La levée de fonds de la Kings League

Kings League : 63 M$ pour conquérir le monde du divertissement sportif

Les principaux enseignements

  • La Kings League révolutionne le football en proposant un format pensé pour les nouveaux usages numériques, plus spectaculaire.
  • La levée de fonds de 63 millions de dollars menée en début d’année par Alignment Growth doit permettre à la Kings League d’accélérer son développement.
  • Avec des ambitions de développement aux États-Unis et en Asie, la Kings League entend poursuivre son expansion mondiale.

Francesco Totti, Ronaldinho, Eden Hazard… Trois noms qui ont fait vibrer des stades entiers, de Rome à Barcelone, de Lille à Paris, et des millions de supporters à travers le monde. Aujourd'hui encore, le public prend plaisir à les voir enchaîner dribbles et gestes de génie. Mais cette fois, ce n'est plus sur les pelouses des grands championnats : c'est sur celles de la Kings League.

La Kings League ? C’est cette compétition de football à sept imaginée par Gerard Piqué, sous l'impulsion de sa société Kosmos. En quelques années, le projet a pris une ampleur considérable. Dernière illustration en date : une levée de fonds de 63 millions de dollars (Journal L'Equipe) menée par le fonds américain Alignment Growth. Depuis 2023, plus de 100 millions de dollars ont ainsi été réunis pour accélérer le déploiement international d'un modèle conçu, dès le premier jour, pour les usages du streaming et des plateformes numériques.

Pour comprendre les ressorts de cette ascension fulgurante, les équipes de Scala Patrimoine sont donc allées à la rencontre d'Emmanuel Seugé, fondateur et managing partner de Cassius, investisseur historique de la Kings League.

Les chiffres clés de Kings League
Les chiffres clés de Kings League

Le football nouvelle génération

Tout commence en 2022. Porté par l'ancien international espagnol Gerard Piqué, un projet prend forme. sortir des sentiers battus du football traditionnel et inventer un format taillé pour les nouvelles habitudes de consommation sportive. Des rencontres plus courtes, des récits centrés sur les personnalités et des scénarios de match toujours plus spectaculaires.

Emmanuel Seugé, dont le fonds d'amorçage Cassius est basé à Atlanta et investit dans le sport, le divertissement et les plateformes digitales, se souvient des prémices du dossier : « Cela faisait plusieurs années que l'on voyait émerger des ligues sportives privées, principalement aux États-Unis. Des compétitions indépendantes, entièrement contrôlées par leurs organisateurs, où la ligue détient aussi bien les droits d'image que le modèle économique. Il s’agit d’un modèle plus prévisible et plus scalable pour le sport, ce qui le rend, en conséquence, plus intéressant financièrement. Et surtout, le potentiel de développement est immense. »

Dans cette configuration, les entrepreneurs et les investisseurs gardent en effet la main sur les règles et le fonctionnement, qu'ils peuvent faire évoluer à tout moment.

« Rien à voir avec les sports traditionnels, encadrés par des fédérations. Il y a un véritable esprit start-up. C'est cette liberté qui change tout », abonde Emmanuel Seugé. Ces dernières années, de nombreuses ligues privées ont ainsi vu le jour, notamment dans le pickleball, le volley-ball, le snowboard ou encore le padel.

C'est dans ce contexte qu'une première levée de fonds de 40 millions d'euros s'est bouclée en 2023, avec Cassius en tant que premier investisseur. En 2024, l'ont rejoint Left Lane Capital, société de capital-risque internationale, ainsi que Fillip, la holding de l'entrepreneur mexicain Alberto Fasja.

Des créateurs et influenceurs comme ambassadeurs

L'idée de départ de la Kings League est simple. Les jeunes ne regardent plus 90 minutes d’un match de football traditionnel. Ils regardent des highlights, à travers des vidéos de dix ou quinze secondes sur TikTok ou Instagram. C’est cette opportunité que la Kings League cherche à saisir.

Pour Emmanuel Seugé, la réussite de la Kings League tient à un diagnostic simple sur les usages des jeunes générations et à un pari sur les créateurs de contenu : « Il fallait donc réinventer la manière de raconter ce sport. Dans le format imaginé par la Kings League, il se passe quelque chose toutes les deux minutes. Une quinzaine de règles inédites viennent volontairement casser le rythme classique du jeu : des cartes secrètes, des joueurs jokers, des rebondissements permanents. Dès le départ, tout a été pensé pour le digital et le mobile. »

Autre élément décisif : dès le lancement, les fondateurs ont voulu associer des créateurs de contenu en leur donnant la propriété de leurs équipes. En retour, ces personnalités deviennent les premiers ambassadeurs de la compétition.

Gérard Piqué, un entrepreneur hors norme ?

« À mes yeux, c'est un véritable coup de génie », explique Emmanuel Seugé. Avant de se pencher sur l'intérêt suscité auprès des plus jeunes : « Cela garantissait une audience dès le premier jour. Quand des créateurs suivis par trois, cinq ou parfois dix millions d'abonnés sur Twitch ou YouTube parlent de leur équipe, ils touchent immédiatement un public considérable. C'est une ressource extrêmement précieuse. Par ailleurs, ces créateurs n’apportent pas seulement leur audience : ils reçoivent une véritable équipe, deviennent propriétaires et sont pleinement investis dans le succès du projet. »

Sur la figure fondatrice de la ligue, l'investisseur ne tarit d'ailleurs pas d'éloges : « Gerard Piqué est un entrepreneur hors normes, un visionnaire. Qu'un joueur ayant évolué à un tel niveau - champion du monde, triple vainqueur de la Ligue des champions - soit capable d'exceller ensuite dans le business et la création, c'est extrêmement rare. »

Un modèle économique déjà rentable

Le succès d'audience - 150 millions d'heures de streaming en direct et 13 milliards d'impressions sur les réseaux sociaux en 2025, pour un public dont 85 % a moins de 35 ans - s'est traduit par un modèle économique structuré.

Celui-ci est fondé sur les partenariats, le sponsoring, le merchandising et la billetterie.

« Aujourd'hui, près de 80 % des revenus proviennent du sponsoring », confirme le fondateur de Cassius.

Adidas et le Crédit Agricole, notamment, font partie des partenaires, avec des montants très significatifs, comparables à ceux du sport professionnel.

« À cela s'ajoutent les recettes de billetterie. Les événements organisés au Camp Nou de Barcelone (80 000 billets vendus), au Metropolitano de Madrid (60 000 billets vendus) ou encore au stade Azteca, à Mexico, ont rencontré un immense succès populaire. Enfin, il y a les revenus liés à l'audience générée sur YouTube, Twitch et les autres plateformes. À terme, rien n'empêche la Kings League de conclure des accords avec de grands diffuseurs internationaux », précise Emmanuel Seugé.

Aujourd'hui, la Kings League compte environ 170 collaborateurs.

Alignment Growth mène un tour de table de 63 millions de dollars

En février 2026, la Kings League a annoncé un nouveau tour de table de 63 millions de dollars (Journal Les Echos), mené par le fonds américain Alignment Growth, avec la participation des actionnaires historiques : Left Lane, Kosmos, Bolt Ventures, Cassius ainsi qu’Antifund, fondé par Jake Paul, qui deviendra le premier propriétaire d’équipe aux États-Unis. Ce nouveau financement porte à plus de 160 millions de dollars le total levé par la ligue depuis sa création et doit accélérer son expansion internationale.

Le marché le plus performant est sans conteste l'Amérique du sud, tant en matière d’audience que de revenus de sponsoring, en particulier au Brésil et au Mexique. Le Brésil connaît un succès spectaculaire, avec notamment Neymar comme propriétaire d'une équipe. L'écosystème local est solide, les partenaires sont puissants et l'audience est immense.

Interrogé sur l'ambition mondiale du projet, Emmanuel Seugé livre ainsi une géographie précise des relais de croissance. « L'Europe fonctionne également très bien. Même si la concurrence y est beaucoup plus forte sur le terrain des contenus, ce qui impose d'innover en permanence. Les États-Unis et l'Asie constitueront les prochains grands relais de croissance. Ce type de format y trouvera naturellement sa place, dans des marchés très sensibles à l'entertainment, aux célébrités et au spectacle. Autant d'éléments qui sont au cœur de l'ADN de la Kings League. »

Poursuivre l'expansion internationale

Sur les leviers de développement futurs, entre croissance organique et opérations de croissance externe. « La chaîne de valeur du sport est immense. Aujourd'hui, la Kings League occupe une position de leader sur son segment. La croissance reposera notamment sur la poursuite du développement organique, en exportant son modèle vers d’autres sports, par exemple. La Kings League n'est pas encore implantée en Asie ni en Afrique et s'apprête à se lancer aux États-Unis. Le terrain de jeu est presque sans limite. » estime le fondateur de de Cassius.

Fidéliser un public volatil

Reste une question qui taraude régulièrement les observateurs du secteur : la Kings League vise-t-elle à concurrencer le football classique ?

Emmanuel Seugé balaie l'hypothèse, tout en esquissant une vision plus large de l'économie de l'attention. « Une concurrence avec le football traditionnel ? Gerard Piqué rappelle souvent que le football restera toujours le sport roi. La Kings League n'a pas vocation à le remplacer, mais à proposer autre chose. Nous sommes convaincus que, dans un monde où l'intelligence artificielle dégagera progressivement du temps libre en améliorant la productivité, le contenu et les événements en direct feront partie des secteurs auxquels les gens consacreront le plus de temps… et d'argent. L'idée est donc d'offrir un format complémentaire du football traditionnel. Plus rapide, plus facile à consommer, plus innovant, avec une dimension spectaculaire assumée. »

Une Kings League qui se développerait aux côtés des championnats traditionnels, en s'appuyant sur des clubs ou des villes ? « Rien n'est off the table, comme on dit », nous répond Emmanuel Seugé.

Reste, pour la ligue, un défi de fond. Transformer l'effet de curiosité en fidélité durable auprès d'une audience jeune et volatile. Un point sur lequel Emmanuel Seugé ne se fait guère d'illusions. « Une fois l'effet de curiosité passé, le véritable défi sera de fidéliser une génération dont l'attention reste particulièrement volatile. Il faudra sans cesse se réinventer. »


frais assurance-vie - Observatoire des produits d’épargne financière

Assurance-vie, PER : le vrai coût de votre épargne en 2025

Les principaux enseignements

  • Le Plan d’épargne retraite (PER) coûte structurellement plus cher que l'assurance-vie, selon le rapport OPEF 2025. Les frais sur versements y sont en moyenne deux à 2,6 fois plus élevés selon les supports.
  • Les rétrocessions restent l’angle mort du conseil financier. Lorsque c'est la société de gestion qui rémunère directement le conseiller, l'intérêt de l'épargnant et celui de l'intermédiaire ne pointent pas nécessairement dans la même direction.
  • Les ETF creusent l'écart, avec des frais moyens de 0,29 % contre 1,80 % pour les fonds actions classiques.

L'épargne des Français coûte cher. Pas forcément là où on le croit, pas toujours de façon visible, mais elle coûte cher. Derrière les contrats d'assurance-vie, les plans d'épargne retraite ou les PEA, une mécanique tarifaire complexe grignote, année après année, les rendements.

Le législateur l'a compris. En étendant les compétences du Comité consultatif du secteur financier (CCSF), il lui a confié une mission de surveillance des frais et de la performance des produits d'épargne financière.

De cette décision est né l'Observatoire des produits d'épargne financière (OPEF), sobrement intitulé « Transparence, pédagogie et information au service des épargnants ». Nous en sommes à la deuxième édition. Et le périmètre impressionne : près de 2 132 milliards d'euros d'épargne financière passés au crible, répartis entre contrats d'assurance-vie, plans d'épargne retraite individuels (PERin), comptes-titres ordinaires, plans d'épargne en actions (PEA et PEA-PME).

Frais d'épargne : qui les perçoit et comment sont-ils répartis ?

Avant d'entrer dans les chiffres, il faut comprendre l'anatomie des prélèvements.

  • Qui prélève et perçoit les frais ?

Deux acteurs se partagent la mise. D'un côté, le producteur - assureur, mutuelle, banque ou société de gestion - qui perçoit sa rémunération en contrepartie de la conception, de la structuration et de la gestion du produit. De l'autre, le distributeur - banque, courtier ou conseiller en gestion de patrimoine - qui touche, le plus souvent, des rétrocessions prélevées directement sur les frais du produit.

C'est précisément ce deuxième circuit qui pose problème.

Guillaume Lucchini, fondateur de Scala Patrimoine, un multi-family office dont le modèle repose à 100 % sur les honoraires, ne mâche pas ses mots : « Le système des rétrocessions est, à mon sens, dangereux pour les épargnants, car c'est la société de gestion et/ou l'assureur qui rémunère directement le conseiller en gestion de patrimoine en échange de la vente de ses produits. On comprend dès lors très bien la perversité potentielle du système, où le conseiller peut avoir intérêt à vendre les produits qui le rétribuent le mieux. Et je ne parle même pas des groupes bancaires ou assureurs, qui n'ont d'intérêt qu'à vendre les produits maison, naturellement plus gourmands en frais. Lorsqu'on audite les portefeuilles de clients de grands groupes bancaires, il n'est pas rare de voir des contrats investis à près de 80 % dans des fonds maison. »

Un chiffre qui en dit long. Il entre en contradiction frontale avec l'un des principes cardinaux de la gestion de patrimoine : diversifier non seulement ses actifs, mais aussi les sociétés de gestion auprès desquelles l'épargnant investit son capital.

  •  Frais sur versements, frais de gestion, rétrocessions : comment ça fonctionne ?

Les frais se déclinent en trois grandes familles.

- D'une part, les frais ponctuels, au premier rang desquels figurent les frais d'entrée, de sortie et d'arbitrage ;

- D'autre part, les frais récurrents, prélevés périodiquement sous forme de frais de gestion ;

- Enfin, les frais conditionnels, enfin, tels que les frais de surperformance.

Le piège est classique : les frais les plus élevés ne sont pas toujours les plus lisibles. La question de la transparence tarifaire est donc essentielle.

Pour Guillaume Lucchini : « Le débat ne doit pas seulement porter sur le montant des frais, mais aussi sur leur transparence. Des frais clairement présentés créent la confiance, permettent aux épargnants de comparer les accompagnements qui leur sont proposés et de prendre leur décision en toute sérénité. C'est tout l'intérêt du travail mené par l'Observatoire des produits d'épargne financière (OPEF), qui participe à rendre le marché plus lisible et plus vertueux. »

Une situation rappelée par le ministre de l'Économie Roland Lescure, comme l'a rapporté le magazine Capital.

Frais assurance-vie : les chiffres du rapport de l'OPEF décryptés

L'assurance-vie reste le placement préféré des Français, et de loin. Mais derrière la familiarité du produit se cache une architecture tarifaire qu'il vaut mieux connaître : frais sur versement, frais de gestion et frais d'arbitrage.

  • Les frais sur versement

Les frais perçus sur les versements effectués s'établissent en moyenne à :

- 0,55 % pour les fonds en euros ;

- 0,57 % pour les unités de compte ;

- 0,72 % pour les produits structurés.

Ces frais sont globalement stables, voire en légère baisse pour les fonds en euros, dont le niveau moyen passe de 0,60 % à 0,55 %. La plus forte hausse concerne les produits structurés : les frais sur versement atteignent en moyenne 0,72 % en 2025, contre 0,69 % en 2024, soit une augmentation de 3 points de base.

  • Les frais de gestion

En 2025, les frais de gestion annuels moyens des contrats d'assurance-vie s'établissent à :

- 0,67 % pour les fonds en euros ;

- 0,80 % pour les unités de compte en gestion libre ;

- 1,08 % pour les unités de compte relevant d'un autre mode de gestion (gestion pilotée, profilée ou sous mandat) ;

- 0,81 % pour les produits structurés.

Les niveaux observés demeurent globalement stables. Les écarts d'une année sur l'autre restent limités, ce qui traduit une relative stabilité de la politique tarifaire des assureurs.

  • Les frais d'arbitrage

Les frais d'arbitrage restent limités. En moyenne, ils représentent 0,13 % du montant des opérations.

Frais assurance-vie
Frais assurance-vie

PER : des frais jusqu'à 2,6 fois plus élevés qu'en assurance-vie

Les chiffres du plan d'épargne retraite individuel (PERin) racontent une tout autre histoire. Dans l'ensemble, les frais y sont sensiblement plus élevés que dans les contrats d'assurance-vie.

  • Les frais sur versement

En 2025, les frais moyens sur les versements s'élèvent à :

- 1,09 % pour le fonds en euros ;

- 1,51 % pour les unités de compte ;

- 1,76 % pour les produits structurés.

Les auteurs du rapport le soulignent sans détour : le niveau de facturation du PERin est nettement supérieur à celui observé en assurance-vie, dans des proportions variant de deux à 2,6 fois selon les supports d'investissement.

  • Les frais de gestion

Les frais de gestion confirment cet écart.

Ils s'établissent en moyenne à :

- 0,76 % pour les fonds en euros ;

- 0,91 % pour les unités de compte ;

- 0,94 % pour les produits structurés.

Une légère amélioration est toutefois observable sur les fonds en euros, dont les frais reculent d'un point de base.

En matière d'arbitrage, le PERin fait en revanche mieux que l'assurance-vie : les frais moyens ressortent à 0,07 %, contre 0,13 % pour cette dernière, soit près de deux fois moins.

Il existe par ailleurs une catégorie de frais que beaucoup d'épargnants ignorent : les frais sur arrérages de rente, prélevés à chaque échéance de versement.

Ils couvrent des coûts très spécifiques - gestion des paiements, déclarations fiscales, prise en compte des options de réversion - et s'élèvent en moyenne à 2,20 % du montant de chaque rente en 2025, contre 2,19 % un an plus tôt. Sur les 21 assureurs interrogés par l'ACPR, 14 déclarent appliquer ce type de frais.

Guillaume Lucchini ne dissimule pas son agacement face à ces niveaux tarifaires. « Le plan d'épargne retraite étant un placement à très long terme, avec un horizon bien souvent supérieur à dix ou quinze ans, les épargnants sont peut-être moins sensibilisés à la politique tarifaire. Or les sociétés de gestion et les compagnies d'assurance, mais aussi les intermédiaires, se montrent très gourmandes sur les frais appliqués. Une bonne partie du monde de la gestion de patrimoine et de la gestion d'actifs vit grassement de ce placement. C'est vraiment dommageable, tant la place de ces contrats est essentielle dans le paysage financier. »

Le vent tourne du côté des frais de gestion des fonds

Sur les supports d'investissement sous-jacents, la dynamique est différente et plus encourageante. Sous la pression des ETF, de la prise de conscience progressive des épargnants et du travail mené par plusieurs acteurs pour améliorer la transparence tarifaire, les frais de gestion des sociétés de gestion s'orientent désormais à la baisse.

En 2025, la moyenne pondérée des coûts récurrents des fonds en unités de compte s'établit à 1,60 %, en recul de 2 points de base par rapport à 2024. L'amplitude demeure toutefois très large : de 0,29 % en moyenne pour les fonds monétaires à 2,50 % pour les fonds de capital-investissement.

  • Les fonds actions

Les ETF actions - qui représentent désormais 10 % des encours des unités de compte actions - affichent des coûts moyens de seulement 0,29 %, contre 1,80 % pour les fonds actions classiques. Un différentiel qui ne passe plus inaperçu et qui explique, en grande partie, la montée en puissance de la gestion passive.

Du côté des fonds actions actifs, les frais varient sensiblement selon les marchés :

- 1,72 % pour les fonds investis sur les actions américaines ;

- 2,22 % pour les fonds exposés aux petites et moyennes capitalisations françaises.

Comme l'expliquent les auteurs du rapport : « Ces niveaux de frais reflètent plusieurs facteurs. D'une part, l'expertise requise du gérant, la liquidité plus ou moins réduite des marchés. Et d'autre part, la complexité des stratégies mises en œuvre et la rareté des actifs suivis. Ces éléments expliquent notamment pourquoi les fonds de petites et moyennes capitalisations présentent des frais plus élevés, compte tenu des spécificités de cette classe d'actifs et de son mode de gestion. »

Des arguments recevables, mais que les épargnants ont tout intérêt à examiner avec attention.

Frais de gestion appliqués sur les fonds actions
Frais de gestion appliqués sur les fonds actions
  • Les autres gestions

Les fonds obligataires affichent des niveaux de frais compris entre 0,68 % pour les obligations en euros à court terme et 1,64 % pour les obligations des pays émergents.

De leurs cotés, les fonds diversifiés se situent entre 1,38 % et 1,85 %. Les fonds monétaires restent les supports les moins coûteux du marché, avec des frais moyens de 0,10 %.

Conclusion : ce que les épargnants doivent retenir du rapport de l'OPEF

Ces chiffres ne doivent pas, pour autant, conduire les épargnants à rechercher systématiquement les frais les plus faibles. Certains coûts peuvent être justifiés par la nature du produit, la qualité de la gestion ou l'accompagnement proposé.

Mais ils rappellent une évidence : les frais doivent être compris, comparés et intégrés dans la décision d'investissement.

Car sur le long terme, quelques dixièmes de points de frais supplémentaires peuvent peser lourdement sur la performance finale d'un placement. « L'enjeu n'est donc pas de supprimer tous les frais, mais de savoir précisément ce qu'ils rémunèrent, et de ne jamais les subir aveuglément. » conclut le fondateur du multi-family office indépendant.

Source : Rapport annuel de l’Observatoire des produits d’épargne financière, 2026


Investissement : Les marchés financiers & placements : les États-Unis négocient des accords commerciaux avec ses principaux partenaires commerciaux

Les convictions d’investissement de Scala Patrimoine - Juillet 2026

Les principaux enseignements

  • L’investissement sur les marchés financiers exige, plus que jamais, une diversification rigoureuse.
  • La désescalade des tensions au Moyen-Orient soutient les marchés actions, mais la dynamique reste marquée par une forte rotation sectorielle.
  • Les banques centrales restent actives (hausse des taux de la BCE et de la BoJ), dans un contexte de normalisation des anticipations d’inflation.
  • Avec des marchés actions proches de leurs sommets et une volatilité difficile à lire, la stratégie globale repose sur la diversification

Les marchés actions profitent de la désescalade des tensions au Moyen-Orient

Le mois de juin s'est révélé plus volatil que mai. Toutefois, l'annonce d'une désescalade des tensions au Moyen-Orient, comme évoqué par le Journal La Tribune, a apporté un éclaircissement significatif sur les marchés actions, aussi bien aux États-Unis qu'en Europe et en Asie.

Un sentiment d'incertitude subsiste néanmoins autour des valeurs technologiques américaines.

Leur rallye, porté depuis plusieurs mois par un nombre restreint de titres, continue de montrer des signes de rotation plutôt que de véritable essoufflement.

  • Une rotation sectorielle se confirme

Une rotation sectorielle est en train de s'opérer au sein même de la thématique technologique. Les segments des large caps, dominés par les « Magnificent Seven », ainsi que celui des éditeurs de logiciels, continuent de nettement sous-performer au profit des valeurs liées aux semi-conducteurs et à la mémoire, soutenues par la progression des bénéfices attendus.

« En parallèle, les valeurs défensives, notamment dans la santé, ainsi que les valeurs financières, en particulier les banques, retrouvent des couleurs. Ces dernières bénéficient pleinement de la rotation sectorielle anticipée dans un contexte de détente géopolitique », précise Romane Azzopardi, responsable de la gestion financière au sein du multi family office indépendant Scala Patrimoine.

  • Les marchés européens reprennent leur marche en avant

L'Europe surperforme les États-Unis, portée par les valeurs cycliques qui retrouvent de l'élan après l'annonce de la désescalade.

En Asie, le Japon surperforme également. Cette performance s'explique davantage par l'évolution de la devise que par les fondamentaux locaux, le yen s'étant nettement déprécié face au dollar.

« Sur les marchés émergents, la thématique technologique orientée vers les semi-conducteurs continue de surperformer, notamment en Corée du Sud et à Taïwan, qui demeurent les deux marchés émergents les plus performants devant la Chine et l'Inde », explique Francesco Baiano, chargé d'investissement chez Scala Patrimoine.

À l'inverse, la Chine connaît une nouvelle phase de faiblesse. Les annonces de soutien budgétaire n'ont pas été suivies de mesures concrètes, ce qui déçoit les investisseurs, tandis que l'économie reste largement orientée vers les exportations plutôt que vers la consommation domestique.

  • Des besoins de financement toujours plus importants pour les géants de la technologie

Le principal risque identifié demeure le financement des investissements massifs (capex) annoncés par les grandes entreprises technologiques.

Si les taux longs venaient à se maintenir durablement à des niveaux élevés, voire à remonter, le coût de financement de ces investissements pèserait sur les marges et les valorisations.

Romane Azzopardi va plus loin : « Un retournement du secteur technologique - qu'il soit provoqué par un durcissement réglementaire, une pénurie de composants ou une multiplication des introductions en Bourse - entraînerait un double choc : une baisse des portefeuilles des investisseurs et une contraction de la consommation des ménages américains les plus aisés via l'effet richesse. »

  • Notre positionnement : la diversification reste privilégiée

La diversification, en dehors des grandes valeurs technologiques américaines, demeure privilégiée dans le cadre d'un investissement sur les marchés boursiers.

Cette logique s'applique également au niveau sectoriel. Dans le contexte actuel, les valeurs défensives constituent toujours une source de diversification pertinente.

Investissement sur les marchés obligataires : détente sur la courbe des taux

L'annonce de la désescalade au Moyen-Orient s'est traduite par une détente des courbes de taux et par des anticipations d'inflation mieux maîtrisées, notamment après la première réunion de la Réserve fédérale suivant cette accalmie, au cours de laquelle les taux directeurs ont été maintenus inchangés.

  • La BCE relève ses taux

La Banque centrale européenne a relevé son taux de dépôt de 25 points de base, à 2,25 %.

Dans le même temps, les taux courts européens ont poursuivi leur remontée, les marchés continuant d'anticiper de nouveaux resserrements monétaires sur la partie courte de la courbe.

Les spreads du crédit investment grade sont revenus sur des niveaux comparables à ceux observés avant les tensions géopolitiques, traduisant un net regain de confiance des investisseurs.

Au Japon, la Banque du Japon a également procédé à une hausse de ses taux directeurs. L'économie japonaise demeure toutefois plus fragile que l'économie américaine. « La dépréciation du yen face au dollar s'explique davantage par la vigueur du billet vert que par une faiblesse intrinsèque de la devise japonaise, qui reste relativement stable face à l'euro », explique Romane Azzopardi.

À ce stade, le ministre japonais des Finances n'est pas intervenu malgré un niveau historiquement faible du yen face au dollar.

  • Notre positionnement : privilégier la partie courte de la courbe

Notre allocation obligataire privilégie la partie courte de la courbe, aussi bien en Europe qu'aux États-Unis, avec une surpondération du crédit corporate investment grade par rapport aux emprunts souverains.

Dans un contexte où le portage demeure attractif, l'incertitude entourant l'évolution des taux longs justifie une gestion prudente de la duration.

Métaux précieux et cryptoactifs 

  • L'or en léger repli

La remontée des taux aux États-Unis et en Europe pèse à court terme sur les métaux précieux.

L'or poursuit ainsi son repli, les rendements obligataires redevenant plus attractifs.

Les facteurs structurels de long terme demeurent néanmoins inchangés, notamment les achats des banques centrales, en particulier asiatiques, qui continuent de soutenir la thèse d'une diversification à moyen et long terme.

  • Réouverture du détroit d'Ormuz : vers une baisse sur les cours des métaux industriels ?

Une vigilance particulière demeure sur la volatilité des métaux précieux dans cet environnement marqué par l'évolution des taux. Le Bitcoin continue de se comporter davantage comme un actif de diversification comparable à l'or que comme un actif fortement corrélé aux valeurs technologiques. Les volumes échangés sur les cryptoactifs restent proches de leurs plus bas niveaux depuis plusieurs années, traduisant un marché encore peu dynamique.

« Une opportunité potentielle existe à ces niveaux, mais sans conviction forte à court terme », tempère toutefois Romane Azzopardi.

Du côté des métaux industriels, plusieurs demeurent proches de leurs plus hauts niveaux depuis 2022, soutenus par les enjeux de souveraineté énergétique, technologique et de défense.

La détente des tensions géopolitiques a toutefois réduit les risques de perturbation des chaînes d'approvisionnement, notamment au niveau du détroit d'Ormuz.

Ces actifs conservent leur place, à titre minoritaire, dans les portefeuilles diversifiés.

Produits structurés : une personnalisation du couple rendement/risque

Notre analyse privilégie désormais une stratégie acheteuse de volatilité plutôt qu'une stratégie vendeuse de volatilité, tout en conservant quelques positions tactiques sur certains marchés jugés plus attractifs, comme la Corée du Sud ou le Japon.

Ce positionnement s'inscrit dans un contexte de baisse de la volatilité et de préoccupations macroéconomiques relativement limitées à court terme, notamment à l'approche des élections de mi-mandat américaines, historiquement favorables aux marchés actions.

  • Produits à participation ou produits de rendement ?

Dans ce contexte, les produits à participation redeviennent plus attractifs que les produits de rendement de type Phoenix ou autocall.

Pour Francesco Baiano, « la situation reste néanmoins délicate. L'investissement dans des produits à participation intervient alors que les marchés actions se situent proches de leurs plus hauts niveaux, ce qui suppose une forte conviction sur leur évolution à l'horizon de placement. »

  • Notre positionnement : une personnalisation du couple rendement/risque

Les produits structurés demeurent un outil privilégié pour personnaliser précisément le couple rendement/risque dans un environnement de marché toujours incertain.

Ils permettent de maintenir une exposition aux marchés actions tout en intégrant, selon les solutions retenues, une protection partielle ou totale du capital.

Stratégies alternatives : un véritable outil de diversification de votre investissement

Dans le contexte actuel - marchés actions proches de leurs plus hauts, marché obligataire sensible aux décisions des banques centrales et volatilité réelle toujours difficile à appréhender malgré le recul de la volatilité implicite - les stratégies alternatives conservent pleinement leur rôle de diversification.

Elles permettent de réduire la corrélation globale des portefeuilles, notamment en cas de choc simultané sur les marchés actions et obligataires.

Nos équipes sont à votre disposition pour échanger sur vos projets d’investissement et évaluer, avec vous, leur intérêt, au regard de l’environnement économique et financier, de la structuration de votre patrimoine et de vos objectifs de vie.


Les marchés financiers prouvent une nouvelle fois leur dépendance aux décisions des banques centrales. L'économie résiste, quant à elle, trés bien.

Le rendez-vous des marchés financiers et de l’économie - Juillet 2026

Les marchés financiers & l’économie : les points clés

  • L’espoir d’un apaisement au Moyen-Orient a permis aux marchés de réduire la prime de risque.
  • La Fed adopte une posture plus ferme face à une inflation persistante, tandis que l’économie américaine résiste mieux qu’attendu.
  • La zone euro montre des signes d’essoufflement, confrontée à une croissance faible et à un retour des pressions inflationnistes qui pousse la BCE à durcir son discours.
  • Les marchés actions ont été globalement bien orienté au cours du mois de Juin.

Les grandes actualités géopolitiques et les performances sur les marchés financiers

  • Un accord de paix pour rassurer les marchés, vraiment ?

Se dirige-t-on vers la fin de la guerre qui oppose l’Iran aux États-Unis et à leurs alliés ? Un protocole d’accord a bien été signé entre les parties prenantes le 17 juin dernier.

Le texte s’articule autour de quatre piliers : la réouverture progressive du détroit d’Ormuz, un plan de reconstruction de l’Iran, l’engagement de Téhéran à ne pas se doter de l’arme nucléaire et un assouplissement des sanctions visant ses exportations pétrolières.

Il prévoit qu’un accord définitif devra être négocié dans un délai de 60 jours.

Sur le terrain, pourtant, la réalité est bien différente. Les tensions restent vives. Les Gardiens de la Révolution poursuivent leurs attaques de drones contre des navires transitant par le détroit d’Ormuz.

Washington n’est pas resté sans réponse. Les États-Unis ont mené une nouvelle série de frappes aériennes contre des infrastructures militaires iraniennes.

Depuis, chaque camp accuse l’autre d’avoir rompu le cessez-le-feu le premier. Fidèle à sa rhétorique, Donald Trump a de nouveau affirmé que l’Iran « cessera d’exister » si le conflit armé devait de nouveau reprendre.

Interrogé par L’Agefi, Claudio Galimberti, chef économiste chez Rystad Energy, dit ne pas être surpris par ces nouveaux dérapages et relativise la portée de cet accord : « Un accord signé n’est pas un accord opérationnel, et le différend sur le séquençage - chaque partie insistant pour que l’autre fasse le premier pas - demeure la principale ligne de fracture, tandis que le Liban continue de représenter un facteur imprévisible que ni Washington ni Téhéran ne contrôlent pleinement. »

  • Pétrole : l’heure du reflux sur les marchés ?

Les cours du pétrole ont pratiquement retrouvé leur niveau d’avant la crise, autour de 72 dollars le baril de brent. La signature du protocole de paix a contribué à desserrer l’étau qui pesait sur les prix de l’or noir, dissipant une partie de la prime de risque géopolitique intégrée par les marchés financiers.

La rapidité et l’ampleur de ce repli s’expliquent également par la capacité des principaux producteurs du Golfe à limiter les effets d’une éventuelle fermeture du détroit d’Ormuz. Des infrastructures alternatives ont permis de maintenir une partie des flux d’exportation. « L’augmentation de l’utilisation de l’oléoduc Est-Ouest saoudien, reliant les champs pétroliers du Golfe au port de Yanbu, sur la mer Rouge, ainsi que du pipeline reliant Abou Dhabi au terminal de Fujairah, a permis de compenser près d’un quart des volumes transitant habituellement par le détroit d’Ormuz », souligne Thomas Giudici, directeur de la gestion obligataire chez Auris Gestion.

À cela s’ajoute un autre facteur de stabilisation. Les exportations nettes de pétrole des États-Unis ont fortement progressé ces derniers mois, passant d’environ 5 à près de 9 millions de barils par jour, renforçant la capacité du marché à absorber un éventuel choc d'approvisionnement.

Enfin, la demande chinoise s’est révélée moins dynamique qu’attendu. Pékin a sensiblement réduit ses achats de brut, s’appuyant sur des stocks stratégiques constitués de longue date, tandis que sa dépendance énergétique continue de reculer sous l’effet de la montée en puissance du nucléaire, des énergies renouvelables et de la mobilité électrique.

  • Les performances des marchés financiers

Les grandes places boursières avancent en ordre dispersé, oscillant au gré des événements géopolitiques et des espoirs d’apaisement entre l’Iran et les États-Unis.

Le S&P 500 abandonne 1,7 % sur le mois de juin, pénalisé par les incertitudes qui continuent de peser sur les marchés. Les valeurs technologiques souffrent également. Le Nasdaq perd quasiment 4 % sur la même période.

En Europe, les marchés affichent un visage plus rayonnant, même si les écarts demeurent marqués. L’Euro Stoxx 50 progresse de 4,5 %, tandis que le CAC 40 s’adjuge 2,8 %. Seule exception parmi les grands indices de la zone, le DAX allemand cède 0,1 %.

En Asie, les performances restent plus mesurées. Le Shanghai Composite avance de 0,9 %, tandis que le Nifty 50 indien gagne 2 %.

Du côté des marchés obligataires, les rendements souverains se sont détendus. Le taux de l'emprunt américain à dix ans est revenu à 4,36 %. Le mouvement est également perceptible en Europe, où le rendement du Bund allemand s'établit désormais à 2,88 %, contre 3,61 % pour l'OAT française.

Performance sur les marchés financiers en Juin 2026
Performance sur les marchés financiers en Juin 2026
  • SpaceX, les chiffres fous d’une introduction en Bourse historique

75 milliards de dollars levés. Une valorisation de 1 750 milliards de dollars. Un prix d'introduction fixé à 135 dollars par action. Trois jours après son arrivée en Bourse, le titre s'envolait même jusqu'à 225 dollars. Les chiffres donnent le vertige. Avec cette introduction, SpaceX a signé la plus importante valorisation jamais enregistrée lors d'une IPO, dépassant le précédent record détenu par Saudi Aramco.

L’euphorie des premiers jours n’a toutefois pas résisté à l’épreuve du marché. Depuis son pic, l’action a nettement corrigé pour revenir autour de 154 dollars, un niveau désormais proche de son cours d’ouverture fixé à 150 dollars.

Cette baisse s’explique d’abord par les prises de bénéfices, un mouvement classique après une introduction d’une telle ampleur. Mais les investisseurs avancent également des motifs plus fondamentaux.

SpaceX a ainsi annoncé son intention de lever au moins 20 milliards de dollars afin de refinancer une partie de sa dette, dont plusieurs échéances importantes interviendront l’an prochain. Une opération qui pourrait peser sur le titre à court terme.

Autre point de vigilance : les critères extra-financiers. MSCI a attribué à SpaceX la note « CCC », le plus faible échelon de son échelle ESG, évoquant une « forte exposition aux risques et une incapacité à les gérer ». L’agence pointe également une gouvernance jugée particulièrement faible, avec une note de 3,2 sur 10. En cause, notamment, la structure du capital : Elon Musk détient plus de 82 % des droits de vote grâce à des actions assorties de dix droits de vote chacune, contre un seul pour les actions ordinaires.

États-Unis : Kevin Warsh imprime sa marque

Dans sa dernière note de conjoncture, l'OCDE dessine plusieurs trajectoires possibles pour l'économie mondiale. Dans le scénario le plus défavorable, la croissance pourrait tomber à 2 % cette année, après 3,4 % en 2025, avant de ralentir encore à 1,8 % en 2027.

Outre-Atlantique, la première économie mondiale affiche toutefois une résistance supérieure aux attentes. Au premier trimestre, le PIB américain a finalement progressé de 2,1 % en rythme annualisé, contre une première estimation de 1,6 %. Un net rebond après la croissance limitée à 0,5 % enregistrée au quatrième trimestre 2025.

Cette résilience n'efface toutefois pas les interrogations des investisseurs. Les tensions inflationnistes persistent et le changement de ton de la Réserve fédérale alimente les incertitudes sur la trajectoire des taux.

  • Une économie qui tient le cap

En attendant les chiffres du deuxième trimestre, les indicateurs conjoncturels restent globalement solides, même si certains envoient des messages plus contrastés.

L'indice manufacturier de la Fed de New York s'est établi à 5,7 points en juin, en nette baisse par rapport aux 19,6 points enregistrés en mai. Un ralentissement qui traduit un essoufflement de l'activité industrielle, sans pour autant remettre en cause la dynamique générale.

Le marché du travail, lui, continue de surprendre favorablement. Les États-Unis ont créé 172 000 emplois en mai, soit près du double des anticipations, qui tablaient sur 85 000 créations. Le taux de chômage demeure stable à 4,3 %, après avoir progressivement remonté depuis son point bas de 3,4 % atteint en avril 2023.

En d'autres termes, l'emploi résiste. Malgré les tensions géopolitiques et une inflation qui continue d'éroder le pouvoir d'achat, les entreprises poursuivent leurs recrutements.

La confiance des ménages s'est également redressée. L'indice de l'Université du Michigan est remonté à 48,9 points en juin, contre 44,8 le mois précédent et un consensus fixé à 46,1 points. Le reflux des prix de l'essence en début de mois a offert un peu d'oxygène aux consommateurs.

Ce rebond ne doit toutefois pas masquer une tendance plus préoccupante. Le sentiment financier des ménages continue de se dégrader. Près de 43,6 % des Américains estiment aujourd'hui être dans une situation financière moins favorable qu'il y a un an, un record depuis janvier 2023 et le troisième mois consécutif de hausse. 36 % d'entre eux anticipent une nouvelle dégradation au cours des douze prochains mois.

Les pressions sur les prix, en particulier dans l'énergie, continuent de peser sur les budgets des ménages. Certes, les salaires progressent de 3,5 % sur un an, mais ce rythme demeure insuffisant pour compenser pleinement l'inflation.

  • Une Fed plus ferme que prévu

Sur le front des prix, les derniers chiffres confirment que le combat contre l'inflation n’est pas encore terminé. L'indice PCE, principal baromètre suivi par la Réserve fédérale américaine, a progressé de 4,2 % sur un an en mai, après 3,8 % en avril. Sa version sous-jacente (« core ») ressort à 3,4 %, contre 3,3 % le mois précédent.

La Fed anticipe désormais une inflation de 3,6 % à la fin de 2026, contre 2,7 % dans ses projections de mars. Une révision largement attribuée aux conséquences économiques du conflit avec l'Iran.

Cette réunion de juin était particulièrement attendue : elle marquait les premiers pas de Kevin Warsh à la présidence de la FED. Sans surprise, le comité de politique monétaire a laissé ses taux directeurs inchangés dans une fourchette comprise entre 3,50 % et 3,75 %. La décision a été prise à l'unanimité, sans la moindre dissension, y compris sur le communiqué final.

Le véritable changement est venu du ton employé.

Kevin Warsh a clairement choisi de remettre la lutte contre l'inflation au premier plan. Le communiqué ne fait plus référence à d'éventuelles baisses de taux cette année. Un signal qui n'a pas échappé aux marchés.

« Sur les 18 prévisions formulées, neuf participants considèrent désormais qu'une ou plusieurs hausses de taux seraient appropriées en 2026, alors que la médiane des projections de mars suggérait encore une baisse possible », souligne Florent Wabont, économiste chez Ecofi.

Autre évolution notable : la création de cinq groupes de travail chargés de réfléchir aux grandes orientations de la Fed. Les travaux porteront notamment sur la stratégie de communication - et en particulier l'utilisation du dot plot -, la gestion du bilan de la banque centrale, la qualité des données économiques, les gains de productivité liés à l'intelligence artificielle ainsi que les méthodes de mesure de l'inflation.

  • Pour Kevin Warsh le changement c’est maintenant

Au-delà de ces chantiers, Kevin Warsh semble vouloir modifier en profondeur la manière dont la Fed dialogue avec les marchés. Il juge que la banque centrale est devenue trop prévisible à force de guider les investisseurs sur l'évolution future des taux. Son objectif est de redonner davantage de poids aux données économiques, quitte à laisser les marchés reconstruire eux-mêmes leurs anticipations.

Pour Bruno Jacquier, Head of Research chez Altitude IS, cette première réunion dépasse largement le simple statu quo monétaire : « Pour ses débuts, Warsh a endossé un rôle rassurant, soignant sa crédibilité anti-inflation et l'indépendance de l'institution. Mais derrière cette façade, il prépare méthodiquement le terrain. Les cinq groupes de travail, tout comme son abstention dans la grille et l'abandon de la forward guidance, sont autant de leviers destinés à justifier une prochaine baisse des taux directeurs, et non une hausse. La réaction des marchés a davantage correspondu à un choc de taux qu'à une crainte de récession. »

Ce premier rendez-vous laisse ainsi entrevoir une présidence différente : moins prévisible dans sa communication et plus exigeante sur la crédibilité de la banque centrale.

Zone euro : le ralentissement se confirme

L'économie européenne est-elle en train de perdre son élan ? Les perspectives se dégradent mois après mois. En zone euro, la croissance ne devrait pas dépasser 0,8 % en 2026. Un plafond déjà modeste, qui tomberait à 0,7 % pour les deux principales économies du continent, l'Allemagne et la France.

À Paris, le constat est encore plus sévère. La Banque de France a revu en nette baisse ses prévisions et n'anticipe plus qu'une croissance de 0,5 % pour l'économie française en 2026, soit 0,4 point de moins que dans ses projections de mars. Une perspective d'autant plus préoccupante que le déficit public dépasse désormais les 5 % du PIB.

  • L'Espagne, locomotive du continent

Le premier trimestre a confirmé l'essoufflement de l'économie européenne. Eurostat a fortement révisé la croissance de la zone euro, désormais estimée à -0,2 % sur le trimestre, contre +0,1 % lors de la première publication.

Cette révision s’explique essentiellement par la méforme de l'Irlande. Le PIB du pays, d'abord estimé en baisse de 2 %, affiche finalement une contraction spectaculaire de 12 %, conséquence du brutal ralentissement de l'activité des multinationales installées sur son territoire. Leur production a chuté de 27 % par rapport au trimestre précédent. Sans cette contre-performance, la croissance de la zone euro aurait atteint 0,3 %.

Dans ce paysage morose, un pays continue de faire figure d'exception : l'Espagne.

L'économie espagnole enchaîne les bonnes surprises et affiche une vigueur qui contraste avec les difficultés rencontrées par la France et l'Allemagne. Fort de cette dynamique, le gouvernement espagnol a relevé ses prévisions et table désormais sur une croissance de 2,6 % en 2026.

  • Une activité qui s'essouffle

Cette performance espagnole ne suffit toutefois pas à masquer le ralentissement général de la zone euro.

L'investissement recule de 3 % après plusieurs trimestres de redressement. La consommation des ménages ralentit également, avec une progression limitée à 0,2 % au premier trimestre, contre 0,4 % fin 2025. Toutes les grandes économies de la zone sont concernées, à l'exception de l'Italie.

Les enquêtes de conjoncture confirment ce tassement.

L'indice PMI composite ressort à 49,5 points en juin, légèrement au-dessus des attentes mais toujours sous le seuil des 50 points, synonyme de contraction de l'activité. Le secteur manufacturier montre lui aussi des signes d'essoufflement, son indice reculant de 50,1 à 50 points, son plus bas niveau depuis cinq mois.

Le moral des ménages, lui, ne s'améliore pas. L'indice de confiance des consommateurs reste stable à -17,7 points, tandis que le sentiment des investisseurs mesuré par Sentix remonte légèrement, à -13,4 points contre -16,4 en mai. Un mieux, certes, mais qui traduit davantage un ralentissement du pessimisme qu'un véritable retour de la confiance.

Phil Smith, directeur associé de l'économie chez S&P Global Market Intelligence, résume cette situation contrastée pour le journal Les Echos. « La bonne nouvelle est que les pressions inflationnistes ont commencé à s'atténuer, les coûts des intrants augmentant à leur rythme le plus lent depuis la période précédant immédiatement le début de la guerre au Moyen-Orient, même s'ils demeurent élevés au regard des standards historiques. La mauvaise nouvelle est que l'activité des entreprises a reculé pour le troisième mois consécutif, et au rythme le plus rapide de cette série, augmentant ainsi la probabilité que l'économie soit retombée en contraction au deuxième trimestre. »

  • La BCE change de cap

L'inflation est venue compliquer un peu plus l'équation.

En mai, les prix à la consommation ont progressé de 3,2 % sur un an en zone euro, franchissant à nouveau le seuil des 3 % pour la première fois depuis plus de deux ans. Les tensions sur les marchés de l'énergie, alimentées par le conflit au Moyen-Orient, expliquent en grande partie cette remontée.

Mais le mouvement ne se limite pas à l'énergie. L'inflation sous-jacente atteint désormais 2,5 %, un niveau supérieur aux attentes des économistes. Les services, notamment les transports et les voyages organisés, enregistrent les plus fortes hausses, tandis que les prix de l'alimentation ralentissent progressivement.

Face à cette résurgence des tensions inflationnistes, la Banque centrale européenne a choisi d'agir.

Réuni en juin, le Conseil des gouverneurs a relevé son taux de dépôt de 25 points de base, à 2,25 %. Une première hausse depuis 2023. Le message envoyé par Francfort est limpide : la priorité redevient la maîtrise de l'inflation.

« Toutefois, compte tenu des récentes baisses des prix du pétrole et du gaz, nous pensons que cette hausse des taux restera ponctuelle. Si les hostilités devaient reprendre au Moyen-Orient, de nouveaux relèvements seraient en revanche probables », estime un analyste d'un grand établissement financier britannique.

Cette décision ne sera pas sans conséquences pour les potentiels investisseurs immobiliers.

Les taux des crédits immobiliers, déjà revenus autour de 3,4 % sur vingt ans en juin, pourraient repartir à la hausse si la BCE poursuivait son resserrement monétaire. Une nouvelle augmentation des taux directeurs, évoquée par certains observateurs dès le mois de septembre, alourdirait mécaniquement le coût du financement immobilier.


Frais sur les produits structurés - le rapport de l'ACPR

Frais des produits structurés : pourquoi l’ACPR demande plus de transparence

Ce qu’il faut retenir

  • L’étude de l’ACPR et de l’AMF met en évidence que les produits structurés sont souvent assortis de frais élevés et insuffisamment transparents.
  • Ces placements affichent généralement des performances inférieures à celles des fonds indiciels comparables. Cela s'explique par le coût de la protection du capital et le plafonnement des gains
  • Les régulateurs appellent les distributeurs à mieux informer leurs clients et à renforcer la transparence sur les coûts

Les produits structurés connaissent un succès croissant depuis plusieurs années. Ils ont largement investi les comptes-titres, et surtout les contrats d’assurance-vie des Français. Comme le rapporte Le Monde, les ménages français ont investi 66 milliards d’euros en 2025 sur ces placements.

Mais derrière l’attrait patrimonial et les promesses de rendement se cache une mécanique plus complexe, parfois opaque, où les manquements aux obligations de transparence sur les coûts restent nombreux. Autre écueil, et non des moindres : le niveau particulièrement élevé des frais, qui vient mécaniquement rogner la performance finale.

Une situation pointée du doigt dans une étude publiée conjointement par l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) et l’Autorité des marchés financiers (AMF), intitulée « Distribution, frais et performance des produits structurés ».

Des frais parfois très élevés sur les produits structurés

L’ACPR a décidé d’ouvrir la boîte noire des produits structurés en réalisant une étude approfondie de l’ensemble de leur chaîne de distribution, entre 2023 et la mi-2025. Et les conclusions s’avèrent brutales.

Les auteurs relèvent plusieurs manquements, notamment sur le niveau des frais et leur communication auprès des investisseurs. Les rétrocessions, elles, restent - comme bien souvent - largement invisibles.

  • Une architecture de frais complexe

Dans l’univers de l’investissement, une règle est souvent vérifiée. Plus le nombre d’intermédiaires augmente, plus les frais ont tendance à s’accumuler.

Les produits structurés ne font pas exception.

Plusieurs acteurs peuvent intervenir dans leur conception et leur distribution :

- La banque émettrice (via sa salle de marché), chargée de concevoir le produit structuré ;

- Le broker, qui joue le rôle d’intermédiaire entre distributeur et émetteur ;

- Le distributeur, qu’il s’agisse d’un cabinet de gestion de patrimoine (CGP), d’un multi family office ou d’une banque privée ;

- Le dépositaire.

Rapport de l'ACPR : Décomposition des frais sur les produits structurés
Rapport de l'ACPR : Décomposition des frais sur les produits structurés

Si certains distributeurs, comme Scala Patrimoine, travaillent directement avec les salles de marché, la majorité des cabinets de conseil en gestion de patrimoine et des family offices transmettent leurs demandes à un intermédiaire - souvent appelé broker ou courtier - chargé de gérer les appels d’offres auprès des émetteurs. Une intervention qui a naturellement un coût pour l’investisseur.

Un coût dont la justification n’est pas toujours évidente. Comme le souligne l’AMF, « le rôle joué par ces courtiers et la rémunération qu’ils perçoivent sont très hétérogènes. Certains apportent une réelle valeur ajoutée grâce à leur connaissance du marché et à leur capacité de sélection des émetteurs. Tandis que d’autres se limitent à un rôle d’intermédiaire passif. Le montant de la commission demandée n’est donc pas nécessairement directement corrélé à l’éventuelle plus-value apportée par le courtier. »

Le constat est sans appel.

À ces frais peuvent s’ajouter des frais ponctuels de traitement d’ordres lorsque les opérations transitent par une plateforme. Des frais d’exécution, d’un montant moyen de 0,50 %, peuvent ainsi être facturés au client en complément de ceux déjà prélevés lors de l’entrée dans le produit.

  • Le problème de la transparence

Les distributeurs ont l’obligation de fournir une information claire, exacte et non trompeuse.

Or, à la lecture du rapport, un constat s’impose. La rémunération des différents acteurs impliqués dans la conception et la distribution des produits reste difficilement lisible pour l’épargnant.

« Les mécanismes de rémunération des différents acteurs impliqués dans la conception et la distribution des produits ne sont généralement pas connus de l’investisseur. Le partage de la valeur entre les différents acteurs est difficile à appréhender pour le client, rendant la lecture de la décomposition du coût complexe et opaque », indique l’étude.

« Cela va à l’encontre de l’un des principes fondamentaux de la gestion de patrimoine : l’épargnant doit comprendre ce dans quoi il investit », souligne Guillaume Lucchini, avant d’ajouter : « Je me range derrière le rapport de l’AMF, qui explique qu’un investisseur particulier ne devrait pas investir dans un produit structuré s’il n’est pas en mesure d’en comprendre le fonctionnement, les conditions de performance et les risques de perte. »

Et contrairement à d’autres placements, les produits structurés ne se caractérisent généralement pas par des frais directement affichés sur le nominal investi ou sur la performance réalisée. Les coûts sont intégrés dans le prix du produit, via une marge ajoutée à sa valeur de marché.

Sur les 15 prestataires interrogés, seuls deux (13 %) communiquent une information ex ante sur les coûts et frais jugée conforme.

Une situation regrettée par le fondateur du multi-family office Scala Patrimoine. « Encore une fois, l’intérêt patrimonial des produits structurés est dévoyé au profit de l’intérêt purement pécuniaire des distributeurs. L’ACPR et l’AMF n’encadrent pas les frais, qui sont fixés librement. C’est donc un peu le Far West en matière de tarification des produits structurés. »

  • Jusqu’à 13 % de frais sur certains produits structurés

L’étude de l’ACPR et de l’AMF met en lumière des écarts considérables selon les produits et les circuits de distribution.

Sur 51 produits analysés, le coût d’entrée total varie ainsi de 1,20 % à 13,16 %, selon les modalités de distribution retenues et le profil du distributeur. Sur la période étudiée, le coût moyen atteint 5,83 %.

Rapport de l'ACPR sur les frais appliqués aux produits structurés
Rapport de l'ACPR sur les frais appliqués aux produits structurés

Autre difficulté : ces frais sont généralement intégralement acquittés au moment de l’acquisition du produit. Ils ne varient donc pas selon la durée réelle de détention et restent difficiles à appréhender pour l’investisseur.

Le fondateur de Scala Patrimoine se montre particulièrement critique face à ces niveaux de frais. « Le régulateur joue aussi pleinement son rôle de lanceur d’alerte. J’aimerais croire qu’il siffle la fin de la récré, mais il va être compliqué de stopper ces dérives. Le marché est capable de beaucoup de créativité lorsqu’il s’agit de préserver ses marges, surtout dans un contexte de rachats de nombreux cabinets et d’objectifs très forts en matière de rentabilité et de retour sur investissement. Encore une fois, la principale victime reste l’épargnant final. »

Une performance relative sous pression

L’étude s’est également intéressée à la performance des produits structurés sur la période 2022-2024, une période marquée par des marchés actions globalement favorables.

  • Le coût de la protection du capital pèse sur le rendement

Sur 65 produits représentatifs du marché, totalisant 5 milliards d’euros d’encours, les régulateurs ont comparé les rendements obtenus avec ceux de fonds indiciels répliquant les mêmes sous-jacents.

Résultat : un écart de performance de 2,4 points en défaveur des produits structurés.

Une sous-performance qui n’est finalement pas surprenante. Elle découle même de la nature intrinsèque de ces produits.

« En contrepartie d’une protection totale ou partielle du capital, l’investisseur renonce à une partie du potentiel de hausse des marchés », rappelle Francesco Baiano, chargé d’investissement chez Scala Patrimoine et spécialiste des produits structurés.

« Cette structure de rendement-risque implique un compromis entre renoncement à une partie du potentiel de hausse des marchés et bénéfice d’une protection totale ou conditionnelle contre la baisse. Une attention particulière doit donc être portée à la lecture des mécanismes ainsi qu’aux scénarios de marché dans lesquels ils se matérialisent », ajoute-t-il.

Même lorsque le sous-jacent progresse fortement, le gain de l’investisseur reste plafonné par le montant des coupons prévus et par un éventuel remboursement anticipé mettant fin à l’exposition.

  • Une gestion du risque indispensable

Le rapport de l’AMF souligne également une autre limite. La majorité des produits structurés plafonnent les gains. Alors qu’ils ne limitent pas nécessairement les pertes une fois franchie la barrière de protection.

La question du risque reste donc centrale.

« Le capital investi peut être partiellement ou totalement perdu selon les caractéristiques du produit et l’évolution des marchés. Même lorsqu’une garantie totale du capital est annoncée, celle-ci reste dépendante de la solidité financière de l’émetteur. L’investisseur restant soumis au risque de défaut de ce dernier », explique Guillaume Lucchini.

Pour le fondateur de Scala Patrimoine, « il est essentiel de bien calibrer le risque et surtout de bien l’expliquer à l’investisseur. Notamment sur les questions de liquidité. Car la protection du capital est souvent placée à l’échéance du produit et ne s’applique pas si l’investisseur souhaite revendre son produit en cours de vie. »

L’étude a toutefois été menée dans une phase de marché haussier. Difficile, donc, de mesurer précisément le comportement de ces produits en période de fortes baisses sur les marchés. Et de savoir si les barrières de protection joueraient pleinement leur rôle d’amortisseur.

Les investisseurs doivent intégrer des scénarios défavorables, y compris des chocs extrêmes, afin d’évaluer les pertes potentielles.

Dans les colonnes du Figaro, Guillaume Lucchini rappelait récemment les enseignements de l’épisode Stellantis : « Des produits structurés à décrément adossés à un seul émetteur, en l’occurrence le groupe automobile, ont été commercialisés massivement avant de perdre une très grande partie de leur valeur. Un épisode qui a démontré qu’un produit structuré mal construit pouvait exposer les épargnants à un risque de perte en capital particulièrement élevé. »

Conclusion : un rappel à l’ordre pour les distributeurs

Les manquements relevés concernent l’absence de ventilation claire entre les coûts du produit et ceux du service. Mais aussi l’absence de mention explicite d’éventuelles commissions versées par l’émetteur au distributeur au titre de la commercialisation.

Le message des régulateurs est limpide. « Producteurs et distributeurs doivent porter une attention particulière au respect de la primauté de l’intérêt du client. »

L’étude pointe également une insuffisance dans l’évaluation du niveau de connaissances et d’expérience des clients avant souscription.

Pour Guillaume Lucchini, le sujet dépasse largement la seule question des produits structurés. « C’est avant tout celle de leur distribution qui est posée. Ce n'est pas l'instrument qui est en cause, c'est la façon dont il est vendu. »

Chez Scala Patrimoine, le modèle revendiqué est clair. Aucune rétrocommission n’est perçue. La rémunération repose exclusivement sur des honoraires facturés au titre du travail de mise en concurrence des différentes salles de marché. Une approche qui vise à aligner les intérêts du conseiller sur ceux de l’investisseur. Sans dépendre des marges intégrées dans les produits distribués.

Pour autant, les conclusions de l’ACPR ne doivent pas conduire à jeter l’opprobre sur l’ensemble de la classe d’actifs. Ce serait une lecture aussi rapide qu’incomplète.

Bien conçus, les produits structurés conservent toute leur pertinence au sein d’une allocation patrimoniale. Ils permettent d’accéder à des marchés ou à des thématiques offrant un potentiel de performance attractif à moyen terme, tout en intégrant des mécanismes destinés à amortir les phases de correction. À condition, bien sûr, que leur construction soit rigoureuse et que les intérêts de l’épargnant ne passent pas après ceux des intermédiaires.

La réponse de l’associé fondateur de Scala Patrimoine tient donc en quelques mots. « Choisissez un conseil indépendant, transparent et qui travaille directement avec les salles de marché. »

Source : Rapport "Distribution, frais et performance des produits structurés", Pôle commun AMF-ACPR, Juin 2026


Le Figaro

Le Figaro : L’immobilier séduit-il encore les héritiers ?

Pendant longtemps, la question ne se posait même pas. Recevoir un bien immobilier dans le cadre d’une succession était souvent perçu comme une chance. Le patrimoine étant tangible, transmissible et susceptible de prendre de la valeur avec le temps.

Aujourd’hui, la situation est plus nuancée. Certains héritiers ne souhaitent plus forcément conserver les biens transmis par leurs parents ou leurs grands-parents. Lorsque plusieurs membres d’une même famille héritent ensemble d’un logement ou d’un immeuble, la vente apparaît même souvent comme une solution naturelle.

Cette tendance a récemment été mise en lumière dans un article publié par Le Figaro. Le journaliste Jorge Carasso revient sur l’évolution du rapport des héritiers à la pierre. Guillaume Lucchini, associé fondateur de Scala Patrimoine, y partage également son analyse.

Des contraintes de plus en plus importantes sur l’immobilier

L’immobilier conserve de nombreux atouts, mais sa détention s’accompagne aujourd’hui de contraintes que les héritiers prennent davantage en considération qu’auparavant.

Les coûts d’entretien augmentent. Les travaux de rénovation énergétique peuvent représenter des montants importants et la fiscalité demeure un sujet central dans certaines successions. À cela s’ajoutent les contraintes de gestion lorsque le bien est loué ou détenu en indivision.

« Pour beaucoup de clients, l’immobilier ne rapporte plus rien, voire il coûte » confirme le fondateur du multi family office indépendant, Scala Patrimoine.

Cette perception ne concerne évidemment pas toutes les situations. Certains biens continuent d’offrir une rentabilité attractive ou revêtent une importance particulière pour les familles qui les possèdent. Mais la conservation d’un actif immobilier n’apparaît plus systématiquement comme une évidence.

Un rapport différent au patrimoine

Au-delà des considérations économiques, on observe également une évolution des attentes.

Les nouvelles générations recherchent souvent davantage de souplesse dans la gestion de leur patrimoine. Beaucoup préfèrent disposer de liquidités qu’ils pourront affecter librement à leurs projets personnels ou professionnels que de conserver un bien dont ils n’ont pas nécessairement l’usage.

Une tendance soulignée par Guillaume Lucchini : « Les héritiers ont davantage la volonté de recevoir de l’argent dont ils useront comme ils le souhaitent, pas forcément de s’inscrire dans un schéma patriarcal et héréditaire comme l’induit la pierre. »

Cela ne signifie pas pour autant que l’immobilier a perdu son attrait. Elle rappelle surtout qu’un patrimoine transmis n’a pas la même valeur pour tous les héritiers. L’histoire familiale, les projets de vie de chacun ou encore les caractéristiques du bien peuvent fortement influencer les décisions prises après une succession.

Adapter la transmission aux attentes des héritiers

La question n’est donc plus seulement de savoir quels actifs transmettre, mais également dans quelles conditions ils seront reçus et conservés.

Une stratégie de transmission efficace repose souvent sur un dialogue préalable entre les générations et sur une réflexion qui dépasse la seule valeur financière des biens. L’objectif est de trouver un équilibre entre la préservation du patrimoine familial et les aspirations de ceux qui en deviendront les futurs détenteurs.

Dans ce contexte, l’immobilier conserve toute sa place. Mais il n’est plus automatiquement considéré comme l’actif incontournable qu’il a pu représenter pour les générations précédentes.


Droit à l'image des sportifs de haut niveau

L’affaire du Stade Toulousain remet le droit à l’image des sportifs sous les projecteurs

Ce qu’il faut retenir

  • Le droit à l’image constitue un véritable actif patrimonial pour les sportifs de haut niveau. Mais son exploitation doit reposer sur une réalité économique concrète, identifiable et documentée.
  • L’affaire du Stade Toulousain rappelle qu’un montage juridique, même licite en apparence, peut être remis en cause lorsque l’absence de contreparties réelles conduit à une possible requalification en rémunération salariale.
  • La structuration des droits à l’image ne peut être pensée isolément. Elle doit s’inscrire dans une stratégie patrimoniale globale, adaptée aux objectifs du sportif.

L’exploitation des droits à l’image des sportifs professionnels constitue aujourd’hui l’un des rouages majeurs de l’économie du sport. Une réalité que l’actualité récente est venue rappeler. En février 2026, le journal L’Équipe révélait une affaire impliquant le Stade Toulousain et l’un de ses partenaires commerciaux. Une situation relançant les interrogations autour de l’utilisation de ces mécanismes et de leur traitement fiscal.

Le droit à l'image au cœur du modèle économique sportif

Selon les informations du quotidien sportif, une société partenaire du club aurait versé 1,5 M€ à un joueur emblématique de l’effectif. Des sommes qui auraient été versées par l’intermédiaire de sa société personnelle. Un autre joueur aurait, quant à lui, perçu près de 170 000 euros dans le cadre de contrats portant sur l’exploitation de ses droits à l’image et la réalisation de prestations publicitaires.

Sur le plan juridique, les conventions en cause prévoyaient l’octroi, au bénéfice de cette société, d’un droit exclusif d’exploitation des attributs de la personnalité des joueurs à des fins promotionnelles. Leurs stipulations autorisaient notamment l’utilisation du nom, de l’image et, plus largement, de tout élément associé à leur identité dans les supports de communication internes et externes du groupe.

En soi, un tel dispositif n’a rien d’irrégulier. Le droit à l’image constitue un actif patrimonial susceptible d’être cédé ou concédé à des tiers dans le cadre d’opérations de communication, de sponsoring ou de marketing sportif. Pour les athlètes dont la notoriété dépasse largement le cadre des terrains, le recours à une société dédiée permet souvent d’organiser et de professionnaliser la gestion de cet actif immatériel.

Une mécanique juridique valable… sous une condition essentielle

Toute la difficulté réside toutefois dans la réalité de l’exploitation qui en est faite. Car la validité fiscale d’un tel schéma repose sur un principe simple. Les droits concédés doivent donner lieu à une utilisation effective, identifiable et économiquement justifiable.

Le droit à l’image n’est pas une enveloppe abstraite permettant de déplacer des sommes d’un cadre fiscal à un autre. Il correspond à une véritable prestation. Une entreprise rémunère la possibilité d’associer son image à celle d’un sportif, de valoriser sa notoriété ou d’utiliser son influence dans sa stratégie de communication.

C’est précisément sur ce terrain que les interrogations apparaissent.

L’absence de contreparties visibles alimente les soupçons de requalification

Selon les éléments rapportés par L’Équipe, aucune contrepartie concrète ne semble avoir été mise en évidence. Ni campagne publicitaire identifiable, ni contenu numérique, ni opération de communication particulière, ni participation à un événement organisé par l’entreprise n’auraient été relevés.

Autrement dit, les sommes versées apparaîtraient, à ce stade, difficilement corrélées à une exploitation visible des droits concernés.

Cette absence apparente de matérialisation soulève une question centrale : celle de la réalité économique de la prestation contractuelle. Dans ce contexte, l’administration fiscale pourraient être tentés de considérer que les flux financiers litigieux ne rémunèrent pas une exploitation du droit à l’image. Mais qu'ils dissimulent en réalité une rémunération salariale.

Une requalification aux conséquences financières lourdes

Une telle décision entraînerait des conséquences importantes pour les différentes parties concernées.

Les sommes versées pourraient être réintégrées dans l’assiette des cotisations sociales. Et ainsi donner lieu à des redressements de la part de l’URSSAF. Du côté des bénéficiaires, les revenus perçus pourraient être regardés comme des revenus d’activité imposables à l’impôt sur le revenu. Et non comme des recettes encaissées par une structure sociétaire dans le cadre d’une activité indépendante.

Cette situation rappelle la vigilance dont doivent faire preuve les sportifs lorsqu’ils construisent ce type de montage.

Le droit à l’image, un outil puissant mais qui exige de la rigueur

En matière fiscale une règle s'impose : les constructions juridiques les plus élaborées ne résistent que si elles reposent sur une réalité économique tangible.

Le droit à l’image ne fait pas exception. Pour produire pleinement ses effets, il doit s’appuyer sur une exploitation parfaitement documentée. À défaut, le risque de requalification devient particulièrement élevé. Avec à la clé la remise en cause de l’ensemble des avantages recherchés.

Dans ce contexte, la sécurisation de ces dispositifs constitue un enjeu majeur pour les sportifs de haut niveau comme pour leurs partenaires. L’intervention d’avocats fiscalistes, de juristes spécialisés et d’experts-comptables demeure souvent indispensable afin de bâtir des structures juridiquement robustes.

Anticiper les risques autour du droit à l'image pour construire une stratégie patrimoniale cohérente

Au-delà des débats suscités, cette affaire met en lumière une réalité souvent méconnue : la gestion des droits à l’image d’un sportif ne peut être dissociée d’une réflexion patrimoniale globale. Derrière un simple contrat d’exploitation se jouent des enjeux plus larges.

Chaque situation appelle ainsi une analyse sur mesure.

C’est précisément l’un des sujets que nos équipes ont exploré à travers un cas pratique publié dans le magazine Décideurs. Un sportif de haut niveau nous, en effet, avait sollicités afin d’établir un diagnostic complet de sa structuration patrimoniale. La question centrale portait sur l’opportunité de maintenir une société dédiée destinée à accueillir et exploiter ses droits à l’image.

Conseillé auparavant par d’autres professionnels, l’athlète avait déjà fait le choix d’une telle organisation juridique. Pourtant, l’analyse de sa situation a révélé que ce montage ne répondait pas à ses besoins, ni à ses objectifs.

Les équipes du multi family office Scala Patrimoine, accompagnées d’un avocat fiscaliste, ont alors entrepris de repenser cette structuration afin de réaligner l’exploitation de ses droits à l’image avec sa stratégie patrimoniale globale.

Cette approche illustre une conviction essentielle : la performance d’un sportif ne se mesure pas uniquement sur le terrain. Elle doit également se prolonger dans la manière dont son image et son patrimoine sont organisés dans le temps.


Performances du private equity

Capital-développement : faut-il encore s’y intéresser en 2026 ?

Ce qu’il faut retenir

  • Le capital-développement occupe une position intermédiaire dans le private equity, entre le capital-risque et le LBO, en accompagnant des entreprises déjà rentables dans leur phase d’accélération.
  • Malgré un contexte économique plus difficile et un ralentissement des transactions, ce segment continue de jouer un rôle clé dans le financement de la croissance des PME et ETI.
  • Dans ce marché plus sélectif, la performance dépend avant tout de la qualité des gérants et de leur capacité à identifier des entreprises solides capables de changer d’échelle.

Le capital-investissement traverse une zone de turbulences. Dans un environnement économique toujours incertain, le durcissement des conditions de financement et le ralentissement des opérations pèsent sur le marché. Les transactions se font plus rares, souvent freinées par des gestionnaires d’actifs réticents à céder leurs participations à des niveaux de valorisation jugés trop faibles.

Pour autant, cette classe d’actifs continue de jouer un rôle central dans le financement des entreprises. D’après France Invest, près de 36,4 milliards d’euros ont été investis en France en 2025 dans 2 904 entreprises et projets d’infrastructure, confirmant la profondeur du marché malgré le cycle moins favorable.

Au sein de cet univers, plusieurs segments coexistent, chacun répondant à des stades de maturité et à des besoins de financement spécifiques des entreprises.

Parmi eux, le capital développement occupe une place à part. Il concerne des sociétés déjà sorties de la phase de lancement, ayant validé leur modèle économique et disposant désormais de relais de croissance identifiés.

Reste à savoir comment ce segment résiste à un contexte économique plus heurté. Est-il davantage exposé au risque que les autres poches du capital-investissement ? Quelles perspectives dessine-t-il aujourd’hui, et sur quels critères s’appuyer pour sélectionner les fonds les plus pertinents ?

Autant de questions qui structurent aujourd’hui l’analyse des investisseurs.

Capital-développement : définition, fonctionnement et rôle dans le private equity

Le capital-développement occupe une place centrale dans l’univers du private equity. À mi-chemin entre le financement des jeunes pousses et les opérations de transmission d’entreprise, il répond à un objectif précis : accompagner des sociétés déjà établies dans une nouvelle phase de croissance.

  • Entre LBO et venture capital, la place singulière du capital-développement

Pour comprendre les spécificités du capital-développement, il faut d’abord le replacer dans l’écosystème plus large du capital-investissement, qui se structure autour de trois grandes catégories.

La première est celle du capital-transmission, ou Buy Out (LBO). Elle concerne des entreprises matures dont les actionnaires historiques souhaitent céder tout ou partie de leur participation. Ces opérations reposent généralement sur un recours important à la dette et conduisent souvent le fonds d’investissement à prendre le contrôle majoritaire de la société.

À l’autre extrémité du spectre se trouve le venture capital. Cette activité finance les start-ups depuis leurs premiers tours de table, au stade de l’amorçage, jusqu’aux phases plus avancées de leur développement. Le risque y est plus élevé, mais les perspectives de croissance le sont également.

Entre ces deux univers s’inscrit le capital-développement, également désigné sous le terme anglais de growth buy-out. « Dans ce schéma, les prises de participation y sont généralement minoritaires, ou majoritaires mais de façon très mesurée. L’endettement reste limité : la performance repose avant tout sur la croissance organique et la création de valeur opérationnelle, et non sur l’effet de levier, contrairement aux stratégies de LBO. » explique Adrien Tourbet, responsable des investissements non cotés de Scala Patrimoine.

Le dirigeant conserve ainsi le contrôle de son entreprise tout en bénéficiant de moyens supplémentaires pour accélérer son développement.

Adrien Tourbet confirme le positionnement unique des fonds de capital-investissement. « Ils ciblent des entreprises déjà rentables, souvent en forte croissance - de l’ordre de 10 à 20 % de progression annuelle du chiffre d’affaires – et disposant d’un produit et d’un marché déjà validés. »

  • Un levier pour changer d'échelle sans céder le contrôle de son entreprise

Le capital-développement cible donc des entreprises dont le modèle économique a déjà démontré sa pertinence. Ces sociétés disposent le plus souvent d’une clientèle établie, de revenus récurrents, d’une activité rentable ou proche de l’équilibre, ainsi que d’une trajectoire de croissance soutenue.

La différence majeure avec le capital-transmission réside dans l’absence de logique de prise de contrôle. Le fonds investit pour accompagner l’entreprise, non pour la diriger.

« L’autre différence clé avec le LBO tient au rôle de la dette, qui reste ici très marginale dans la thèse de rendement » tient à rappeler Adrien Tourbet.

Autrement dit, la création de valeur est avant tout opérationnelle. Elle peut passer par une croissance organique : amélioration des marges, renforcement de la force commerciale, lancement de nouveaux produits ou expansion à l’international. Elle peut également s’appuyer sur une stratégie de croissance externe, à travers l’acquisition de concurrents, de fournisseurs ou d’acteurs complémentaires.

L’enjeu n’est plus de démontrer que l’entreprise peut survivre, mais de lui permettre de franchir un cap. Le capital-développement fournit alors les ressources financières, mais aussi l’accompagnement stratégique nécessaires à ce changement d’échelle.

Présents dans l’ensemble des secteurs économiques, les fonds de capital-développement manifestent toutefois un intérêt croissant pour certaines thématiques portées par les enjeux de réindustrialisation, de transition énergétique et de souveraineté technologique.  « Les secteurs les plus représentés sont structurellement : la tech d’abord - B2B, digitalisation, cybersécurité, intelligence artificielle, cloud - et la santé, portée par le vieillissement démographique, la fragmentation du marché européen et les besoins de consolidation. On peut citer, à titre d’exemple, des fonds comme Keensight Nova VI, positionné exclusivement sur la tech B2B et la santé. » confirme Adrien Tourbet.

  • Trois entreprises, trois trajectoires

Pour saisir ce que le capital-développement produit concrètement, il faut descendre du général au particulier, et regarder les sociétés, les hommes, les marchés. Trois cas illustrent, chacun à sa façon, la mécanique de cette relation entre un fonds et une entreprise en croissance.

  1. Sogelink

Sogelink, d'abord. Fondée en 2000 à Lyon, la société s'est imposée comme l'un des pionniers de la digitalisation du secteur de la construction en Europe. Derrière ce positionnement se cache une réalité de terrain : 18 000 clients, 220 000 utilisateurs, une chaîne de valeur couverte du chantier jusqu'au bureau. La société emploie aujourd'hui plus de 650 personnes, en Europe et en Amérique du Nord. C'est Keensight Capital, gestionnaire spécialisé dans le non-coté, qui a accompagné cette expansion internationale via son fonds Keensight Nova VI. Un pari sur un secteur longtemps resté à l'écart des grandes transformations numériques, et qui rattrape donc aujourd'hui son retard à marche forcée.

      2. Demetra 

Le même Keensight avait misé, quelques années plus tôt, sur un profil bien différent. Entre 2014 et 2021, via son cinquième millésime, le fonds a soutenu Demetra, un leader mondial indépendant dans les domaines du ciment osseux et des biomatériaux orthopédiques. Siège en Italie, sites en Allemagne, aux États-Unis et en Chine, 193 collaborateurs. Keensight l'a aidée à franchir deux caps décisifs : l'expansion en Asie et l'entrée sur le marché américain. La sortie, en 2021, a dit le reste : Demetra a été cédée à Astorg, fonds d'investissement français, pour une valeur estimée à 820 millions d'euros.

      3. Cegid

Enfin, il y a Cegid. Créé en 1983 à Lyon par Jean-Michel Aulas lui-même. L'éditeur de logiciels de gestion a construit patiemment une offre cloud pour la comptabilité, les ressources humaines, la finance et le retail. En 2016, Silver Lake Partners, fonds anglo-saxon parmi les plus influents du secteur technologique, entre au capital. L'objectif est clair : accélérer la mue numérique du groupe et financer sa transition vers l'intelligence artificielle. La dynamique est là. Preuve en est l'acquisition récente de Shine, la néobanque française rachetée à l'acteur danois Ageras. Un mouvement qui dit beaucoup sur les ambitions de Cegid pour les années à venir.

Private equity : la montée en puissance des fonds de continuation masque le ralentissement du marché

Moins volatil que les marchés actions, le private equity n’en demeure pas moins une industrie cyclique. Son activité reste étroitement liée à l’environnement économique, aux conditions de financement et à la vitalité du marché des fusions-acquisitions.

Il n’est donc guère surprenant que la classe d’actifs subisse, depuis 2022, le contrecoup du choc macroéconomique.

  • Les signaux d’un marché en recomposition

Le dernier rapport de France Invest et Grant Thornton consacré à l’activité des acteurs français du capital-investissement confirme le ralentissement du marché. Derrière des chiffres qui peuvent paraître résilients, plusieurs indicateurs témoignent cependant d’une activité encore contrainte.

Certes, les levées de capitaux progressent de 15 % par rapport à 2024. Mais cette hausse doit toutefois être relativisée. Elle repose largement sur le développement des fonds dits « de continuation ».

          1. La montée en puissance des fonds de continuation

Ces véhicules, créés par les sociétés de gestion elles-mêmes, permettent de conserver certaines participations au-delà de la durée de vie initialement prévue du fonds. Ils offrent ainsi une solution lorsque les conditions de marché ne sont pas réunies pour céder un actif dans de bonnes conditions. Leur montée en puissance est donc une réponse aux difficultés actuelles des fonds à réaliser des sorties.

Un constat partagé par le responsable des investissements non cotés de Scala Patrimoine : « le ralentissement du marché du M&A sur le segment large cap depuis près de quatre ans favorise l’émergence des fonds de continuation et des secondaires. Ce mouvement traduit une forme de tension sur la liquidité structurelle du marché, qu’il convient toutefois de nuancer en partie. Car ces véhicules constituent aussi des opportunités réelles, à condition de mener un travail de sélection rigoureux. »

Sans l’apport de ces fonds, la collecte aurait en réalité légèrement reculé, passant de 23,6 à 23 milliards d’euros. Le principal manque à l’appel concerne les très grandes levées, supérieures au milliard d’euros, devenues nettement plus rares.

Capital-Investissement & Fonds de continuation - Levées de fonds
Capital-Investissement & Fonds de continuation - Levées de fonds

À l’inverse, les fonds de taille intermédiaire tirent leur épingle du jeu. Les closings compris entre 100 et 500 millions d’euros progressent à la fois en nombre et en montant, tandis que ceux situés entre 500 millions et 1 milliard d’euros reculent fortement, avec une baisse de 42 % des montants levés et de 50 % du nombre d’opérations.

       2. Les ventes des actifs tardent à se matérialiser

Autre symptôme d’un marché encore grippé : les cessions. Hors fonds de continuation, leur volume recule de 11,5 milliards d’euros en 2024 à 10,1 milliards en 2025. Une évolution qui illustre les difficultés rencontrées par les gestionnaires pour céder les entreprises de leur portefeuille dans des conditions de valorisation jugées satisfaisantes.

Cette situation se reflète également dans l’allongement de la durée des levées de fonds. Entre le premier et le dernier closing, il faut désormais en moyenne 23,6 mois pour finaliser une levée, contre 20,9 mois en 2024. À titre de comparaison, 14 mois suffisaient encore en 2021. Un écart qui mesure à lui seul le changement d’environnement auquel les acteurs sont confrontés.

Les investissements, en revanche, résistent relativement bien. Les montants engagés passent de 36,9 à 36,4 milliards d’euros. Ce niveau demeure soutenu, même s’il intègre les opérations réalisées dans le secteur des infrastructures, particulièrement dynamique ces dernières années.

  • Capital-développement : des signes d’essoufflement visibles ?

Le capital-développement évolue dans un contexte comparable à celui du private equity dans son ensemble. Là encore, le dynamisme des fonds de continuation tend à masquer un ralentissement plus marqué de l’activité sous-jacente.

Si la valeur des cessions progresse grâce à quelques opérations d’envergure, leur nombre est en recul. Les sorties demeurent ainsi inférieures à ce que laisserait attendre le volume des investissements réalisés ces dernières années.

Du côté de la collecte, les montants levés en France progressent néanmoins, passant de 5,2 milliards d’euros en 2024 à 6,3 milliards en 2025.

Capital-Developpement - Levées de fonds
Capital-Developpement - Levées de fonds

La faiblesse persistante des opérations primaires constitue toutefois un signal de ralentissement. Ces transactions, qui correspondent à une injection directe de capitaux dans les entreprises, représentent traditionnellement une part importante de l’activité du capital-développement. Or elles restent nettement en dessous de leur moyenne historique.

En 2025, les opérations primaires ne représentent plus que 35 % des transactions, contre 45 % en moyenne sur la période 2015-2024. Cette évolution reflète une prudence accrue des dirigeants comme des investisseurs dans un environnement économique encore incertain.

Le constat est identique en valeur. Les investissements en capital-développement reculent à 2,98 milliards d’euros en 2025, contre près de 4 milliards en 2024 et 5,4 milliards en 2022.

Cette contraction se retrouve enfin dans le nombre d’entreprises accompagnées. En 2025, 558 sociétés ont bénéficié d’un soutien en capital-développement, contre 675 un an plus tôt et 821 en 2022. Un recul significatif qui confirme le ralentissement progressif d’un segment traditionnellement moteur dans le financement de la croissance des PME et ETI françaises.

Quelle stratégie mettre en œuvre ?

Le capital-développement s’est imposé comme une voie médiane au sein des marchés privés, à la croisée du venture capital et du LBO. Une position singulière qui séduit les investisseurs en quête d’un compromis entre potentiel de performance et maîtrise du risque.

  • Tirer profit du pic de croissance d’une entreprise

« Si le risque est bien présent, il demeure plus modéré qu’en capital-risque, car les entreprises ciblées disposent généralement d’un modèle économique éprouvé et de revenus récurrents », explique Adrien Tourbet. « Le venture capital se caractérise par un taux d’échec élevé compensé par une forte diversification du portefeuille; le LBO, à l’inverse, repose sur un nombre plus restreint de participations et offre des rendements souvent plus compressés mais relativement prévisibles.. Le capital-développement se situe entre les deux avec des portefeuilles plus concentrés qu'en venture capital mais plus diversifiés qu'en LBO, le plus souvent sous forme de participations minoritaires. La création de valeur repose alors davantage sur la progression de l'EBITDA que sur l'expansion des multiples ou les effets du désendettement. »

L’attrait de cette classe d’actifs ne se limite pas à ce positionnement intermédiaire. Elle ouvre également la porte à des entreprises à fort potentiel de croissance encore absentes des marchés cotés. À ce stade de leur développement, ces sociétés traversent souvent la phase la plus dynamique de leur histoire.

Le contexte actuel renforce par ailleurs l’intérêt du segment. « L’allongement de la période durant laquelle les entreprises restent non cotées avant une éventuelle introduction en Bourse ou une cession constitue un soutien structurel au growth capital. Les IPO se font plus rares et, mécaniquement, cette classe d’actifs capte une partie de cette valeur qui se crée désormais hors des marchés publics », souligne Adrien Tourbet.

  • Une prime d’illiquidité ?

À ces perspectives de croissance s’ajoute la prime d’illiquidité, qui rémunère les investisseurs acceptant d’immobiliser leur capital pendant plusieurs années. Une contrepartie incontournable. « L’horizon de détention se situe généralement entre quatre et sept ans. C’est un peu plus court qu’en venture capital et légèrement plus long qu’en LBO. On retrouve cette même logique d’équilibre entre rendement espéré et niveau de risque, caractéristique des stratégies intermédiaires », conclut-il.

Pour les investisseurs, l’équation est donc claire : accepter un horizon de placement long en échange d’une exposition à des entreprises déjà matures, mais encore en pleine phase d’accélération.

Les principaux risques du capital développement

Le premier écueil tient à la liquidité. Contrairement aux actions cotées, qui peuvent être cédées à tout moment sur les marchés, un investissement en private equity s’inscrit dans un temps long. Le capital est généralement immobilisé entre cinq et dix ans, avec des possibilités de sortie limitées, voire inexistantes avant l’échéance. Cette illiquidité constitue l’un des risques les plus structurants de la classe d’actifs : l’investisseur doit accepter de renoncer à une partie de sa flexibilité financière en échange d’un potentiel de performance supérieur.

Cette contrainte impose une certaine discipline patrimoniale. Les professionnels du secteur recommandent généralement de ne pas consacrer plus de 10 % à 20 % de son patrimoine global au private equity. Mieux vaut également répartir ses engagements sur plusieurs millésimes ou plusieurs segments d’investissement afin de lisser les cycles de marché et conserver une épargne de précaution immédiatement disponible.

Mais les points de vigilance ne s’arrêtent pas là. « Il existe aussi une forte dépendance à la qualité du sourcing et à l’expertise de l’équipe de gestion. Dans un marché devenu très concurrentiel, le risque de surpayer les actifs à l’entrée est également réel. À cela s’ajoute un risque de change pour les investissements réalisés hors de la zone euro » détaille ainsi Adrien Tourbet.

Reste enfin la question des frais, souvent moins lisible qu’il n’y paraît. Entre les différentes structures d’investissement, les véhicules intermédiaires et les mécanismes de carried interest, les couches de rémunération peuvent se multiplier. Une accumulation qui, à terme, est susceptible d’entamer significativement la performance nette et de réduire l’intérêt d’un placement déjà marqué par son caractère illiquide.

Nos conseils pour bien investir

Dans les grandes allocations patrimoniales, le private equity représente environ 20 % du portefeuille global. Au sein de cette poche, le LBO en constitue le cœur (près de 50 %). Viennent ensuite le capital développement (15 à 25 %), la dette autour de 10 % et le venture capital proche de 5 %. Le solde étant réparti entre infrastructures et stratégies hybrides.

Dans cet univers, la sélection des véhicules d’investissement n’est pas un détail : elle fait la performance, bien plus que dans la plupart des classes d’actifs. La dispersion entre les meilleurs et les moins bons gérants y est particulièrement marquée.

  • Les critères de sélection

En private equity, choisir un fonds relève d’une grande discipline. La différence de performance entre les quartiles en témoigne. Selon StepStone Group, les fonds américains du premier quartile affichent un rendement annualisé proche de 24 %, quand ceux du dernier quartile peinent à atteindre 2 % sur la même période.

Trois critères dominent :

- Un processus d’investissement clair et rigoureux.

- Le track record du gérant, observé sur plusieurs millésimes, pas un seul cycle

- La stratégie du fonds, mais surtout la stabilité et la cohésion des équipes d’investissement

À cela s’ajoute un point souvent sous-estimé : la capacité d’accès aux meilleures opérations et l’alignement réel entre gestionnaires et investisseurs. Dans ce métier, la constance compte autant que la promesse initiale.

  • Exemples de levées de fonds spécialisés sur le segment du capital-développement

Parmi les nombreux fonds investis sur le segment du capital-développement, trois véhicules se sont distingués au cours des derniers mois.

       1. Bridgepoint Development Capital V

Plateforme incontournable dans l’univers du private equity européen, avec 67 milliards d’euros d’actifs, le groupe britannique a structuré une ligne dédiée aux entreprises de taille intermédiaire du segment du lower midcap : Bridgepoint Development Capital V. Un fonds doté de 2,8 milliards d’euros, qui cible des entreprises valorisées entre 100 et 300 millions d’euros.

Celui-ci se concentre ainsi principalement sur les secteurs des services, de la technologie et de la santé, des verticales réputées pour leur résilience et leur potentiel de croissance. Sur le plan géographique, le fonds investit au Royaume-Uni, en France, dans les pays nordiques et dans les pays germanophones. Côté performance, l’historique des millésimes précédents est solide : les fonds de Bridgepoint affichent en moyenne un multiple net de 2,6x, des chiffres qui expliquent l’appétit marqué des investisseurs institutionnels pour la marque.

       2. Eurazeo Growth Fund IV

Eurazeo, acteur français du capital-investissement spécialisé dans le midcap européen, a lancé avec succès le quatrième millésime de son fonds dédié au segment du capital-développement. Lancé en 2025 avec un premier closing à 650 millions d’euros, l’Eurazeo Growth Fund IV vise une taille finale d’un milliard d’euros et s’inscrit dans la continuité d’une décennie d’investissement dans la tech européenne.

Le fonds cible des scale-ups à travers toute l’Europe, avec des tickets compris entre 20 et 100 millions d’euros, en mettant l’accent sur les applications d’intelligence artificielle pour les entreprises, de la cybersécurité au climat. Les sociétés visées sont déjà des leaders de leur marché, affichent une valorisation supérieure à 100 millions d’euros et une croissance de revenus de 20 à 30 % par an. Ce nouveau fonds capitalise ainsi sur un palmarès de plus de 30 champions technologiques mondiaux, parmi lesquels EcoVadis, Dataiku, Qonto ou encore commercetools.

       3. Ardian Expansion Fund VI

Avec un tour de table record de 3,2 milliards d’euros, Ardian Expansion Fund VI s’impose comme le véhicule phare du private equity européen de taille intermédiaire. Le fonds cible des entreprises privées de taille moyenne en mobilisant des tickets d’investissement compris entre 50 et 300 millions d’euros.

Géographiquement, le véhicule du gérant français concentre son attention sur les principales économies de la zone euro. Sa thèse repose sur une stratégie de « buy-and-build » : Ardian prend des participations majoritaires dans des sociétés à forte croissance et les accompagne dans leur expansion internationale, notamment via des acquisitions ciblées. Signe de la confiance du marché, près de 200 limited partners issus de 28 pays ont souscrit, dont 120 nouveaux entrants.

Conclusion

Le segment du capital-développement n’échappe pas au ralentissement du marché. Pour autant, ces phases de tension révèlent souvent, en creux, les meilleures opportunités pour les investisseurs disciplinés et sélectifs. C’est précisément dans ces cycles moins favorables que les meilleurs gérants, parviennent à se distinguer.

« Dans les mois à venir, le capital-investissement pourrait par ailleurs bénéficier d’un regain d’activité sur le marché des IPO, porté par quelques dossiers emblématiques - SpaceX, Anthropic, OpenAI - susceptibles de redonner de la profondeur et de la liquidité à l’ensemble de la classe d’actifs », appuie Adrien Tourbet.

Sur le long terme, la classe d’actifs conserve une forme de résilience. « Malgré un environnement parfois contraint, le capital-développement s’appuie sur une thèse de création de valeur opérationnelle solide. C’est sans doute là son principal atout : la capacité à générer de la valeur de manière relativement régulière et donc, indirectement, de la liquidité », souligne le responsable des investissements non cotés de Scala Patrimoine, en guise de conclusion.

Nos équipes sont à votre disposition pour échanger sur vos projets d’investissement et évaluer, avec vous, leur intérêt, au regard de l’environnement économique et financier, de la structuration de votre patrimoine et de vos objectifs de vie.


Assurance-vie : Rapport de l'Observatoire des produits d'épargne financière

Frais cachés : le véritable coût de vos placements financiers

Ce qu’il faut retenir

  • Les frais, visibles comme invisibles, sont souvent sous-estimés. Pourtant, sur le long terme, ils peuvent grignoter une part très significative de la performance d’un patrimoine.
  • Le mode de rémunération des professionnels n’est pas neutre. Le système de rétrocommissions, encore très présent, peut introduire des biais dans les recommandations d’investissement. À l’inverse, les modèles fondés sur des honoraires affichés à l’avance offrent généralement plus de lisibilité.
  • La performance ne dépend pas uniquement du “bon produit”. Elle repose surtout sur la construction globale du portefeuille : arbitrage entre gestion active et passive, structure des frais, cohérence de l’allocation. Ce sont ces éléments, plus que la recherche de solutions miracles, qui font réellement la différence dans le temps.

« Près de 50 % des gains de l’épargne sont captés par les frais de gestion sur quarante ans. » La conclusion, tirée du rapport d’information sur la protection des épargnants publié en 2021 par les sénateurs Jean-François Husson et Albéric de Montgolfier, peut surprendre. Il rappelle cependant une réalité sous-estimée : la performance d’un placement ne dépend pas uniquement des marchés ou des supports choisis, mais aussi du niveau de frais prélevés tout au long de la vie de l’investissement.

Qu’il s’agisse d’une banque privée, d’un assureur, d’un cabinet de gestion de patrimoine ou d’un multi-family office, la politique tarifaire constitue ainsi un facteur déterminant dans la création de valeur pour l’épargnant.

Le rapport met également en lumière les limites du modèle français de rémunération des intermédiaires financiers, encore largement fondé sur les rétrocessions de commissions. Ce mécanisme, très répandu dans les univers bancaire et assurantiel, contribue à alourdir le coût final des placements. Il soulève aussi une question plus sensible : celle des conflits d’intérêts. Lorsqu’une partie de la rémunération du conseiller dépend des produits distribués, le risque existe de privilégier les solutions les plus rémunératrices pour l’intermédiaire plutôt que les plus pertinentes pour le client.

Comment sont réellement rémunérés les professionnels qui accompagnent les épargnants ? Quels frais se cachent derrière les performances affichées ? Quels points de vigilance faut-il garder à l’esprit ? Décryptage.

Frais de gestion et rétrocommissions : un modèle encore dominant

La France demeure l’un des derniers grands marchés européens où la rémunération des conseillers repose majoritairement sur les rétrocommissions.

  • Le fonctionnement des rétrocommissions et leur impact sur les recommandations d’investissement

« Dans la pratique, un courtier en assurance ou un conseiller patrimonial n’est généralement pas rémunéré pour le temps consacré à l’analyse de la situation de son client. Sa rémunération provient principalement des commissions versées par les sociétés de gestion, les assureurs ou les établissements financiers dont il distribue les produits », prévient d’emblée Guillaume Lucchini, associé fondateur du multi-family office indépendant Scala Patrimoine.

C’est précisément pour répondre aux risques de conflits d’intérêts inhérents à ce modèle que la réglementation MIF II a consacré le statut de conseiller indépendant.

Comme l’explique le fondateur de Scala Patrimoine, « l’objectif du législateur est clair : limiter les mécanismes susceptibles d’influencer les recommandations et garantir que les solutions proposées répondent avant tout aux besoins du client ».

  • Les enjeux autour de l’indépendance et de la transparence

À ses yeux, choisir un conseiller véritablement indépendant présente ainsi plusieurs avantages.

D’abord, cette indépendance permet d’accéder à l’ensemble du marché sans contrainte liée à une gamme propriétaire ou à des accords commerciaux. Ensuite, elle favorise une meilleure convergence d’intérêts entre le professionnel et son client, puisque la rémunération repose sur des honoraires clairement identifiés et non sur la vente d’un produit particulier.

Enfin, ce modèle apporte également davantage de transparence. Le coût du conseil est connu à l’avance, tandis que les risques de conflits d’intérêts sont fortement réduits.

« Pourtant, malgré ces bénéfices, seuls 5 % des professionnels du conseil patrimonial ont aujourd’hui fait le choix de ce statut », regrette Guillaume Lucchini.

Gestion active ou gestion passive : quelle place dans les portefeuilles ?

La place de la gestion passive dans les allocations d’actifs a considérablement augmenté au cours des dernières années, écartant peu à peu les fonds de gestion active.

  • Les écarts de performance

L’étude SPIVA (S&P Indices Versus Active) s’est d’ailleurs penchée sur le phénomène, en comparant les performances des fonds de gestion active à celles de leurs indices de référence. Réalisée par S&P Dow Jones Indices, elle fait figure de référence mondiale sur le sujet.

« Comme le montre cette étude, sur longue période, la majorité des fonds actifs ne parvient pas à battre son indice de référence après frais », précise Francesco Baiano, chargé d’investissement chez Scala Patrimoine.

Les chiffres sont, il est vrai, éloquents :

- Sur cinq ans, entre 70 % et 90 % des fonds actifs sous-performent leur indice.

- Sur dix ans, cette proportion atteint généralement entre 80 % et 95 % selon les catégories étudiées.

Et pour les auteurs de cette étude, la principale explication réside dans les frais. Un ETF mondial affiche souvent des coûts annuels compris entre 0,05 % et 0,40 %. À l’inverse, les fonds actifs facturent fréquemment entre 1 % et 2 % par an. À première vue, l’écart paraît limité. Sur vingt ou trente ans, il devient considérable.

  • Quand la gestion active reste pertinente

Faut-il en conclure que la gestion active est condamnée ? Certainement pas.

« L’étude SPIVA ne démontre pas que la gestion active ne fonctionne jamais. Elle montre qu’elle fonctionne rarement et surtout qu’elle ne fonctionne pas partout », met en perspective Francesco Baiano.

Certaines classes d’actifs offrent davantage d’opportunités aux gérants actifs. Les marchés obligataires, les petites capitalisations ou encore certains segments spécialisés demeurent moins efficients que les grandes actions internationales. L’information y circule moins vite, la couverture des analystes est plus faible et les inefficiences plus nombreuses.

« L’enjeu n’est donc pas de choisir un camp. Il consiste à identifier les marchés où la gestion passive est la plus pertinente et ceux où la gestion active conserve un réel potentiel de création de valeur », conclut Guillaume Lucchini.

Quels sont les frais réellement payés par les investisseurs ?

Le niveau de frais supporté par un investisseur dépend de plusieurs facteurs : le mode de rémunération du conseiller, la structure du contrat utilisé et, comme nous l’avons vu précédemment, les caractéristiques des supports d’investissement sélectionnés.

Pour illustrer cet enjeu, comparons deux approches : celle d’un acteur fonctionnant selon un modèle de rétrocommissions et celle d’un multi-family office indépendant tel que Scala Patrimoine.

  • Exemple d’un acteur traditionnel, rémunéré par rétrocommissions

Les clients qui sonnent à notre porte viennent souvent nous présenter leur portefeuille d’investissement, pour lequel nous réalisons des audits très poussés, sur les orientations et choix d’investissement bien sûr, leur positionnement dans le cadre d’une stratégie patrimoniale définie, mais aussi sur la structure de frais appliqués.

C’est ainsi que nous avons repris pour notre exemple le cas d’un contrat d’assurance-vie traditionnel ouvert dans une banque privée, présenté par un client. Cet acteur n’ayant pas le statut de conseiller indépendant, se rémunère par l’application de rétrocommissions.

Les frais courants des fonds sous-jacents varient généralement entre 0,15 % et 2,47 %, avec une moyenne pondérée de 1,53 %. À cela s’ajoutent les frais de gestion du contrat, qui atteignent dans notre exemple 0,80 % par an.

L’allocation repose majoritairement sur des fonds actifs, lesquels représentent environ 87 % de l’encours investi. Les ETF sont donc, par ricochet, peu présents dans le contrat. Au total, le coût annuel direct et indirect du contrat s’élève à 2,33 %.

Frais appliqués par un acteur traditionnel
Frais appliqués par un acteur traditionnel
  • L’exemple d’un contrat proposé par Scala Patrimoine

Scala Patrimoine, en tant que multi-family office indépendant, rémunéré à 100 % par honoraires, ne perçoit aucune rétrocommission. Cette suppression de la « part distributeur » réduit considérablement les frais. Grâce à cette réduction des frais de gestion des fonds, le placement peut offrir de meilleurs rendements.

Dans cette configuration, les frais courants des supports sélectionnés s’échelonnent entre 0,05 % et 1,19 %, pour une moyenne pondérée de 0,44 %.

Les frais de gestion du contrat sont limités à 0,45 %. Les commissions perçues par l’intermédiaire étant purement et simplement supprimées.

La part de gestion active représente 37 % du portefeuille et se concentre sur des classes d’actifs où les probabilités de surperformance apparaissent les plus élevées, notamment certaines stratégies obligataires.

Le coût global du contrat ressort ainsi à 0,89 % par an.

« L’écart peut sembler modeste à première vue. Pourtant, lorsqu’il s’applique année après année sur plusieurs décennies, il produit des différences significatives en matière de capital final », explique Francesco Baiano.

Frais appliqués à un contrat proposé par un indépendant
Frais appliqués à un contrat proposé par un indépendant

Frais cachés : ce que les épargnants ne voient pas toujours

Aux frais annuels s’ajoutent souvent d’autres coûts, plus discrets.

Les droits d’entrée, d’abord, demeurent largement pratiqués par les banques, les assureurs et certains cabinets de gestion de patrimoine. Selon les supports, ils représentent fréquemment entre 1 % et 3 % des montants investis.

Viennent ensuite les commissions de surperformance et les frais d’arbitrage intégrés dans les frais de gestion des contrats ou des fonds eux-mêmes. Invisibles pour l’investisseur, elles constituent pourtant une partie du coût réel de détention.

Comparaison entre acteurs indépendants et non indépendants
Comparaison entre acteurs indépendants et non indépendants

Pourquoi la structure de frais influence directement la performance finale

L’impact des frais est loin d’être anecdotique

Sur un investissement de 10 000 euros réalisé dans la catégorie Morningstar Actions Internationales sur dix ans, les écarts observés sont significatifs :

- un fonds actif en classe institutionnelle (« clean share »), sans rétrocommissions, affiche une progression de 240 % ;

- l’indice de référence progresse de 227 % ;

- le même fonds en classe retail, intégrant des rétrocommissions, n’enregistre qu’une hausse de 183 %.

Même société de gestion, même stratégie, même portefeuille. La différence provient essentiellement du niveau de frais supporté par l’investisseur.

Ce que l’on ne vous dit pas toujours

Les frais ne sont pas le seul sujet qui mérite attention.

Un portefeuille n’est jamais un objet figé. Pour Guillaume Lucchini, il est important de rappeler « qu’une allocation pertinente aujourd’hui peut devenir inadaptée quelques années plus tard, sous l’effet de l’évolution des marchés, de la fiscalité ou de la situation personnelle de l’investisseur. Il est donc essentiel de le suivre et de le monitorer quotidiennement ».

Or, le conseil patrimonial se limite trop souvent à la phase de mise en place. Les arbitrages sont rares, les ajustements limités et la réflexion globale souvent absente.

« Dans de nombreux cas, la dépendance aux rétrocommissions conduit à une certaine standardisation des portefeuilles, avec une prédominance de la gestion active et des coûts indirects élevés », regrette ainsi le fondateur de Scala Patrimoine.

Le rôle du conseil patrimonial dans la maîtrise des frais

Tous les portefeuilles sont soumis à l’aléa des marchés. Personne ne peut l’éliminer. En revanche, la manière de construire une allocation peut faire une différence considérable.

  • L’importance de l’allocation d’actifs

« De nombreuses études ont montré que l’allocation d’actifs constitue le principal facteur expliquant les écarts de performance entre deux portefeuilles sur le moyen terme. À plus longue échéance, la sélection des supports joue également un rôle majeur », appuie Francesco Baiano.

Dans nos analyses, près d’un tiers de la surperformance observée provient directement de la qualité de cette sélection.

Pourquoi certains supports font-ils mieux que d’autres ? Plusieurs éléments entrent en jeu : le choix entre gestion active et passive, le niveau de frais, la robustesse du processus de gestion, la capacité à générer de l’alpha de manière récurrente ou encore la stabilité des équipes de gestion.

Le rôle du conseil reste donc central.

Définir une stratégie patrimoniale ne consiste pas à empiler des produits financiers. Il s’agit d’organiser des solutions cohérentes autour d’objectifs de vie, puis de les faire évoluer au fil du temps.

  • Pourquoi choisir Scala Patrimoine ?

Notre approche débute par une analyse patrimoniale approfondie : actifs, passifs, revenus, fiscalité, horizon d’investissement, objectifs de transmission. Chaque recommandation découle de cette cartographie initiale.

« Sur cette base, nous construisons des allocations sur mesure en associant gestion active et gestion passive au sein d’un cadre méthodologique rigoureux. Chaque composante du portefeuille répond à une fonction précise et s’inscrit dans une logique d’ensemble », détaille le chargé d’investissement du multi-family office indépendant.

« Notre rémunération repose sur une totale transparence. Nous sommes rémunérés par nos clients, non par les sociétés dont nous recommandons les solutions », insiste Guillaume Lucchini.

Cette indépendance nous permet de sélectionner librement les supports les plus adaptés : ETF lorsque l’efficience des marchés le justifie, fonds actifs lorsque les opportunités de création de valeur apparaissent réelles. Scala Patrimoine s’attache ainsi à maîtriser strictement les niveaux de frais appliqués aux placements proposés à ses clients, avec l’objectif de privilégier la performance nette à long terme.

L’accompagnement ne s’arrête pas à la mise en place de la stratégie. Le suivi est continu. Les allocations évoluent en fonction des marchés comme des changements intervenant dans la vie de nos clients.

En guise de conclusion, Guillaume Lucchini précise « qu’au-delà des placements, nous privilégions une vision globale intégrant les dimensions financières, fiscales et patrimoniales. Car un patrimoine ne se résume jamais à un portefeuille. C’est un ensemble vivant, qui exige du temps, de la méthode et une capacité d’adaptation permanente ».

Nos équipes sont à votre disposition pour échanger sur vos projets d’investissement, la structuration de frais de vos contrats, et évaluer, avec vous, leur intérêt, au regard de l’environnement économique et financier, de la structuration de votre patrimoine et de vos objectifs de vie.


Investissement : Les marchés financiers & placements : les États-Unis négocient des accords commerciaux avec ses principaux partenaires commerciaux

Les convictions d’investissement de Scala Patrimoine - Juin 2026

Ce qu’il faut retenir

  • La diversification demeure clé pour réussir son investissement sur les marchés financiers ;
  • Les performances sur les marchés actions restent largement tirées par un nombre restreint de valeurs, principalement technologiques ;
  • Les marchés obligataires sont les premiers touchés par les tensions géopolitiques ;

Marchés actions : un rallye alimenté par les valeurs de la tech

Le contexte macroéconomique demeure un facteur de vigilance pour les investisseurs. Les indicateurs ISM manufacturier et services signalent des pressions inflationnistes persistantes, alors que le marché du travail américain continue de surprendre positivement, soutenant la consommation. Celle-ci bénéficie également d’un effet de richesse lié à la hausse des marchés actions.

  • Une forte concentration sectorielle sur les indices boursiers

Le consensus reste prudent pour le mois de juin, sans inflexion majeure par rapport à mai. Le récent rallye repose quasi exclusivement sur les résultats bénéficiaires exceptionnels du secteur technologique et, dans une moindre mesure, du secteur énergétique. « Cette concentration sectorielle extrême justifie le maintien d'une posture neutre à court terme pour notre multi family office indépendant », explique Romane Azzopardi, responsable de la gestion financière chez Scala Patrimoine.

La concentration sur la technologie et les semi-conducteurs atteint désormais un niveau élevé. Le Russell 2000, indice des petites capitalisations américaines, surperforme les grandes capitalisations, mais même sur ce segment, les valeurs technologiques prennent une place croissante. La société SanDisk représente à elle seule 3,6 % de l’indice. En Europe, la même dynamique est à l’œuvre : les mid-caps surperforment, mais avec une amplitude limitée face aux grandes capitalisations.

La gestion passive accentue ce phénomène. Les grands indices se trouvent de plus en plus exposés aux valeurs technologiques, rendant la diversification via les ETF toujours plus difficile. Dans ce contexte, la gestion active, ciblée sur des thématiques d'investissement spécifiques ou des secteurs délaissés, apparaît comme l’une des rares alternatives crédibles pour s’extraire de cette concentration.

  • Les pistes de diversification

Plusieurs axes de diversification sont identifiés sur le marché américain, qui reste structurellement privilégié par rapport aux actifs européens.

D’une part, les valeurs bancaires et financières, qui ont bien performé depuis le début de l’année, pourraient bénéficier d’une rotation sectorielle en cas de réouverture du détroit d’Ormuz.

D’autre part, la consommation cyclique. Certains segments industriels de taille intermédiaire pourraient, en effet, tirer parti d’un rebond de l’activité.

Enfin, il peut être pertinent de se positionner sur des segments adjacents à la chaîne de valeur technologique, en misant sur l’électrification, les énergies vertes ou encore les infrastructures liées aux data centers. « Ces thématiques restent toutefois très corrélées aux mouvements du secteur technologique global », prévient Romane Azzopardi.

Sur le plan géographique, les marchés émergents méritent également une attention particulière. « Taïwan et la Corée sont désormais les deux premiers marchés émergents, devant la Chine et l’Inde. La concentration technologique y est tout aussi forte, avec de véritables champions comme Samsung ou SK Hynix », souligne Francesco Baiano, chargé d’investissement chez Scala Patrimoine.

  • Investissement boursier : de nombreux points d’attention à suivre

Au cours des prochaines semaines, les investisseurs devront rester attentifs à plusieurs facteurs susceptibles de déstabiliser les marchés.

C’est notamment le cas des nombreux projets d’introductions en bourse. SpaceX, OpenAI ou encore Anthropic ont déjà annoncé leur intention de lever des capitaux sur les marchés. « De telles IPO pourraient générer d’importants effets d’éviction », avertit Francesco Baiano. Il ajoute : « Les flux actuellement concentrés sur Nvidia, TSMC ou Samsung pourraient se rediriger vers ces nouvelles valeurs. SpaceX serait susceptible d’intégrer immédiatement le top 4 des capitalisations mondiales dès son introduction en bourse. »

Par ailleurs, les derniers résultats bénéficiaires ont confirmé la solidité exceptionnelle des fondamentaux du secteur technologique, ainsi qu’une demande toujours soutenue, alimentant une révision à la hausse des capex prévus pour les deux prochaines années.

Mais le financement de ces investissements massifs constitue un risque spécifique. « Si les taux longs se maintiennent ou augmentent, le coût de financement de ces capex pèsera mécaniquement sur les marges et les valorisations », prévient Romane Azzopardi.

Un retournement du secteur technologique - qu’il soit lié à la régulation, à une pénurie de composants ou à l’effet des IPO - provoquerait un double choc : d’une part une baisse des portefeuilles, et d’autre part une contraction de la consommation des ménages aisés américains.

  • Une confiance en berne ?

Un décalage marqué persiste entre les indicateurs de sentiment, l’Université du Michigan au plus bas historique, des anticipations d’inflation en hausse, et les données réelles. La consommation américaine demeure solide, tout comme les ventes de détail. Les points morts d’inflation sur les TIPS restent modérés, même sur les maturités courtes, alimentant une dichotomie inhabituellement persistante.

Pour conclure, Francesco Baiano souligne que « la croissance économique américaine dépend de plus en plus des gains de productivité plutôt que de la croissance de l’emploi, une structure historiquement plus fragile, plus sensible aux chocs de financement et aux cycles d’investissement en capital ».

Marchés obligataires : une équation de plus en plus serrée

Le marché obligataire demeure, à ce stade, le principal facteur de risque systémique identifié par les investisseurs. Le taux à 10 ans américain évolue désormais autour de 4,60-4,65 %, une zone généralement jugée sensible par les analystes. À ces niveaux, le portage redevient attractif en termes de rendement réel, mais une nouvelle poussée des taux viendrait rapidement en réduire l’intérêt.

  • Qu’attendre des banques centrales ?

Les investisseurs restent focalisés sur les trois grandes banques centrales mondiales : la Banque du Japon (BOJ), la Banque centrale européenne (BCE) et la Réserve fédérale américaine (Fed).

Au Japon, la BOJ devrait procéder à une nouvelle hausse de taux lors de sa prochaine réunion, principalement dans une logique de crédibilité monétaire et de soutien au yen. L’impact attendu serait modérément positif sur la perception de la lutte contre l’inflation.

Dans la zone euro, l’inflation est repassée au-dessus du seuil des 3 %. Une hausse de taux par la BCE est donc largement anticipée et déjà intégrée dans les prix de marché. « L’objectif reste d’ancrer les anticipations d’inflation et de contenir les tensions sur la partie longue de la courbe » prévient Romane Azzopardi. Dans ce contexte, l’effet de surprise apparaît limité, et l’impact sur les marchés actions européens devrait rester contenu.

Aux États-Unis, un statu quo monétaire est attendu au moins jusqu’à la fin de l’année 2026. « Le nouveau président de la Fed, Kevin Warsh, tente de s’affirmer comme gouverneur indépendant vis-à-vis de l’exécutif américain. Si ce n’est pas par les taux, l’ajustement pourrait passer par le bilan », explique Romane Azzopardi.

  • Investissement obligataire : le portage toujours privilégié

Notre multi-family office conserve un positionnement inchangé sur les marchés obligataires. Une orientation confirmée par la responsable des investissements de Scala Patrimoine : « Nous continuons de privilégier le segment Investment Grade européen. Le portage reste attractif et les fondamentaux solides. Les analystes anticipent peu de compression supplémentaire des spreads, déjà à des niveaux très serrés. »

L’inquiétude porte davantage sur l’effet taux, dans l’hypothèse d’une poursuite de la remontée des rendements.

L'investissement sur les métaux précieux & les cryptoactifs

L’or, les métaux précieux et les cryptoactifs suivent des trajectoires très différentes.

  • L’investissement sur l'or freiné par les taux réels

La demande des banques centrales pour l’or ne se dément pas, confirmant une tendance structurelle de long terme. Certaines d’entre elles ont pu céder ponctuellement des réserves afin de générer de la liquidité en période de tensions, mais la dynamique globale demeure nettement haussière, portée en particulier par les banques centrales des pays émergents asiatiques.

À court terme, toutefois, le métal jaune évolue dans un environnement moins porteur : des taux réels élevés et un dollar relativement ferme pèsent sur sa performance. Sur les dernières semaines, l’investisseur privé s’en est d’ailleurs largement détourné.

« À moyen et long terme, un scénario d’inflation persistante comprimant les taux réels redeviendrait favorable à l’or, qui retrouverait alors son rôle de valeur refuge. La demande structurelle des banques centrales reste un soutien fondamental », prévient néanmoins Romane Azzopardi.

  • Le bitcoin et les crypto-actifs : une décorrélation progressive du secteur technologique

Le bitcoin évolue actuellement davantage comme un actif de diversification, plus proche par certains aspects de l’or que comme un actif strictement corrélé au secteur technologique.

Dans le même temps, les volumes échangés sur les crypto-actifs restent faibles, au plus bas depuis plusieurs années, tandis que les capitaux se concentrent sur un nombre restreint d’actifs traditionnels. Dans ce contexte, le bitcoin évolue autour de 60 000 dollars.

Une opportunité potentielle peut se dessiner à ces niveaux, mais sans véritable conviction directionnelle à court terme.

Produits structurés : la quête de rendement sous contrainte de marché

La compression de la volatilité implicite - notamment liée à la vente d’options par les ETF « income » - réduit mécaniquement l’attractivité des produits à capital protégé en termes de prime. À l’inverse, le niveau élevé des taux d’intérêt améliore sensiblement la rémunération des structures à participation et des produits de rendement.

  • Produits à participation et de rendement

Dans un contexte de marchés proches de leurs plus hauts, les produits à participation sur des maturités longues (cinq ans et plus) apparaissent particulièrement intéressants. Le niveau des taux permet en effet de structurer des produits offrant une exposition significative à la hausse des marchés, tout en finançant la protection du capital via le portage obligataire.

La condition reste toutefois exigeante. Comme l’explique Francesco Baiano : « l’investisseur doit conserver une conviction haussière sur les marchés à horizon long terme et accepter l’absence totale de liquidité ainsi que de flux intermédiaires jusqu’à l’échéance. En cas de performance nulle ou négative, aucun versement n’intervient avant la maturité. »

En parallèle, les structures de type worst-of offrent des niveaux de rendement attractifs. Leur efficacité repose néanmoins sur la décorrélation des sous-jacents : lorsque des actifs fortement corrélés ou déjà surévalués (par exemple luxe et technologie) sont combinés, le risque de franchissement de barrière par le sous-jacent le plus faible augmente sensiblement. La sélection des actifs sous-jacents devient alors un paramètre déterminant.

  • Notre positionnement

Dans un environnement marqué par une forte incertitude macroéconomique, « les produits structurés demeurent un outil privilégié pour ajuster finement le couple rendement/risque, notamment afin d’obtenir une exposition aux marchés actions avec une protection partielle, voire totale, du capital » explique Romane Azzopardi.

Stratégies alternatives : un univers d'investissement fragmenté

La conviction sur les fonds alternatifs disponibles au format UCITS demeure limitée. L’univers apparaît hétérogène, parfois difficile à appréhender, et la sélection s’en trouve complexifiée. À ce stade, aucun changement de positionnement n’est envisagé à court terme.

« Dans le contexte actuel - caractérisé par des marchés actions fortement concentrés, des marchés obligataires sous pression et une volatilité effective élevée malgré un VIX contenu - les stratégies alternatives conservent néanmoins un rôle de diversification. » relève toutefois Francesco Baiano.

Elles permettent, en théorie, de réduire la corrélation globale des portefeuilles d'investissement, notamment en cas de choc simultané sur les marchés actions et obligataires, où les moteurs traditionnels de performance tendent à se désaligner.

Nos équipes sont à votre disposition pour échanger sur vos projets d’investissement et évaluer, avec vous, leur intérêt, au regard de l’environnement économique et financier, de la structuration de votre patrimoine et de vos objectifs de vie.