Assurance-vie luxembourgeoise : pourquoi les investisseurs français se tournent massivement vers le Grand-Duché
L’assurance-vie luxembourgeoise continue d’attirer un nombre croissant d’investisseurs. Selon les chiffres publiés par l’Association des compagnies d’assurances et de réassurances du Grand-Duché du Luxembourg (ACA), la collecte sur ces contrats a progressé de 20,3 % en 2025, atteignant 16,4 milliards d’euros. Une dynamique qui était déjà très spectaculaire l’année précédente, avec une hausse de 58,1 %.
Au-delà des qualités propres au contrat luxembourgeois, cet engouement s’explique aussi par le climat d’incertitude politique et fiscale qui s’installe en France.
Quels sont les avantages du contrat luxembourgeois ?
Le contrat luxembourgeois s’est imposé au fil des années comme un véritable outil d’ingénierie patrimoniale, particulièrement adapté aux investisseurs évoluant dans un contexte de mobilité internationale.
-
La neutralité fiscale
L’assurance-vie du Grand-Duché repose sur un principe simple : elle s’adapte à la fiscalité du pays de résidence du souscripteur. Autrement dit, c’est le régime fiscal du pays dans lequel réside fiscalement l’épargnant qui s’applique.
Ce mécanisme permet notamment d’éviter les situations de double imposition. Un non-résident ne sera donc pas imposé au Luxembourg. Par nature, ce type de contrat s’adresse ainsi particulièrement aux investisseurs disposant d’une forte mobilité géographique.
Le dispositif répond notamment aux besoins des sportifs de haut niveau, des cadres internationaux ou encore des entrepreneurs. Les footballeurs professionnels, par exemple, peuvent changer de club et de pays d’une saison à l’autre. Et parfois même en cours d’année à l’occasion du mercato hivernal.
Autre avantage, et non des moindres : ces contrats suivent le titulaire dans un nouveau pays. Sans qu’il ait besoin de les liquider.
« L’assurance-vie luxembourgeoise est un outil fantastique pour les clients qui sont dans un cadre de mobilité internationale. Un expatrié installé en Espagne, en Italie ou dans un pays du Moyen-Orient, par exemple, sera imposé selon la fiscalité du pays de résidence. Ce qui, dans la plupart des cas, lui sera plus favorable qu’en restant soumis au régime français », abonde Guillaume Lucchini, associé fondateur du multi-family office indépendant Scala Patrimoine.
Étant précisé qu’il ne s’agit pas d’une pratique offshore. Tout résident français peut ouvrir une assurance-vie au Luxembourg, à condition de la déclarer correctement. Cela se concrétise dans un cadre légal parfaitement défini.
-
L’accès au « triangle de sécurité »
Le succès de l’assurance-vie luxembourgeoise repose en grande partie sur son fameux « triangle de sécurité ». Ce système simple sépare les rôles pour protéger les sommes placées par l’investisseur. L’assureur gère le contrat, l’assuré (l’investisseur) conserve ses droits, et une banque indépendante (le dépositaire) conserve les fonds, hors des actifs de l’assureur.
Contrairement à la France, où l’investisseur est un créancier ordinaire (appelé « chirographaire »), donc le dernier remboursé en cas de faillite, le Luxembourg place l’épargnant en tant que « superprivilégié ». Celui-ci devient ainsi créancier prioritaire sur la compagnie d’assurance : les fonds sont donc protégés en priorité, même si la compagnie fait faillite. Résultat ? Une sécurité renforcée pour l’investisseur.
-
Une protection théorique contre le blocage des fonds (loi Sapin II)
Promulguée en 2016, la loi Sapin II permet au Haut Conseil de stabilité financière (HCSF) de geler temporairement les rachats, arbitrages ou versements sur les contrats d’assurance-vie français en cas de crise financière majeure. Cette mesure, censée protéger le système, avait alors semé la panique chez les épargnants craignant de perdre l’accès à leur argent.
Bonne nouvelle : les contrats luxembourgeois échappent, en principe, totalement à cette règle du HCSF grâce à la réglementation européenne. Vos fonds restent disponibles, même en cas de tempête sur les marchés français.
Guillaume Lucchini, fondateur de Scala Patrimoine, nuance toutefois : « Bien que la loi Sapin II s'applique strictement aux contrats français et que les assureurs luxembourgeois relèvent de la Commission de surveillance du secteur financier (CAA), les marchés financiers européens sont interconnectés. L'État français pourrait potentiellement exercer une pression politique ou réglementaire sur le Luxembourg pour les résidents fiscaux français, via des accords bilatéraux ou des directives de l’UE, en cas de crise systémique majeure. »
-
Une gestion plus diversifiée
L’assurance-vie luxembourgeoise offre un accès particulièrement large aux solutions d’investissement grâce à une logique d’architecture ouverte. Celle-ci donne accès à une large diversification de placements (titres vifs, OPCVM, fonds dédiés, private equity…), dans un environnement mondial. « La possibilité de diversification va toutefois de pair avec le montant des capitaux investis et la fortune du souscripteur », tient cependant à préciser Guillaume Lucchini.
Le souscripteur peut également choisir la devise dans laquelle est libellé son contrat (euro, franc suisse, dollar, livre sterling).
L’assurance-vie luxembourgeoise se distingue, il est vrai, par sa flexibilité, encadrée par la directive IDD et supervisée par le CAA. Elle propose deux piliers de gestion : la gestion collective, mutualisée, et la gestion individuelle, sur mesure pour les patrimoines exigeants.
En gestion collective, les fonds externes investissent dans des OPCVM (UCITS) rigoureusement validés par l’assureur, assurant sécurité et diversification. Les Fonds internes collectifs (FIC) regroupent les souscripteurs autour d’une stratégie active, déléguée à une société de gestion tierce indépendante.
En gestion individuelle, les Fonds d’assurance spécialisés (FAS) offrent une allocation libre ou conseillée, avec une grande flexibilité sur les actions, l’immobilier ou le private equity, sous supervision prudentielle. Les Fonds internes dédiés (FID), ou mandats sur mesure, confient la gestion à un tiers (gestionnaire), liés à un ou plusieurs contrats pour une personnalisation optimale.
Le fondateur de Scala Patrimoine appuie cette analyse : « Le vrai intérêt concerne ceux qui ont une surface financière supérieure à 2,5 M€. Car le contrat luxembourgeois va, en pratique, aller accéder à une offre élargie selon une approche de “stock picking”. Avec en prime le meilleur des deux mondes : le coté et le non coté. »
Luxembourg : un havre de stabilité
Le Luxembourg bénéficie également d’une image de stabilité politique, réglementaire et fiscale qui rassure de nombreux investisseurs français. La logique poursuivie relève alors davantage de la protection patrimoniale que de la seule recherche de rendement.
« Les capitaux sont déposés dans un État mieux noté sur le plan de la solvabilité, comme le Luxembourg, et bénéficient d’un environnement réglementaire plus protecteur. Cela permet aux épargnants de sécuriser leurs avoirs tout en conservant une transparence totale vis-à-vis de l’administration fiscale française », précise Guillaume Lucchini.
Les raisons de cette attractivité sont désormais bien identifiées : instabilité politique française, inquiétudes liées à la dette publique, crainte de nouvelles hausses d’impôts ou encore interrogations sur l’évolution future de la fiscalité patrimoniale.
Reste qu’une partie des investisseurs se tourne vers ces contrats sans réelle nécessité patrimoniale. Certaines pratiques commerciales de cabinets français distribuant des contrats luxembourgeois suscitent également des critiques.
Des pratiques dénoncées par Guillaume Lucchini : « Une pratique courante consiste, pour des conseillers patrimoniaux, à réaliser de facto des arbitrages ou une gestion active au sein de mandats sans être autorisés à exercer une gestion de portefeuille pour compte de tiers. Or, l’AMF sanctionne régulièrement ces manquements pour protéger les clients. »
Un attrait qui va encore s’accentuer ?
« La majorité des actifs que nous gérons ne sont plus en France mais vont vers des contrats d’assurance-vie au Luxembourg. Cela s'accélère vraiment », avait témoigné en 2025 Guillaume Lucchini au Financial Times. Et les flux vers le Grand-Duché ne montrent, pour l’heure, aucun signe de ralentissement.
« On ressent une montée des interrogations des entrepreneurs et des cadres, avec une grande recherche de stabilité », poursuit le fondateur de Scala Patrimoine.
Les investisseurs continuent ainsi d’arbitrer leur épargne vers des juridictions jugées plus sûres, comme le Luxembourg ou la Suisse.
Guillaume Lucchini abonde en ce sens. « La dette publique constitue une autre source majeure d’inquiétude. Tout comme l’éventualité d’un changement de majorité politique susceptible de bouleverser le cadre fiscal. »
Nul doute qu’avec le calendrier électoral français, l’attrait pour l’assurance-vie luxembourgeoise devrait encore s’accélérer.
Produits structurés : l’affaire Stellantis révèle les dérives du décrément
La chute des valorisations de certains produits structurés adossés à Stellantis a provoqué de vives réactions dans le monde de la gestion patrimoniale. Plus encore que les difficultés du constructeur automobile, cette séquence met en lumière la commercialisation massive de produits complexes, parfois distribués de manière quasi aveugle par certains cabinets de gestion de patrimoine, sans réelle maîtrise du risque sous-jacent.
Selon Les Échos, près de 2,5 milliards d’euros auraient été collectés à l’échelle mondiale entre 2023 et 2024 sur des produits structurés adossés à Stellantis. Un montant considérable.
Retour sur une affaire qui remet au premier plan deux sujets récurrents. L’absence d’indépendance dans le conseil et l’utilisation massive d’indices synthétiques à décrément.
Qu’est‑ce qu’un produit structuré à décrément ?
Très présents dans les allocations d’actifs, les produits structurés sont des instruments financiers émis par des banques, mêlant une composante obligataire et des produits dérivés, notamment des options. Leur rendement dépend de l’évolution d’un actif sous‑jacent – une action dans le cas présent - avec, selon les cas, une protection partielle ou totale du capital à l’échéance.
Lorsqu’il est correctement conçu, ce type de placement peut présenter un véritable intérêt patrimonial, en permettant d’ajuster avec finesse le couple rendement/risque selon le profil de l’investisseur.
On distingue principalement deux catégories de produits structurés :
- les produits à sous‑jacent classique ;
- les produits à sous‑jacent à décrément, qu’il soit exprimé en pourcentage ou en points fixes.
Le décrément est un paramètre intégré dans le calcul d’un indice synthétique représentant une performance théorique combinant cours de l’action et un dividende forfaitaire. Concrètement, il correspond à un dividende fixe prélevé de manière régulière sur l’indice, indépendamment des dividendes réellement versés par les sociétés concernées.
Pour simplifier, ce mécanisme provoque une érosion progressive de l’indice synthétique via un montant fixe prélevé chaque année, par exemple 5% ou 5 euros. Ce système ignore les dividendes effectivement distribués par les sociétés du panier, au profit de ce dividende théorique.
C’est précisément là que réside le décalage : le dividende retenu dans la formule du produit ne correspond plus nécessairement au dividende réellement distribué par l’entreprise.
Les incidences du décrément pour les parties prenantes
L’objectif du décrément est avant tout technique : rendre plus stable et prévisible une composante du sous‑jacent qui, par nature, est variable. Pour l’émetteur, ce mécanisme facilite la couverture des risques (hedging) et simplifie les hypothèses de modélisation.
Et puisque le risque porté par la banque émettrice est réduit, celle‑ci peut proposer un coupon légèrement supérieur.
En échange, c’est l’investisseur final qui assume le risque lié à l’évolution des dividendes, ainsi qu’à l’effet d’érosion continue du décrément sur l’indice synthétique.
Décrément fixe et décrément en pourcentage
Un autre élément mérite une attention particulière : l’évolution progressive des mécanismes utilisés par les banques. Le décrément en pourcentage a peu à peu laissé place au décrément fixe en points.
Avec un décrément en pourcentage, la même proportion est retranchée chaque année, par exemple 5%. La ponction augmente donc lorsque l’indice progresse et diminue lorsqu’il recule, mais elle reste proportionnelle à son niveau.
Le décrément fixe en points fonctionne différemment : le même montant absolu est retiré chaque année sur le niveau de l’indice synthétique - par exemple 50 points d’indice - quel que soit le niveau atteint. Ce montant ne s’ajuste pas à la performance du sous‑jacent.
« Dans les faits, le décrément en points devient beaucoup plus pénalisant lorsque l’indice baisse fortement, alors que le décrément en pourcentage pèse davantage dans les marchés haussiers. » explique Francesco Baiano, chargé d’investissement au sein du multi family office indépendant Scala Patrimoine.
Autrement dit, l’utilisation d’un décrément fixe accentue l’effet de ciseau lorsque le sous‑jacent traverse une phase de difficulté, car la même ponction annuelle représente une part croissante de la valeur résiduelle de l’indice.
Les risques inhérents aux indices synthétiques à décrément
Sur le papier, le mécanisme paraît technique. En pratique, il peut devenir redoutable.
Car l’investisseur ne suit plus uniquement l’évolution réelle du titre : il subit également une hypothèse artificielle intégrée dès la conception du produit, incarnée par le dividende théorique du décrément.
Tant que le dividende réel reste proche du décrément retenu, l’écart demeure relativement invisible. Le système semble fonctionner sans heurt.
Mais lorsque le dividende baisse - ou disparaît totalement comme c’est le cas cette année pour Stellantis - le décrément, lui, continue de s’appliquer jusqu’à l’échéance du produit.
C’est à ce moment que le mécanisme devient particulièrement destructeur : l’indice synthétique continue de s’éroder, tandis que la situation économique réelle - et le dividende réel - de l’entreprise se dégradent.
Le décrément agit ainsi en permanence, mais son effet devient particulièrement marquant en phase de baisse du cours et de compression du dividende, amplifiant la perforation théorique du produit par rapport au comportement observable du sous‑jacent.

Le cas Stellantis
Pendant plusieurs années, Stellantis cochait toutes les cases du sous-jacent idéal pour des produits de type Athena ou Phoenix. Un nom connu du grand public, une capitalisation importante, une liquidité élevée, une volatilité forte et surtout un dividende historiquement généreux, avec un rendement supérieur à 7,5 %.
Les pertes les plus sévères ont concerné les produits intégrant Stellantis comme sous-jacent à décrément. Car le mécanisme avait fixé dès l’origine un niveau de dividende théorique, alors même que le constructeur a drastiquement réduit puis supprimé son dividende.
Entre 2024 et 2025, celui-ci est passé de 1,55 euro à 0,68 euro, avant d’être suspendu en février dernier.
Le problème est que le décrément, lui, continue de s’appliquer jusqu’à l’échéance des produits, dans une fourchette comprise entre 1,34 et 1,55 euro selon les structures.
« Dans le cas de Stellantis, ce point a été déterminant. Le dividende a été fortement réduit, puis supprimé en 2026. Mais certains produits continuaient d’appliquer un décrément », observe Francesco Baiano.
Le mécanisme amplifie alors mécaniquement les pertes en marché baissier. Le découplage entre le dividende réel et le dividende théorique retenu dans la formule accentue brutalement l’« effet ciseau ».
Les formules de type « worst of »
Stellantis était également très présente dans des paniers de titres utilisant des formules dites « worst of ».
« Dans ce type de construction, la performance finale dépend de la valeur la moins performante du panier. Autrement dit, même si plusieurs titres résistent correctement, une chute marquée d’une seule valeur peut détériorer l’ensemble du produit. » explique le chargé d’investissement de Scala Patrimoine.
Or Stellantis occupait fréquemment cette place. « Une dégradation marquée de Stellantis pouvait ainsi suffire à détériorer le résultat global, même si les autres composantes résistent mieux. Cette caractéristique accentue le risque lorsque le sous-jacent devient l’élément dominant de la performance défavorable. »
Un rebond encore possible ?
Le titre Stellantis s’est progressivement effondré en Bourse. L’action, qui évoluait entre 12 et 27 euros en 2023 et 2024, a touché un point bas à 5,51 euros le 20 mars dernier. Elle évolue désormais autour de 6,58 euros.
Dans un environnement de marché aussi dégradé, les mécanismes de décrément peuvent accélérer les pertes et provoquer des décotes extrêmes sur le marché secondaire.
Résultat, certaines valorisations se sont effondrées à des niveaux parfois inférieurs à 10 % du nominal, avec, dans certains cas, des pertes dépassant 99 % selon les structures et les dates d’émission.
Francesco Baiano nuance toutefois : « Il est encore possible, en théorie, pour certains investisseurs de récupérer leur mise. Mais il ne faut pas se faire trop d’illusions. Sur un produit Stellantis à décrément, récupérer son capital suppose désormais un rebond très important du sous-jacent et dans des proportions souvent bien supérieures à ce que laisse penser la seule lecture du cours de Bourse. »
Le problème n’est donc pas uniquement la chute d’un titre. Il réside aussi dans une structuration qui peut fragiliser l’investisseur dès l’origine.
Les risques liés aux conflits d’intérêts
-
Une gestion du risque mise à mal
Les produits structurés reposant sur une seule valeur continuent de se commercialiser très facilement. Renault, Kering, Crédit Agricole, Engie, Pernod Ricard, Edenred, Société Générale, BNP Paribas… et donc Stellantis. Les mêmes noms reviennent régulièrement dans les émissions mono-sous-jacent.
Mais cette pratique soulève une question essentielle : celle de la gestion du risque.
« Un produit structuré construit sur une seule entreprise n’offre pas la diversification d’un grand indice. Et lorsque la situation de cette entreprise se dégrade, les conséquences peuvent rapidement devenir incontrôlables », avertit Guillaume Lucchini, associé fondateur du multi family office indépendant Scala Patrimoine.
La diffusion de ces produits a été massive. Selon Structured Retail Products, en France, plus de 2 300 produits structurés sont aujourd’hui liés à l’action Stellantis.
Guillaume Lucchini, associé fondateur du multi family office indépendant Scala Patrimoine, estime : « On parle beaucoup de la chute des valorisations de certains produits structurés indexés sur Stellantis. Mais le vrai sujet n’est pas Stellantis. Le vrai sujet, c’est le risque qui a été transféré à l’investisseur final. Pendant trop longtemps, des produits complexes ont été distribués avec des mécanismes insuffisamment expliqués. Et derrière un packaging rassurant, une question demeure : l’intérêt du client était-il réellement au centre de la réflexion des conseillers ? »
Pour lui, une allocation patrimoniale sérieuse ne peut pas reposer sur des paris concentrés. Elle doit avant tout s’appuyer sur une gestion rigoureuse du risque.
Car, bien souvent, lorsqu’un rendement paraît exceptionnel, le risque l’est aussi.
-
La nécessité d’opter pour un conseil véritablement indépendant
Surtout que les produits structurés adossés à la valeur étaient souvent commercialisés avec des rétrocommissions parfois supérieures à 10 %. Des frais annuels pouvaient également s’ajouter, directement intégrés au produit ou liés à l’enveloppe d’investissement.
La conviction de Scala Patrimoine est donc claire : la transparence n’est pas un confort, mais une exigence. Notre multi-family office applique ainsi une rémunération totalement transparente, dénuée de conflits d’intérêts.
« Nous ne percevons aucune rétrocommissions. Nous appliquons une rémunération à 100 % en honoraires, qui permet ainsi d’aligner nos intérêts sur ceux de nos clients. » insiste Guillaume Lucchini.
Pour conclure Francesco Baiano rappelle que « chez Scala, nous ne proposons jamais de produits structurés adossés à des titres vifs. Nous privilégions la diversification des indices plutôt que la dynamique idiosyncratique d’une seule action. Nous sommes particulièrement critiques vis-à-vis des paniers de titres vifs en worst of, qui reflètent la performance du titre le moins performant. De la même manière, nous n’utilisons pas de structures à décrément, plus confortables pour les émetteurs mais pénalisantes pour la performance des produits ».
Les convictions d’investissement de Scala Patrimoine - Mai 2026
Ce qu’il faut retenir
- La hausse des marchés actions est surtout portée par l'investissement dans quelques secteurs comme la technologie et l'énergie ;
- Les marchés obligataires reflètent davantage les tensions inflationnistes et les incertitudes macroéconomiques ;
- Nous conservons un positionnement neutre et prudent sur les marchés actions, avec une sélection rigoureuse des actifs.
Actions : les marchés défient les risques géopolitiques
Alors que le conflit iranien s’enlise, les marchés financiers font fi des incertitudes géopolitiques et poursuivent leur marche en avant.
-
Des incertitudes… et des records
Il ne fait pas bon être analyste macroéconomique par les temps qui courent. Rarement l’environnement n’a semblé aussi difficile à décrypter.
Tous les regards sont aujourd’hui tournés vers le Moyen-Orient, suspendus à l’espoir d’une issue rapide du conflit iranien. Deux mois et demi plus après le début de la guerre, l’impasse demeure cependant entière. Aucun des protagonistes ne semble prêt à infléchir sa position.
Pour les investisseurs, l’absence totale de visibilité sur une éventuelle sortie de crise nourrit des épisodes de forte volatilité sur les marchés financiers, au gré des déclarations et des démonstrations de force des uns et des autres.
Lors de sa dernière intervention dans la presse, Kristalina Georgieva, directrice générale du Fonds monétaire international, n’a d’ailleurs pas dissimulé son pessimisme. Selon elle, le « scénario de référence » envisagé jusqu’ici par l’institution - celui d’un conflit bref, accompagné d’un simple ralentissement de la croissance mondiale à 3,1 % - n’est désormais plus crédible. « Ce scénario, à mesure que les jours passent, s’éloigne de plus en plus dans le rétroviseur. »
Le FMI table désormais sur un ralentissement plus marqué, avec une croissance mondiale attendue à 2,5 % en 2026.
Et pourtant, contre toute attente, les grands indices boursiers ont inscrit de nouveaux records ces dernières semaines. Une envolée qui masque toutefois de profondes disparités. Car derrière les sommets des indices, la dynamique reste essentiellement concentrée sur deux segments : la technologie et l’énergie.
-
La bonne santé des entreprises
Malgré le brouillard géopolitique, les premières publications de résultats du premier trimestre ont largement dépassé les attentes.
Près de 80 % des entreprises du S&P 500 ont annoncé des bénéfices supérieurs aux prévisions, quand la moyenne historique se situe habituellement autour de 70 %.
Sans surprise, les secteurs technologique et énergétique concentrent l’essentiel de ces bonnes surprises.
« Même au sein de ces secteurs, il existe de fortes disparités de performances. Alphabet a, par exemple, publié des résultats exceptionnels, alors qu’Apple et Amazon ont pu décevoir certains investisseurs », tempère toutefois Francesco Baiano, chargé d’investissement chez Scala Patrimoine.
Parmi les grands moteurs du marché figurent toujours les fabricants de semi-conducteurs. Le Philadelphia Semiconductor Index a bondi de 55 % en seulement cinq semaines. Une progression qu’aucun indice américain n’avait enregistrée depuis 150 ans. Intel a ainsi gagné 130 % en un mois, Micron Technology 77 %, tandis que Nvidia progresse encore de 17 %.
« Le marché est clairement porté par ces valeurs, qui bénéficient d’une très forte visibilité sur la demande, notamment autour des data centers. Les carnets de commandes sont remplis jusqu’en 2027 », précise Francesco Baiano.
En Europe aussi, les publications apparaissent solides.
« Mais, en raison des incertitudes géopolitiques et économiques, les tensions se cristallisent désormais autour des résultats des deuxième et troisième trimestres 2026, qui permettront d’évaluer plus précisément la capacité des entreprises à absorber la crise énergétique et les conséquences du conflit iranien », souligne Romane Azzopardi, responsable de la gestion financière chez Scala Patrimoine.
À ce stade, les performances des marchés actions restent donc principalement alimentées par des facteurs microéconomiques. Le rallye observé ces dernières semaines s’est presque exclusivement joué sur les marchés boursiers.
De manière assez contre-intuitive, l’or a reculé depuis le début du conflit iranien, tandis que les marchés obligataires ont davantage souffert des incertitudes géopolitiques.
-
Investissement : rester exposé sans ignorer les risques
Le dernier rallye boursier a été d’une telle puissance qu’il paraît désormais, au moins en partie, déconnecté des risques actuels.
Aux États-Unis, les indices évoluent sur des niveaux historiquement élevés, tout comme certains marchés émergents.
Heureusement, les entreprises continuent de publier de très bons résultats, tandis que la dynamique autour de l’intelligence artificielle apporte davantage de visibilité sur les perspectives bénéficiaires. D’autant que cette thématique dépasse désormais largement les seules valeurs technologiques : elle irrigue les semi-conducteurs, les infrastructures, les énergéticiens, les fabricants de hardware ou encore les acteurs liés à la construction des data centers.
« Pour autant, faute de visibilité claire, nous conservons un positionnement neutre et prudent sur l'investissement en actions, tout en restant suffisamment exposés pour capter d’éventuels mouvements de hausse », explique Romane Azzopardi. « Dans un environnement aussi instable, toute concentration excessive finit par exposer les portefeuilles à des secousses brutales. Le début d’année en a déjà offert plusieurs démonstrations. Le maître-mot reste donc la diversification. »
Scala Patrimoine continue ainsi de privilégier une large diversification géographique, avec une préférence marquée pour les États-Unis, jugés mieux armés face aux chocs énergétiques. La sélectivité demeure également essentielle, tant au niveau sectoriel qu’intra-sectoriel, afin d’éviter les valorisations devenues excessives sur certaines poches du marché.
Romane Azzopardi réitère également les convictions d'investissement défendues depuis plusieurs mois par le multi family office indépendant : privilégier « les sociétés les moins endettées et capables de générer des cash-flows positifs ».
Reste une série de questions auxquelles personne, aujourd’hui, ne peut répondre avec certitude : comment les entreprises réagiront-elles à une dégradation plus nette de l’environnement macroéconomique ? Et surtout, quand prendra fin le conflit iranien ?
Les marchés obligataires : une approche opportuniste
Le choc énergétique provoqué par la guerre en Iran s’est rapidement diffusé à l'investissement obligataire, principalement par le canal des taux.
C’est en effet le compartiment obligataire qui a été le plus affecté par le conflit, intégrant progressivement à la fois les risques de revirement des politiques monétaires, notamment en Europe, et la résurgence de pressions inflationnistes.
Les obligations souveraines ont été sous tension sur l’ensemble de la courbe, même si les maturités intermédiaires ont fait preuve d’une certaine résilience. Les signatures périphériques, en revanche, ont vu leurs spreads s’écarter davantage, traduisant une exigence accrue de prime de risque.
-
Un changement de cap des banques centrales ?
Les marchés obligataires ont été fortement secoués en ce début d’année. À court terme, le principal catalyseur reste le changement d’orientation des politiques monétaires. À plus longue échéance, c’est surtout le risque inflationniste associé à la prolongation du conflit en Iran qui pèse sur les anticipations.
« Si la hausse des taux a concerné l’ensemble de la courbe, le mouvement de pentification s’est atténué, en particulier dans la zone euro. Une évolution qui s’explique à la fois par l’ajustement des anticipations de politique monétaire et par la montée des craintes de récession, susceptibles de peser davantage sur les taux longs », témoigne Romane Azzopardi.
Dans les faits, les taux ont progressé sur l’ensemble des courbes, aussi bien en dollar qu’en euro. Le Bund à 10 ans est ainsi passé de 2,64% à 3%, tandis que le 2 ans allemand évoluait de 2% à plus de 2,5%. Aux États-Unis, le 10 ans est monté de 3,96% à près de 4,3%, et le 2 ans de 3,38% à 3,85%.
La BCE a récemment durci son discours, soulignant qu’elle ne disposait pas encore de suffisamment de données pour agir, tout en se disant prête à relever ses taux si nécessaire.
Du côté de la Réserve fédérale américaine, les positions apparaissent plus fragmentées. Le gouverneur Miran plaidait, par exemple, pour une baisse de 25 points de base. Mais la majorité des membres privilégie, pour l’instant, le maintien du statu quo.
-
Investissement : une préférence pour le segment « investment grade »
Dans ce contexte, les obligations investment grade offrent un spread encore attractif par rapport aux souverains, même si celui-ci évolue désormais à des niveaux historiquement bas, sous la barre des 100 points de base.
- Investment grade : un segment plus résilient ?
Romane Azzopardi synthétise ainsi les convictions d'investissement du multi-family office indépendant Scala Patrimoine : « Nous conservons une vision constructive sur le crédit investment grade européen, soutenu par l’effet de portage. Une stabilisation des taux constituerait un facteur de soutien supplémentaire à la performance. La préférence est donnée aux obligations libellées en euros afin de se prémunir contre un éventuel affaiblissement du dollar. »
Le segment investment grade est, par ailleurs, jugé plus résilient que le high yield en cas d’élargissement des spreads. L’accent est mis sur des maturités courtes, dans une logique de forte diversification du portefeuille.
« Nous évitons également une trop forte exposition aux devises ainsi qu’aux taux souverains », tient à préciser la responsable investissement de Scala Patrimoine
- Des sources de performance complémentaires
Déjà fragilisé par les tensions sur le marché privé américain, le segment du crédit le plus risqué a dû composer avec la hausse des taux sans risque et l’élargissement des spreads. Les spreads du high yield, comme ceux de la dette émergente, demeurent toutefois proches de leurs moyennes historiques.
Une recherche de rendement complémentaire reste possible sur ces segments, à condition qu’elle s’inscrive dans une approche clairement assumée et fortement diversifiée, la poche dominante restant orientée vers le crédit corporate investment grade. L’attention se porte également sur les dettes subordonnées bancaires.
La dette émergente bénéficie, pour sa part, d’une amélioration des fondamentaux budgétaires de certains émetteurs. Néanmoins, le high yield pourrait s’avérer plus vulnérable si le conflit en Iran venait à se prolonger, avec, à la clé, une remontée des taux de défaut.
« Les pays émergents apparaissent également exposés à la hausse des prix de l’énergie et à la vigueur du dollar. Il convient toutefois de rappeler que, contrairement aux marchés actions, la dette émergente reste davantage exposée à l’Amérique latine qu’à l’Asie du Sud », abonde Romane Azzopardi.
- Dette publique : des perspectives qui s’assombrissent
Ce sont des niveaux que l’on observait pendant la crise de l’euro entre 2010 et 2011. Au regard des besoins de financement de certains pays, comme l’Allemagne, ces niveaux de taux seront difficilement soutenables pour les finances publiques. Mais tant que le cours du pétrole restera aussi élevé et que les pressions inflationnistes demeureront soutenues, ces pays disposeront de peu de marges de manœuvre.
Romane Azzopardi reconnaît en creux que les perspectives pour les pays les plus lourdement endettés s’annoncent délicates : « À plus long terme, même si le conflit en Iran venait à se résoudre, ces tensions sous-jacentes sur les taux longs, notamment européens mais aussi américains, devraient perdurer au regard des besoins de financement. »
Produits structurés : calibrer son exposition aux marchés actions
Le rallye observé sur les marchés, associé à une compression de la volatilité, a pu jouer en défaveur des produits structurés. Mais cette classe d’actifs conserve un large éventail d’opportunités : elle permet notamment de construire des solutions sur mesure, adossées à un panier de valeurs ou à d’autres segments de marché, en fonction de la stratégie d'investissement recherchée.
« Le produit structuré permet véritablement de moduler son exposition aux marchés actions. Il constitue ainsi une source de diversification potentielle intéressante pour s’exposer à des actifs aujourd’hui jugés trop élevés, tout en bénéficiant d’une protection à la baisse. Ces produits peuvent également s’avérer pertinents dans des stratégies d'investissement reposant sur la génération de revenus, avec l’objectif de distribuer des coupons réguliers », précise la responsable des investissements de Scala Patrimoine.
Le rendez-vous des marchés financiers et de l'économie mondiale - Mai 2026
Les marchés financiers & l'économie : les points clés
- Malgré les tensions qui secoue le Moyen-Orient et - par ricochet - l'économie mondiale, les marchés financiers américains ont de nouveau battu des records ;
- À l’aune du conflit iranien, le FMI revoit à la baisse (entre 0,3 % et 1 %) la croissance des principales économies mondiales ;
- Christine Lagarde, la présidente de la BCE, laisse entendre qu’un resserrement de la politique monétaire par l’institution européenne est sur la table.
Les grandes actualités géopolitiques et les performances sur les marchés financiers
-
La guerre en Iran s’enlise
Les tensions en Iran sont encore vives, en dépit du cessez-le-feu. Tous les scénarios demeurent ouverts. Donald Trump n’écarte plus l’hypothèse d’une reprise des bombardements contre Téhéran.
Surtout que les Émirats arabes unis ont dû intercepter des missiles et des drones venus d’Iran. Un drone iranien a même atteint sa cible et mis le feu au site pétrolier de Fujaïrah.
La patience déjà limitée du président américain s’érode donc au fil des jours. En témoignent les dernières décisions prises au sommet de la hiérarchie militaire, à commencer par l’éviction du secrétaire à la Marine. Donald Trump a également déclaré que l’Iran serait « rayé de la surface de la Terre » s’il touchait à un navire américain !
Cependant, à mesure que se rapprochent les élections de mi-mandat, la marge de manœuvre politique de Donald Trump se réduit. Un enlisement prolongé apparaît difficilement soutenable pour la Maison-Blanche, d’autant que le conflit reste profondément impopulaire auprès de l’opinion publique américaine. Et le coût financier, lui aussi, commence à peser lourdement.
Selon une étude du Center for Strategic & International Studies, les dépenses ont oscillé entre 1,5 et 2 milliards de dollars par jour lors de la phase initiale des opérations, avant de ralentir à une fourchette comprise entre 500 millions et 1 milliard à mesure que l’intensité des frappes diminuait. À cela s’ajoute le coût du réapprovisionnement en munitions, estimé entre 20 et 25 milliards de dollars supplémentaires !
-
Les marchés pétroliers pris entre deux feux : tensions au Moyen-Orient et recomposition de l’OPEP+
Les cours du pétrole sont toujours sous pression. Le baril de Brent a culminé à 126 dollars, avant de refluer autour de 110 dollars.
Un léger apaisement pourrait toutefois se dessiner à court terme. L’OPEP+, emmenée notamment par l’Arabie saoudite et la Russie, a annoncé une hausse de sa production d’environ 188 000 barils par jour pour le mois de juin, portant le total à près de 35,06 millions de barils quotidiens.
Autre élément qui pourrait participer à une baisse plus importante des cours du pétrole : le retrait surprise des Émirats arabes unis de l’alliance. Un geste lourd de conséquences pour le pays, qui représente à lui seul près de 13 % des capacités de production de l’OPEP.
Derrière cette décision se cache en réalité une divergence stratégique profonde avec Riyad. Contrairement à son puissant voisin, Abou Dhabi souhaite augmenter sensiblement sa production afin de maximiser ses revenus à court terme.
Cette manne est jugée indispensable pour financer la transformation de son modèle économique et préparer l’après-pétrole. Le pays dispose d’une capacité de production appelée à atteindre 5 millions de barils par jour, mais restait, jusqu’à présent, contraint à 3,6 millions en raison des quotas en vigueur.
-
Le FMI revoit ses scénarios de croissance pour l'économie mondiale
Le Fonds monétaire international (FMI) vient d’affiner son dernier scénario pour la croissance mondiale, en prenant en compte les derniers événements survenus en Iran. L’hypothèse centrale retenue par l’institution reste, pour l’instant, celle d’un conflit de courte durée.
Dans ce cadre, la croissance mondiale, initialement anticipée à 3,1 %, est revue à la baisse autour de 2,5 %. Le FMI estime qu’un conflit limité suffirait à provoquer une hausse d’environ 19 % des prix des matières premières, accompagnée d’une inflation mondiale portée à 5,4 %.
En parallèle, l’institution met en garde contre le risque plus diffus, mais potentiellement plus durable, d’une généralisation des politiques budgétaires de soutien massif. Un nouveau « quoi qu’il en coûte » que nombre d’économies fortement endettées auraient désormais de plus en plus de mal à absorber.
Sans surprise, l'économie des pays du Golfe figure parmi les plus exposées aux retombées du conflit. L’Iran et l’Irak apparaissent en première ligne, tout comme le Qatar. Pour Téhéran, la contraction du PIB est déjà estimée à -6,1 % sur l’année en cours. Doha, fortement dépendant des flux énergétiques et logistiques régionaux, verrait son activité reculer d’environ 7 %. Selon des estimations gouvernementales, les actions attribuées aux Corps des Gardiens de la révolution islamique auraient déjà engendré près de 270 milliards de dollars de pertes.
-
Les marchés américains à des sommets historiques
Les incertitudes entourant le conflit en Iran n’ont, pour l’heure, que peu de prise sur les investisseurs. Sur les marchés américains, la trajectoire est même franchement haussière : après un repli de -5,1 % durant le premier mois de la guerre contre l’Iran, les indices ont effacé leurs pertes pour inscrire de nouveaux sommets historiques.
Le S&P 500 a franchi le seuil des 7 200 points, un record absolu. Même configuration pour le Nasdaq, désormais au-delà des 25 000 points.
Le CAC 40 a grimpé de près de 1 % en avril. Le DAX 30 s’est quant à lui adjugé plus de 4 %. Même dynamique sur les marchés chinois, où le Shanghai Composite monte de plus de 6 %.
« Les marchés financiers semblent avoir totalement éludé le conflit. Sur les actions, la microéconomie reprend le dessus sur l’environnement international et la conjoncture. Les premières publications de résultats se révèlent conformes à des attentes pourtant élevées, avec une croissance des BPA de l’ordre de 15 % aux États-Unis. Les valeurs technologiques - notamment dans le sillage de TSMC - tirent les indices à la hausse », observe Axel Botte, directeur Stratégie Marchés chez Ostrum Asset Management.
Cette dynamique spectaculaire mérite toutefois d’être nuancée. Sur près de 10 500 titres cotés aux États-Unis, seuls 68 ont inscrit de nouveaux plus hauts historiques.
Dans le même temps, les valorisations demeurent tendues. Les actions américaines s’échangent autour de 26 fois les bénéfices passés, selon les données MSCI, soit une prime de 51 % par rapport à l’Europe. La saison de résultats du premier trimestre, elle, a démarré sur des bases solides : d’après Bloomberg, 79 % des entreprises du S&P 500 ayant déjà publié ont dépassé les attentes du consensus.

États-Unis : un impact du conflit iranien sur l'économie déjà visible
En apparence, l’économie américaine continue de bien se tenir, portée par des résultats d’entreprises robustes. La croissance a atteint 2,0 % au premier trimestre, tandis que les inscriptions au chômage ont reculé à un niveau inédit depuis 1969. Une photographie flatteuse, qui masque pourtant des fissures plus profondes.
Car en toile de fond, la confiance des ménages s’effrite. Une tendance susceptible de s’accentuer à mesure que les prix de l’énergie repartent à la hausse. « Dans un tel contexte, il est probable qu’un nombre croissant d’économistes révisent à la baisse leurs prévisions de croissance pour 2026 », prévient Chris Williamson, chief business economist chez S&P Global.
-
Des atouts indéniables
Dans un environnement sous tension sur le front énergétique, les États-Unis disposent d’un avantage stratégique majeur : leur autonomie énergétique, avec un statut d’exportateur net de pétrole et de gaz.
L’économie américaine s’appuie également sur la puissance de feu de ses géants technologiques. Les « hyperscalers » de l’intelligence artificielle - Microsoft, Alphabet, Amazon et Meta - ont investi à eux seuls 410 milliards de dollars l’an dernier dans ce domaine. Un montant appelé à grimper à 670 milliards dès 2026.
Ces investissements massifs ne sont pas sans effet sur l’activité. Selon le Bureau of Economic Analysis, ils ont contribué à hauteur d’un point de pourcentage à la croissance du PIB au quatrième trimestre de l’an passé.
-
Une pression inflationniste ravivée
Le retour des tensions inflationnistes était attendu. L’indice des prix à la consommation (CPI) a progressé de 3,3 % sur un an en mars, après 2,4 % le mois précédent. Hors énergie et alimentation, l’inflation ressort à 2,6 %, contre 2,5 % en février.
Cette accélération s’explique en grande partie par la flambée des prix de l’énergie (+10,9 %), elle-même alimentée par une hausse marquée de l’essence (+21,2 %).
Sans surprise, le moral des ménages en pâtit. L’indice de confiance de l’Université du Michigan recule à 49,8 en avril, contre 53,3 en mars.
Pour Axel Botte, directeur Stratégie Marchés chez Ostrum AM, le diagnostic est clair : « Le revenu réel des ménages est pénalisé par le renchérissement de l’énergie. La dégradation des enquêtes de confiance est marquée. La consommation discrétionnaire fléchit depuis le quatrième trimestre, sur fond de transactions immobilières au plus bas. La confiance des promoteurs recule nettement, l’enquête de la NAHB ressortant à 34 en avril. »
Les signaux d’essoufflement se multiplient. L’indice PMI composite S&P Global recule à 50,7 en mars, son plus bas niveau en neuf mois (contre 51,9 en février), traduisant un ralentissement de l’activité du secteur privé. Dans le même temps, l’indice avancé du Conference Board (LEI) cède 0,6 %, à 97,3.
Alan Mudie, de Woodman Asset Management, insiste sur l’impact social de cette dynamique : « La hausse des prix de l’essence pèse lourdement sur les revenus réels, en particulier pour les ménages les plus modestes. Les remboursements d’impôts issus du “One Big Beautiful Bill” n’ont offert qu’un amortisseur limité. Au total, le revenu disponible recule, ce qui devrait peser sur la consommation dans les mois à venir. »
-
Une économie qui tient encore
Tout n’est pas sombre pour autant. Certains indicateurs continuent de témoigner d’une réelle capacité de résistance de l'économie américaine. Les ventes au détail ont bondi de 1,7 % en mars, leur plus forte progression depuis un an. Les promesses de ventes de logements progressent également de 1,5 %, bien au-delà des attentes.
Le marché de l’emploi, lui, demeure solide. En mars, 178 000 postes ont été créés, largement au-dessus des 60 000 anticipés. Le taux de chômage recule à 4,3 %, contre 4,4 % en février. Dans le détail, la santé (+76 000 emplois) et la construction (+26 000) tirent leur épingle du jeu, tandis que la finance continue de se contracter (-16 000).
-
La Fed à l’heure du tournant
À quelques jours du départ de Jerome Powell, la Réserve fédérale s’apprête à ouvrir un nouveau chapitre. Après huit années à sa tête, le président sortant quitte ses fonctions dans un climat tendu, marqué par des relations profondément dégradées avec la Maison-Blanche.
Son successeur désigné, Kevin Warsh, entend imprimer sa marque. Il plaide pour une institution plus réactive, reprochant à la Fed d’avoir trop tardé, par le passé, à ajuster ses taux, au risque, selon lui, de freiner l’économie.
Mais le contexte complique la donne. Le conflit au Moyen-Orient ravive les tensions inflationnistes, réduisant les marges de manœuvre de la banque centrale. Lors de sa dernière réunion, la Fed a opté pour le statu quo, maintenant ses taux et affichant une prudence assumée face à des risques jugés persistants.
Zone euro : ballottée par des vents contraires
Les nuages s’accumulent au-dessus de la zone euro. Au premier trimestre, la croissance a marqué le pas, limitée à +0,1 %, freinée par le reflux de la consommation et de l’investissement. Dans le même temps, l’inflation repart à la hausse, à +3 %, sous l’effet de la flambée des prix de l’énergie alimentée par les tensions au Moyen-Orient. Un cocktail qui ravive, sans détour, le spectre de la stagflation.
-
Un ralentissement de l'économie inéluctable ?
Avant l’éclatement du conflit en Iran, la Banque centrale européenne tablait encore sur une croissance du PIB de 1,2 % en 2026 et de 1,4 % en 2027, avec une inflation contenue autour de 1,9 % puis 1,8 %. Des projections qui, aujourd’hui, paraissent déjà à oublier.
- Des projections revues à la baisse pour l'économie eurpéenne
Dans un scénario de détente rapide des prix de l’énergie - hypothèse fragile à ce stade - la croissance de l'économie européenne pourrait déjà perdre 0,3 point en 2026, puis 0,1 point en 2027.
Première économie de la zone, l’Allemagne a revu ses ambitions à la baisse, ramenant sa prévision de croissance de 1 % à 0,5 % pour l’année en cours. Et pourtant, le tableau n’est pas uniforme. Certains pays résistent mieux qu’attendu : l’Espagne affiche une progression de +0,6 %, tandis que l’Allemagne elle-même a surpris à la marge avec un +0,3 % sur le 1er trimestre 2026.
La France, en revanche, reste à quai, avec une croissance nulle.
- Des perspectives assombries
Les signaux avancés, eux, ne plaident guère pour une embellie rapide. L’indicateur de sentiment économique (ESI) a nettement reculé en avril, à 93,0 points (-3,2 sur un mois), selon la Commission européenne. Même tonalité du côté des anticipations d’emploi (EEI), en baisse marquée à 91,7 (-4,6), traduisant une érosion progressive du marché du travail, 11 400 emplois détruits sur un an.
En Allemagne, l’indice ZEW du sentiment des investisseurs a basculé plus franchement en territoire négatif, à -17,2, après -0,5 en mars. Un décrochage qui en dit long sur la défiance croissante des acteurs économiques.
À ces fragilités conjoncturelles s’ajoute une nouvelle tension commerciale. Donald Trump a annoncé son intention de relever les droits de douane sur les automobiles importées de l’Union européenne, de 15 % à 25 %, accusant Bruxelles de ne pas respecter l’accord commercial conclu l’an passé. Les constructeurs européens implantés aux États-Unis, à l’image de Stellantis, échapperaient toutefois à ces surtaxes.
-
Vers une hausse des taux de la BCE ?
Selon les chiffres publiés par la Banque centrale européenne, l’inflation annuelle dans la zone euro a atteint 3 % en avril 2026, un plus haut depuis septembre 2023, après 2,6 % en mars. Les prix de l’énergie, en particulier, ont bondi de 10,9 %, une accélération inédite depuis février 2023, directement liée aux tensions au Moyen-Orient.
Dans ce contexte délicat, l’institution de Francfort a choisi de maintenir ses taux directeurs à 2 %, soucieuse de ne pas accentuer le ralentissement en cours, malgré une inflation qui résiste.
Sa présidente, Christine Lagarde, a toutefois laissé entendre que l’option d’un relèvement avait été « longuement discutée ». La réunion de juin pourrait, selon ses mots, constituer « le moment opportun » pour trancher et, le cas échéant, resserrer de nouveau la politique monétaire.
Chine : une croissance solide… en apparence
L’économie chinoise continue d’avancer à bon rythme. Au premier trimestre, le PIB ressort en hausse de +5,0 % sur un an, dépassant les attentes fixées à 4,8 %. La production industrielle suit la même trajectoire, en progression de +5,7 %, confirmant la solidité du tissu manufacturier.
-
Une croissance de plus en plus déséquilibrée
Derrière ces chiffres globaux, la dynamique interne reste plus hésitante. La demande domestique peine à reprendre le relais. Les ventes au détail progressent de seulement +1,7 %, en deçà des 1,9 % anticipés, signe d’une consommation encore contrainte.
Le secteur immobilier, lui, continue de peser lourdement sur l’activité : les investissements reculent de 11 % sur un an. Dans ce contexte, la croissance chinoise repose de plus en plus sur les exportations.
Une dépendance qui s’accompagne d’inquiétudes persistantes des ménages chinois. Le taux d’épargne, historiquement élevé en Chine, dépasse désormais les 35 % depuis 2025. Une prudence qui reflète des anticipations économiques dégradées, dans un pays où la dette publique franchit cette année le seuil symbolique des 100 % du PIB, réduisant d’autant les marges de manœuvre budgétaires.
-
Des exportations sous pression, mais encore résilientes
Après une envolée de 22 % en janvier puis en février, les exportations chinoises n’ont progressé que de 2 % en mars. Dans le même temps, l’excédent commercial s’est fortement contracté, à 51 milliards de dollars contre 103 milliards un an plus tôt.
Pour autant, certains segments tirent encore leur épingle du jeu. Dans un contexte de recomposition énergétique mondiale, les exportations de véhicules électriques ont bondi de 42 % en mars. Celles de panneaux solaires ont, elles, doublé en un mois, atteignant des niveaux record.
Sur le front intérieur, les bénéfices industriels offrent un contraste notable : ils progressent de 15,8 % en mars, portant la hausse du premier trimestre 2026 à +15,5 %, soit la plus forte performance enregistrée à cette période depuis cinq ans. L’indice PMI composite d’avril ressort à 50,1, légèrement en zone d’expansion, traduisant une économie qui tient malgré les tensions liées au conflit en Iran.
Les relations sino-américaines restent cependant sous surveillance étroite, alors que Washington a renforcé ses sanctions visant les raffineries chinoises s’approvisionnant en brut à bas coût auprès de la République islamique.
-
Le virage de l’IA de l'économie chinoise
Au-delà des cycles conjoncturels, la Chine poursuit une transformation plus structurelle. Le pays s’impose progressivement dans les technologies d’avenir, en particulier l’intelligence artificielle.
« Cette montée en puissance et en capacités technologiques de l’industrie chinoise impressionne le monde entier et a été surnommée par le Financial Times “le choc chinois 2.0” », observe Wilfrid Galand, directeur stratégiste chez Montpensier Arbevel.
Si les États-Unis conservent une avance dans l’entraînement des modèles de frontière, la Chine accélère nettement sur la commercialisation et l’intégration des usages dans l’économie réelle.
La dynamique se reflète également dans la recherche. « La montée en puissance chinoise dans les brevets liés à l’IA est spectaculaire : en quelques années, la Chine est devenue le principal contributeur mondial », souligne Pierre-Alexis Dumont, directeur des investissements chez Sycomore AM, évoquant un rattrapage rapide et une base technologique désormais crédible.
Cette montée en puissance s’appuie aussi sur un autre atout stratégique : l’énergie. La capacité installée de production électrique chinoise a fortement augmenté et dépasse désormais largement celle des États-Unis et de l’Europe. Après une décennie d’investissements massifs, les énergies renouvelables représentent près de 40 % de la production d’électricité, contre 26 % il y a dix ans.
Un levier déterminant à l’heure où l’intelligence artificielle devient une industrie lourde, gourmande en infrastructures. « Cet avantage énergétique est clé dans une phase où l’IA devient une industrie d’infrastructure, consommatrice de data centers, de puissance électrique, de refroidissement et de réseaux », rappelle encore Pierre-Alexis Dumont.
Nucléaire : Jimmy Energy lève 80 millions d’euros, soutenu par France 2030
C’est dans le cadre solennel du deuxième Sommet mondial sur l’énergie nucléaire qu’Emmanuel Macron a réaffirmé le soutien de l’État à Jimmy Energy, via le plan France 2030. Un appui de poids pour la jeune pousse française, qui poursuit le développement de son micro-réacteur à fission et s’apprête à franchir une étape décisive : celle, toujours délicate, de l’industrialisation. Les équipes de Scala Patrimoine sont ainsi allées à la rencontre de Sébastien Le Roy, Partner chez Serena, pour décrypter cette opération d'envergure.

Une chaleur nucléaire au plus près des industriels
Fondée en novembre 2020 par Antoine Guyot et Mathilde Grivet, Jimmy Energy revendique un nom qui n’est pas sans évoquer, avec une certaine malice, le dessin animé Jimmy Neutron. Mais derrière cette référence légère, l’ambition est tout sauf anecdotique.
Contrairement aux acteurs historiques comme EDF, l’entreprise ne cherche pas à produire de l’électricité. Son terrain de jeu est ailleurs : la chaleur industrielle. Grâce à ses petits réacteurs modulaires (SMR), Jimmy entend fournir directement aux sites industriels l’énergie thermique dont ils ont besoin.
« Les industriels ont besoins de beaucoup de chaleur pour faire sécher du plâtre ou de l’Amidon, par exemple. Or, dans la plupart des cas, la seule façon d'y arriver consiste à brûler des énergies fossiles. Notre solution consiste à bâtir des petits bâtiments intégrants petits réacteurs sur les sites industriels », explique Antoine Guyot, cofondateur et PDG de Jimmy au micro de la chaine BFM business.
Pour les industriels, la promesse est séduisante. Sébastien Le Roy, Partner chez Serena, souligne qu’ils bénéficient ainsi « d’une chaleur décarbonée, d’une meilleure prévisibilité des coûts - historiquement très volatils - de dépenses énergétiques réduits, à un prix compétitif par rapport aux autres sources de chaleur. »
Un angle mort de la décarbonation
La chaleur industrielle reste un sujet étonnamment peu visible dans les débats publics, alors même qu’elle pèse lourd. « Celle-ci représente entre 22 % et 25 % des émissions de CO₂ dans le monde, ce qui en fait tout simplement un des trois plus gros postes d'émissions globales », relève Sébastien Le Roy.
Et les alternatives crédibles ne se bousculent pas. « Les solutions pour remplacer les énergies fossiles pour les industriels sont très peu nombreuses, au regard des contraintes opérationnelles des industrielles. L’hydrogène, par exemple, ne constitue pas une réponse viable. Le nucléaire apparaît ainsi comme l’une des rares options crédibles. »
Pour autant, Jimmy Energy ne prétend pas réinventer la physique nucléaire. L’entreprise s’appuie sur des technologies éprouvées, un choix assumé qui a séduit ses investisseurs. « Nous privilégions les investissements dans des entreprises engagées dans la décarbonation, en assumant davantage un risque de mise sur le marché (“go-to-market”) qu’un risque technologique », reconnaît le partner de Serena.
Jimmy Energy, un défi d’exécution plus que de science
Le véritable enjeu pour Jimmy n’est donc pas tant technologique que stratégique et industriel. Malgré le coût relativement important du réacteur, celui-ci aurait une durée d’exploitation estimée à vingt ans.
Dans un secteur où les obstacles sont nombreux - techniques, financiers, réglementaires - les exemples d’échecs ne manquent pas. En France, la startup Naarea, qui développait pourtant une approche innovante, est aujourd’hui en liquidation judiciaire.
Jimmy Energy, de son côté, semble progresser sans faux pas majeurs. Sur le plan réglementaire, l’entreprise a déposé début 2024 une demande d’autorisation de création (DAC) auprès de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), devenant ainsi le premier acteur des SMR à initier cette démarche en France.
Reste la question sensible de l’approvisionnement en uranium, dans un contexte géopolitique tendu. « L’entreprise s’appuie sur un type d’uranium enrichi plus performant. À ce stade, Jimmy a sécurisé son approvisionnement », assure Sébastien Le Roy. « Cela va permettre à l’entreprise de déployer ses premiers sites industriels sans difficulté. Cela constitue également une barrière à l’entrée significative, dans un contexte où l’accès à l’uranium enrichi reste complexe. »
Le premier client est déjà identifié : une raffinerie française située en Saône-et-Loire. Et l’intérêt ne se limite pas à l’Hexagone. En France comme ailleurs en Europe, la demande se fait sentir. La mise en service du premier micro-réacteur est désormais attendue à l’horizon 2029-2030, soit un décalage d’environ trois ans par rapport aux prévisions initiales.
Une levée de fonds au-delà des attentes
Initialement, Jimmy Energy visait une levée de 50 millions d’euros. Le résultat dépasse les ambitions : plus de 80 millions ont finalement été réunis. Environ la moitié provient de fonds propres, dans un tour mené par le Crédit Mutuel Alliance Fédéral, aux côtés notamment d’ADEME Investissement et des actionnaires historiques, dont Serena. Les 40 millions restants sont apportés par l’État via France 2030.
« Cette levée de fonds vise à financer la mise sur le marché du premier réacteur nucléaire et à accélérer le développement commercial, tout en anticipant la phase d’industrialisation à venir », souligne Sébastien Le Roy.
L’appui public, lui, dépasse la simple dimension financière. « L’obtention du soutien du gouvernement français constitue un signal très positif. À travers cet appui, l’État valide la pertinence et le potentiel du projet Jimmy. Après un audit approfondi de l’ensemble des projets de réacteurs nucléaires en France, Jimmy figure parmi les rares à avoir franchi toutes les étapes et à avoir obtenu un financement aussi significatif de la part de France 2030. »
Un soutien qui s’inscrit aussi dans une logique plus large. « Le projet revêt également un caractère stratégique du point de vue de la souveraineté énergétique nationale. En France comme en Europe, les signaux politiques et économiques sont aujourd’hui favorables à ce type de projets. »
Une concurrence limitée
Sur ce segment très spécifique, la concurrence directe reste limitée. Calogena peut être mentionnée, mais ses applications visent davantage des usages urbains. Quant aux nombreux projets de SMR annoncés ces dernières années, beaucoup n’ont pas survécu.
Jimmy Energy avance donc avec une certaine prudence, mais aussi confiance, avec l’envie de s’imposer comme un acteur clé de la chaleur industrielle décarbonée.
Conférence : comment les family offices intègrent les cryptoactifs dans la gestion de patrimoine de leurs clients
Guillaume Lucchini, associé fondateur de Scala Patrimoine, est intervenu lors du Forum de la gestion privée organisé par L’AGEFI, rendez-vous désormais incontournable où se retrouvent chaque année banquiers privés et family officers pour débattre des grandes mutations du secteur.
Il participait à une table ronde consacrée à une question devenue centrale : « Comment les banques privées et les family offices placent-ils l’épargne de leurs clients libellée en cryptos ? » À ses côtés figuraient Henri Grellois (Octave Family Office), Alexandre Ortis (Banque Delubac & Cie) et Ronald Richter, Regional Director de Bitwise en Europe. Les échanges étaient animés par Nessim Ben Gharbia, journaliste à L’AGEFI Patrimoine.
D’emblée, une interrogation s’impose : parle-t-on encore du même marché qu’en 2017 ?
Pour Guillaume Lucchini, la rupture est nette.
Nessim Ben Gharbia. Vous avez accompagné les débuts de l’investissement en cryptoactifs sur le marché français. Est-ce qu’on parle encore du même marché qu’en 2016-2017 ? Qu’est-ce qui a réellement changé ?
Guillaume Lucchini. À l’époque, très peu de professionnels de la gestion de patrimoine s’étaient emparés du sujet. Chez Scala Patrimoine, nous avions été sollicités par de nombreux clients sur des questions essentiellement fiscales. Beaucoup de détenteurs de cryptoactifs avaient alors des profils assez atypiques : des ingénieurs, des développeurs, souvent directement impliqués dans la construction de la blockchain et rémunérés en partie via le minage.
Cette période était véritablement charnière dans l’essor des cryptoactifs. Certains se sont retrouvés avec des valorisations très importantes, notamment lors de la première envolée spectaculaire de 2017. La question qui se posait alors était avant tout fiscale : comment structurer ces patrimoines soudainement constitués ?
À ce moment-là, le cadre était extrêmement flou. Il n’existait pas de régime spécifique, et les cryptoactifs étaient, par défaut, assimilés à des revenus relevant du BNC ou du BIC selon les cas. Une situation parfois très pénalisante pour les détenteurs de ces actifs. Nous avons donc travaillé, aux côtés d’avocats fiscalistes, à faire évoluer cette lecture vers une imposition en plus-values mobilières. Mais il faut être clair : en 2017, on ne parlait pas encore de classe d’actifs à proprement parler.
Nessim Ben Gharbia. Et du côté des investisseurs que vous avez accompagnés, qu’est-ce qui a changé ?
Guillaume Lucchini. Le changement est assez tranché. Au départ, on était face à des gens portés par une conviction, presque philosophique. Ils participaient à la construction d'un écosystème, ils y croyaient vraiment.
À partir de 2017, un tout autre profil a fait son apparition : des investisseurs bien plus opportunistes, attirés par la perspective de gains rapides. On est passé d'une logique de bâtisseurs à quelque chose de beaucoup plus spéculatif.
Aujourd'hui, la majorité des nouveaux entrants appartient à cette seconde catégorie. Nos clients historiques, eux, ont fait le choix de garder leurs actifs. Ils n'ont pas cherché à multiplier les allers-retours. Leur engagement reposait sur une vision de long terme, pas sur une logique purement financière.
« Investir en cryptoactifs, c'est accepter de pouvoir perdre son capital »
Nessim Ben Gharbia. Ces dernières années, les cryptoactifs ont souvent été associés, dans la presse, à des épisodes de forte volatilité, voire à des arnaques. Observez-vous ces dérives ? Et comment lutter contre ce mythe de l’argent facile ?
Guillaume Lucchini. Il existe clairement un effet générationnel. La première vague, celle de 2016, regroupait des profils très qualifiés, impliqués intellectuellement et technologiquement. En 2017, tout change : c’est l’irruption de l’idée d’argent facile.
Avec elle apparaît une nouvelle catégorie d’investisseurs, souvent mal préparés à la réalité des marchés. Les épisodes de volatilité qui ont suivi ont été violents. Certains ont vu leur portefeuille perdre jusqu’à 60 % de sa valeur en très peu de temps.
Le marché est ensuite reparti, porté par la multiplication des cryptoactifs, distincts du bitcoin et de l’ether. Certains investisseurs ont d’ailleurs réalisé des gains considérables. Je pense notamment à l'un de nos clients, aujourd’hui à la tête d’un portefeuille d’une quinzaine de millions d’euros, initialement attiré par l’idéal de décentralisation. Il est désormais dans une logique de restructuration, cherchant à monétiser une partie de ses positions.
Nessim Ben Gharbia. Si l’on compare la crypto au venture capital, est-ce plus risqué, moins risqué ? Comment situer le curseur ?
Guillaume Lucchini. Il y a d'abord une dérive qu'on ne peut pas ignorer : celle de la finance traditionnelle qui cherche à s'approprier un actif qui lui échappait totalement à l'origine, et à y recréer ses propres mécanismes d'intermédiation, avec les rétrocommissions qui vont avec.
Au sein de notre multi-family office indépendant, Scala Patrimoine, nous accompagnons de nombreux investisseurs en cryptoactifs dans l'organisation de leur patrimoine, mais nous ne leur avons jamais directement conseillé d'acheter du bitcoin ou de l'ether. Un investisseur n'a tout simplement pas besoin d'un CGP ou d'un MFO pour accéder à ces marchés.
On entend aussi beaucoup parler de décorrélation avec les marchés traditionnels. Les récents épisodes sur les marchés mondiaux invitent à nuancer ce discours. On observe des parallèles assez nets, dans certaines configurations de marché, entre le bitcoin et les grandes valeurs technologiques.
Reconnaissons également que les cryptoactifs restent difficiles à appréhender, y compris pour des professionnels. Certains les abordent comme n'importe quelle autre classe d'actifs, avec une logique d'intermédiation classique. C'est là que les dérives peuvent surgir.
La responsabilité du conseil ne peut pas être balayée d'un revers de main. On a déjà entendu ce type de discours dans d'autres scandales financiers. Il faut savoir dire non à certains produits.
D'autant que la clientèle concernée est, pour une bonne partie, patrimoniale. Elle cherche avant tout à préserver ce qu'elle a construit, en visant une performance un peu supérieure à celle d'un livret A ou d'un fonds en euros.
Nessim Ben Gharbia. Quelle est alors la bonne grille de lecture ?
Guillaume Lucchini. Celle du venture capital, à mon sens. Investir en cryptoactifs, c'est accepter de pouvoir perdre son capital. Ça ne veut pas dire qu'il ne faille pas y aller. C'est avant tout une question de convictions personnelles.
Chez Scala Patrimoine, certains de nos clients ont plus de 60 ans et souhaitent s'y exposer ; d'autres ont 25 ans et refusent catégoriquement. Le rôle du conseil, finalement, c'est d'aider à comprendre, à encadrer, et parfois à anticiper les enjeux autour de cet actif.
L'intervention du régulateur et l'implication croissante des banques vont dans le bon sens. Soyons cependant lucides, la France accuse encore un retard par rapport à des pays comme la Suisse, où de nombreuses opérations sont déjà réalisées par des établissements qui ont intégré ces actifs dans leur offre, notamment via des mécanismes comme le crédit lombard. C'est un indicateur parmi d'autres que le marché se structure. Mais que nous n'en sommes qu'au début.
Assurtech : Alan accueille des sportifs de haut niveau à son capital
La licorne française de l’assurance santé, Alan vient de boucler une nouvelle levée de fonds de 100 millions d’euros. L’opération, réalisée sur la base d’une valorisation annoncée à 5 milliards d’euros, marque l’entrée de nouveaux investisseurs, parmi lesquels figurent plusieurs sportifs de haut niveau.

Une volonté de bousculer les codes de l’assurance santé
Fondée en 2016, Alan est née de la rencontre entre deux ingénieurs, Jean-Charles Samuelian-Werve et Charles Gorintin. Le premier venait de l’aéronautique, le second de la tech américaine.
Tous deux partagent le même constat : le système de santé et d’assurance accuse un retard structurel dans sa transformation digitale.
De cette intuition naît Alan, pensée comme une assurance santé entièrement numérique, accessible via une application unique.
Dans ses prises de parole, Jean-Charles Samuelian-Werve résume régulièrement cette ambition : « sortir d’un système centré sur la maladie, marqué par la complexité des parcours de soins et la surcharge des professionnels de santé ».
Pour encourager les comportements préventifs, Alan s’inspire notamment des mécaniques issues de l’univers du jeu vidéo : défis de marche, de respiration, de sommeil ou encore d’alimentation. L’entrée de sportifs de haut niveau à son capital doit justement renforcer cette dimension, en ouvrant la voie à la mise en œuvre de défis sportifs, permettant à chaque participant de comparer ses performances avec celles des athlètes auxquels il peut s’identifier.
En parallèle, la start-up a lancé un assistant conversationnel fondé sur l’intelligence artificielle, présenté comme un « compagnon de santé ». Baptisé Mo, il accompagne les utilisateurs dans leur parcours de soins et facilite la prise de rendez-vous avec des professionnels partenaires.
Une levée de fonds opportuniste pour Alan
Depuis sa création, Alan a levé près de 700 millions d’euros auprès d’investisseurs internationaux de premier plan, parmi lesquels Index Ventures, Temasek, Coatue ou encore Ontario Teachers’ Pension Plan.
Une nouvelle opération a été annoncée au cours du mois de mars. Celle-ci vise à renforcer ses capacités d’investissement. Menée par Index Ventures, elle réunit des investisseurs historiques comme Belfius. Mais aussi de nouveaux entrants, dont SH Capital, le fonds américain Greenoaks, le family office émirati Kaaf Investments, ainsi que Tobias Lütke, fondateur de la plateforme Shopify.
Elle s’accompagne également de l’arrivée de sportifs de haut niveau au capital, dont deux champions du monde 2018 de football : Kylian Mbappé et Antoine Griezmann.
Le montant exact investi par l’actuel joueur du Real Madrid via son fonds Coalition Capital n’a pas été communiqué. L’ensemble s’inscrit dans une levée globale de 100 millions d’euros, sur la base d’une valorisation portée à 5 milliards.
Une opération qualifiée d’opportuniste par la directrice financière du groupe, Mihaela Albu : « Nous n’avions pas besoin de lever des fonds. C’était opportuniste. Nous avons eu une demande de la part de nos investisseurs existants pour réinvestir, mais aussi de nouveaux investisseurs ».
Une rentabilité à horizon 2027 ?
Dans le cadre d’une conférence de presse qui a beaucoup fait parler, en présence notamment de Kylian Mbappé, les dirigeants d’Alan ont adopté une posture très offensive dans leur communication. Alan revendique aujourd’hui plus d’un million de membres et environ 37 000 entreprises clientes. Quelques semaines plus tôt, l’assurtech avait défrayé la chronique en devenant la mutuelle du ministère de l’Économie et des Finances, couvrant plus de 130 000 agents.
« Notre croissance est équilibrée entre le secteur privé et le secteur public », précise cependant Mihaela Albu.
Selon les chiffres dévoilés par sa direction en ce début d’année, Alan a affiché en 2025 un revenu annuel récurrent de 785 millions d’euros. Toujours selon l’entreprise, le groupe devrait atteindre le seuil de rentabilité en 2027. En 2024, elle enregistrait encore 34 millions d’euros de pertes.
Une stratégie tournée vers la croissance externe
Quelle sera la feuille de route pour les prochains mois ?
La croissance externe devrait encore faire les gros titres pour cette start-up de 800 salariés. « Cette levée de fonds va nous permettre de procéder à des acquisitions et de soutenir notre expansion internationale », confirme Mihaela Albu.
Selon une indiscrétion des Échos, Alan se dirigerait vers de nouveaux services, notamment autour de la prévention. La licorne aurait d’ailleurs préparé le terrain en rachetant, début février 2026, la plateforme de santé ARO. Un acteur émergent qui s'est lancé en 2025.
Le nouveau rôle des sportifs de haut niveau
Au-delà de l’apport financier, l’arrivée de sportifs professionnels au capital d’entreprises technologiques s’inscrit dans une stratégie patrimoniale de plus en plus prisée. Celle du « brand for equity ».
L’image, la notoriété et la crédibilité des athlètes deviennent des actifs stratégiques. En retour, les sportifs diversifient leur patrimoine et anticipent leur reconversion.
Le private equity et l’investissement dans les start-up s’imposent ainsi comme une classe d’actifs incontournable pour les sportifs.
Avec ces entrées au capital, Alan ajoute, de son côté, une dimension supplémentaire à sa communication : celle de la performance. Les athlètes deviennent à la fois ambassadeurs et partenaires de la marque.
L’ambition est donc là, mais le modèle économique est encore à installer dans la durée. Pour 2026, le ministère de la Transition écologique a en effet augmenté de 14 % les tarifs des options du contrat de complémentaire santé assuré par Alan. Preuve qu’il n’est pas facile de définir le « juste prix », même chez les acteurs pleinement digitalisés.
Les convictions d'investissement de Scala Patrimoine - Avril 2026
Depuis le début de l’année, les marchés actions et obligataires ont été profondément secoués. Le conflit impliquant les États-Unis et Israël en Iran a agi comme un véritable catalyseur d’incertitudes. Dans ce contexte chahuté, les convictions d'investissement de Scala Patrimoine, centrées sur une certaine prudence et une volonté d’apporter une forte diversification, géographique et sectorielle, aux portefeuilles de nos clients en sortent renforcées.
Marchés actions : entre chocs géopolitiques et nécessité de diversification
C’est un principe que nous martelons depuis des mois, c’est bien celui de la diversification face à la concentration excessive. Se focaliser sur un nombre restreint de secteurs ou de valeurs expose inévitablement à des à-coups violents, dont le début d’année se fait un pressant écho.
-
Le sacro-saint principe de diversification
La nécessité d’apporter de la diversification notamment au sein même du marché des actions américain, apparaît aujourd’hui comme une approche incontournable. Trop d’investisseurs sont restés surexposés à quelques segments, en particulier aux grandes valeurs technologiques. Or, même les hyperscalers n’ont pas été épargnés par les turbulences liées à la crise iranienne. Quant aux éditeurs de logiciels, ils ont subi de plein fouet les interrogations croissantes sur la solidité de leur modèle face à la montée en puissance de l’intelligence artificielle.
À l’inverse, certains secteurs ont tiré leur épingle du jeu. Les valeurs pétrolières et celles liées à la Défense ont logiquement bénéficié du contexte géopolitique. D’autres segments, plus cycliques comme le luxe, les loisirs, ou le transport aérien se sont montrés nettement plus vulnérables, leur sensibilité à l’activité économique les rendant particulièrement exposés.
Romane Azzopardi, responsable des investissements cotés au sein du multi family office indépendant Scala Patrimoine confirme l’importance de garder le cap. « Ce début d’année a été marqué par de fortes rotations sectorielles. Dans un tel environnement, l’absence de diversification de l'investissement en bourse se paie comptant. »
Dans les périodes troublées, l’intégration de valeurs plus défensives, santé ou industrie de qualité, reste une règle simple, presque évidente, mais trop souvent négligée.
Cette logique vaut également sur le plan géographique. « Les marchés émergents, après une année 2025 marquée par une réappréciation assez rapide, affichent encore une performance positive depuis le 1er janvier, malgré les turbulences récentes. Cette zone se distingue cependant par une très forte hétérogénéité des situations. L'Asie, hors Chine, est ainsi plus durement touchée par le choc énergétique provoqué par le conflit en Iran que les pays d'Amérique Latine, par exemple » confirme Romane Azzopardi.
Dans ce contexte, l’Europe conserve toute sa place dans les allocations. Le déploiement du plan de relance allemand, et les effets d’entraînement attendus sur l’économie européenne, continuent d’alimenter des perspectives constructives. « Même si celles-ci restent, à ce stade, encore largement conditionnées à l’évolution du contexte international. » reconnait la responsable des investissements côtés de Scala Patrimoine.
-
Les regards tournés vers l’Iran
Dans les semaines à venir, l’attention restera inévitablement focalisée sur l’évolution du conflit en Iran. Ses répercussions dépassent largement le seul cadre géopolitique, par ce choc d'offre énergétique. Elles pourraient perturber la chaîne d'approvisionnement de l’économie mondiale, sur le plan alimentaire et technologique notamment.
Le comportement des marchés a d’ailleurs évolué par phases. D’abord relativement complaisants durant les premières semaines, les investisseurs ont progressivement intégré l’idée d’un conflit plus long et plus complexe que prévu. À partir de là, la perception du risque a changé de nature et les marchés avec.
-
Des banques centrales prises entre le marteau et l’enclume
Dans ce contexte, les banques centrales avancent sur une ligne de crête. Les États-Unis, forts de leur relative indépendance énergétique, devraient être moins exposés que l’Europe et l'Asie. Mais la vigilance reste de mise.
Certains fondamentaux, quelque peu relégués au second plan ces dernières semaines, pourraient rapidement revenir au cœur des préoccupations : solidité du marché de l’emploi, ampleur des investissements liés à l’intelligence artificielle, et risque de déceptions à mesure que les montants engagés, souvent colossaux, devront se traduire en résultats concrets.
Les évolutions récentes illustrent d’ailleurs l’ampleur des ajustements en cours. En mars, les anticipations de politique monétaire ont été profondément révisées. Le scénario d’un ralentissement économique combiné à un retour de l’inflation n'est pas encore à écarter, malgré le cessez-le-feu temporaire signé entre l'Iran et les Etats-Unis. Après être passée sous les 2 %, l’inflation est remontée autour de 2,5 % en mars, sous l’effet notamment du choc énergétique.
Dans ces conditions, la marge de manœuvre des banquiers centraux apparaît particulièrement contrainte.
Marchés obligataires : le choc iranien rebat les cartes
Le conflit impliquant les États-Unis, Israël et l’Iran a provoqué une onde de choc brutale sur les marchés obligataires. En quelques semaines, l’ensemble de la courbe des taux, en Europe comme aux États-Unis, a été bousculé. Les spreads de crédit se sont écartés, tout comme ceux des dettes émergentes, signe d’un regain de prudence des investisseurs face à un environnement redevenu incertain.
Derrière ces mouvements, c’est avant tout le retour du risque inflationniste, alimenté par le choc énergétique, qui a rebattu les anticipations de marché.
-
Taux : un retournement brutal des anticipations
Les mouvements les plus marqués se concentrent sur la partie courte de la courbe des taux. En cause : un changement radical des anticipations de politique monétaire.
Jusqu’au début de l’année, les marchés tablaient encore sur une ou deux baisses de taux de la Réserve fédérale américaine en 2026. Désormais, le scénario s’est inversé. Désormais les marchés n'anticipent plus de mouvements de la FED sur les taux directeurs.
Cette révision a mécaniquement tiré les taux courts vers le haut, beaucoup plus nettement que les taux longs.
- Une courbe sous tension
Les taux courts ont fortement réagi au repositionnement des anticipations monétaires.
Les taux longs, eux, ont également progressé, mais dans une moindre mesure, principalement sous l’effet des craintes inflationnistes persistantes. Particulièrement en Europe ou un statut quo était anticipé avant le conflit. Au 8 avril, deux hausses des taux par la BCE étaient encore anticipées.
- Des anticipations jugées fragiles
Ce repositionnement reste toutefois sujet à caution. Comme le souligne Romane Azzopardi, ces anticipations pourraient s’avérer excessives. « D’une part, la situation géopolitique au Moyen-Orient demeure extrêmement évolutive. D’autre part, de nombreux analystes estiment qu’un resserrement monétaire dans ce contexte manquerait de crédibilité. »
Le raisonnement est simple. Si le risque inflationniste est réel, la dynamique de croissance, elle, reste fragile. Une hausse des taux viendrait durcir les conditions de financement et risquerait d’étouffer une activité déjà peu dynamique.
La Banque centrale européenne, en particulier, dispose de marges de manœuvre limitées. Dans ce contexte, une partie de la hausse des taux courts apparaît déjà intégrée dans les prix.
« Si la BCE ne matérialise pas ces hausses, la partie courte pourrait même offrir de bonnes surprises avec un mouvement de normalisation », avance Romane Azzopardi.
- Pressions structurelles sur les taux longs
Si la hausse des taux longs est restée plus contenue, elle s’inscrit dans une tendance plus durable. Au-delà du choc actuel, plusieurs facteurs continuent d’exercer une pression haussière : la persistance des risques inflationnistes à moyen terme, l’augmentation des besoins de financement publics, et la dégradation des marges budgétaires en Europe.
L’exemple allemand illustre cette dynamique. Les plans de soutien massifs annoncés ces derniers mois impliquent une hausse significative des émissions obligataires. Une offre accrue de dette qui, mécaniquement, pèse sur les taux.
-
Spreads : une réaction mesurée, mais sous surveillance
Contrairement aux taux, les spreads de crédit ont réagi de manière relativement contenue. Leur niveau reste, à ce stade, proche des moyennes historiques.
Ce calme apparent appelle toutefois à la vigilance. Plusieurs questions se posent. Comment les entreprises absorberont-elles ce nouvel environnement ? Faut-il anticiper des tensions sur certains segments en cas de ralentissement économique ?
Pour l’heure, les taux de défaut restent comparables à ceux observés avant le déclenchement du conflit. Mais l’équilibre demeure fragile.
-
Investissement : une approche prudente
Dans cet environnement incertain, une approche prudente s’impose. L’attention se porte désormais sur la partie intermédiaire de la courbe, entre 3 et 5 ans, surtout en euro, qui offre un compromis jugé plus équilibré entre rendement et risque.
À l’inverse, la partie longue apparaît plus exposée. Un retour durable de l’inflation, ou des décisions de politique budgétaire aux États-Unis, pourraient accentuer la volatilité sur ce segment.
« Nous ne connaissons pas encore l’ampleur ni la durée de l’impact inflationniste. Des effets de second tour sont déjà évoqués, notamment sur les prix alimentaires à horizon 6 à 9 mois », souligne Romane Azzopardi.
- Le retour en grâce du portage obligataire
Dans ce contexte, le portage obligataire retrouve tout son attrait.
Cette stratégie d'investissement, qui consiste à conserver une obligation jusqu’à son échéance pour en percevoir les revenus, bénéficie aujourd’hui de niveaux de coupon plus élevés. Elle permet de générer des flux réguliers, qui jouent un rôle d’amortisseur face aux chocs de taux ou à l’élargissement des spreads.
Les obligations d’entreprises de bonne qualité (investment grade) conservent notre faveur. Elles offrent un surplus de rendement par rapport aux dettes souveraines et une duration plus basse, tout en restant relativement peu sensibles aux tensions géopolitiques.
Sur le segment d'investissement du high yield, la position est plus attentiste. En cas de ralentissement économique marqué, un élargissement des spreads apparaît probable.
- Marchés émergents : des disparités accrues
Les obligations émergentes présentent un profil plus contrasté. Les écarts entre pays se creusent. Certains bénéficient de la hausse des prix de l’énergie, alors que d’autres en subissent les conséquences.
À cela s’ajoute une contrainte structurelle : ces marchés restent largement dépendants du dollar, ce qui accentue leur sensibilité aux conditions financières globales.
- Subordonnées bancaires : des fondamentaux encore solides
Les obligations subordonnées du secteur bancaire ont, jusqu’ici, bien résisté.
Les fondamentaux des établissements restent robustes, notamment en Europe où le cadre réglementaire est plus strict. Le principal risque résiderait dans un ralentissement économique brutal, susceptible de provoquer un écartement des spreads.
Aux États-Unis, certaines fragilités apparaissent, notamment en lien avec le marché du crédit privé, dont les tensions pourraient se diffuser aux assureurs et aux banques.
Malgré cela, le segment reste attractif en Europe, porté par des émetteurs de premier plan et majoritairement investment grade.
Enfin, l'investissement sur du monétaire suscitent des interrogations. Comme le souligne Francisco Baiano, chargé d’investissement chez Scala Patrimoine : « Se positionner sur des fonds monétaires revient à accepter des taux réels très faibles, voire négatifs, compte tenu des anticipations d’inflation. »
Autrement dit, une solution d'investissement rassurante en apparence, mais dont le rendement réel pourrait s’avérer décevant.
Quoiqu’il en soit, dans cet environnement mouvant, la sélectivité redevient clé. Entre prudence tactique et recherche de rendement, les investisseurs doivent composer avec un équilibre plus instable, mais aussi, potentiellement, plus riche en opportunités.
L’or reprend son souffle
L’or, traditionnellement considéré comme une valeur refuge, a connu une surprenante baisse depuis le début du conflit en Iran. Cette chute s’explique en partie par la prudence des banques centrales dans le cadre de leur investissement. Elles ont, en effet, suspendu leurs programmes d’achat d’or au moment où la guerre éclatait.
La Turquie, par exemple, a massivement liquidé une partie de ses réserves : 52 tonnes sur un total de 440 tonnes ont été remises sur le marché, soit l’équivalent d’environ 20 milliards de dollars. Une opération qui a pesé sur les cours et rappelle que même les métaux précieux peuvent être sensibles aux décisions stratégiques des États.
Le contexte économique global joue également un rôle majeur. Si un nouveau cycle de hausse des taux d’intérêt venait à démarrer, l’or pourrait en pâtir, étant traditionnellement négativement corrélé à ces variations.
Malgré ces soubresauts, certains fondamentaux restent solides sur le moyen terme. Les achats des banques centrales se poursuivent, et l’or conserve son rôle de diversification au sein des portefeuilles. Sa nature tangible en fait un actif prisé pour ceux qui cherchent à sécuriser une partie de leur patrimoine face aux incertitudes économiques.
« L’histoire récente montre cependant que l’or n’est pas infaillible. Même dans des périodes où il est censé offrir une protection, il peut souffrir de conditions de marché particulières. Les investisseurs doivent donc considérer ce métal précieux comme un outil de diversification plutôt qu’une assurance absolue contre les crises. » explique Romane Azzopardi.
Stratégies alternatives : Un biais long malgré la diversification
Les stratégies alternatives présentent souvent un biais long sur les actions, même si elles incluent une composante short. Cela signifie que, même en période de baisse des marchés, ces stratégies restent partiellement corrélées à la chute des prix.
Certaines stratégies pourraient bénéficier d’une reprise de l’activité de fusions-acquisitions (M&A). « Le merger arbitrage, ainsi que certains longs/shorts orientés sur les opérations de fusion, peuvent alors devenir performants. Ces approches profitent de la valorisation relative des entreprises impliquées dans des transactions et cherchent à tirer parti des écarts de prix créés par ces opérations. » confirme Francesco Baiano.
Cependant, ces stratégies ne sont pas totalement indépendantes des marchés. La corrélation ne provient pas uniquement du biais long : lorsqu’elles reposent sur l’arbitrage, ces stratégies sont sensibles aux conditions macroéconomiques. En période de forte incertitude, de nombreuses opérations sont soit annulées, soit reportées, ce qui limite les opportunités et affecte la performance des fonds engagés dans ce type de stratégies.
Private Equity : Opportunités et résilience dans un contexte volatil
Dans un environnement économique incertain, le private equity demeure une classe d’actif pertinente pour les investisseurs de long terme en quête de rendement.
-
Des stratégies d'investissement diversifiées et adaptées
L’intérêt pour les actifs non cotés — les fameux private assets — ne faiblit pas.
Pour nos clients, nous ciblons plusieurs segments du marché :
- Growth Equity : mise sur la croissance de sociétés innovantes à fort potentiel.
- Stratégies secondaires : stabilité rassurante et rendements robustes grâce à des actifs déjà matures.
- Fonds de co-investissement : optimisation des performances tout en maîtrisant les coûts et la structure des portefeuilles.
- Fonds d’infrastructures : visibilité sur les cash-flow.
- Capital-risque : technologies et transition énergétique en tête, un vivier pour les startups innovantes.
-
Les zones de fragilité de la dette privée evergreen
L’engouement croissant pour la dette privée evergreen ne doit pas occulter les premières tensions qui apparaissent sur ce marché. Si les pertes restent pour l’instant limitées, plusieurs signaux appellent à la vigilance. Aux États-Unis, le taux de défaut des crédits privés a légèrement progressé, passant de 5,4 % à 5,6 % en décembre 2025, selon Fitch. Les difficultés récentes de Blue Owl mettent en lumière certaines fragilités structurelles qui méritent attention.
-
Tensions localisées sur le marché américain
Le marché de la dette privée evergreen se distingue nettement selon les continents. Aux États-Unis, où le secteur est développé et très concurrentiel, des tensions localisées se font sentir. Ces fragilités sont accentuées par une forte demande de retraits et par des conditions d’entrée moins strictes pour certains fonds ces dernières années.
En Europe, en revanche, le cadre réglementaire plus strict et une approche prudente des investisseurs garantissent une stabilité relative. Les pressions sur les fonds y sont moins marquées, et le marché bénéficie d’une gestion plus long terme et sélective.
-
Des fondamentaux solides malgré les frictions
Malgré ces tensions, la qualité des actifs reste robuste. Les taux de défaut sont maitrisés, les portefeuilles sont investis de manière diversifiée. Les pressions sur les fonds en matière de liquidité demeurent par ailleurs contenues. Cette résilience est particulièrement visible en Europe, où les stratégies long terme et la sélection rigoureuse des investissements limitent les risques.
Un secteur mérite une attention particulière : les entreprises de logiciels et de SaaS, largement financées par la dette privée. Si certaines d’entre elles ressentent la pression de l’arrivée de l’IA, la majorité affichent une résilience notable. Les sociétés de gestion restent sélectives, privilégiant les entreprises les moins exposées aux bouleversements technologiques récents.
-
Vers une phase d’ajustement et de nouvelles opportunités
Le marché amorce progressivement une phase d’ajustement. Dans ce contexte, nous avons, par prudence, choisi de suspendre temporairement les nouveaux investissements afin de sécuriser les portefeuilles existants.
Cette période de transition pourrait toutefois se révéler stratégique. Elle offre des conditions d'investissement plus favorables pour ceux entrants dans la classe d'actifs et l’opportunité de renforcer des portefeuilles déjà solides. Notre conviction d'investissement demeure ainsi intacte, soutenue par la résilience des fonds et des stratégies structurées.
Avènement du conseil indépendant : la lente révolution de la gestion de patrimoine
Longtemps structuré autour d’un modèle opaque, le marché français de la gestion de patrimoine amorce une mutation profonde. Sous l’effet conjugué de la réglementation et des attentes croissantes des investisseurs, le conseil indépendant, encore minoritaire, s’impose progressivement comme une alternative crédible. Décryptage d’un basculement silencieux mais déterminant.
Un modèle historique fondé sur les rétrocessions
Pendant des décennies, la distribution de produits financiers en France s’est organisée autour d’un mécanisme central : celui des rétrocessions de commissions.
Le principe est simple. Lorsqu’un épargnant investit dans un contrat - assurance-vie, plan d’épargne retraite (PER) ou compte-titres - intégrant des fonds, la société de gestion prélève des frais. Une partie de ces frais est ensuite reversée à l’assureur, puis redistribuée aux réseaux commercialisant leurs produits : banques, courtiers, conseillers en gestion de patrimoine (CGP).
Ce système, largement répandu, structure encore aujourd’hui la grande majorité du marché.
Mais il porte en lui une ambiguïté majeure : les conflits d’intérêts potentiels. Le conseiller pouvant être incité à privilégier les produits les plus rémunérateurs pour lui plutôt que les plus pertinents pour son client.
Guillaume Lucchini, associé fondateur du multi-family office indépendant Scala Patrimoine, revient sur les origines du marché des CGP. En quelques phrases, il esquisse une évolution regrettable : celle d’un métier qui, né sous le signe du conseil, s’est progressivement orienté vers la commercialisation de produits, au risque d’en oublier sa vocation première. « Lorsque j’ai débuté dans le conseil patrimonial, j’ai découvert un univers assez déroutant. Le métier s’était pourtant construit en réaction au modèle bancaire, alors dominant, qui consistait à distribuer ses propres produits financiers. À ses débuts, le CGP incarnait une profession libérale, indépendante, libre d’explorer un marché ouvert pour en extraire les meilleures solutions d’investissement. Il avait accès à l’ensemble des sociétés de gestion de la place. C’était, en un sens, le meilleur des deux mondes : une exigence de conseil alliée à une architecture totalement ouverte. »
Mais ce modèle s’est rapidement heurté à une réalité moins chatoyante. « Pour des raisons financières, de nombreux de conseillers ont, en pratique, orienté leurs choix vers les solutions les plus rémunératrices pour eux-mêmes. Peu à peu, le métier a glissé vers une logique de distribution des produits les mieux commissionnés. La confiance s’est alors érodée, laissant place à des conflits d’intérêts potentiels qui continuent, aujourd’hui encore, de questionner la profession » explique Guillaume Lucchini.
Les rétrocessions, une mécanique particulièrement rémunératrice
Ce mode de rémunération présente plusieurs avantages pour les professionnels.
D’abord, il génère des revenus récurrents. Une fois le contrat ouvert, les commissions continuent d’être perçues chaque année, sans nécessiter d’intervention supplémentaire.
Ensuite, ces frais sont directement prélevés sur les produits financiers du contrat. Pour l’épargnant, ils restent souvent invisibles, car ils ne donnent pas lieu à une facturation explicite.
Mais cette invisibilité a un revers. Comme le souligne Guillaume Lucchini, associé-fondateur du multi-family office Scala Patrimoine : « Le client fait face à une superposition de frais difficilement lisible. Lorsque les acteurs privilégient leurs propres solutions, les niveaux de rémunération s’additionnent, parfois au détriment de la diversification et de l’intérêt du client. »
Autrement dit, la logique de distribution peut primer sur la logique de conseil.
L’effet pervers de la financiarisation du secteur
À cette problématique s’ajoute une évolution plus récente : l’entrée massive de fonds d’investissement au capital de cabinets de gestion de patrimoine.
Attirés par la stabilité des revenus récurrents, ces investisseurs encouragent des stratégies de croissance rapide. Résultat : une vague de consolidation du marché, marquée par des acquisitions avec effet de levier, dont l’objectif est d’augmenter rapidement les encours sous gestion.
Cette pression financière peut, dans certains cas, renforcer les logiques commerciales au détriment de l’indépendance du conseil.
Une réponse réglementaire progressive : indépendant Vs non indépendant
Face à ces dérives potentielles, plusieurs pays ont choisi des approches radicales, alors que la France a choisi une voie médiane.
-
Les choix forts des pays anglo-saxons
Au Royaume-Uni, la réforme du Retail Distribution Review (RDR) a interdit dès 2013 les commissions versées aux conseillers indépendants. Ces derniers doivent désormais être rémunérés exclusivement par leurs clients. Les Pays-Bas ont adopté une mesure similaire la même année, suivis par des pays comme le Danemark.
La France, en revanche, a opté pour une voie intermédiaire.
-
Le cadre plus mesuré de la France
Depuis l’entrée en vigueur de la directive MiFID II, le marché français repose sur une distinction claire :
- Le conseil indépendant : le professionnel ne peut conserver aucune rémunération provenant de tiers. Toute commission perçue doit être restituée au client. Sa rémunération repose exclusivement sur des honoraires.
- Le conseil non indépendant : les rétrocessions restent autorisées, à condition d’être transparentes et d’améliorer la qualité du service rendu.
Cette distinction vise à renforcer la lisibilité pour l’épargnant. « Sans transparence complète sur les frais et les flux financiers, le client ne peut pas apprécier le coût réel du service ni comparer les offres. La clarté est une condition essentielle de la confiance », rappelle cependant Guillaume Lucchini.
Pour le family officer, il faut d’abord accepter de regarder la réalité en face. « Le marché de la distribution, essentiellement les CGP ou les sociétés de gestion, n’a guère d’intérêt à promouvoir la transparence. L’opacité régnante permet aux sociétés de gestion de commercialiser leurs solutions d’investissement sans avoir à recruter une armée de commerciaux. Le recours aux CGP constitue, de ce point de vue, un levier redoutablement efficace, avec un maillage territoriale important. Dans ce contexte, les lobbys financiers et assurantiels, particulièrement puissants en France, n’ont aucun intérêt à faire bouger les lignes. Il est donc logique que la réponse réglementaire soit encore timide. »
« La nouvelle génération revendique un conseil patrimonial véritablement impartial »
L’émergence d’un modèle indépendant, fondé sur les honoraires de conseil
Dans ce contexte, certains acteurs ont fait le choix d’un positionnement radical : abandonner totalement les rétrocessions.
C’est le cas de cabinets indépendants qui s’inspirent des pratiques anglo-saxonnes. « Il convient d’aligner totalement les intérêts du conseiller et de son client. Lorsque la rémunération dépend uniquement des honoraires, la recommandation redevient objective », explique Guillaume Lucchini.
Une nouvelle génération de conseillers émerge, davantage formée aux enjeux financiers et moins attachée aux logiques purement commerciales. Pour ces professionnels, l’indépendance n’est plus une contrainte réglementaire, mais un positionnement stratégique.
Ce modèle reste aujourd’hui toutefois minoritaire, environ 5 % du marché, mais il progresse régulièrement.
Scala Patrimoine : le précurseur
Dans ce paysage recomposé, Scala Patrimoine a fait figure de pionnier en étant l’un des seuls à choisir, dès l’origine, le statut d’indépendant. « À la manière d’un cabinet de conseil, nous avons fait le choix de facturer exclusivement des honoraires, définis dans une lettre de mission, en fonction des besoins de nos clients et de l’accompagnement que nous leur apportons », explique Guillaume Lucchini.
Dans un souci de transparence, le montant de ces honoraires est systématiquement détaillé dès l’entrée en relation, puis formalisé à l’issue d’un premier rendez-vous. Une pratique qui tranche avec les usages longtemps en vigueur dans la profession.
Cette logique a également conduit Scala Patrimoine à participer à la création d’une première assurance-vie dit « Cleanshare ». Un contrat qui a la particularité d’intégrer des supports d’investissement faiblement chargés, précisément parce qu’ils n’intègrent pas de rétrocessions au profit du distributeur.
« Ce positionnement garantit aux clients que le conseiller n’a aucun intérêt à privilégier un fonds plutôt qu’un autre pour des raisons de rémunération », souligne Guillaume Lucchini.
À ce jour, seuls quelques cabinets ont franchi le pas de cette indépendance revendiquée, à l’image de Prosper Conseil, d’Alpha & K et de quelques multi family-offices.
Pourquoi le statut d'indépendant séduit de plus en plus
Le conseil indépendant répond à plusieurs attentes fortes des investisseurs :
- une transparence totale sur les frais ;
- une absence de biais commercial et un conseil dénué de tout conflit d’intérêts ;
- une personnalisation accrue des stratégies patrimoniales ;
- la possibilité de mettre en concurrence les solutions proposées.
Il s’inscrit aussi dans une évolution plus large des comportements. Mieux informés, échaudés par les pratiques bancaires où les produits “maison” sont largement surreprésentés, les clients se montrent de plus en plus exigeants sur la qualité et l’objectivité du conseil. Les grandes familles et les entrepreneurs sont désormais clairement à la recherche d’un conseil véritablement indépendant.
Cet essor s’explique avant tout par une meilleure diffusion de l’information appui l’associé fondateur du multi family office indépendant Scala Patrimoine. « Autrefois, les clients se souciaient peu de ce type de données. Aujourd’hui, la donne a changé : la presse s’empare du sujet, et des blogs animés par des professionnels, comme celui de l’Avenue des Investisseurs, jouent un rôle pédagogique majeur. »
Parallèlement, on perçoit chez la nouvelle génération une volonté de reprendre la main sur ces questions. « Cette génération revendique un conseil véritablement impartial, capable de naviguer dans un environnement complexe, soumis à de fortes contraintes économiques, fiscales et de marché. Cette exigence accrue contribue à faire évoluer le métier, en orientant la profession vers davantage de transparence et d’indépendance. » estime à cet égard Guillaume Lucchini.
Un environnement favorable
Plusieurs dynamiques externes contribuent aujourd’hui à faire évoluer le marché vers un modèle davantage indépendant.
D’abord, une nouvelle génération de professionnels, souvent issue du monde du conseil, arrive sur le marché avec un regard plus critique. Beaucoup disent avoir pris conscience des limites du marché traditionnel. Certains parlant même de « supercherie ». Ils ont la volonté de rebattre les cartes et de replacer le conseil au cœur de leur pratique, loin des logiques purement commerciales.
Par ailleurs, le modèle de rémunération fondé sur les honoraires facilite les synergies avec d’autres professions réglementées, come les avocats, notaires, experts-comptables. Pour Guillaume Lucchini, cette convergence n’a rien d’anecdotique. « Ces métiers partagent des standards similaires. La qualité du conseil est pour eux un levier essentiel pour accompagner, dans la durée, des clientèles exigeantes comme les familles fortunées, les entrepreneurs ou encore les sportifs de haut niveau. »
L’irruption de l’intelligence artificielle aura également son importance. En permettant de produire plus rapidement un premier niveau d’analyse ou de recommandation, elle pourrait inciter certains conseillers à s’orienter vers des modèles plus transparents, débarrassés des conflits d’intérêts.
Guillaume Lucchini met cependant en garde : « Certains pourraient être tentés de s’engager dans une course à la baisse des frais, sans pour autant renforcer la qualité du conseil ou des services proposés. Ce serait une erreur. Le modèle d’aujourd’hui, et plus encore celui de demain, repose sur un accompagnement approfondi, exigeant et sur mesure. Il suppose que les cabinets se structurent autour de compétences solides et complémentaires, capables d’offrir une vision à 360°. C’est d’ailleurs le choix que nous avons fait chez Scala Patrimoine depuis plusieurs années. »
Enfin, les sociétés de gestion, établissements bancaires et assureurs internationaux voient dans ces acteurs indépendants des partenaires privilégiés. « Notre rôle est d’identifier les meilleurs gérants et les solutions les plus pertinentes, sans autre contrainte que l’intérêt du client. C’est précisément cette liberté qui attire les grandes maisons de gestion », résume Guillaume Lucchini.
Un virage historique pour le conseil indépendant
Malgré ces évolutions, la France reste l’un des marchés européens où le modèle des rétrocessions demeure dominant.
Pourtant, loin de s’être arrêtée à MiFID II, la pression réglementaire continue de s’intensifier. Les autorités de supervision, à commencer par l’AMF, renforcent leurs exigences en matière de transparence et de gestion des conflits d’intérêts. À Bruxelles, la question d’une interdiction pure et simple des rétrocessions est régulièrement remise sur la table.
Quoi qu’il en soit, la dynamique est enclenchée. À mesure que les exigences de transparence s’intensifient et que les investisseurs gagnent en maturité financière, le conseil indépendant va s’imposer comme le nouveau standard.
« L’indépendance n’est plus seulement une posture éthique, c’est devenu un avantage compétitif. Les clients comprennent mieux les enjeux de frais et exigent un alignement réel des intérêts », abonde Guillaume Lucchini.
En somme, une révolution discrète, mais irréversible.

Faut-il investir dans les produits structurés ?
Avec un rendement annuel médian brut compris entre 6 % et 7 %, les produits structurés attirent de nombreux investisseurs. La collecte brute illustre cet engouement. Celle-ci est passée de 23 milliards d’euros fin 2021 à près de 42 milliards en 2023, et pourrait approcher les 70 milliards en 2025, selon l’ACPR.
Pour autant, ces chiffres doivent être nuancés. La résurgence des tensions géopolitiques et de la volatilité sur les marchés financiers efface les repères traditionnels. Cet environnement crée certes des opportunités, mais il accroît également les risques.
La sélection d’un produit structuré doit donc s’inscrire dans une démarche adaptée au profil de l’investisseur, à son horizon de placement et à ses besoins de liquidité.
Les produits structurés, des placements sophistiqués
Les produits structurés symbolisent en partie la sophistication de la finance de marché. Ils combinent plusieurs actifs, le plus souvent obligations et dérivés, afin de proposer un profil rendement/risque adapté au profil et aux objectifs des investisseurs.
- Le rôle clé du sous-jacent
Ces placements sont des investissements « à maturité », c’est-à-dire avec une échéance fixée dès la souscription.
Leur rendement dépend de l’évolution d’un élément de référence, appelé le sous-jacent : des taux d’intérêt, un indice boursier, un panier d’actions, voire une matière première. Tant que cet indicateur ne dépasse pas un seuil prédéfini, un coupon peut être versé périodiquement.
-
Une barrière de protection totale ou partielle
Si ce mécanisme comporte un risque de perte en capital, une barrière de protection est, dans la quasi-totalité des cas, prévue. Celle-ci demeure souvent favorable aux investisseurs.
En moyenne, le capital n’est, en pratique, menacé qu’en cas de baisse du sous-jacent de 40 à 50 %.
Certains produits offrent même, en contrepartie d’un rendement moindre, une garantie complète du capital à l’échéance. Aujourd’hui, cette typologie de placement représente près de 25 % de la collecte sur le marché.
La durée de vie maximale de ces produits se situe généralement entre huit et dix ans.
Les catégories de produits structurés
Les produits structurés se déclinent en plusieurs catégories, selon le degré de protection du capital visé (garanti, partiellement protégé ou non garanti) et les mécanismes de rémunération choisis.
-
Les autocalls
Parmi eux, les autocalls sont les plus répandus. Les versions Athéna permettent un remboursement anticipé si le sous-jacent dépasse un seuil à certaines dates d’observation. Les Phoenix versent, quant à eux et sous conditions, des coupons réguliers même sans remboursement anticipé. Historiquement, ces produits présentaient soit un capital garanti, soit une barrière située entre 30 % et 70 % du capital.
-
Les autres catégories de produits structurés
D’autres catégories existent : les produits de rendement, offrant des coupons conditionnels. Les produits de participation, exposant à la hausse d’un actif tout en protégeant partiellement le capital, sont aussi très présents dans les allocations d’actifs. Tout comme les produits à capital garanti qui viennent sécuriser entièrement le capital à l’échéance au prix d’une performance limitée.
Les avantages des produits structurés
Les produits structurés offrent la possibilité de s'exposer à un marché (actions, taux, matières premières …) tout en minimisant le risque et en protégeant le capital investi.
-
Un produit sur mesure
Les produits structurés sont présents dans de nombreux portefeuilles financiers, grâce à des moteurs de performance capables de s’adapter à tous les environnements de marché.
« La personnalisation est un atout majeur : il est possible de créer des produits sur mesure en collaboration directe avec les salles de marché », souligne Romane Azzopardi, responsable des investissements cotés chez Scala Patrimoine. Il est, par exemple, possible d’introduire une dégressivité dans la barrière de rappel ou d’augmenter la fréquence des observations - annuelles, trimestrielles ou mensuelles - pour adapter le produit aux objectifs de l’investisseur.
La protection du capital est, elle aussi, modulable. Certains produits proposent une protection de l’intégralité du capital à l’échéance, tandis que d’autres prévoient une protection partielle.
-
La création de revenus complémentaires
Ces instruments financiers offrent la possibilité de générer des revenus complémentaires. Grâce à leurs coupons conditionnels, l’investisseur peut percevoir des versements périodiques si le sous-jacent - action, indice ou panier d’actifs - respecte certaines conditions prédéfinies par avance.
Par ailleurs, certaines formules innovantes appliquent un « effet mémoire » aux coupons et ce de façon rétroactive". L'investisseur peut ainsi percevoir le rendement espéré dès que les conditions de déclenchement sont atteintes, même si la valeur de l’actif a baissé entre-temps, offrant ainsi un équilibre entre performance et sécurité.
Exemple : si un produit structuré est censé verser 2 % par mois mais que le premier mois la condition de paiement n'est pas respectée, il va payer 4 %, si la condition est respectée le deuxième mois.
« Concrètement, le produit structuré permet de moduler le profil de risque pris par l’investisseur. On peut ainsi diminuer le delta, ajouter une protection ou transformer l’exposition en coupon », abonde Romane Azzopardi.
Les risques des produits structurés
Les produits structurés offrent des opportunités de rendement attrayantes, mais ils ne sont pas dénués de risques.
-
Une complexité à manier avec précaution
« Avant toute souscription, il est essentiel que l’investisseur comprenne parfaitement le fonctionnement du produit et les conséquences potentielles de la réalisation des scénarios les plus défavorables, tels que l’absence de paiement du coupon ou la perte en capital », avertit d’emblée Romane Azzopardi.
Les investisseurs devront, par ailleurs, bien appréhender le risque de marché avant d’investir dans un produit structuré. Les variations du sous-jacent, actions, indices ou matières premières, peuvent, en effet, affecter fortement la valeur du produit.
Le risque de liquidité doit également être pris en compte. Comme le souligne la responsable des investissements côtés du multi-family office indépendant : « certains produits ne sont pas facilement revendables avant l’échéance ou peuvent subir une décote significative en cas de revente anticipée. L’investisseur doit donc anticiper ses besoins de liquidité avant de s’engager. »
Plusieurs exemples témoignent des dérives du marché. En analysant les portefeuilles de certains investisseurs venus solliciter notre expertise, nous avons été frappés par des choix d’investissement extrêmement concentrés.
« L’un d’eux détenait plus de 50 % de son portefeuille en produits structurés. Un autre avait investi dans des produits structurés sur Stellantis, présentés comme des pépites combinant rendement attractif et protection supposée, mais dont la barrière franchie pouvait générer de lourdes pertes. Un troisième avait placé 2 millions d’euros dans un CMS sur dix ans : séduisant sur le papier, ce produit manquait de diversification et s’est transformé en véritable piège face à la remontée des taux. » abonde Guillaume Lucchini, associé fondateur de Scala Patrimoine.
-
Une vérification de la solidité de l’émetteur
Le risque de crédit ou de contrepartie n’est pas non plus à mésestimer. Un produit structuré étant, en pratique, un titre de créance, si l’émetteur rencontre des difficultés financières, l’investisseur peut ne pas récupérer son capital. La récente faillite de Credit Suisse l’a bien montré. Même les institutions réputées peuvent faire défaut.
Une position appuyée par Romane Azzopardi : « Le risque de ces placements repose avant tout sur la solidité ou la fragilité de la banque qui émet le produit structuré. Nous recommandons en conséquence de privilégier des établissements de premier rang, notés investment grade. Certains assureurs luxembourgeois n’autorisent d’ailleurs pas l’investissement sur des émetteurs, notamment des banques, en dessous d’une certaine note. »
Un coût souvent invisible pour l’épargnant
Les produits structurés restent des supports financiers à frais élevés, souvent méconnus des épargnants. Ces coûts, intégrés directement dans la mécanique du produit, passent généralement inaperçus.
Même l’Autorité des marchés financiers (AMF) reconnaît qu’il est impossible de connaître le montant exact des frais.
« Ces commissions constituent un véritable moteur de consolidation du secteur : les grands cabinets de conseillers en gestion de patrimoine rachètent les plus petits et orientent leurs clients vers des produits structurés pour accélérer le retour sur investissement de leurs acquisitions. Une logique commerciale qui ne correspond pas toujours à l’intérêt des clients », avertit Guillaume Lucchini, associé fondateur de Scala Patrimoine.
Il est donc essentiel de comprendre la structure de coûts de ces produits, surtout dans le cadre d’un contrat d’assurance-vie ou d’un plan d’épargne retraite (PER), où les couches de frais se multiplient rapidement.
Conseils et bonnes pratiques
La complexité des produits structurés exige une certaine prudence, mais ne doit pas pour autant effrayer. « Au contraire, la volatilité peut devenir une opportunité, car les options intégrées aux produits se valorisent davantage dans des marchés volatils », souligne Francesco Baiano, chargé d’investissement au sein du multi-family office Scala Patrimoine.
-
La stratégie de la diversification
Comme le rappelle Romane Azzopardi, la diversification est essentielle. « Il ne s’agit pas seulement de varier les sous-jacents, mais aussi les mécanismes et les corrélations avec d’autres placements. On peut ainsi souscrire à des produits à capital garanti indexés sur des taux d’intérêt, des paniers d’actions ou des indices, permettant de profiter des différentes catégories de marché tout en modulant le risque. »
La responsable des investissements côtés du multi-family office indépendant tient à ajouter « qu’il est préférable de travailler avec des institutions fiables, ayant une notation élevée, et d’éviter les intermédiaires multiples, qui viennent, par ailleurs, réduire la performance par des frais additionnels.»
-
Les convictions de Scala Patrimoine
Dans des périodes de forte volatilité, il convient plus que jamais de garder la tête froide. La prudence reste, en effet, de mise face aux propositions commerciales des banques et brokers.
« Nous privilégions généralement les structures autocalls, dont le remboursement anticipé est conditionné aux niveaux de marché dès le départ, plutôt que celles rappelables à la discrétion de l’émetteur de façon trimestrielle ou semestrielle, moins pertinentes pour l’investisseur », explique Romane Azzopardi.
Les produits de type Phoenix offrent des coupons réguliers conditionnels, avec un taux souvent lié à des indices larges (Stoxx 50, iTraxx Main) ou sectoriels lorsque l’exposition ciblée est souhaitée. « En revanche, nous ne sommes pas positionnés sur les indices à décrément, très à la mode en ce moment. Leur trajectoire est difficile à anticiper, rendant l’estimation du rendement incertaine », prévient Francesco Baiano.
Conclusion
Fin janvier, un groupe de travail de l’Autorité des marchés financiers (AMF) a rendu ses conclusions sur les produits structurés. L’institution admet notamment que « les informations peuvent être dispersées et pas toujours très faciles à comprendre pour le grand public ».
Ces produits occupent pourtant une place importante dans l’allocation d’actifs proposée par les conseillers en gestion de patrimoine. Selon l’Observatoire de Nortia, ils représenteront 33 % des unités de compte en 2025. Cela fait tout simplement des produits structurés l’une des classes d’actifs les plus recommandées.
Le revers de la médaille, c’est que, pour de nombreux intermédiaires, ces produits génèrent des flux de commissions importants : des frais d’entrée autour de 5 %. « L’intérêt du distributeur peut ainsi primer sur celui du client », regrette à ce titre Guillaume Lucchini.
C’est précisément pour cette raison que la question de l’indépendance du conseil est centrale. Pour tout investissement, et en particulier pour les produits structurés, il est essentiel de s’entourer d’un conseiller réellement indépendant, rémunéré uniquement par des honoraires transparents, sans rétrocommissions, et aligné exclusivement avec les intérêts de son client.








