharmaceutique et découverte de médicaments, intelligence artificielle ou encore finance.

Une concurrence internationale féroce

Malgré son positionnement innovant, Pasqal doit affronter une concurrence mondiale intense. La Chine investit massivement dans les communications et l’informatique quantique. Tandis que de nombreuses start-up nord-américaines telles que IonQ, D-Wave ou Rigetti sont déjà cotées au Nasdaq.

IQM, en Finlande, prépare une introduction en bourse via un SPAC, avec une valorisation proche de 1,8 milliard de dollars. Les géants technologiques — Alphabet, Amazon, IBM, Microsoft — maintiennent également des divisions consacrées au quantique.

En France, si la recherche académique est de haute qualité et le tissu économique favorable aux start-up, le passage à l’échelle industrielle reste complexe. Les synergies entre technologies quantiques émergentes et industries existantes sont difficiles à établir. Le financement, en particulier, demeure un défi face à l’ampleur des besoins, surtout comparé aux États-Unis ou à la Chine.

Pasqal, première licorne française dans le domaine du quantique

Pour financer son développement, Pasqal a donc réalisé une levée de fonds internationale de 340 millions d’euros. Celle-ci est toutefois structurée en deux volets. Une levée classique de 170 millions, puis un financement via un SPAC (Special Purpose Acquisition Company) en vue d’une double introduction en bourse.

La première tranche a mobilisé des investisseurs internationaux tels que le fonds américain Parkway Ventures, le taïwanais Quanta Computer, le coréen LG Electronics et le transporteur français CMA CGM, ainsi que des actionnaires historiques comme Temasek, EIC Fund, Saudi Aramco Entrepreneurship Ventures, Daphni et ISAI. Bpifrance conservant un rôle stratégique au sein du capital.

Le second volet prépare une introduction en bourse à New York (Nasdaq), avant de s’introduire à Paris (Euronext). Une opération qui valorise la société à environ 2 milliards de dollars. Pour le Spac, le véhicule est déjà identifié : Bleichroeder Acquisition Corp. II, avec la participation de fonds comme Inflection Point et Large Ventures de Bpifrance.

Michel Combes, un sponsor stratégique

Pour accélérer ce projet, Pasqal s’appuie sur Michel Combes. L'ancien PDG de SFR et directeur général d’Altice jouant le rôle de sponsor financier. L’avantage du SPAC ? Une exécution plus rapide qu’une introduction classique, avec une valorisation négociée à l’avance, évitant la volatilité immédiate des marchés. L’opération reste toutefois soumise aux autorisations réglementaires, avec un bouclage attendu dans la seconde moitié de 2026.

« Nous devenons une licorne quantique française», se réjouit Loïc Henriet, directeur général. « Ce choix nous donne un accès rapide à des capitaux du monde entier, tout en affirmant notre ancrage français et européen.»

Des ambitions claires pour l’avenir

Les fonds levés serviront à renforcer la R&D et les capacités industrielles de Pasqal. L’entreprise prévoit de doubler sa production en deux ans, d’augmenter ses effectifs de 20 % et de développer un ordinateur quantique avancé tolérant aux fautes d’ici la fin de la décennie.

Un système tolérant aux fautes est, en effet, capable de détecter et corriger ses erreurs tout en poursuivant des calculs complexes. Un atout indispensable pour l’industrialisation des technologies quantiques.

L’industrie du calcul quantique nécessite des investissements massifs, souvent supérieurs à ce que le marché européen du capital-risque peut absorber. Le choix d’un SPAC, bien que risqué, permet à Pasqal de gagner un temps précieux face à une concurrence internationale accrue.

Souhaitons désormais que Pasqal réussisse son pari et propulse la France dans une nouvelle dimension quantique !


Dette privée Evergreen 2026

La dette privée « evergreen » : un nouveau modèle pour l’investissement non coté ?

Inspirés des stratégies patrimoniales des grandes fortunes et des pratiques de gestion des investisseurs institutionnels, les fonds dits evergreen s’imposent progressivement comme un pilier de l’investissement non coté.

Les chiffres confirment cette montée en puissance. Selon les estimations du fournisseur de données Novantigo, les encours des fonds evergreen et des ELTIF ont bondi de 73 % entre fin 2024 et septembre 2025, atteignant 93,4 milliards d’euros. À l’horizon 2030, ces véhicules pourraient représenter plus de 60 % des investissements en actifs privés.

Face à cet engouement et devant les difficultés rencontrées par la société de gestion Blue Owl, Scala Patrimoine décrypte les ressorts de ce modèle, appliqué à l’investissement en dette privée.

Fonds evergreen : une rupture avec le modèle traditionnel

Les fonds de private equity et de private debt classiques reposent sur un schéma bien connu : appels de capitaux successifs, période d’investissement étalée dans le temps, distributions tardives et capital immobilisé jusqu’à la liquidation finale du fonds. Ce fonctionnement expose l’investisseur à la fameuse courbe en J, caractérisée par des performances initialement négatives avant une création de valeur différée.

Les fonds evergreen s’inscrivent dans une logique radicalement différente.

  • Une structure perpétuelle, pensée pour le long terme

Contrairement aux fonds dits « millésimés », dont la durée de vie est généralement comprise entre 6 et 12 ans, les fonds evergreen ne disposent pas de date de clôture prédéfinie. Cette structure ouverte permet aux gérants d’investir en continu, sans contrainte de liquidation finale.

Résultat :

- le capital est déployé immédiatement,

- la courbe en J est atténuée structurellement, mais dépend du rythme de déploiement, du niveau de cash buffer (ou réserve de liquidités) et peut réapparaitre en cas de vague de défauts,

- et l’investissement commence à produire du rendement dès les premiers mois.

Autre différence majeure : l’investisseur effectue un seul apport initial, sans appels de fonds ultérieurs.

Comme le souligne Adrien Tourbet, responsable des investissements non cotés chez Scala Patrimoine : « La spécificité des fonds evergreen destinés aux investisseurs privés réside dans l’appel intégral du capital dès la souscription. Cette immédiateté d’investissement modifie profondément la dynamique de rendement : le capital n’est pas progressivement mobilisé, il travaille quasi instantanément. »

Dans le cadre de la dette privée, les intérêts générés peuvent être distribués régulièrement (le plus souvent trimestriellement) ou réinvestis, selon le choix de l’investisseur. Cette seconde option active un puissant mécanisme d’intérêts composés, optimisant la création de valeur sur le long terme.

  • Une liquidité encadrée

Autre spécificité clé : les fonds evergreen offrent une liquidité partielle. Des fenêtres de rachat sont généralement prévues chaque trimestre ou semestre, grâce à une poche de liquidités conservée par le fonds.

Il ne s’agit toutefois pas d’une liquidité comparable à celle des marchés cotés. Les fonds evergreen sont qualifiés de semi-liquides : la liquidité est possible, mais elle n’est jamais garantie. En cas de déséquilibre entre demandes de rachat et liquidités disponibles, les sociétés de gestion peuvent activer des mécanismes de proratisation des sorties (gates), différer une partie des rachats ou, dans des cas extrêmes, suspendre temporairement les opérations.

Des périodes de lock-up — souvent comprises entre 1 et 5 ans — peuvent s’appliquer, parfois assorties de pénalités en cas de sortie anticipée.

Adrien Tourbet tient à ce titre à préciser que : « ce n’est pas de la liquidité au sens strict des marchés publics, où les titres peuvent être vendus instantanément. On se situe à mi-chemin entre marchés privés et marchés cotés. L’horizon d’investissement reste long terme, généralement entre 5 et 10 ans. Les difficultés rencontrées par la société de gestion américaine Blue Owl sont d’ailleurs là pour nous le rappeler. »

  • Un enjeu central : le cash management

Sur la durée de vie du fonds, les niveaux d’allocation atteignent en moyenne 80 % à 90 %, offrant à l’investisseur un portefeuille diversifié et mature dès l’entrée. Cette structure impose toutefois une discipline rigoureuse en matière de gestion de trésorerie.

Contrairement aux fonds millésimés, souvent investis à près de 100 %, les fonds evergreen conservent 10 % à 20 % de liquidités afin d’honorer les demandes de rachat.

« Le cash management est un facteur clé de performance. Un fonds evergreen bien géré doit concilier rendement et liquidité », précise Adrien Tourbet.

  • Un outil de lissage des cycles économiques

Sur le papier — et dans les faits lorsque la gestion est maîtrisée — les fonds evergreen offrent de nombreux avantages : suppression des sorties forcées, disparition de la logique de millésime, lissage naturel des cycles économiques, et redéploiement continu du capital.

À mesure que les investissements arrivés à maturité sont cédés, les capitaux sont réalloués vers de nouvelles opportunités, assurant une diversification intrinsèque permanente.

Quelques réserves majeures méritent néanmoins d’être formulées. « Le marché souffre encore d’un manque de recul sur le track record des fonds evergreen, en particulier en Europe, où leur historique demeure trop récent pour permettre une évaluation pleinement robuste » abonde Adrien Tourbet. Celui-ci ajoute qu’une « interrogation centrale subsiste : comment ces véhicules se comporteront-ils en cas de choc macroéconomique sévère ou de crise prolongée ? Leur résilience n’a pas encore été véritablement éprouvée par un cycle adverse de grande ampleur. »

Sur un plan plus empirique, la question de la liquidité effective accordée aux investisseurs — qu’ils soient entrants ou sortants — devra également être analysée avec rigueur. « La promesse de liquidité, souvent mise en avant, ne saurait être purement théorique : elle suppose des mécanismes opérationnels solides et une profondeur de marché suffisante. » explique le responsable des investissements non cotés de Scala Patrimoine. À cet égard, un consensus se dessine : pour que cette liquidité soit crédible et durable, les fonds de dette privée doivent atteindre une taille critique, généralement estimée à au moins un milliard de dollars d’actifs sous gestion. Ce seuil permet généralement d’atteindre une diversification suffisante pour diluer le risque idiosynatique, lisser les flux d’entrées et de sorties et accéder à des transactions primaires de meilleure qualité.

Pourquoi la dette privée s’impose comme une classe d’actifs incontournable

Depuis la crise des subprimes à la fin des années 2000, le paysage du financement des entreprises s’est profondément transformé. Sous l’effet d’un durcissement réglementaire et d’une aversion accrue au risque, les établissements bancaires ont progressivement réduit leur exposition au crédit. En conséquence, un nombre croissant d’entreprises s’est tourné vers les marchés privés pour financer leur croissance, leurs acquisitions ou leur refinancement.

Ce mouvement structurel a propulsé la dette privée au rang de classe d’actifs majeure. À l’échelle mondiale, elle représente aujourd’hui près de 1 700 milliards de dollars d’encours. Selon Moody’s, ce marché devrait franchir le seuil des 2 000 milliards de dollars dès 2026, confirmant une dynamique toujours très soutenue.

  • Un double avantage : pour les entreprises comme pour les investisseurs

La dette privée joue un rôle clé pour les entreprises en leur offrant une source de financement alternative, flexible et souvent plus adaptée à leurs besoins spécifiques. Elle leur permet de diversifier leurs sources de capitaux et de limiter leur exposition à la volatilité des marchés financiers cotés.

Pour les investisseurs, l’attrait est tout aussi clair : la dette privée offre des rendements attractifs, généralement supérieurs à ceux des obligations cotées, tout en reposant sur des flux de revenus identifiables, issus des intérêts versés par les emprunteurs.

  • Une classe d’actifs défensive, mais pas sans risques

Dans un environnement marqué par la baisse des taux et la compression des spreads obligataires traditionnels, les grands investisseurs cherchent à renforcer la diversification de leur patrimoine — en particulier au sein de leur poche obligataire. La dette privée répond précisément à cet objectif.

Grâce à la nature sur mesure des transactions, cette classe d’actifs affiche une faible corrélation avec les marchés côtés, ce qui en fait un puissant outil de diversification.

La dette privée présente également un caractère défensif : elle offre une bonne visibilité sur les revenus futurs, fondés sur le paiement régulier des intérêts. De plus, les prêts à taux variable constituent une protection naturelle contre l’inflation, limitant l’impact des fluctuations de taux.

Mais aucun rendement élevé ne va sans contrepartie. Les investisseurs doivent rester attentifs :

- au risque de défaut des entreprises financées,

- et au risque de liquidité, en particulier dans un contexte économique dégradé où de nombreux investisseurs pourraient souhaiter sortir simultanément.

Ces enjeux sont d’autant plus importants que l’environnement économique mondial demeure incertain et que les transformations liées au développement de l’intelligence artificielle rebattent profondément les cartes de nombreux secteurs.

  • Le marché de la dette privée evergreen sous tension

L’attrait croissant des investisseurs ne doit pas occulter les premières zones de fragilité du marché. À ce stade, les pertes restent contenues, mais les signaux de vigilance se multiplient.

Aux États-Unis, le taux de défaut des crédits privés est en légère hausse, passant de 5,4 % à 5,6 % en décembre 2025, selon Fitch.

Les récentes difficultés de Blue Owl mettent en lumière certaines fragilités structurelles du marché de la dette privée evergreen. La société de gestion américaine a en effet décidé de supprimer définitivement la clause permettant aux investisseurs de l’un de ses fonds de retirer une partie de leurs capitaux chaque trimestre. Une décision lourde de sens, qui ravive les inquiétudes autour des standards du crédit privé et de l’exposition croissante du secteur à des entreprises rendues plus vulnérables par le ralentissement économique et les bouleversements technologiques — à commencer par l’essor fulgurant de l’intelligence artificielle dans des secteurs comme celui des logiciels. Dans un environnement plus exigeant, la promesse de liquidité devient donc plus difficile à tenir.

L’Europe, en revanche, bénéficie d’un contexte plus favorable. Les spreads y demeurent plus élevés — de 25 à 50 points de base — et les taux de défaut restent significativement plus bas, bien qu’en progression, de 0,4 % en 2024 à 1,25 % en 2025.

Symbole de cette montée en puissance, l’Europe représente désormais près de 30 % du marché mondial du crédit privé, avec une croissance annuelle moyenne de 18 % depuis 2008, contre 11 % sur le marché américain.

  • La clé du succès : la discipline et la sélectivité

Le constat est sans appel : les capitaux à investir sont abondants, mais les opportunités réellement attractives se raréfient. « Dans ce contexte, certains fonds de dette commettent l’erreur de relâcher leurs critères d’investissement, au risque de diluer la qualité de leurs portefeuilles », avertit Adrien Tourbet.

Plus que jamais, la sélectivité des gérants, la qualité de l’analyse crédit et la rigueur des processus d’investissement constituent les véritables facteurs différenciants. Dans un marché arrivé à maturité, la dette privée ne récompense plus seulement l’exposition, mais avant tout l’exigence et la discipline.

Sur quels critères choisir un fonds de dette privée evergreen ?

Dans l’univers du non coté — et plus encore en dette privée evergreen — le choix du gérant est déterminant. Les écarts de performance entre les fonds du premier et du dernier quartile sont significatifs, rendant toute approximation dans la sélection particulièrement coûteuse pour l’investisseur.

L’enjeu est clair : viser un rendement net annuel compris entre 6 % et 9 % en 2025 pour les stratégies les plus équilibrées, et au-delà de 12 % pour les fonds acceptant un niveau de risque plus élevé. Atteindre ces objectifs suppose une discipline de sélection rigoureuse et une compréhension fine des mécanismes de création de valeur.

  • Une méthodologie d’analyse de fonds de dette privée evergreen éprouvée

Avant toute décision d’investissement, il convient de s’appuyer sur un cadre méthodologique structuré, reposant sur des critères précis. Ce travail d’analyse en amont constitue, à lui seul, un facteur clé de performance à long terme.

La qualité d’un fonds de dette privée evergreen dépend avant tout de l’expertise humaine et technique de son équipe de gestion. Il convient de privilégier des sociétés de gestion ayant démontré :

- leur solidité à travers plusieurs cycles économiques,

- la capacité à attirer et conserver des investisseurs institutionnels de premier plan,

- leur aptitude à générer de la performance aussi bien en phase d’expansion qu’en période de ralentissement économique.

Il convient à ce titre d’analyser :

- le taux de perte net historique

- le multiple de couverture des intérêts du portefeuille moyen du portefeuille

- le niveau de levier moyen

- leur proportion de dette senior loan secured

- la durée moyenne résiduelle des prêts

- leur méthodologie de valorisation de la NAV

La capacité d’un gérant à réagir efficacement en temps de crise est souvent plus révélatrice que ses résultats dans un environnement porteur.

Un historique de performance solide et récurrent constitue un prérequis, mais il ne doit jamais être analysé isolément. Il est essentiel d’en comprendre leurs ressorts.

  • Le savoir-faire opérationnel : un facteur différenciant majeur

Au-delà de l’analyse financière, la dette privée repose sur une proximité forte avec les entreprises financées. La capacité des équipes de gestion à accompagner les sociétés sur des enjeux clés — internationalisation, digitalisation, structuration financière ou croissance externe — constitue un véritable levier de sécurisation des investissements.

Ce savoir-faire opérationnel favorise un alignement d’intérêts entre prêteurs et emprunteurs, un suivi étroit des participations, et une anticipation accrue des risques.

Le principal risque inhérent à la dette privée evergreen reste celui du défaut de paiement. Il est donc essentiel de privilégier des équipes stables, expérimentées et capables de maintenir un taux de défaut maîtrisé au sein de leur portefeuille.

Enfin, une approche rigoureuse de la structuration des financements — intégrant la prise de garanties adaptées et une documentation juridique robuste — permet d’optimiser les conditions de recouvrement et de protéger efficacement le capital investi.

« Adrien Tourbet résume la situation : « choisir un fonds de dette evergreen ne consiste pas à comparer des rendements affichés. Il s’agit d’évaluer une architecture complète : qualité du sourcing, rigueur du crédit, gestion de la liquidité et alignement d’intérêts. Dans un marché devenu plus mature, la performance durable appartient aux gérants capables de dire non autant que de dire oui. »

Exemples de fonds de dette privée evergreen

Ces dernières années, les fonds de dette privée evergreen se sont multipliés, portés par la quête de rendement et de visibilité des investisseurs. Parmi les acteurs les plus actifs figurent plusieurs géants de la gestion d’actifs, dont Goldman Sachs et Ares, qui ont renforcé leur présence sur ce segment stratégique.

  • Goldman Sachs European Credit

C’est en 2023 que Goldman Sachs Alternatives a lancé Goldman Sachs European Credit (GSEC), un fonds de dette privée evergreen européenne semi-liquide destiné à répondre aux attentes d’investisseurs en quête de revenus réguliers ou de capitalisation à long terme.

Le fonds propose deux catégories de parts :

- une part distribuante, permettant aux investisseurs de percevoir régulièrement les intérêts ;

- une part capitalisante, dans laquelle les revenus sont automatiquement réinvestis afin de favoriser la croissance du capital.

Une plateforme mondiale, forte de 25 ans d’expérience

La société de gestion américaine s’appuie sur une expertise de plus de 25 ans dans la dette privée. Depuis sa création, sa plateforme dédiée a investi près de 180 milliards de dollars, ce qui en fait l’une des plus importantes au monde. Elle bénéficie d’une présence locale solide sur les marchés clés des États-Unis, de l’Europe et de l’Asie.

Cette proposition de valeur a rapidement trouvé son public. Le fonds affiche aujourd’hui près de 3,8 milliards d’euros d’encours, dont 82 % investis en dette privée, le solde — environ 18 % — étant conservé en liquidités afin de préserver la flexibilité et la liquidité du véhicule.

Un portefeuille de dette privée evergreen diversifié et orienté qualité

La stratégie de GSEC repose sur une large diversification : le portefeuille compte 97 lignes de dettes d’entreprises, quasi exclusivement constituées de dettes senior de premier rang. Les sociétés financées affichent une taille significative, avec un EBITDA moyen de 243 millions d’euros, gage de solidité opérationnelle.

L’équipe de gestion privilégie des emprunteurs de taille moyenne à grande, positionnés sur des secteurs peu cycliques et disposant de modèles économiques capables de résister à un environnement macroéconomique dégradé, y compris en cas de récession.

Les logiciels, les services aux entreprises et le secteur de la santé concentrent à eux seuls environ 77 % du flux de transactions, illustrant cette orientation défensive.

Un objectif de distribution attractif

Parmi les opérations emblématiques figurent notamment des prêts accordés à Softway Medical, fournisseur français de premier plan de logiciels de systèmes d’information hospitaliers pour les établissements publics et privés, ainsi qu’à Trade Me, leader néo-zélandais des enchères et des petites annonces en ligne.

Depuis son lancement en octobre 2023, GSEC a versé neuf distributions trimestrielles consécutives aux investisseurs, jusqu’à la fin du quatrième trimestre 2025. Le fonds affiche une ambition claire : offrir une distribution annuelle comprise entre 6,5 % et 8 %, tout en s’appuyant sur une approche prudente et sélective du crédit.

  • Ares European Strategic Income Fund

La société américaine de gestion d’investissements alternatifs Ares Management s’est, elle aussi, imposée dans la course aux fonds européens de dette privée evergreen. Lancé il y a moins de deux ans, l’Ares European Strategic Income ELTIF Fund affiche déjà une trajectoire spectaculaire : 5,75 milliards d’euros d’actifs sous gestion.

Une montée en puissance imposante, révélatrice de l’appétit croissant des investisseurs pour des solutions de rendement alternatives.

Un spécialiste de la dette privée evergreen

Ce véhicule prend la forme d’un fonds de prêts directs semi-liquide, à durée indéterminée, exclusivement investi sur le marché européen. Il s’inscrit dans une expertise éprouvée : Ares déploie sa stratégie de prêt direct en Europe depuis près de vingt ans, avec un premier lancement dès 2007.

Depuis sa création, l’activité européenne de prêt direct du groupe a réalisé plus de 390 investissements, représentant un volume cumulé supérieur à 73 milliards d’euros.

Pour capter les opportunités à l’échelle du continent, le gestionnaire s’appuie sur une plateforme européenne solide, composée de 95 professionnels de l’investissement répartis dans sept bureaux.

Un positionnement défensif

La construction du portefeuille reflète une approche résolument défensive et diversifiée. Les secteurs les plus représentés sont la finance (18 %), la santé (18 %), les services aux entreprises (17 %), ainsi que le logiciel et les technologies (14 %). Point clé pour les investisseurs soucieux de protection du capital : 94 % des 345 lignes du portefeuille sont constituées de dettes seniors de premier rang, renforçant la visibilité et la robustesse du profil risque-rendement du fonds.

À l’échelle mondial, Ares Management administre 506 milliards d’euros d’actifs, dont 73 % investis en dette privée, confirmant le caractère central de cette classe d’actifs dans sa stratégie.

Cette expertise s’accompagne d’un historique de performance remarquable : le taux de perte cumulé est de 0,04 %, un niveau exceptionnellement bas pour le segment.

Le Rendement de distribution annualisé étant de 8 %.


Les marchés financiers & placements : les États-Unis négocient des accords commerciaux avec ses principaux partenaires commerciaux

Les meilleurs placements pour 2026

« La chose la plus importante que l’on puisse faire est de diversifier son portefeuille. La diversification est la clé. » Cette maxime de Paul Tudor Jones, figure emblématique de la gestion d’actifs américaine, n’a jamais été aussi pertinente. L’année 2025 en a offert une démonstration éclatante : les sources de performance ont été multiples, confirmant une nouvelle fois l’importance d’une allocation diversifiée.

Placements : le bilan de l'année 2025

  • Les marchés actions, moteurs de performance

Les marchés actions ont signé une année remarquable.

En Europe, l’Euro Stoxx 50 s’est envolé de 19,4 %, porté par le rebond des valeurs bancaires et la dynamique du secteur de la défense.

Outre-Atlantique, le S&P 500 a progressé de 17,3 % en devise locale, soutenu par la résilience et la domination des grandes capitalisations technologiques.

En Asie, les actions chinoises ont gagné 15 % en euros, là encore grâce à la technologie, tandis que le marché japonais s’est distingué par une hausse supérieure à 10 % en euros.

Les marchés obligataires n’ont pas été en reste.

L’indice obligataire européen, intégrant les dettes souveraines et d’entreprises, affiche une performance de +4,69 % en 2025.

Dans le détail, l’indice Euro Government progresse modestement de 0,63 %, tandis que l’Euro Corporate avance de 3,03 %. L’Euro High Yield, plus dynamique, s’adjuge 5,15 %.

Du côté des matières premières, l’or a littéralement crevé l’écran. En l’espace de douze mois, le prix de l’once est passé de 2 600 dollars à plus de 4 500 dollars, soit une envolée spectaculaire de près de 70 %.

À l’inverse, les cryptomonnaies ont connu une année difficile : le bitcoin a reculé de 9 % en 2025, rappelant la forte volatilité inhérente à cette classe d’actifs.

Du côté du marché immobilier, les prix au mètre carré, ont augmenté de 1,6% en France. Une bonne nouvelle après les baisses de 2,1% en 2024 et de 3,9% en 2023. Les prix à Paris sont aussi bien orientés (+2,3 % sur un an), alors qu’en 2024 ceux-ci avait reculé de près de 7 %.

  • 2026 : bis repetita ?

La question est désormais sur toutes les lèvres. Peut-on espérer une année de même acabit en 2026 pour vos placements ?

Les grandes tendances de fond identifiées l’an dernier demeurent intactes. L’essor de l’intelligence artificielle, les enjeux de souveraineté, l’électrification des économies et le rôle stratégique du secteur de la santé continuent de structurer les perspectives de long terme.

Pour autant, des risques à court et moyen terme persistent et pourraient raviver la volatilité : tensions géopolitiques, matérialisées par le conflit en Iran, conflits commerciaux, incertitudes autour du niveau des taux d’intérêt.

Dans ce contexte, une conviction s’impose. À condition de s’inscrire dans une vision de long terme et au sein d’une gestion patrimoniale rigoureusement diversifiée, les marchés financiers — actions et obligations —, le private equity, la dette privée et l’immobilier restent des placements pertinents pour bâtir et consolider un patrimoine équilibré.

Plus que jamais, la diversification n’est pas une option : c’est un pilier incontournable de toute stratégie.

1. L’immobilier résidentiel parisien

Après une phase de correction prolongée, le marché immobilier français semble enfin sortir de l’ornière. Si cette reprise demeure progressive et encore fragile à l’échelle nationale, elle se manifeste avec davantage de netteté dans les grandes métropoles, et tout particulièrement à Paris. La capitale conserve en effet des caractéristiques structurelles singulières, portées par une tension locative persistante et une attractivité patrimoniale intacte.

  • Le contexte

Les derniers chiffres publiés par la Chambre des notaires confirment ce frémissement. Sur 12 mois glissants, le volume de transactions dans l’ancien atteint désormais 945 000 logements, en progression de 12 % sur un an. Un rebond significatif, mais encore insuffisant pour renouer avec une dynamique pleinement fluide. À titre de comparaison, les échanges demeurent inférieurs d’environ 25 % au sommet observé à l’été 2021. Les professionnels du secteur estiment qu’un seuil d’1 million de transactions annuelles constituerait le socle d’une normalisation durable du marché.

- Des prix qui repartent à la hausse

Après plusieurs trimestres de repli, les prix marquent également une inflexion. À l’échelle de la France métropolitaine, les logements anciens enregistrent une hausse modérée de 0,7 % sur un an. Paris se distingue une nouvelle fois : les prix des appartements y progressent de 1,9 % sur la période, portant le prix moyen au-delà de 9 600 euros le mètre carré.

Cette reprise s’explique en grande partie par l’assouplissement progressif des conditions de financement. La baisse des taux directeurs engagée par la Banque centrale européenne depuis deux ans a permis un certain desserrement du crédit. En novembre, le taux moyen des nouveaux prêts immobiliers s’établissait à 3,10 %, hors renégociations.

Toutefois, la dynamique reste contrainte. La BCE a récemment annoncé une pause dans son cycle de détente monétaire, tandis que le maintien du rendement de l’OAT à 10 ans autour de 3,50 % limite la capacité des banques à proposer des conditions sensiblement plus attractives. Dans ce contexte, une baisse significative des taux à court ou moyen terme apparaît peu probable.

- Des tensions locatives persistantes

Si le marché de la transaction esquisse une reprise, le segment locatif demeure le principal point de fragilité. Depuis 2021, l’offre de logements à louer a été divisée par deux au niveau national. L’année 2025 a prolongé cette contraction, avec un recul supplémentaire estimé à 10 %. À Paris, le constat est encore plus sévère : le stock de biens disponibles reste inférieur de 30 à 40 % à son niveau d’avant la crise sanitaire.

La réforme de la méthode de calcul du diagnostic de performance énergétique (DPE), susceptible de reclasser près de 700 000 logements auparavant considérés comme des passoires thermiques, pourrait apporter un léger desserrement. Mais les tensions demeurent particulièrement vives dans les zones les plus attractives, au premier rang desquelles la capitale.

À ces déséquilibres structurels s’ajoutent des incertitudes persistantes : contexte macroéconomique encore fragile, prudence des banques centrales et environnement géopolitique instable continuent de peser sur les anticipations.

  • Nos convictions pour vos placements

L'immobilier demeure l'un des placements incontournables sur le long terme. Plusieurs facteurs soutiennent une lecture constructive du marché. La réouverture graduelle de l’accès au crédit, l’ajustement des prix observé depuis 2 ans et la volonté affirmée des établissements bancaires de relancer la production de crédit constituent autant de leviers favorables.

Si l’investissement locatif a été fragilisé par un cadre réglementaire et fiscal mouvant, l’instauration d’un nouveau statut de bailleur privé dans la loi de finances pour 2026, bien que perfectible, pourrait contribuer à restaurer une partie de l’attractivité du secteur.

- Paris, la valeur sûre

Dans ce contexte, les zones caractérisées par une forte tension locative restent à privilégier. L’immobilier résidentiel parisien conserve, à ce titre, des fondamentaux solides.

« Le marché immobilier entre dans une phase de recomposition, où la sélectivité devient primordiale », analyse Guillaume Lucchini, associé fondateur du multi family office indépendant Scala Patrimoine. « Paris reste un marché à part, porté par une rareté structurelle de l’offre et une demande locative soutenue, ce qui en fait un socle pertinent pour une stratégie patrimoniale de long terme. »

Les biens de qualité continuent ainsi de trouver preneur rapidement. Les contraintes énergétiques, souvent perçues comme un frein, créent également des opportunités d’acquisition sur des actifs anciens décotés, à condition d’intégrer une stratégie de rénovation maîtrisée. Dans ce cadre, les investisseurs disposent aujourd’hui de marges de négociation plus favorables face aux vendeurs.

Le marché parisien n’en demeure pas moins profondément hétérogène. Chaque arrondissement, chaque micro-quartier obéit à des dynamiques propres, rendant indispensable une connaissance fine du terrain.

- Une forte demande pour les petites surfaces

Les petites surfaces concentrent l’essentiel de la tension locative. Les logements meublés représentent désormais près de 58 % des locations, reflet d’une demande croissante de flexibilité, notamment de la part des cadres dirigeants et des chefs d’entreprise en mobilité.

« Pour les investisseurs patrimoniaux, l’immobilier conserve toute sa pertinence comme outil de diversification et de valorisation du patrimoine familial », souligne Guillaume Lucchini. « Il combine protection contre l’inflation, visibilité sur les flux de revenus et potentiel de revalorisation dans le temps, à condition d’adopter une approche disciplinée et résolument tournée vers le long terme. »

2. Les marchés actions

En dépit d’une année 2025 marquée par de nombreux soubresauts — droits de douane américains en hausse, tensions géopolitiques accrues (Venezuela, Iran, Taïwan…) — les marchés actions ont défié les pronostics.

  • Le contexte

Les tensions géopolitiques restent un thème dominant pour vos placements en actions. Aux États-Unis, les discussions autour des zones stratégiques, comme le Groenland, renforcent un sentiment d’instabilité. Surtout l'attaque menée par l'armée américaine, avec le soutien d'Israël, en Iran, montre à quel point les tensions sont vives au Moyen-Orient.

En Asie, les relations sino-japonaises, notamment autour de Taïwan, demeurent un point de vigilance.

Malgré cela, Romane Azzopardi observe que « les marchés semblent s’être acclimatés à l’incertitude structurelle ; les risques géopolitiques ne sont plus autant intégrés dans les cours qu’auparavant tant que l’on n’anticipe pas une rupture durable des chaînes de valeur, comme ce fut par exemple le cas lors de la crise du Covid. Si le conflit en Iran a fait remonté la volatilité sur les marchés financiers, la baisse demeure pour l'instant contenue. »

Les prix du pétrole, la disponibilité des matériaux critiques et les politiques monétaires restent des variables essentielles. Dans ce cadre, la croissance des bénéfices des entreprises américaines, avec des perspectives de +15 % pour le S&P 500, soutient l’appétit pour le risque, même si « ce rythme pourrait être mis à l’épreuve si les anticipations ne sont pas confirmées par les publications trimestrielles », nuance Azzopardi.

Dans ce contexte, les investisseurs chercheront encore à diversifier leurs placements afin de limiter le risque d’un retournement de marché après trois années de performances à deux chiffres.

Enfin, les métaux précieux continuent d’attirer les investisseurs et les banques centrales désireuses de briser leur dépendance au dollar. Leur récente flambée — largement alimentée par la recherche de sécurité — interroge certains acteurs, mais cette hausse s’inscrit aussi dans une demande réelle de diversification face aux risques globaux.

  • Nos convictions pour vos placements

Sur les marchés actions, la diversification géographique et sectorielle est, la aussi, importante. Les grands indices boursiers restent fortement concentrés autour des grandes valeurs technologiques américaines, ce que certains qualifient déjà de signal d’alerte. Il faudra également etre attentif à la durée du conflit en Iran et ses conséquences sur le prix du pétrole.

- Un retour des marchés européens

« La concentration sur quelques mastodontes technologiques amplifie le risque de correction si les perspectives bénéficiaires ne se matérialisent pas comme prévu », prévient Romane Azzopardi.

Dans ce contexte, l’Europe — notamment au travers de secteurs comme la défense et la finance — pourrait fournir des relais de performance intéressants pour vos placements, même si certaines valorisations sont déjà élevées. Cela dit, l’Europe continue de pâtir de déséquilibres structurels par rapport aux États-Unis, avec une croissance moins soutenue et des moteurs économiques plus timides.

Les marchés américains conservent donc leur attractivité, portés par une économie robuste et une dynamique de consommation toujours solide.

- Une préférence pour les secteurs défensifs

Les marchés financiers sanctionnent désormais plus sévèrement les déceptions. La correction observée chez certains titres technologiques — à l’image de Microsoft quand ses perspectives Cloud ont déçu — illustre cette réalité.

Les secteurs défensifs — santé, matériaux, infrastructures de transition énergétique — offrent un potentiel de relais pour les investisseurs à long terme. Ils combinent un profil de croissance plus régulier à une meilleure résistance aux cycles économiques.

Sur le plan géographique, l’Asie revient sur le devant de la scène. La Chine, malgré des défis structurels (confiance des ménages limitée, fragilités du secteur immobilier), se repositionne comme une zone d’opportunités. Le Japon, soutenu par un plan de relance budgétaire ambitieux, bénéficie également d’un regain d’intérêt, même si les valorisations restent sensibles.

Pour Romane Azzopardi, « dans cet environnement complexe, l’analyse fine et l’adaptation constante restent les meilleurs atouts pour préserver et valoriser vos placements. »

3. Marchés obligataires

Une déconnexion nette des trajectoires de taux longs entre les États-Unis, l’Europe et le Japon s'est concrétisée en 2025. Une rupture de tendance qui rebat les cartes de l’allocation obligataire et redéfinit les opportunités pour les investisseurs.

  • Le contexte

En Europe, le mouvement est clair : la courbe des taux s’est fortement repentifiée. Les rendements longs ont progressé de 40 à 50 points de base, portés par l’augmentation des besoins de financement, notamment pour soutenir des secteurs jugés stratégiques.

« La repentification massive de la courbe des taux reflète l’ampleur des programmes d’investissement européens », souligne Romane Azzopardi.

À l’inverse, les États-Unis suivent une trajectoire opposée. Les taux longs américains ont reculé d’environ 40 points de base, conséquence directe de la stratégie d’émission de dette adoptée par le Trésor américain, privilégiant les maturités courtes et intermédiaires.

- Le regard tourné vers les banques centrales ?

Le début de l’année 2026 a toutefois ravivé la volatilité. Sur le mois écoulé, les rendements obligataires américains ont progressé de 7 points de base, sous l’effet combiné des inquiétudes budgétaires et des interrogations croissantes sur le statut de valeur refuge des actifs américains.

Les prises de position répétées de l’administration Trump contre le multilatéralisme alimentent en effet les craintes d’une érosion progressive du rôle du dollar dans le système financier international.

L’arrivée de Kevin Warsh à la tête de la Réserve fédérale, en remplacement de Jerome Powell, marque également un changement de ton. Proche de Donald Trump, le nouveau président de la Fed incarne une approche plus politique de la banque centrale.

- Le besoin de financement des états

La montée des déficits publics demeure un élément central du paysage obligataire. L’alourdissement de la charge d’intérêts accroît les besoins de financement des États, les contraignant à recourir à des émissions obligataires de grande ampleur pour se refinancer.

Ce cercle budgétaire exerce une pression structurelle sur les taux longs.

En résumé, « les maturités courtes ont principalement réagi aux anticipations de baisses de taux de la BCE et de la Fed, tandis que les segments longs sont restés sensibles aux débats sur les dépenses publiques et aux interrogations ponctuelles sur l’indépendance de la Fed », explique Romane Azzopardi.  Un environnement qui favorise la pentification des courbes, aussi bien en zone euro qu’aux États-Unis.

Malgré ces incertitudes économiques et monétaires, l’appétit des investisseurs pour les obligations reste intact. Le marché primaire s’est montré particulièrement dynamique ces derniers mois, avec des émissions largement absorbées grâce à une demande soutenue. Un signal clair de la résilience de la classe d’actifs.

  • Nos convictions pour vos placements

Nous conservons une vision positive sur les marchés obligataires, portée par un cadre globalement favorable.

- Un positionnement axé sur les maturités courtes

La pentification des courbes de taux nous conduit à privilégier les maturités courtes, qui devraient bénéficier directement des futures baisses de taux.

« Cette conviction est renforcée par les incertitudes liées au financement des déficits publics, susceptibles de limiter la détente des taux longs et de les maintenir à des niveaux élevés », précise la responsable de la gestion financière de Scala Patrimoine.

En l’absence de récession, avec une inflation maîtrisée et des politiques monétaires accommodantes, les obligations d’émetteurs privés offrent des perspectives attractives.

Les fondamentaux des entreprises demeurent robustes et la quête de rendement continue de soutenir la demande. Au-delà de la diversification, ces titres permettent de capter un surcroît de rendement par rapport aux obligations souveraines.

Les risques géopolitiques resteront néanmoins un facteur de volatilité, tant sur les marchés obligataires que sur les marchés actions, compte tenu de la multiplicité des foyers de tension (Groenland, Taïwan, Ukraine).

- Un biais européen affirmé

« Nous sommes notamment positionnés sur les obligations libellées en euro », souligne Romane Azzopardi. Ces instruments répondent à des stratégies combinant distribution régulière de coupons et protection contre une poursuite de la baisse du dollar.

La récente hausse des taux longs européens a créé un point d’entrée attractif pour vos placements sur le crédit investment grade européen, notamment sur les maturités intermédiaires. Ce contexte renforce l’attrait des stratégies de portage, dont la performance repose principalement sur le rendement courant.

Sur le segment du haut rendement, le refinancement massif opéré en 2025 a repoussé le mur de refinancement à 2028, réduisant les risques à court terme.

Si le taux de défaut reste historiquement bas, la dispersion des situations impose une sélection rigoureuse des émetteurs. D’autant que la performance du high yield demeure plus sensible à un élargissement des spreads que celle du crédit investment grade, dans un contexte de primes de risque déjà comprimées.

Enfin, « les obligations investment grade émises par les établissements financiers européens, qu’elles soient seniors ou subordonnées, présentent des opportunités particulièrement intéressantes », estime Romane Azzopardi.

Elles offrent un rendement supérieur à celui des obligations d’entreprises non financières de notation équivalente, tout en s’appuyant sur un secteur bancaire solide, bien capitalisé, et bénéficiant de revenus d’intérêts soutenus par la hausse des taux observée en 2025.

4. Le private equity

L’année 2025 restera comme l’une des plus heurtées pour le marché du private equity.

  • Le contexte

Le paradoxe est frappant : alors que plusieurs indicateurs étaient orientés favorablement — crédits disponibles, détente progressive des taux et environnement macroéconomique globalement porteur — l’activité a marqué le pas. En cause, principalement, la persistance des tensions géopolitiques et commerciales, qui ont pesé sur la confiance des investisseurs et freiné la dynamique transactionnelle.

- Un net ralentissement de l’activité

Le marché français illustre clairement ces difficultés. En 2025, un peu plus de 420 acquisitions ont été annoncées par des fonds en France, pour un montant total de 23,3 milliards de dollars. Cela représente un recul de plus de 20 % sur un an, atteignant un point bas inédit depuis la crise sanitaire.

À l’échelle mondiale, le private equity a néanmoins enregistré près de 900 milliards de dollars de transactions, un volume largement porté par les États-Unis, qui concentrent à eux seuls plus de 60 % de l’activité mondiale.

L’un des principaux freins au redémarrage du marché réside dans le décalage persistant entre acheteurs et vendeurs.

Adrien Tourbet, responsable des investissements non cotés chez Scala Patrimoine résume la situation « Les vendeurs continuent de se référer aux niveaux de valorisation observés entre 2019 et 2022, tandis que les acheteurs intègrent désormais des taux durablement plus élevés, un coût du capital accru et des perspectives de croissance moins linéaires. »

Cette divergence explique la forte polarisation des valorisations selon les secteurs. Toutefois, des signaux positifs émergent : selon Preqin, un rapprochement progressif des prix entre acheteurs et vendeurs est déjà observable, laissant entrevoir une reprise plus tonique de l’activité.

- Un modèle en mutation

Dans un environnement où la liquidité n’est plus aussi abondante, le private equity est contraint d’évoluer. La création de valeur fondée de ces placements essentiellement sur l’effet de levier montre ses limites.

« Dans un environnement de taux durablement plus élevé, la contribution des leviers opérationnels redevient centrale dans la génération d’alpha », insiste Adrien Tourbet. 

Les secteurs capables de répondre à cette exigence continuent de tirer leur épingle du jeu. Les actifs exposés à la santé, aux services essentiels ou à certaines niches technologiques conservent des multiples élevés. Plus récemment, la défense et l’aérospatial s’imposent comme de véritables locomotives d’activité et d’innovation.

Malgré le ralentissement, le secteur dispose encore de marges de manœuvre significatives. Selon PitchBook, le private equity totalise 6 100 milliards de dollars d’actifs sous gestion à fin mars 2025, dont 1 800 milliards de dollars de “dry powder” prêts à être investis.

Parallèlement, la pression s’accentue sur les équipes de gestion (GPs) pour restituer du capital aux investisseurs (LPs) et générer des retours, un facteur qui pourrait accélérer les cessions dans les mois à venir.

  • Nos convictions pour vos placements

« Le private equity s’adresse avant tout à des investisseurs de long terme, disposant d’un horizon sur leurs placements supérieur à huit ans. Sur la durée, les performances restent solides. Le capital-investissement français affiche ainsi, sur 15 ans, un rendement moyen annuel de 13,3 %, net de frais et de carried interest. » explique Adrien Tourbet.

Malgré les incertitudes macroéconomiques, l’attrait pour les actifs non cotés ne faiblit d’ailleurs pas. En revanche, une prudence accrue amène les investisseurs à se concentrer sur un nombre restreint de gérants reconnus, dont les levées sont souvent sursouscrites et bouclées rapidement.

À l’inverse, une part croissante du marché fait face à des levées de fonds plus longues. La durée moyenne de levée a ainsi atteint 26 mois au premier semestre 2025, contre 16 mois en 2020.

- Une vision de long terme

Pour capter le potentiel du private equity tout en maîtrisant les risques, le multi family office indépendant Scala Patrimoine préconise une approche diversifiée et résolument long terme. Nous recommandons ainsi de se tourner vers des placements en :

- stratégies secondaires, pour leur stabilité et la visibilité des rendements

- capital-risque, afin de cibler des opportunités à fort potentiel dans des secteurs innovants

- LBO (Leveraged Buyout), pour bénéficier de l’effet de levier dans des structures éprouvées

- Growth equity, pour accompagner la croissance d’entreprises matures et prometteuses

« Cette allocation vise à conjuguer performance durable et gestion proactive des risques pour vos placements, tout en restant attentive aux grandes transformations sectorielles, notamment dans la santé et la transition énergétique. » conclut le responsable des investissements non cotés de Scala Patrimoine.

5. La dette privée

La dette privée connaît une croissance spectaculaire. Cette classe d’actifs pèse désormais près de 1 700 milliards de dollars à l’échelle mondiale. Selon Moody’s, elle franchira la barre des 2 000 milliards dès 2026 et pourrait approcher 4 000 milliards d’ici quatre ans. Un développement impressionnant, mais qui ne doit pas masquer les risques sous-jacents à ces placements.

  • Le contexte

Les difficultés commencent d’ailleurs à apparaître. Pour l’instant, les pertes réalisées restent limitées. Mais le taux de défaut des crédits privés aux États-Unis est en légère hausse, passant de 5,4 % à 5,6 % en décembre 2025, selon Fitch.

Le constat est donc clair : beaucoup d’argent à investir, mais peu d’opportunités réellement attractives. Dans ce contexte, certains fonds de dette commettent l’erreur de relâcher leurs critères d’investissement, au risque de diluer la qualité de leurs portefeuille. « Un marché avec moins de grands deals signifie plus de concurrence, donc plus de compression des marges, des covenants et davantage de levier », tient à rappeler Adrien Tourbet.

Cette prudence se traduit dans les chiffres : les montants levés reculent à 166 milliards de dollars en 2025, contre 195 milliards en 2024. L’Europe, elle, bénéficie d’un environnement plus favorable, avec des spreads plus élevés (25 à 50 points de base) et des taux de défaut plus faibles, même s’ils progressent légèrement de 0,4 % en 2024 à 1,25 % en 2025.

  • Nos convictions pour vos placements

La dette privée n’est pas une classe d’actifs homogène. Parmi ses segments, le Direct Lending se distingue : il s’agit d’un financement bilatéral accordé à des entreprises non cotées, en remplacement ou en complément des prêts bancaires traditionnels. Aujourd’hui, ce segment constitue le cœur du marché de la dette privée. 

En France, le marché du Direct Lending est strictement encadré par l’AMF et opère via des fonds spécialisés. Ces prêts sont destinés au financement de l’exploitation des entreprises et se déclinent en plusieurs sous-catégories, chacune présentant un profil de risque et de rendement distinct. 

Le Direct Lending offre aux entreprises une alternative précieuse aux prêts bancaires classiques. Moins contraint par la réglementation prudentielle, il permet de financer des profils plus complexes et offre une grande flexibilité. Pour les sociétés, les avantages sont clairs : rapidité, adaptabilité et solutions sur mesure pour accompagner leur croissance ou leurs besoins opérationnels. 

Trois catégories se détachent pour les investisseurs :

- La Dette senior : prioritaire au remboursement et souvent garantie, elle offre visibilité et rendement modéré, idéale pour les investisseurs prudents.

- La Dette junior et mezzanine : subordonnées et plus risquées, elles procurent rendements supérieurs, parfois complétés par des instruments hybrides.

- L’Unitranche : combine dette senior et mezzanine dans une seule tranche, offrant rendement intermédiaire et simplicité opérationnelle..

- Une approche centrée sur la diversification

Pour vos placements en dette privée, nous recommandons un positionnement diversifié entre ces trois segments de marché. En veillant à sélectionner des gérants de fonds expérimentés, capables de performer dans des environnements difficiles et disposant d’un track-record les plaçant dans le premier quartile.

Une sélectivité d’autant plus importante que le marché montre des signes de faiblesses. « Dans un environnement exposé à certains risques, l’une des clés consiste à s’orienter vers des fonds de dette privée où les investisseurs institutionnels sont fortement présents, car ils ont tendance à réagir avec moins d’émotion aux événements de marché, offrant ainsi une plus grande stabilité. » précise Adrien Tourbet.

Pour le responsable de des investissements non cotés, « la dette privée reste un terrain fertile, mais la prudence et la sélection rigoureuse sont plus que jamais indispensables pour sécuriser le rendement et saisir les meilleures opportunités. »

C’est d’ailleurs dans les périodes les plus instables, que les meilleurs gérants de private equity réalisent leurs meilleurs performances.

Nos équipes sont à votre disposition pour échanger sur vos projets d’investissement et évaluer, avec vous, leur intérêt, au regard de l’environnement économique et financier, de la structuration de votre patrimoine et de vos objectifs de vie.


SkillCorner

Sportech : SkillCorner frappe fort avec un mercato à 51 M€

L’intelligence artificielle s’est imposée comme un pilier du sport de haut niveau. Recrutement, analyse des adversaires, décryptage des performances individuelles : aujourd’hui, aucun club ambitieux ni aucun athlète de haut niveau ne peut s’en passer.

Cette révolution technologique nourrit évidemment l’essor de start-up spécialisées, à l’image de ScorePlay ou d’AIA Sports. Dernier symbole en date : SkillCorner, qui vient de concrétiser une levée de fonds significative.

SkillCorner - Chiffres clés
SkillCorner - Chiffres clés

L’IA au cœur de la performance sportive

SkillCorner développe une technologie de deep learning capable d’analyser automatiquement, à partir des images TV, les déplacements des joueurs et du ballon pour en extraire des données d’une précision inédite. Sans aucun opérateur humain, l’IA collecte et interprète les performances en temps réel.

Un atout stratégique pour les clubs : analyse de match, ajustements tactiques, détection et recrutement de talents, mais aussi développement des joueurs.

Les données produites redessinent la compréhension du jeu pour les équipes, les ligues, les diffuseurs et même les plateformes de paris sportifs, en rendant accessibles à grande échelle des indicateurs physiques jusqu’ici réservés à des dispositifs coûteux et limités.

SkillCorner : dix ans d'histoire

L’histoire débute en 2016. Hugo Bordigoni et Charles Montmaneix, rencontrés sur les bancs de l'École CentraleSupélec, fondent SkillCorner avec une ambition claire : rendre intelligibles et exploitables les données brutes du sport de haut niveau.

« Nous avons commencé par produire des animations de données de tracking en direct pour les bookmakers », se souvient Hugo Bordigoni. L’arrivée du premier salarié à plein temps, Timothé Collet, expert en machine learning, permet rapidement de concevoir un produit adopté par l'un des plus grands bookmakers de France.

La notoriété de la start-up s’accélère grâce à ses publications sur les réseaux sociaux : cartes thermiques dynamiques, visualisations innovantes… Jusqu’à attirer l’attention du Liverpool FC.

Pourquoi un tel intérêt ? « Nous avons réussi à extrapoler des données physiques comme la vitesse, l’accélération ou la distance parcourue, autrefois accessibles uniquement via des systèmes de tracking très coûteux. Désormais, elles sont disponibles sur un large éventail de compétitions, un atout majeur pour le recrutement », explique le cofondateur.

Le rêve américain est en marche

En 2023, SkillCorner traverse ensuite l’Atlantique et intègre le programme Launchpad de la NBA. Une reconnaissance de poids. « Ils ont perçu l’énorme potentiel de notre technologie et sont devenus à la fois partenaires, investisseurs et un accès direct aux Orlando Magic », souligne ainsi Hugo Bordigoni.

Aujourd’hui, la technologie SkillCorner couvre plus de 180 compétitions, féminines et masculines, et est utilisée par plus de 300 organisations à travers le monde, dont de nombreux clubs parmi les plus prestigieux.

Une levée de fonds record

La belle trajectoire de la sportech française se confirme. SkillCorner vient, en effet, de boucler une levée de fonds de série A de 51 millions d’euros menée par Silversmith Capital Partners, fonds de capital-développement basé à Boston, reconnu pour son accompagnement d’entreprises technologiques à fort potentiel.

Ces nouveaux moyens permettront de renforcer les équipes de data engineering et d’élargir l’offre à plusieurs disciplines, notamment le football, le basketball et le football américain.

« Nous sommes fiers d’accueillir Silversmith Capital Partners comme nouvel investisseur, aux côtés de la NBA et de notre équipe fondatrice », déclare Charles Montmaneix, cofondateur et directeur général de SkillCorner. « Leur expérience auprès d’entreprises technologiques rentables en fait un partenaire idéal pour soutenir notre prochaine phase de croissance. »

Basée à Paris, SkillCorner s’appuie désormais sur une équipe internationale de plus de 100 collaborateurs.

Objectif affiché : « Devenir le fournisseur de référence des données physiques, techniques et tactiques, de la détection des joueurs à l’analyse des matchs, jusqu’aux académies », conclut Hugo Bordigoni.

Les supporters des clubs équipés de la technologie SkillCorner peuvent déjà se réjouir : le prochain mercato s’annonce animé, avec des recrues signées… à coups d’algorithmes !


L'émission B Smart Patrimoine

Guillaume Lucchini sur B Smart TV pour évoquer la nouvelle taxe sur les holdings patrimoniales

Invités de l’émission Smart Patrimoine sur B Smart 4 Change, Pierre-Eliott Blum, avocat fiscaliste chez Lumay Avocats, et Guillaume Lucchini, associé fondateur du multi family office indépendant Scala Patrimoine, ont livré leur analyse de la nouvelle taxe sur les holdings patrimoniales introduite par la loi de finances pour 2026. Un dispositif très attendu… mais largement édulcoré.

Nouvelle taxe sur les holdings patrimoniales : un rendement divisé par neuf

Initialement, la mesure sur les holdings patrimoniales visait près de 10 000 structures détenant plus de 5 millions d’euros d’actifs, avec un objectif de rendement ambitieux : 900 millions d’euros. Mais au fil des débats parlementaires, le texte a été profondément remanié. Résultat : l’État n’en attend plus que 100 millions d’euros.

La version initiale du projet de loi de finances (PLF) 2026 proposait une taxe de 2 % sur les actifs non professionnels détenus par des sociétés soumises à l’impôt sur les sociétés, caractérisées par une prépondérance de revenus passifs.

La version définitivement adoptée reprend en réalité le dispositif amendé par le Sénat : assiette fortement réduite, mais taux porté à 20 %.

Le champ d’application de la taxe est désormais strictement encadré. Elle vise uniquement les actifs immobiliers non affectés à une activité opérationnelle et les biens dits « somptuaires ». Cela concerne par exemple les biens affectés à la chasse ou à la pêche, véhicules de tourisme, yachts et bateaux de plaisance, logements dont la personne physique contrôlante se réserve la jouissance, ou encore logements occupés à titre gratuit, loués à un loyer anormalement bas.

Un ciblage volontairement restrictif, qui limite de facto la portée réelle du dispositif.

Nicolas Pagniez. Au regard des conditions désormais très strictes d’application de la taxe sur les holdings patrimoniales, les entrepreneurs doivent-ils s’inquiéter pour les stratégies qu’ils ont mises en place ou s’agit-il d’une mesure essentiellement symbolique ?

Guillaume Lucchini. Je penche très clairement pour la seconde hypothèse. Si l’on revient aux discussions à l’origine du texte, celui-ci a été presque entièrement vidé de sa substance. Certains parlementaires visaient initialement un rendement proche d’un milliard d’euros. Dans sa version actuelle, la mesure ne rapporterait qu’environ 100 millions.

Il s’agit donc avant tout d’un dispositif complémentaire au cadre anti-abus déjà existant, et rien de plus. Prenons l’exemple des actifs immobiliers de jouissance ou loués à des conditions préférentielles. En tant que multi family office indépendant, nous avons toujours veillé à rappeler à nos clients l’importance de louer leurs biens à des prix de marché, en parfaite adéquation avec la réalité économique. Nous avons toujours travaillé dans le respect de l’esprit de la loi.

Aucun de nos clients ne logent des jets privés ou des bateaux de plaisance dans leur holding patrimoniale pour un usage personnel. Ce texte n’aura donc, très concrètement, aucune conséquence pour nos clients. À mes yeux, il s’agit avant tout d’une mesure politique, destinée à rassurer une partie de l’électorat français. Dans les faits, ces dispositions ciblent des situations caricaturales et marginales de détournement de la holding patrimoniale.

« Le réemploi doit avant tout concerner les entrepreneurs qui souhaitent réinvestir dans leur prochaine activité »

Nicolas Pagniez. La loi de finances pour 2026 durcit par ailleurs les conditions d’accès au mécanisme de report d’imposition prévu à l’article 150-0 B ter, avec notamment une restriction du champ des activités éligibles. Certaines activités, comme celles de marchand de biens ou de promotion immobilière, sont désormais exclues. Quelles conséquences anticipez-vous pour les entrepreneurs ?

Guillaume Lucchini. Les entrepreneurs ne doivent pas commencer à réfléchir à leurs investissements le jour du closing. À ce stade, il est déjà trop tard. Le maître-mot, c’est l’anticipation. La réflexion ne doit pas se limiter à une logique d’optimisation fiscale. Elle doit s’inscrire dans une stratégie patrimoniale globale et de long terme.

Certains acteurs, parfois mal intentionnés, posent la question de manière très réductrice : « Voulez-vous payer de l’impôt ? » Or la vraie question porte sur les besoins, les objectifs patrimoniaux, le train de vie et les projets futurs de l’entrepreneur. Ce n’est qu’ensuite que la fiscalité doit entrer en ligne de compte.

Il ne faut pas oublier que les entrepreneurs construisent l’essentiel de leur patrimoine à travers leur entreprise. Ils sont, d’une certaine manière, les architectes de leur propre patrimoine. Dans le cadre de l’apport-cession, ils se retrouvent pourtant contraints d’investir, dans un délai de trois ans, dans des activités dites éligibles, strictement encadrées, sur lesquelles ils n’ont souvent ni contrôle ni capacité réelle à créer de la valeur. C’est un peu comme si on leur confiait un ticket de loterie, en leur demandant simplement de ne pas perdre d’argent.

Or ces opérations de réemploi comportent des risques. Elles alimentent tout un écosystème dont l’intérêt est précisément de faire fonctionner le dispositif du 150-0 B ter. Ces fonds sont d’ailleurs souvent parmi les plus chargés en frais. J’ai vu trop de dossiers artificiellement montés, notamment autour d’activités de marchand de biens, dans lesquels l’entrepreneur sortait rarement gagnant.

Nicolas Pagniez. A qui s'adresse alors le dispositif du réemploi ?

À mon sens, le réemploi doit avant tout concerner les entrepreneurs qui souhaitent réinvestir dans leur prochaine activité, ou développer une stratégie de business angel dans un secteur ou un métier qu’ils maîtrisent parfaitement. Dans certains cas, ils peuvent même occuper un rôle actif, voire un siège au conseil d’administration des sociétés dans lesquelles ils investissent.

À l’inverse, lorsqu’un entrepreneur n’a pas de projet clairement identifié, il a tout intérêt à monétiser tout ou partie de ses actifs. D’autres leviers d’optimisation existent alors, notamment les donations pré-cession dans un cadre familial, qui permettent de concilier transmission, sécurisation patrimoniale et efficacité fiscale.

Retrouvez le lien vers l'émission de B Smart 4 Change