Les Echos

Faut-il détenir son immobilier en SCI ? L’analyse de Scala Patrimoine dans Les Echos

La SCI est une forme sociétaire très prisée des investisseurs immobiliers. Elle facilite la transmission progressive d’un patrimoine et permet de s’affranchir de certaines rigidités de l’indivision. Mais, comme pour chaque outil patrimonial, elle ne prend tout son sens que lorsqu’elle répond à des objectifs précis et s’inscrit dans une stratégie d’ensemble.

C’est l’un des enseignements d'un article publié par Les Echos. Sous la plume de la journaliste Laurence Boccara, le journal se consacre aux situations dans lesquelles il peut être judicieux ou - au contraire - déconseillé de détenir certains actifs immobiliers en SCI.

Un outil patrimonial puissant, mais pas une solution universelle

Pour Guillaume Lucchini, président-fondateur du multi family office indépendant Scala Patrimoine, l’intérêt de la SCI se révèle notamment dans les stratégies de transmission. Lorsqu’un bien immobilier a été acquis à crédit, le capital restant dû vient en effet diminuer la valeur nette de l’actif transmis. « Si le bien en question a été financé à l'aide d'un crédit immobilier, les droits de donation sont ici maîtrisés. Car la valeur vénale transmise est faible, voire nulle », explique-t-il.

Cette particularité tient au mode d’évaluation des parts. « La valeur des parts s'appréciant sur la base de l'actif net de la société, soit l'actif minoré du passif. »

La SCI permet alors d’avancer progressivement. Il est possible de donner des parts à ses enfants tout en conservant, lorsque les statuts le prévoient, la maîtrise de la société. Une souplesse précieuse pour organiser une transmission dans le temps, sans nécessairement renoncer à la gestion ou à l’usage du patrimoine. Le dispositif peut ainsi se révéler particulièrement adapté à ceux qui souhaitent conserver un bien familial sur plusieurs générations.

SCI et résidence principale ne font pas toujours bon ménage

Mais l’outil a ses limites. Elles apparaissent notamment lorsqu’il s’agit d’immobilier de jouissance.

La résidence principale, en particulier, appelle à la prudence. Au-delà des questions de gouvernance et de liberté de décision, sa détention au travers d’une SCI peut avoir des conséquences fiscales, notamment pour les contribuables assujettis à l’IFI. « Un contribuable éligible à l'impôt sur la fortune immobilière ne bénéficie pas de l'abattement sur la résidence principale de 30 % au titre de l'IFI », rappelle Guillaume Lucchini.

Même vigilance pour la résidence secondaire, notamment lorsqu’elle est ponctuellement proposée à la location meublée. La frontière entre détention patrimoniale et activité commerciale peut alors devenir plus délicate à appréhender.

La SCI n’est donc ni un réflexe, ni un passage obligé. C’est un instrument d’architecture patrimoniale, dont l’intérêt dépend autant de la nature du bien que des objectifs poursuivis. Transmission, conservation, gouvernance, fiscalité : c’est dans l’articulation de ces différents paramètres que se mesure sa véritable pertinence. C’est précisément cette approche sur mesure que vient rappeler l’analyse publiée par Les Echos.


L'Opinion

Produits structurés : Stellantis, le revers d’un rendement trop séduisant

Comme le rappelait récemment la journaliste de L’Opinion Carole Papazian dans un article consacré aux produits structurés, ces placements représentent aujourd’hui entre 5 et 20 % du portefeuille de nombreux clients patrimoniaux.

Sur le papier, les performances affichées ont de quoi séduire, particulièrement lorsque les marchés offrent un terrain favorable. Mais en matière d’investissement, aucun rendement n’arrive sans contrepartie. Un taux élevé signifie aussi, bien souvent, un risque élevé.

Pourquoi les produits structurés Stellantis à décrément ont-ils perdu autant de valeur ?

L’épisode Stellantis en fournit une illustration particulièrement brutale. Derrière le succès commercial des produits structurés se dessine l’une des déconvenues patrimoniales les plus sévères de ces derniers mois : l’effondrement de milliers de produits adossés au constructeur automobile. Avec, en filigrane, une question que l’on aurait tort de réduire à ce seul cas : celle de la diversification lorsqu’un produit repose sur un sous-jacent unique.

Plus de 2 300 produits structurés seraient encore liés à Stellantis en France, selon Structured Retail Products. Longtemps, le titre avait tout du sous-jacent idéal : une forte capitalisation, une liquidité confortable, une volatilité suffisamment généreuse pour permettre de construire des produits attractifs et, surtout, un dividende particulièrement élevé, supérieur à 7,5 %.

Puis le décor s’est brusquement fissuré.

De 1,55 euro en 2024, le dividende est tombé à 0,68 euro, avant d’être purement et simplement suspendu en février dernier. Problème : dans la mécanique du décrément, un dividende théorique continue, lui, de s’appliquer jusqu’à l’échéance du produit, parfois à hauteur de 1,34 à 1,55 euro. Un décalage qui, mois après mois, érode la valeur de l’indice synthétique, indépendamment de ce que l’entreprise verse réellement à ses actionnaires.

Derrière le produit, la question de l’indépendance du conseil

Chez Scala Patrimoine, le constat est sans détour. « Certaines valorisations se sont effondrées à des niveaux parfois inférieurs à 10 % du nominal. Il est encore possible, en théorie, pour certains investisseurs de récupérer leur mise. Mais il ne faut pas se faire trop d’illusions. Sur un produit Stellantis à décrément, récupérer son capital suppose désormais un rebond très important du sous-jacent », explique le multi-family office dans des propos rapportés par L’Agefi.

Reste une leçon, peut-être la plus importante. Le cas Stellantis ne raconte pas seulement l’histoire d’un sous-jacent qui s’est retourné. Il met aussi en lumière les fragilités d’une architecture de distribution dans laquelle les niveaux de rétrocommissions peuvent parfois dépasser 10 %. De quoi poser, une nouvelle fois, une question que l’on ne peut éluder : jusqu’où peut aller l’indépendance d’un conseil lorsque celui qui le dispense est rémunéré par le produit qu’il recommande ?


Guillaume Lucchini dans le podcast Next Gen Patrimoine

Guillaume Lucchini : « Le conseiller en gestion de patrimoine doit être payé pour ce qu’il est : faire du conseil »

Les principaux enseignements

  • Dans le podcast Next Gen Patrimoine, Guillaume Lucchini défend un modèle de conseil en gestion de patrimoine 100% indépendant et rémunéré uniquement par honoraires, qu’il considère plus transparent et mieux aligné avec l’intérêt du client que les modèles fondés sur les rétrocommissions.
  • L’associé fondateur de Scala Patrimoine estime que beaucoup de cabinets qui se disent indépendants restent en réalité dépendants économiquement des commissions, et que la vraie transparence devrait obliger chaque conseiller à justifier clairement sa rémunération auprès du client.
  • Le family officer reconnait que le modèle d’indépendant exige davantage d’efforts et d’investissement humain.

Dans son podcast « Next Gen Patrimoine », Florian Freyssenet est parti à la rencontre de Guillaume Lucchini, associé fondateur du multi family office indépendant Scala Patrimoine. Durant près d’une heure, ils ont notamment évoqué la voie empruntée par le cabinet : celle de l’indépendance et de la transparence. Une voie d’autant plus singulière que les acteurs qui travaillent exclusivement aux honoraires restent encore peu nombreux en France.

Au cours de cet échange, Guillaume Lucchini revient sur la création de Scala Patrimoine, le choix d’un modèle fondé sur les honoraires et sa vision de l’évolution du marché du conseil patrimonial.

Florian Freyssenet. Guillaume, tu es devenu une figure du conseil patrimonial indépendant en France. Tu as été diplômé d’un master en fiscalité et droit de la propriété intellectuelle et tu as fondé Scala Patrimoine en 2014. La même année, tu remportes le Trophée de la gestion de fortune. Scala est aujourd’hui un multi family office indépendant, avec des bureaux à Paris, Marseille et Genève. Dès le départ, le pari était assez clair : créer un cabinet de conseil indépendant au sens de la réglementation européenne. Comment se lance-t-on avec un modèle qui se veut indépendant ?

Guillaume Lucchini. J’ai effectivement fait mes armes dans le monde du droit, avec une formation juridique axée sur la fiscalité et la propriété littéraire et artistique. Je travaillais en cabinet d’avocats et de conseil auprès d’une clientèle composée notamment de collectionneurs et d’artistes, sur des problématiques d’accompagnement juridique et fiscal au sens large.

Puis, en 2012, je rejoins le groupe Primonial. Je découvre alors, presque par hasard, ce que l’on appelle aujourd’hui en France le conseil en gestion de patrimoine. Et je découvre surtout un marché essentiellement fondé sur l’intermédiation financière, dans lequel le conseil à proprement parler est relégué assez loin derrière une logique de distribution et de commercialisation de produits financiers.

Pour expliquer ce marché et l’enjeu d’opter pour un conseil totalement indépendant, rémunéré à 100 % en honoraires, je fais souvent une analogie avec le parcours de la start-up Yuka, dont l’objectif est de donner un Nutri-Score aux aliments. Je me souviens qu’à l’époque, lorsque l’entreprise est allée voir les industriels, elle a essuyé de nombreux refus. C’est lorsque ces derniers ont compris que les consommateurs commençaient à utiliser massivement l’application qu’ils ont réagi. C’est un peu la même chose dans la gestion patrimoniale. Ce sont aussi les investisseurs qui décident du conseil qu’ils veulent avoir. Et ils manifestent aujourd’hui un intérêt croissant pour un modèle reposant sur le conseil, sans conflits d’intérêts.

« L’indépendance capitalistique ne garantit absolument pas l’indépendance financière »

Florian Freyssenet. L’indépendance capitalistique et l’indépendance financière sont-elles liées ?

Guillaume Lucchini. Au fil des années, je me suis rendu compte que l’indépendance capitalistique ne garantissait absolument pas l’indépendance financière. Un cabinet peut être parfaitement indépendant sur le plan capitalistique. Mais si, pour un même travail, une société de gestion ou un produit financier vous rapporte davantage en commissions, vous pouvez entrer dans une forme de dépendance.

C’est d’ailleurs le discours que tiennent aujourd’hui de nombreux CGP : « On touche des rétrocessions, mais on est transparents. » Or la transparence ne signifie pas nécessairement l’indépendance. Beaucoup de cabinets ont longtemps estimé que les Français n’étaient pas prêts à recourir aux honoraires, qu’ils ne voulaient pas payer pour du conseil. C’est faux. Et cela fait maintenant plus de douze ans que nous le démontrons. Au-delà de l’indépendance du conseil, je ne me voyais pas lancer Scala Patrimoine dans un marché où ma rémunération dépendrait d’un acteur tiers - assureur ou société de gestion - et donc d’autre chose que de mon métier à proprement parler.

J’ai donc créé Scala Patrimoine sur le modèle d’un cabinet de conseil, avec cette volonté d’accompagner véritablement le client à 360 degrés. C’est dans ce but que nous réinvestissons l’essentiel de notre chiffre d’affaires dans notre outil de travail, et notamment près de 80 % dans l’humain, au sens noble du terme, en allant chercher des compétences supplémentaires.

Nous investissons également beaucoup dans la data, avec notamment le recrutement d’un professionnel titulaire d’un doctorat en physique quantique.

Florian Freyssenet. Tu portes le combat en faveur d’un marché de la gestion de patrimoine reposant sur les honoraires de conseil. Tu fais partie de ces 5 % de cabinets en France qui se rémunèrent de cette manière. Est-ce que tu penses que les cabinets qui se rémunèrent à la commission peuvent être indépendants ?

Guillaume Lucchini. Absolument pas. Mais soyons très clairs sur le sujet : 100 % des cabinets français peuvent devenir indépendants. Il faut simplement que ces acteurs acceptent de rendre transparente auprès du client la rétrocommission qu’ils perçoivent. La question qui se posera alors est simple : suis-je capable de défendre cette rétrocommission et, indirectement, de démontrer la valeur ajoutée que j’apporte à mes clients ?

En 2018, lorsque l’Autorité des marchés financiers a intégré la directive MIF 2 et demandé aux cabinets de se positionner, les 95 % de cabinets qui ont choisi le statut de non-indépendant l’ont fait, selon moi, avant tout pour protéger leurs intérêts.

Quand vous êtes habitué à percevoir des rétrocommissions, êtes-vous réellement prêt à abandonner une part significative de vos revenus, si votre client considère qu’elles ne sont pas justifiées ?

Lorsqu’un client choisit de se faire accompagner par un conseil en gestion de patrimoine, il vient chercher une valeur ajoutée. Aujourd’hui, celle-ci est, le plus souvent, rémunérée par ce que l’on appelle une rétrocommission dans le modèle des cabinets non indépendants.

On nous dit cependant que cette rétrocommission est transparente. Je n’y crois pas du tout. Et, d’ailleurs, les clients qui arrivent chez nous sont souvent passés par ces grandes structures. Ils nous le disent : ils ont fini par comprendre la mécanique et nous sollicitent précisément parce qu’on leur lève le voile sur le fonctionnement réel du marché.

Je pose alors une question : un marché qui se rémunère essentiellement par des rétrocommissions doit-il encore s’appeler « conseil en gestion de patrimoine » ?

Dans les faits, ce sont des courtiers. On met en place un produit, un contrat, sur lequel on va percevoir une commission. Très bien. Mais peut-on appeler cela du conseil ? Non. Il n’y a pas nécessairement de conseil derrière.

« Un multi family office indépendant doit démontrer en permanence sa valeur ajoutée »

Florian Freyssenet. Qu’en est-il des modèles hybrides, avec d’un côté des honoraires pour le conseil et, de l’autre, des rétrocommissions pour la partie courtage ?

Guillaume Lucchini. Ce mélange des genres ne se fait pas, à mon sens, dans l’intérêt du client.

D’ailleurs, on le voit aujourd’hui dans les dernières publications de l’AMF. Les mêmes sujets reviennent régulièrement : le private equity, les produits structurés… Pourquoi ces produits reviennent-ils constamment sur le devant de la scène ? Parce qu’il y a une consolidation du marché et qu’il faut rendre la mariée toujours plus belle et vendre les produits les plus rémunérateurs pour le cabinet.

Pour la petite anecdote, j’ai encore récemment pu accéder à certains dossiers de cabinets qui étaient à vendre. Quand vous découvrez que 50 % de la rémunération d’un cabinet provient des produits structurés, cela pose question. C’est un placement très rémunérateur pour celui qui le distribue et pas forcément très transparent pour le client.

Alors pourquoi cette transparence n’existe-t-elle toujours pas sur les rétrocommissions ?

C’est bien qu’il existe un lobby, ou des intérêts qui ne sont pas forcément ceux du client, au cœur du sujet.

Florian Freyssenet. Quels conseils donnerais-tu à un professionnel qui souhaiterait créer son cabinet de conseil sur un modèle 100 % honoraires, totalement indépendant ?

Guillaume Lucchini. J’aimerais lui dire qu’il s’engage dans un marathon.

Avec un modèle indépendant, il gagnera probablement, au départ, dix fois moins qu’un CGP qui se lance sur un modèle de courtage en vendant des produits structurés. Il faut toutefois dépasser cette réalité et adopter une vision de long terme, en alignant ses intérêts avec ceux de ses clients.

Pour la petite anecdote, j’ai récemment échangé avec un prospect qui avait lu tout ce que nous avions pu dire ou faire au cours des douze dernières années. À la fin de nos échanges, il m’a dit : « C’est vous que je choisis, parce que votre posture n’a pas changé depuis douze ans. »

On peut difficilement faire plus belle reconnaissance.

Nous nous rendons compte qu’en choisissant la voie de l’indépendance, on va faire davantage d’efforts. Nous supportons également plus de charges que les autres. Mais c’est aussi cela, la vie d’un entrepreneur. Il faut démontrer en permanence sa valeur ajoutée.

À l’inverse, dans un cabinet de gestion de patrimoine rémunéré par les rétrocommissions, le métier peut, d’une certaine manière, finir par ressembler à celui d’un rentier.

« Les professions réglementées n’ont pas envie de se retrouver en porte-à-faux avec des CGP rémunérés par des rétrocommissions »

Florian Freyssenet. Quels sont les profils de clients qui sont prêts à payer des honoraires de conseil ?

Guillaume Lucchini. Les entrepreneurs, naturellement. Pourquoi ? Parce qu’ils sont déjà habitués à être bien accompagnés. Ils travaillent avec un avocat ou un expert-comptable qu’ils rémunèrent aux honoraires. Ils sont donc naturellement prêts à se faire épauler de la même manière sur leurs problématiques patrimoniales.

Nous avons également une grande partie de notre clientèle qui est arrivée chez nous par l’intermédiaire de professions réglementées : notaires, avocats… Ces professionnels ont bien compris que, pour travailler en interprofessionnalité avec les métiers du conseil en gestion de patrimoine, il fallait que les intérêts soient alignés.

Ces professions réglementées n’ont pas envie de se retrouver en porte-à-faux avec des CGP rémunérés par des rétrocommissions, lorsque les placements conseillés pourraient l’être pour des raisons essentiellement financières.

Et puis il y a la nouvelle génération qui connaît très bien les rouages du marché de la gestion de patrimoine. Elle a pris ces sujets à bras-le-corps et opte plus volontiers pour un conseil indépendant. Et n’hésite pas non plus à utiliser l’IA pour renforcer ses convictions et identifier un conseil indépendant.

Florian Freyssenet. Les banques sont-elles vos concurrentes ?

Guillaume Lucchini. Absolument pas.

Nous ne sommes pas là pour marcher sur les plates-bandes des banques. En tant que multi family office indépendant, les banques font partie de l’écosystème de nos clients. Ceux-ci auront toujours besoin d’un interlocuteur bancaire.

En revanche, mon rôle consiste à monitorer les relations et à trouver les meilleurs partenaires possibles pour telle ou telle problématique. D’ailleurs, notre modèle économique fait qu’aujourd’hui nous travaillons avec énormément de banques privées françaises, luxembourgeoises, suisses et monégasques.

« La moitié de la performance peut être prélevée par la chaîne de distribution »

Florian Freyssenet. Le facteur coût est-il un critère important dans la sélection des placements financiers pour un multi family office comme Scala Patrimoine ?

Guillaume Lucchini. Nous avons effectivement un rôle de « cost killer », pour éliminer un maximum de coûts. Notre idée est de négocier ceux qui sont incompressibles auprès des assureurs sur les contrats d’assurance-vie, ou encore les frais de gestion avec les asset managers. Nous intégrons également de la gestion indicielle dès lors que cela est pertinent.

Il existe d’ailleurs un rapport sur la protection des épargnants, publié en 2021 par les sénateurs Jean-François Husson et Albéric de Montgolfier, qui fut largement passé sous silence, mais qui demeure très intéressant. Selon ce rapport, près de 50 % des gains de l’épargne peuvent être captés par les frais de gestion et d’intermédiation sur une période de quarante ans.

Autrement dit, près de la moitié de la performance peut être prélevée par la chaîne de distribution. Le client, lui, prend 100 % du risque. Et une part considérable de la performance qui devrait rémunérer ce risque ne lui revient pas : elle va directement dans la poche d’un intermédiaire.

C’est cela, aujourd’hui, le vrai sujet.

Florian Freyssenet. Revenons sur l’importance de la donnée. Comment travailles-tu ce sujet ?

Guillaume Lucchini. La donnée, si vous voulez véritablement l’utiliser, il faut être capable de la contrôler. Et, pour cela, vous ne pouvez pas simplement passer par une entreprise extérieure. Elle ne connaît pas votre cabinet, vos clients, ni les stratégies mises en place.

Nous avons beaucoup travaillé sur ces sujets et avec quasiment toutes les contreparties. Aujourd’hui, nous récupérons directement nos flux SFTP sur un serveur, notamment en Suisse, avec également une sécurisation des données sur ces serveurs. Le choix de serveurs situés hors de l’Union européenne répond aussi à notre réflexion sur la protection des données et la cybersécurité.

« Scala Patrimoine a lancé, en 2018, le premier contrat d’assurance-vie clean share »

Florian Freyssenet. Quel regard portes-tu sur la consolidation du marché de la gestion de patrimoine ?

Guillaume Lucchini. Elle répond à deux phénomènes.

D’une part, il y a des gens qui souhaitent prendre des gains et monétiser le travail de développement de leur cabinet. Ce n’est pas déshonorant.

D’autre part, certains préfèrent se regrouper. Seul, un CGP peut avoir peur de s’épuiser sous le poids des charges administratives et réglementaires. À un moment, il faut s’entourer.

On remarque d’ailleurs que la génération qui souhaite faire le choix du conseil indépendant le fait souvent dans le cadre d’une reconversion.

Ce sont des professionnels qui ne se retrouvent plus dans le modèle économique actuel, mais qui veulent conserver cette dimension de conseil. Très souvent, ils ont une formation juridique, fiscale ou d’expertise comptable.

Le problème, c’est qu’à 35, 40 ou 45 ans, ils ont parfois des crédits, une famille, une vie déjà installée. C’est compliqué de se mettre à nu, entre guillemets, pendant plusieurs années pour créer une clientèle.

Ils sont donc nombreux à nous solliciter pour devenir partenaires de Scala Patrimoine, avec l’idée de pouvoir s’appuyer sur une équipe pluridisciplinaire capable de les accompagner sur des dossiers à forte valeur ajoutée.

Florian Freyssenet. C’est donc un marché qui aura du mal à bouger ?

Guillaume Lucchini. Quand nous avons voulu lancer, en 2018, le premier contrat d’assurance-vie « clean share », reposant sur des supports d’investissement dont les frais de distribution étaient supprimés pour mettre véritablement en avant le conseil indépendant, nous avons demandé aux assureurs de la place s’ils souhaitaient nous accompagner.

Un seul a accepté : Suravenir.

Les autres nous ont félicités. Ils nous ont dit qu’ils y croyaient, mais qu’ils ne voulaient pas scier la branche sur laquelle ils étaient assis et se priver du système, très rémunérateur, des rétrocommissions. Tout est dit.

« Quand un client pense avoir affaire à un conseil, il s’attend à ce qu’il n’y ait pas de conflit d’intérêts »

Florian Freyssenet. L’ambition de Scala Patrimoine est de devenir le premier groupe d’acteurs 100 % honoraires et indépendants ?

Guillaume Lucchini. Nous ne regardons pas les choses comme cela. Nous sommes tout simplement un cabinet de conseil au sens classique du terme. Je ne suis foncièrement pas opposé aux rétrocommissions en tant que telles, à partir du moment où elles sont 100 % transparentes. Mais il faut être très clair sur les termes. Quand un client pense avoir affaire à un conseil, il s’attend à ce qu’il n’y ait pas de conflit d’intérêts.

Quand je vais voir un médecin, je sais qu’il est là pour me conseiller. J’attends que, lorsqu’il pose un diagnostic, il n’ait pas, derrière, un intérêt particulier à me revendre un séjour dans telle ou telle clinique.

C’est finalement la même chose.

Sur ces sujets, il faut avoir en tête que le marché est extrêmement disparate. On ne fait pas le même métier selon que l’on accompagne quelqu’un qui est salarié et dispose d’un patrimoine de quelques centaines de milliers d’euros, ou un entrepreneur qui vient de vendre son entreprise et se retrouve à la tête d’un patrimoine considérable.

Ce sont des métiers différents. Il y aura donc nécessairement des cabinets de conseil différents, avec des typologies de clientèle différentes.

Mais cette notion de transparence est fondamentale. Elle est même au cœur de ce que devrait être le conseil.

Le podcast est à retrouver en intégralité sur la page Youtube de Next Gen Patrimoine.


Médecins libéraux : comment transmettre son patrimoine professionnel à ses enfants ?

Dans une tribune publiée par Mieux Vivre Votre Argent, Guillaume Lucchini, associé-fondateur de Scala Patrimoine, revient sur les stratégies patrimoniales qui peuvent permettre aux professions médicales réglementées de transmettre leur patrimoine professionnel, malgré les contraintes qui encadrent leurs structures d’exercice.

Des contraintes réglementaires fortes pour les médecins libéraux

On parle beaucoup de la fiscalité des entrepreneurs. Beaucoup moins de celle des professions médicales.

C’est précisément ce sujet que Guillaume Lucchini a choisi d’explorer dans une tribune publiée par Mieux Vivre Votre Argent.

La question est aussi simple que délicate. Comment un praticien peut-il faire fructifier puis transmettre le patrimoine professionnel accumulé au sein de sa SEL ou de sa SPFPL, sans se heurter aux contraintes réglementaires propres à son activité ?

Le paradoxe est réel. Les structures qui permettent aux médecins d’exercer et de développer leur activité sont, dans le même temps, soumises à des règles strictes en matière de détention du capital et d’investissement. Au fil des années, une trésorerie peut ainsi s’accumuler, sans que la question de sa transmission ne soit réellement anticipée.

Et lorsque les enfants ne sont pas eux-mêmes médecins, la difficulté devient très concrète. Comment transmettre ce patrimoine lorsque les règles de la profession limitent précisément les personnes susceptibles de le détenir ?

Un cadre contraint, mais pas totalement verrouillé

Guillaume Lucchini revient d’abord sur les limites du cadre actuel. Une ordonnance de 2023 prévoit que plus de la moitié du capital et des droits de vote d’une SEL reste entre les mains de professionnels en exercice. Une règle structurante, qui limite fortement les possibilités de transmission directe.

Mais le même texte prévoit que des décrets propres à chaque profession peuvent permettre à des tiers d’entrer au capital. Pour les médecins, ce plafond a été fixé à 25 % par le décret du 11 décembre 2025. Une possibilité qui n’a, à ce jour, pas été ouverte dans les mêmes conditions aux chirurgiens-dentistes et aux pharmaciens d’officine.

C’est dans cet espace que se situe l’essentiel de la réflexion développée par Guillaume Lucchini.

Apporter de la souplesse à la structuration patrimoniale

Plutôt que de transmettre l’outil professionnel lui-même, le médecin peut avoir intérêt à transmettre la valeur patrimoniale qu’il génère au fil du temps au sein d’une holding dédiée. La SPFPL ne permettant pas d’avoir des associés non exerçants au capital, sauf cas très particuliers, la transmission anticipée des titres de la holding aux enfants ou au conjoint n’apparaît pas possible. Selon la réglementation applicable à chaque type de profession libérale, la pratique a toutefois développé certains schémas permettant d’envisager une telle transmission.

L’interposition d’une holding de droit commun, qui n’est pas soumise aux mêmes restrictions qu’une SPFPL, peut notamment permettre d’accueillir des associés qui ne sont pas eux-mêmes professionnels de santé. Et potentiellement, des membres de la famille du praticien.

Autre outil : les actions de préférence, qui permettent de dissocier les droits financiers des droits de vote. Dans certaines configurations, une SAS peut ainsi attribuer l’essentiel des droits financiers à certains associés. Tout en respectant les contraintes applicables à la détention du capital.

Enfin, le démembrement des titres de cette holding - avec la nue-propriété détenue par les enfants et l’usufruit conservé par le parent - peut offrir une voie de transmission qui resterait impossible à mettre en œuvre directement au niveau de la SEL ou de la SPFPL.

Des mécanismes techniques, parfois complexes, mais qui dessinent une véritable marge de manœuvre.

Car en matière patrimoniale, une règle demeure : le temps ne joue jamais en faveur de celui qui attend.

La tribune complète est à retrouver dans Mieux Vivre Votre Argent et sur Investir Les Echos.


Mieux Vivre Votre Argent

Devenir rentier : les pièges à déjouer selon Guillaume Lucchini pour Mieux Vivre Votre Argent

Devenir rentier ne consiste pas simplement à disposer d’un capital important. Encore faut-il savoir le préserver, le faire fructifier et transformer les revenus qu’il génère en une rente durable. Fiscalité, diversification, choix des enveloppes, liquidité des placements : une fois le patrimoine constitué, les arbitrages changent de nature. Et lorsque l’essentiel de la fortune repose sur des actifs financiers, ils deviennent particulièrement déterminants.

Comment construire une rente dans la durée sans sacrifier la liquidité, prendre des risques excessifs ou laisser une part trop importante de la performance à la fiscalité ?

Pour répondre à ces questions, le journaliste Léo Monégier a interrogé Guillaume Lucchini, associé fondateur du multi family office indépendant Scala Patrimoine, dans un entretien publié par Mieux Vivre Votre Argent.

Distinguer rendement brut et rendement net

Après des années consacrées à constituer un patrimoine, vient, pour certains, le moment d’en vivre. Un changement de perspective qui n’a rien d’anodin. Il ne s’agit plus seulement pour le rentier de rechercher de la performance, mais de trouver le bon équilibre entre revenus, préservation du capital et fiscalité.

Comment dégager des revenus réguliers sans entamer trop rapidement son capital ? Comment continuer à le faire fructifier tout en conservant suffisamment de liquidités ? Et que devient cette stratégie lorsqu’un projet d’expatriation entre en ligne de compte ?

Ces questions se posent à de nombreux chefs d’entreprise après une cession, à des sportifs de haut niveau au moment de mettre un terme à leur carrière, à des héritiers qui viennent de recevoir une succession importante, mais aussi, plus simplement, à ceux qui préparent leur retraite.

Premier enseignement de Guillaume Lucchini : le rendement affiché n’est pas nécessairement celui qui compte. « Ce qui compte vraiment, c’est ce que vous gardez après impôts », rappelle-t-il.

Avant même de comparer les performances, le choix de l’enveloppe fiscale mérite donc d’être posé. L’assurance-vie conserve, à ce titre, des atouts importants, notamment grâce à son régime fiscal qui permet de distinguer la part de capital de celle correspondant aux gains lors des retraits. La holding patrimoniale peut, quant à elle, trouver sa pertinence dans certaines situations, notamment après la cession d’une entreprise.

Quand la structuration finit par immobiliser le patrimoine

Mais une stratégie patrimoniale peut aussi devenir contre-productive pour le rentier lorsqu’elle fait perdre de vue un élément essentiel : la disponibilité du capital.

Guillaume Lucchini revient notamment sur le cas d’un couple ayant vendu son entreprise de pompes funèbres pour 4 millions d’euros, avant de voir l’essentiel de son patrimoine immobilisé dans des investissements de private equity illiquides dans le cadre d’un dispositif de réemploi.

Une situation qui rappelle une règle souvent oubliée : un montage patrimonial ne devrait jamais dicter les besoins du client. C’est l’inverse.

Dernier volet de l’entretien : l’expatriation. Île Maurice, résidence fiscale, contrat luxembourgeois… Autant de sujets qui peuvent ouvrir de nouvelles possibilités patrimoniales, mais qui exigent aussi de regarder de près les règles fiscales applicables. Car quitter la France ne suffit pas, à lui seul, à effacer les liens avec l’administration fiscale française.

L’intégralité de l’entretien avec Guillaume Lucchini est à retrouver dans Mieux Vivre Votre Argent et sur le site d'Investir Les Echos.


Gestion de fortune : l'Ile Maurice

Île Maurice : Guillaume Lucchini décrypte les atouts fiscaux du paradis de l’océan Indien

Dans les colonnes du Magazine Gestion de Fortune, Guillaume Lucchini, président-fondateur de Scala Patrimoine, décortique les mécanismes qui font de l’Île Maurice une destination prisée des grandes fortunes françaises, sans pour autant en éluder les zones grises.

Taux unique de 15 %, exonération des plus-values, absence d’impôt sur la fortune immobilière : sur le papier, l’Île Maurice a tout du paradis fiscal. Mais dans l’interview qu’il a accordée au journaliste Jonathan Blondelet, Guillaume Lucchini prend soin de nuancer le tableau. Car s’installer sur l’île ne suffit pas, à lui seul, à couper les ponts avec l’administration fiscale française.

Les charmes de l’assurance-vie

Premier sujet abordé : les contrats d’assurance-vie internationaux, dont les rachats échappent à l’impôt mauricien comme aux cotisations sociales. Mieux encore : certains peuvent survivre à un retour en France. « Certains contrats internationaux permettent par ailleurs d’être conservés lors d’un changement de résidence fiscale », explique Guillaume Lucchini. Une souplesse rare, qui transforme l’enveloppe en véritable outil de mobilité patrimoniale, plutôt qu’en pari à sens unique.

Les holdings, entre optimisation et prudence

Sur le terrain des sociétés, le président-fondateur de Scala Patrimoine évoque les Global Business Companies, ces structures qui peuvent, dans certaines configurations, alléger sensiblement la facture fiscale. « Les Global Business Companies peuvent bénéficier d’un régime d’exonération partielle sur certains revenus internationaux, permettant dans certaines situations de ramener le taux effectif d’imposition à un niveau proche de 3 % », précise-t-il.

Un dispositif séduisant, certes. Mais qui ne s’improvise pas. Derrière l’optimisation fiscale se trouve une ingénierie patrimoniale exigeante, qui suppose de respecter des conditions précises. Là encore, un simple changement d’adresse ne suffit pas.

La résidence fiscale, nerf de la guerre

Reste le point sur lequel Guillaume Lucchini insiste : la résidence fiscale effective. C’est elle qui détermine, en premier lieu, la possibilité de s’affranchir réellement de la fiscalité française. « L’administration fiscale regarde d’abord le foyer fiscal, puis le centre des intérêts économiques », rappelle-t-il. Et d’ajouter : « La détermination de la résidence fiscale repose sur un faisceau d’indices prévu par les législations nationales et, le cas échéant, par la convention fiscale régissant les échanges entre les deux pays. »

Autrement dit, pas de formule magique. Une expatriation fiscale se prépare, se documente et se construit avec méthode, bien avant de faire ses valises pour l’océan Indien.


La levée de fonds de la Kings League

Kings League : 63 M$ pour conquérir le monde du divertissement sportif

Les principaux enseignements

  • La Kings League révolutionne le football en proposant un format pensé pour les nouveaux usages numériques, plus spectaculaire.
  • La levée de fonds de 63 millions de dollars menée en début d’année par Alignment Growth doit permettre à la Kings League d’accélérer son développement.
  • Avec des ambitions de développement aux États-Unis et en Asie, la Kings League entend poursuivre son expansion mondiale.

Francesco Totti, Ronaldinho, Eden Hazard… Trois noms qui ont fait vibrer des stades entiers, de Rome à Barcelone, de Lille à Paris, et des millions de supporters à travers le monde. Aujourd'hui encore, le public prend plaisir à les voir enchaîner dribbles et gestes de génie. Mais cette fois, ce n'est plus sur les pelouses des grands championnats : c'est sur celles de la Kings League.

La Kings League ? C’est cette compétition de football à sept imaginée par Gerard Piqué, sous l'impulsion de sa société Kosmos. En quelques années, le projet a pris une ampleur considérable. Dernière illustration en date : une levée de fonds de 63 millions de dollars (Journal L'Equipe) menée par le fonds américain Alignment Growth. Depuis 2023, plus de 100 millions de dollars ont ainsi été réunis pour accélérer le déploiement international d'un modèle conçu, dès le premier jour, pour les usages du streaming et des plateformes numériques.

Pour comprendre les ressorts de cette ascension fulgurante, les équipes de Scala Patrimoine sont donc allées à la rencontre d'Emmanuel Seugé, fondateur et managing partner de Cassius, investisseur historique de la Kings League.

Les chiffres clés de Kings League
Les chiffres clés de Kings League

Le football nouvelle génération

Tout commence en 2022. Porté par l'ancien international espagnol Gerard Piqué, un projet prend forme. sortir des sentiers battus du football traditionnel et inventer un format taillé pour les nouvelles habitudes de consommation sportive. Des rencontres plus courtes, des récits centrés sur les personnalités et des scénarios de match toujours plus spectaculaires.

Emmanuel Seugé, dont le fonds d'amorçage Cassius est basé à Atlanta et investit dans le sport, le divertissement et les plateformes digitales, se souvient des prémices du dossier : « Cela faisait plusieurs années que l'on voyait émerger des ligues sportives privées, principalement aux États-Unis. Des compétitions indépendantes, entièrement contrôlées par leurs organisateurs, où la ligue détient aussi bien les droits d'image que le modèle économique. Il s’agit d’un modèle plus prévisible et plus scalable pour le sport, ce qui le rend, en conséquence, plus intéressant financièrement. Et surtout, le potentiel de développement est immense. »

Dans cette configuration, les entrepreneurs et les investisseurs gardent en effet la main sur les règles et le fonctionnement, qu'ils peuvent faire évoluer à tout moment.

« Rien à voir avec les sports traditionnels, encadrés par des fédérations. Il y a un véritable esprit start-up. C'est cette liberté qui change tout », abonde Emmanuel Seugé. Ces dernières années, de nombreuses ligues privées ont ainsi vu le jour, notamment dans le pickleball, le volley-ball, le snowboard ou encore le padel.

C'est dans ce contexte qu'une première levée de fonds de 40 millions d'euros s'est bouclée en 2023, avec Cassius en tant que premier investisseur. En 2024, l'ont rejoint Left Lane Capital, société de capital-risque internationale, ainsi que Fillip, la holding de l'entrepreneur mexicain Alberto Fasja.

Des créateurs et influenceurs comme ambassadeurs

L'idée de départ de la Kings League est simple. Les jeunes ne regardent plus 90 minutes d’un match de football traditionnel. Ils regardent des highlights, à travers des vidéos de dix ou quinze secondes sur TikTok ou Instagram. C’est cette opportunité que la Kings League cherche à saisir.

Pour Emmanuel Seugé, la réussite de la Kings League tient à un diagnostic simple sur les usages des jeunes générations et à un pari sur les créateurs de contenu : « Il fallait donc réinventer la manière de raconter ce sport. Dans le format imaginé par la Kings League, il se passe quelque chose toutes les deux minutes. Une quinzaine de règles inédites viennent volontairement casser le rythme classique du jeu : des cartes secrètes, des joueurs jokers, des rebondissements permanents. Dès le départ, tout a été pensé pour le digital et le mobile. »

Autre élément décisif : dès le lancement, les fondateurs ont voulu associer des créateurs de contenu en leur donnant la propriété de leurs équipes. En retour, ces personnalités deviennent les premiers ambassadeurs de la compétition.

Gérard Piqué, un entrepreneur hors norme ?

« À mes yeux, c'est un véritable coup de génie », explique Emmanuel Seugé. Avant de se pencher sur l'intérêt suscité auprès des plus jeunes : « Cela garantissait une audience dès le premier jour. Quand des créateurs suivis par trois, cinq ou parfois dix millions d'abonnés sur Twitch ou YouTube parlent de leur équipe, ils touchent immédiatement un public considérable. C'est une ressource extrêmement précieuse. Par ailleurs, ces créateurs n’apportent pas seulement leur audience : ils reçoivent une véritable équipe, deviennent propriétaires et sont pleinement investis dans le succès du projet. »

Sur la figure fondatrice de la ligue, l'investisseur ne tarit d'ailleurs pas d'éloges : « Gerard Piqué est un entrepreneur hors normes, un visionnaire. Qu'un joueur ayant évolué à un tel niveau - champion du monde, triple vainqueur de la Ligue des champions - soit capable d'exceller ensuite dans le business et la création, c'est extrêmement rare. »

Un modèle économique déjà rentable

Le succès d'audience - 150 millions d'heures de streaming en direct et 13 milliards d'impressions sur les réseaux sociaux en 2025, pour un public dont 85 % a moins de 35 ans - s'est traduit par un modèle économique structuré.

Celui-ci est fondé sur les partenariats, le sponsoring, le merchandising et la billetterie.

« Aujourd'hui, près de 80 % des revenus proviennent du sponsoring », confirme le fondateur de Cassius.

Adidas et le Crédit Agricole, notamment, font partie des partenaires, avec des montants très significatifs, comparables à ceux du sport professionnel.

« À cela s'ajoutent les recettes de billetterie. Les événements organisés au Camp Nou de Barcelone (80 000 billets vendus), au Metropolitano de Madrid (60 000 billets vendus) ou encore au stade Azteca, à Mexico, ont rencontré un immense succès populaire. Enfin, il y a les revenus liés à l'audience générée sur YouTube, Twitch et les autres plateformes. À terme, rien n'empêche la Kings League de conclure des accords avec de grands diffuseurs internationaux », précise Emmanuel Seugé.

Aujourd'hui, la Kings League compte environ 170 collaborateurs.

Alignment Growth mène un tour de table de 63 millions de dollars

En février 2026, la Kings League a annoncé un nouveau tour de table de 63 millions de dollars (Journal Les Echos), mené par le fonds américain Alignment Growth, avec la participation des actionnaires historiques : Left Lane, Kosmos, Bolt Ventures, Cassius ainsi qu’Antifund, fondé par Jake Paul, qui deviendra le premier propriétaire d’équipe aux États-Unis. Ce nouveau financement porte à plus de 160 millions de dollars le total levé par la ligue depuis sa création et doit accélérer son expansion internationale.

Le marché le plus performant est sans conteste l'Amérique du sud, tant en matière d’audience que de revenus de sponsoring, en particulier au Brésil et au Mexique. Le Brésil connaît un succès spectaculaire, avec notamment Neymar comme propriétaire d'une équipe. L'écosystème local est solide, les partenaires sont puissants et l'audience est immense.

Interrogé sur l'ambition mondiale du projet, Emmanuel Seugé livre ainsi une géographie précise des relais de croissance. « L'Europe fonctionne également très bien. Même si la concurrence y est beaucoup plus forte sur le terrain des contenus, ce qui impose d'innover en permanence. Les États-Unis et l'Asie constitueront les prochains grands relais de croissance. Ce type de format y trouvera naturellement sa place, dans des marchés très sensibles à l'entertainment, aux célébrités et au spectacle. Autant d'éléments qui sont au cœur de l'ADN de la Kings League. »

Poursuivre l'expansion internationale

Sur les leviers de développement futurs, entre croissance organique et opérations de croissance externe. « La chaîne de valeur du sport est immense. Aujourd'hui, la Kings League occupe une position de leader sur son segment. La croissance reposera notamment sur la poursuite du développement organique, en exportant son modèle vers d’autres sports, par exemple. La Kings League n'est pas encore implantée en Asie ni en Afrique et s'apprête à se lancer aux États-Unis. Le terrain de jeu est presque sans limite. » estime le fondateur de de Cassius.

Fidéliser un public volatil

Reste une question qui taraude régulièrement les observateurs du secteur : la Kings League vise-t-elle à concurrencer le football classique ?

Emmanuel Seugé balaie l'hypothèse, tout en esquissant une vision plus large de l'économie de l'attention. « Une concurrence avec le football traditionnel ? Gerard Piqué rappelle souvent que le football restera toujours le sport roi. La Kings League n'a pas vocation à le remplacer, mais à proposer autre chose. Nous sommes convaincus que, dans un monde où l'intelligence artificielle dégagera progressivement du temps libre en améliorant la productivité, le contenu et les événements en direct feront partie des secteurs auxquels les gens consacreront le plus de temps… et d'argent. L'idée est donc d'offrir un format complémentaire du football traditionnel. Plus rapide, plus facile à consommer, plus innovant, avec une dimension spectaculaire assumée. »

Une Kings League qui se développerait aux côtés des championnats traditionnels, en s'appuyant sur des clubs ou des villes ? « Rien n'est off the table, comme on dit », nous répond Emmanuel Seugé.

Reste, pour la ligue, un défi de fond. Transformer l'effet de curiosité en fidélité durable auprès d'une audience jeune et volatile. Un point sur lequel Emmanuel Seugé ne se fait guère d'illusions. « Une fois l'effet de curiosité passé, le véritable défi sera de fidéliser une génération dont l'attention reste particulièrement volatile. Il faudra sans cesse se réinventer. »


frais assurance-vie - Observatoire des produits d’épargne financière

Assurance-vie, PER : le vrai coût de votre épargne en 2025

Les principaux enseignements

  • Le Plan d’épargne retraite (PER) coûte structurellement plus cher que l'assurance-vie, selon le rapport OPEF 2025. Les frais sur versements y sont en moyenne deux à 2,6 fois plus élevés selon les supports.
  • Les rétrocessions restent l’angle mort du conseil financier. Lorsque c'est la société de gestion qui rémunère directement le conseiller, l'intérêt de l'épargnant et celui de l'intermédiaire ne pointent pas nécessairement dans la même direction.
  • Les ETF creusent l'écart, avec des frais moyens de 0,29 % contre 1,80 % pour les fonds actions classiques.

L'épargne des Français coûte cher. Pas forcément là où on le croit, pas toujours de façon visible, mais elle coûte cher. Derrière les contrats d'assurance-vie, les plans d'épargne retraite ou les PEA, une mécanique tarifaire complexe grignote, année après année, les rendements.

Le législateur l'a compris. En étendant les compétences du Comité consultatif du secteur financier (CCSF), il lui a confié une mission de surveillance des frais et de la performance des produits d'épargne financière.

De cette décision est né l'Observatoire des produits d'épargne financière (OPEF), sobrement intitulé « Transparence, pédagogie et information au service des épargnants ». Nous en sommes à la deuxième édition. Et le périmètre impressionne : près de 2 132 milliards d'euros d'épargne financière passés au crible, répartis entre contrats d'assurance-vie, plans d'épargne retraite individuels (PERin), comptes-titres ordinaires, plans d'épargne en actions (PEA et PEA-PME).

Frais d'épargne : qui les perçoit et comment sont-ils répartis ?

Avant d'entrer dans les chiffres, il faut comprendre l'anatomie des prélèvements.

  • Qui prélève et perçoit les frais ?

Deux acteurs se partagent la mise. D'un côté, le producteur - assureur, mutuelle, banque ou société de gestion - qui perçoit sa rémunération en contrepartie de la conception, de la structuration et de la gestion du produit. De l'autre, le distributeur - banque, courtier ou conseiller en gestion de patrimoine - qui touche, le plus souvent, des rétrocessions prélevées directement sur les frais du produit.

C'est précisément ce deuxième circuit qui pose problème.

Guillaume Lucchini, fondateur de Scala Patrimoine, un multi-family office dont le modèle repose à 100 % sur les honoraires, ne mâche pas ses mots : « Le système des rétrocessions est, à mon sens, dangereux pour les épargnants, car c'est la société de gestion et/ou l'assureur qui rémunère directement le conseiller en gestion de patrimoine en échange de la vente de ses produits. On comprend dès lors très bien la perversité potentielle du système, où le conseiller peut avoir intérêt à vendre les produits qui le rétribuent le mieux. Et je ne parle même pas des groupes bancaires ou assureurs, qui n'ont d'intérêt qu'à vendre les produits maison, naturellement plus gourmands en frais. Lorsqu'on audite les portefeuilles de clients de grands groupes bancaires, il n'est pas rare de voir des contrats investis à près de 80 % dans des fonds maison. »

Un chiffre qui en dit long. Il entre en contradiction frontale avec l'un des principes cardinaux de la gestion de patrimoine : diversifier non seulement ses actifs, mais aussi les sociétés de gestion auprès desquelles l'épargnant investit son capital.

  •  Frais sur versements, frais de gestion, rétrocessions : comment ça fonctionne ?

Les frais se déclinent en trois grandes familles.

- D'une part, les frais ponctuels, au premier rang desquels figurent les frais d'entrée, de sortie et d'arbitrage ;

- D'autre part, les frais récurrents, prélevés périodiquement sous forme de frais de gestion ;

- Enfin, les frais conditionnels, enfin, tels que les frais de surperformance.

Le piège est classique : les frais les plus élevés ne sont pas toujours les plus lisibles. La question de la transparence tarifaire est donc essentielle.

Pour Guillaume Lucchini : « Le débat ne doit pas seulement porter sur le montant des frais, mais aussi sur leur transparence. Des frais clairement présentés créent la confiance, permettent aux épargnants de comparer les accompagnements qui leur sont proposés et de prendre leur décision en toute sérénité. C'est tout l'intérêt du travail mené par l'Observatoire des produits d'épargne financière (OPEF), qui participe à rendre le marché plus lisible et plus vertueux. »

Une situation rappelée par le ministre de l'Économie Roland Lescure, comme l'a rapporté le magazine Capital.

Frais assurance-vie : les chiffres du rapport de l'OPEF décryptés

L'assurance-vie reste le placement préféré des Français, et de loin. Mais derrière la familiarité du produit se cache une architecture tarifaire qu'il vaut mieux connaître : frais sur versement, frais de gestion et frais d'arbitrage.

  • Les frais sur versement

Les frais perçus sur les versements effectués s'établissent en moyenne à :

- 0,55 % pour les fonds en euros ;

- 0,57 % pour les unités de compte ;

- 0,72 % pour les produits structurés.

Ces frais sont globalement stables, voire en légère baisse pour les fonds en euros, dont le niveau moyen passe de 0,60 % à 0,55 %. La plus forte hausse concerne les produits structurés : les frais sur versement atteignent en moyenne 0,72 % en 2025, contre 0,69 % en 2024, soit une augmentation de 3 points de base.

  • Les frais de gestion

En 2025, les frais de gestion annuels moyens des contrats d'assurance-vie s'établissent à :

- 0,67 % pour les fonds en euros ;

- 0,80 % pour les unités de compte en gestion libre ;

- 1,08 % pour les unités de compte relevant d'un autre mode de gestion (gestion pilotée, profilée ou sous mandat) ;

- 0,81 % pour les produits structurés.

Les niveaux observés demeurent globalement stables. Les écarts d'une année sur l'autre restent limités, ce qui traduit une relative stabilité de la politique tarifaire des assureurs.

  • Les frais d'arbitrage

Les frais d'arbitrage restent limités. En moyenne, ils représentent 0,13 % du montant des opérations.

Frais assurance-vie
Frais assurance-vie

PER : des frais jusqu'à 2,6 fois plus élevés qu'en assurance-vie

Les chiffres du plan d'épargne retraite individuel (PERin) racontent une tout autre histoire. Dans l'ensemble, les frais y sont sensiblement plus élevés que dans les contrats d'assurance-vie.

  • Les frais sur versement

En 2025, les frais moyens sur les versements s'élèvent à :

- 1,09 % pour le fonds en euros ;

- 1,51 % pour les unités de compte ;

- 1,76 % pour les produits structurés.

Les auteurs du rapport le soulignent sans détour : le niveau de facturation du PERin est nettement supérieur à celui observé en assurance-vie, dans des proportions variant de deux à 2,6 fois selon les supports d'investissement.

  • Les frais de gestion

Les frais de gestion confirment cet écart.

Ils s'établissent en moyenne à :

- 0,76 % pour les fonds en euros ;

- 0,91 % pour les unités de compte ;

- 0,94 % pour les produits structurés.

Une légère amélioration est toutefois observable sur les fonds en euros, dont les frais reculent d'un point de base.

En matière d'arbitrage, le PERin fait en revanche mieux que l'assurance-vie : les frais moyens ressortent à 0,07 %, contre 0,13 % pour cette dernière, soit près de deux fois moins.

Il existe par ailleurs une catégorie de frais que beaucoup d'épargnants ignorent : les frais sur arrérages de rente, prélevés à chaque échéance de versement.

Ils couvrent des coûts très spécifiques - gestion des paiements, déclarations fiscales, prise en compte des options de réversion - et s'élèvent en moyenne à 2,20 % du montant de chaque rente en 2025, contre 2,19 % un an plus tôt. Sur les 21 assureurs interrogés par l'ACPR, 14 déclarent appliquer ce type de frais.

Guillaume Lucchini ne dissimule pas son agacement face à ces niveaux tarifaires. « Le plan d'épargne retraite étant un placement à très long terme, avec un horizon bien souvent supérieur à dix ou quinze ans, les épargnants sont peut-être moins sensibilisés à la politique tarifaire. Or les sociétés de gestion et les compagnies d'assurance, mais aussi les intermédiaires, se montrent très gourmandes sur les frais appliqués. Une bonne partie du monde de la gestion de patrimoine et de la gestion d'actifs vit grassement de ce placement. C'est vraiment dommageable, tant la place de ces contrats est essentielle dans le paysage financier. »

Le vent tourne du côté des frais de gestion des fonds

Sur les supports d'investissement sous-jacents, la dynamique est différente et plus encourageante. Sous la pression des ETF, de la prise de conscience progressive des épargnants et du travail mené par plusieurs acteurs pour améliorer la transparence tarifaire, les frais de gestion des sociétés de gestion s'orientent désormais à la baisse.

En 2025, la moyenne pondérée des coûts récurrents des fonds en unités de compte s'établit à 1,60 %, en recul de 2 points de base par rapport à 2024. L'amplitude demeure toutefois très large : de 0,29 % en moyenne pour les fonds monétaires à 2,50 % pour les fonds de capital-investissement.

  • Les fonds actions

Les ETF actions - qui représentent désormais 10 % des encours des unités de compte actions - affichent des coûts moyens de seulement 0,29 %, contre 1,80 % pour les fonds actions classiques. Un différentiel qui ne passe plus inaperçu et qui explique, en grande partie, la montée en puissance de la gestion passive.

Du côté des fonds actions actifs, les frais varient sensiblement selon les marchés :

- 1,72 % pour les fonds investis sur les actions américaines ;

- 2,22 % pour les fonds exposés aux petites et moyennes capitalisations françaises.

Comme l'expliquent les auteurs du rapport : « Ces niveaux de frais reflètent plusieurs facteurs. D'une part, l'expertise requise du gérant, la liquidité plus ou moins réduite des marchés. Et d'autre part, la complexité des stratégies mises en œuvre et la rareté des actifs suivis. Ces éléments expliquent notamment pourquoi les fonds de petites et moyennes capitalisations présentent des frais plus élevés, compte tenu des spécificités de cette classe d'actifs et de son mode de gestion. »

Des arguments recevables, mais que les épargnants ont tout intérêt à examiner avec attention.

Frais de gestion appliqués sur les fonds actions
Frais de gestion appliqués sur les fonds actions
  • Les autres gestions

Les fonds obligataires affichent des niveaux de frais compris entre 0,68 % pour les obligations en euros à court terme et 1,64 % pour les obligations des pays émergents.

De leurs cotés, les fonds diversifiés se situent entre 1,38 % et 1,85 %. Les fonds monétaires restent les supports les moins coûteux du marché, avec des frais moyens de 0,10 %.

Conclusion : ce que les épargnants doivent retenir du rapport de l'OPEF

Ces chiffres ne doivent pas, pour autant, conduire les épargnants à rechercher systématiquement les frais les plus faibles. Certains coûts peuvent être justifiés par la nature du produit, la qualité de la gestion ou l'accompagnement proposé.

Mais ils rappellent une évidence : les frais doivent être compris, comparés et intégrés dans la décision d'investissement.

Car sur le long terme, quelques dixièmes de points de frais supplémentaires peuvent peser lourdement sur la performance finale d'un placement. « L'enjeu n'est donc pas de supprimer tous les frais, mais de savoir précisément ce qu'ils rémunèrent, et de ne jamais les subir aveuglément. » conclut le fondateur du multi-family office indépendant.

Source : Rapport annuel de l’Observatoire des produits d’épargne financière, 2026


Investissement : Les marchés financiers & placements : les États-Unis négocient des accords commerciaux avec ses principaux partenaires commerciaux

Les convictions d’investissement de Scala Patrimoine - Juillet 2026

Les principaux enseignements

  • L’investissement sur les marchés financiers exige, plus que jamais, une diversification rigoureuse.
  • La désescalade des tensions au Moyen-Orient soutient les marchés actions, mais la dynamique reste marquée par une forte rotation sectorielle.
  • Les banques centrales restent actives (hausse des taux de la BCE et de la BoJ), dans un contexte de normalisation des anticipations d’inflation.
  • Avec des marchés actions proches de leurs sommets et une volatilité difficile à lire, la stratégie globale repose sur la diversification

Les marchés actions profitent de la désescalade des tensions au Moyen-Orient

Le mois de juin s'est révélé plus volatil que mai. Toutefois, l'annonce d'une désescalade des tensions au Moyen-Orient, comme évoqué par le Journal La Tribune, a apporté un éclaircissement significatif sur les marchés actions, aussi bien aux États-Unis qu'en Europe et en Asie.

Un sentiment d'incertitude subsiste néanmoins autour des valeurs technologiques américaines.

Leur rallye, porté depuis plusieurs mois par un nombre restreint de titres, continue de montrer des signes de rotation plutôt que de véritable essoufflement.

  • Une rotation sectorielle se confirme

Une rotation sectorielle est en train de s'opérer au sein même de la thématique technologique. Les segments des large caps, dominés par les « Magnificent Seven », ainsi que celui des éditeurs de logiciels, continuent de nettement sous-performer au profit des valeurs liées aux semi-conducteurs et à la mémoire, soutenues par la progression des bénéfices attendus.

« En parallèle, les valeurs défensives, notamment dans la santé, ainsi que les valeurs financières, en particulier les banques, retrouvent des couleurs. Ces dernières bénéficient pleinement de la rotation sectorielle anticipée dans un contexte de détente géopolitique », précise Romane Azzopardi, responsable de la gestion financière au sein du multi family office indépendant Scala Patrimoine.

  • Les marchés européens reprennent leur marche en avant

L'Europe surperforme les États-Unis, portée par les valeurs cycliques qui retrouvent de l'élan après l'annonce de la désescalade.

En Asie, le Japon surperforme également. Cette performance s'explique davantage par l'évolution de la devise que par les fondamentaux locaux, le yen s'étant nettement déprécié face au dollar.

« Sur les marchés émergents, la thématique technologique orientée vers les semi-conducteurs continue de surperformer, notamment en Corée du Sud et à Taïwan, qui demeurent les deux marchés émergents les plus performants devant la Chine et l'Inde », explique Francesco Baiano, chargé d'investissement chez Scala Patrimoine.

À l'inverse, la Chine connaît une nouvelle phase de faiblesse. Les annonces de soutien budgétaire n'ont pas été suivies de mesures concrètes, ce qui déçoit les investisseurs, tandis que l'économie reste largement orientée vers les exportations plutôt que vers la consommation domestique.

  • Des besoins de financement toujours plus importants pour les géants de la technologie

Le principal risque identifié demeure le financement des investissements massifs (capex) annoncés par les grandes entreprises technologiques.

Si les taux longs venaient à se maintenir durablement à des niveaux élevés, voire à remonter, le coût de financement de ces investissements pèserait sur les marges et les valorisations.

Romane Azzopardi va plus loin : « Un retournement du secteur technologique - qu'il soit provoqué par un durcissement réglementaire, une pénurie de composants ou une multiplication des introductions en Bourse - entraînerait un double choc : une baisse des portefeuilles des investisseurs et une contraction de la consommation des ménages américains les plus aisés via l'effet richesse. »

  • Notre positionnement : la diversification reste privilégiée

La diversification, en dehors des grandes valeurs technologiques américaines, demeure privilégiée dans le cadre d'un investissement sur les marchés boursiers.

Cette logique s'applique également au niveau sectoriel. Dans le contexte actuel, les valeurs défensives constituent toujours une source de diversification pertinente.

Investissement sur les marchés obligataires : détente sur la courbe des taux

L'annonce de la désescalade au Moyen-Orient s'est traduite par une détente des courbes de taux et par des anticipations d'inflation mieux maîtrisées, notamment après la première réunion de la Réserve fédérale suivant cette accalmie, au cours de laquelle les taux directeurs ont été maintenus inchangés.

  • La BCE relève ses taux

La Banque centrale européenne a relevé son taux de dépôt de 25 points de base, à 2,25 %.

Dans le même temps, les taux courts européens ont poursuivi leur remontée, les marchés continuant d'anticiper de nouveaux resserrements monétaires sur la partie courte de la courbe.

Les spreads du crédit investment grade sont revenus sur des niveaux comparables à ceux observés avant les tensions géopolitiques, traduisant un net regain de confiance des investisseurs.

Au Japon, la Banque du Japon a également procédé à une hausse de ses taux directeurs. L'économie japonaise demeure toutefois plus fragile que l'économie américaine. « La dépréciation du yen face au dollar s'explique davantage par la vigueur du billet vert que par une faiblesse intrinsèque de la devise japonaise, qui reste relativement stable face à l'euro », explique Romane Azzopardi.

À ce stade, le ministre japonais des Finances n'est pas intervenu malgré un niveau historiquement faible du yen face au dollar.

  • Notre positionnement : privilégier la partie courte de la courbe

Notre allocation obligataire privilégie la partie courte de la courbe, aussi bien en Europe qu'aux États-Unis, avec une surpondération du crédit corporate investment grade par rapport aux emprunts souverains.

Dans un contexte où le portage demeure attractif, l'incertitude entourant l'évolution des taux longs justifie une gestion prudente de la duration.

Métaux précieux et cryptoactifs 

  • L'or en léger repli

La remontée des taux aux États-Unis et en Europe pèse à court terme sur les métaux précieux.

L'or poursuit ainsi son repli, les rendements obligataires redevenant plus attractifs.

Les facteurs structurels de long terme demeurent néanmoins inchangés, notamment les achats des banques centrales, en particulier asiatiques, qui continuent de soutenir la thèse d'une diversification à moyen et long terme.

  • Réouverture du détroit d'Ormuz : vers une baisse sur les cours des métaux industriels ?

Une vigilance particulière demeure sur la volatilité des métaux précieux dans cet environnement marqué par l'évolution des taux. Le Bitcoin continue de se comporter davantage comme un actif de diversification comparable à l'or que comme un actif fortement corrélé aux valeurs technologiques. Les volumes échangés sur les cryptoactifs restent proches de leurs plus bas niveaux depuis plusieurs années, traduisant un marché encore peu dynamique.

« Une opportunité potentielle existe à ces niveaux, mais sans conviction forte à court terme », tempère toutefois Romane Azzopardi.

Du côté des métaux industriels, plusieurs demeurent proches de leurs plus hauts niveaux depuis 2022, soutenus par les enjeux de souveraineté énergétique, technologique et de défense.

La détente des tensions géopolitiques a toutefois réduit les risques de perturbation des chaînes d'approvisionnement, notamment au niveau du détroit d'Ormuz.

Ces actifs conservent leur place, à titre minoritaire, dans les portefeuilles diversifiés.

Produits structurés : une personnalisation du couple rendement/risque

Notre analyse privilégie désormais une stratégie acheteuse de volatilité plutôt qu'une stratégie vendeuse de volatilité, tout en conservant quelques positions tactiques sur certains marchés jugés plus attractifs, comme la Corée du Sud ou le Japon.

Ce positionnement s'inscrit dans un contexte de baisse de la volatilité et de préoccupations macroéconomiques relativement limitées à court terme, notamment à l'approche des élections de mi-mandat américaines, historiquement favorables aux marchés actions.

  • Produits à participation ou produits de rendement ?

Dans ce contexte, les produits à participation redeviennent plus attractifs que les produits de rendement de type Phoenix ou autocall.

Pour Francesco Baiano, « la situation reste néanmoins délicate. L'investissement dans des produits à participation intervient alors que les marchés actions se situent proches de leurs plus hauts niveaux, ce qui suppose une forte conviction sur leur évolution à l'horizon de placement. »

  • Notre positionnement : une personnalisation du couple rendement/risque

Les produits structurés demeurent un outil privilégié pour personnaliser précisément le couple rendement/risque dans un environnement de marché toujours incertain.

Ils permettent de maintenir une exposition aux marchés actions tout en intégrant, selon les solutions retenues, une protection partielle ou totale du capital.

Stratégies alternatives : un véritable outil de diversification de votre investissement

Dans le contexte actuel - marchés actions proches de leurs plus hauts, marché obligataire sensible aux décisions des banques centrales et volatilité réelle toujours difficile à appréhender malgré le recul de la volatilité implicite - les stratégies alternatives conservent pleinement leur rôle de diversification.

Elles permettent de réduire la corrélation globale des portefeuilles, notamment en cas de choc simultané sur les marchés actions et obligataires.

Nos équipes sont à votre disposition pour échanger sur vos projets d’investissement et évaluer, avec vous, leur intérêt, au regard de l’environnement économique et financier, de la structuration de votre patrimoine et de vos objectifs de vie.


Les marchés financiers prouvent une nouvelle fois leur dépendance aux décisions des banques centrales. L'économie résiste, quant à elle, trés bien.

Le rendez-vous des marchés financiers et de l’économie - Juillet 2026

Les marchés financiers & l’économie : les points clés

  • L’espoir d’un apaisement au Moyen-Orient a permis aux marchés de réduire la prime de risque.
  • La Fed adopte une posture plus ferme face à une inflation persistante, tandis que l’économie américaine résiste mieux qu’attendu.
  • La zone euro montre des signes d’essoufflement, confrontée à une croissance faible et à un retour des pressions inflationnistes qui pousse la BCE à durcir son discours.
  • Les marchés actions ont été globalement bien orienté au cours du mois de Juin.

Les grandes actualités géopolitiques et les performances sur les marchés financiers

  • Un accord de paix pour rassurer les marchés, vraiment ?

Se dirige-t-on vers la fin de la guerre qui oppose l’Iran aux États-Unis et à leurs alliés ? Un protocole d’accord a bien été signé entre les parties prenantes le 17 juin dernier.

Le texte s’articule autour de quatre piliers : la réouverture progressive du détroit d’Ormuz, un plan de reconstruction de l’Iran, l’engagement de Téhéran à ne pas se doter de l’arme nucléaire et un assouplissement des sanctions visant ses exportations pétrolières.

Il prévoit qu’un accord définitif devra être négocié dans un délai de 60 jours.

Sur le terrain, pourtant, la réalité est bien différente. Les tensions restent vives. Les Gardiens de la Révolution poursuivent leurs attaques de drones contre des navires transitant par le détroit d’Ormuz.

Washington n’est pas resté sans réponse. Les États-Unis ont mené une nouvelle série de frappes aériennes contre des infrastructures militaires iraniennes.

Depuis, chaque camp accuse l’autre d’avoir rompu le cessez-le-feu le premier. Fidèle à sa rhétorique, Donald Trump a de nouveau affirmé que l’Iran « cessera d’exister » si le conflit armé devait de nouveau reprendre.

Interrogé par L’Agefi, Claudio Galimberti, chef économiste chez Rystad Energy, dit ne pas être surpris par ces nouveaux dérapages et relativise la portée de cet accord : « Un accord signé n’est pas un accord opérationnel, et le différend sur le séquençage - chaque partie insistant pour que l’autre fasse le premier pas - demeure la principale ligne de fracture, tandis que le Liban continue de représenter un facteur imprévisible que ni Washington ni Téhéran ne contrôlent pleinement. »

  • Pétrole : l’heure du reflux sur les marchés ?

Les cours du pétrole ont pratiquement retrouvé leur niveau d’avant la crise, autour de 72 dollars le baril de brent. La signature du protocole de paix a contribué à desserrer l’étau qui pesait sur les prix de l’or noir, dissipant une partie de la prime de risque géopolitique intégrée par les marchés financiers.

La rapidité et l’ampleur de ce repli s’expliquent également par la capacité des principaux producteurs du Golfe à limiter les effets d’une éventuelle fermeture du détroit d’Ormuz. Des infrastructures alternatives ont permis de maintenir une partie des flux d’exportation. « L’augmentation de l’utilisation de l’oléoduc Est-Ouest saoudien, reliant les champs pétroliers du Golfe au port de Yanbu, sur la mer Rouge, ainsi que du pipeline reliant Abou Dhabi au terminal de Fujairah, a permis de compenser près d’un quart des volumes transitant habituellement par le détroit d’Ormuz », souligne Thomas Giudici, directeur de la gestion obligataire chez Auris Gestion.

À cela s’ajoute un autre facteur de stabilisation. Les exportations nettes de pétrole des États-Unis ont fortement progressé ces derniers mois, passant d’environ 5 à près de 9 millions de barils par jour, renforçant la capacité du marché à absorber un éventuel choc d'approvisionnement.

Enfin, la demande chinoise s’est révélée moins dynamique qu’attendu. Pékin a sensiblement réduit ses achats de brut, s’appuyant sur des stocks stratégiques constitués de longue date, tandis que sa dépendance énergétique continue de reculer sous l’effet de la montée en puissance du nucléaire, des énergies renouvelables et de la mobilité électrique.

  • Les performances des marchés financiers

Les grandes places boursières avancent en ordre dispersé, oscillant au gré des événements géopolitiques et des espoirs d’apaisement entre l’Iran et les États-Unis.

Le S&P 500 abandonne 1,7 % sur le mois de juin, pénalisé par les incertitudes qui continuent de peser sur les marchés. Les valeurs technologiques souffrent également. Le Nasdaq perd quasiment 4 % sur la même période.

En Europe, les marchés affichent un visage plus rayonnant, même si les écarts demeurent marqués. L’Euro Stoxx 50 progresse de 4,5 %, tandis que le CAC 40 s’adjuge 2,8 %. Seule exception parmi les grands indices de la zone, le DAX allemand cède 0,1 %.

En Asie, les performances restent plus mesurées. Le Shanghai Composite avance de 0,9 %, tandis que le Nifty 50 indien gagne 2 %.

Du côté des marchés obligataires, les rendements souverains se sont détendus. Le taux de l'emprunt américain à dix ans est revenu à 4,36 %. Le mouvement est également perceptible en Europe, où le rendement du Bund allemand s'établit désormais à 2,88 %, contre 3,61 % pour l'OAT française.

Performance sur les marchés financiers en Juin 2026
Performance sur les marchés financiers en Juin 2026
  • SpaceX, les chiffres fous d’une introduction en Bourse historique

75 milliards de dollars levés. Une valorisation de 1 750 milliards de dollars. Un prix d'introduction fixé à 135 dollars par action. Trois jours après son arrivée en Bourse, le titre s'envolait même jusqu'à 225 dollars. Les chiffres donnent le vertige. Avec cette introduction, SpaceX a signé la plus importante valorisation jamais enregistrée lors d'une IPO, dépassant le précédent record détenu par Saudi Aramco.

L’euphorie des premiers jours n’a toutefois pas résisté à l’épreuve du marché. Depuis son pic, l’action a nettement corrigé pour revenir autour de 154 dollars, un niveau désormais proche de son cours d’ouverture fixé à 150 dollars.

Cette baisse s’explique d’abord par les prises de bénéfices, un mouvement classique après une introduction d’une telle ampleur. Mais les investisseurs avancent également des motifs plus fondamentaux.

SpaceX a ainsi annoncé son intention de lever au moins 20 milliards de dollars afin de refinancer une partie de sa dette, dont plusieurs échéances importantes interviendront l’an prochain. Une opération qui pourrait peser sur le titre à court terme.

Autre point de vigilance : les critères extra-financiers. MSCI a attribué à SpaceX la note « CCC », le plus faible échelon de son échelle ESG, évoquant une « forte exposition aux risques et une incapacité à les gérer ». L’agence pointe également une gouvernance jugée particulièrement faible, avec une note de 3,2 sur 10. En cause, notamment, la structure du capital : Elon Musk détient plus de 82 % des droits de vote grâce à des actions assorties de dix droits de vote chacune, contre un seul pour les actions ordinaires.

États-Unis : Kevin Warsh imprime sa marque

Dans sa dernière note de conjoncture, l'OCDE dessine plusieurs trajectoires possibles pour l'économie mondiale. Dans le scénario le plus défavorable, la croissance pourrait tomber à 2 % cette année, après 3,4 % en 2025, avant de ralentir encore à 1,8 % en 2027.

Outre-Atlantique, la première économie mondiale affiche toutefois une résistance supérieure aux attentes. Au premier trimestre, le PIB américain a finalement progressé de 2,1 % en rythme annualisé, contre une première estimation de 1,6 %. Un net rebond après la croissance limitée à 0,5 % enregistrée au quatrième trimestre 2025.

Cette résilience n'efface toutefois pas les interrogations des investisseurs. Les tensions inflationnistes persistent et le changement de ton de la Réserve fédérale alimente les incertitudes sur la trajectoire des taux.

  • Une économie qui tient le cap

En attendant les chiffres du deuxième trimestre, les indicateurs conjoncturels restent globalement solides, même si certains envoient des messages plus contrastés.

L'indice manufacturier de la Fed de New York s'est établi à 5,7 points en juin, en nette baisse par rapport aux 19,6 points enregistrés en mai. Un ralentissement qui traduit un essoufflement de l'activité industrielle, sans pour autant remettre en cause la dynamique générale.

Le marché du travail, lui, continue de surprendre favorablement. Les États-Unis ont créé 172 000 emplois en mai, soit près du double des anticipations, qui tablaient sur 85 000 créations. Le taux de chômage demeure stable à 4,3 %, après avoir progressivement remonté depuis son point bas de 3,4 % atteint en avril 2023.

En d'autres termes, l'emploi résiste. Malgré les tensions géopolitiques et une inflation qui continue d'éroder le pouvoir d'achat, les entreprises poursuivent leurs recrutements.

La confiance des ménages s'est également redressée. L'indice de l'Université du Michigan est remonté à 48,9 points en juin, contre 44,8 le mois précédent et un consensus fixé à 46,1 points. Le reflux des prix de l'essence en début de mois a offert un peu d'oxygène aux consommateurs.

Ce rebond ne doit toutefois pas masquer une tendance plus préoccupante. Le sentiment financier des ménages continue de se dégrader. Près de 43,6 % des Américains estiment aujourd'hui être dans une situation financière moins favorable qu'il y a un an, un record depuis janvier 2023 et le troisième mois consécutif de hausse. 36 % d'entre eux anticipent une nouvelle dégradation au cours des douze prochains mois.

Les pressions sur les prix, en particulier dans l'énergie, continuent de peser sur les budgets des ménages. Certes, les salaires progressent de 3,5 % sur un an, mais ce rythme demeure insuffisant pour compenser pleinement l'inflation.

  • Une Fed plus ferme que prévu

Sur le front des prix, les derniers chiffres confirment que le combat contre l'inflation n’est pas encore terminé. L'indice PCE, principal baromètre suivi par la Réserve fédérale américaine, a progressé de 4,2 % sur un an en mai, après 3,8 % en avril. Sa version sous-jacente (« core ») ressort à 3,4 %, contre 3,3 % le mois précédent.

La Fed anticipe désormais une inflation de 3,6 % à la fin de 2026, contre 2,7 % dans ses projections de mars. Une révision largement attribuée aux conséquences économiques du conflit avec l'Iran.

Cette réunion de juin était particulièrement attendue : elle marquait les premiers pas de Kevin Warsh à la présidence de la FED. Sans surprise, le comité de politique monétaire a laissé ses taux directeurs inchangés dans une fourchette comprise entre 3,50 % et 3,75 %. La décision a été prise à l'unanimité, sans la moindre dissension, y compris sur le communiqué final.

Le véritable changement est venu du ton employé.

Kevin Warsh a clairement choisi de remettre la lutte contre l'inflation au premier plan. Le communiqué ne fait plus référence à d'éventuelles baisses de taux cette année. Un signal qui n'a pas échappé aux marchés.

« Sur les 18 prévisions formulées, neuf participants considèrent désormais qu'une ou plusieurs hausses de taux seraient appropriées en 2026, alors que la médiane des projections de mars suggérait encore une baisse possible », souligne Florent Wabont, économiste chez Ecofi.

Autre évolution notable : la création de cinq groupes de travail chargés de réfléchir aux grandes orientations de la Fed. Les travaux porteront notamment sur la stratégie de communication - et en particulier l'utilisation du dot plot -, la gestion du bilan de la banque centrale, la qualité des données économiques, les gains de productivité liés à l'intelligence artificielle ainsi que les méthodes de mesure de l'inflation.

  • Pour Kevin Warsh le changement c’est maintenant

Au-delà de ces chantiers, Kevin Warsh semble vouloir modifier en profondeur la manière dont la Fed dialogue avec les marchés. Il juge que la banque centrale est devenue trop prévisible à force de guider les investisseurs sur l'évolution future des taux. Son objectif est de redonner davantage de poids aux données économiques, quitte à laisser les marchés reconstruire eux-mêmes leurs anticipations.

Pour Bruno Jacquier, Head of Research chez Altitude IS, cette première réunion dépasse largement le simple statu quo monétaire : « Pour ses débuts, Warsh a endossé un rôle rassurant, soignant sa crédibilité anti-inflation et l'indépendance de l'institution. Mais derrière cette façade, il prépare méthodiquement le terrain. Les cinq groupes de travail, tout comme son abstention dans la grille et l'abandon de la forward guidance, sont autant de leviers destinés à justifier une prochaine baisse des taux directeurs, et non une hausse. La réaction des marchés a davantage correspondu à un choc de taux qu'à une crainte de récession. »

Ce premier rendez-vous laisse ainsi entrevoir une présidence différente : moins prévisible dans sa communication et plus exigeante sur la crédibilité de la banque centrale.

Zone euro : le ralentissement se confirme

L'économie européenne est-elle en train de perdre son élan ? Les perspectives se dégradent mois après mois. En zone euro, la croissance ne devrait pas dépasser 0,8 % en 2026. Un plafond déjà modeste, qui tomberait à 0,7 % pour les deux principales économies du continent, l'Allemagne et la France.

À Paris, le constat est encore plus sévère. La Banque de France a revu en nette baisse ses prévisions et n'anticipe plus qu'une croissance de 0,5 % pour l'économie française en 2026, soit 0,4 point de moins que dans ses projections de mars. Une perspective d'autant plus préoccupante que le déficit public dépasse désormais les 5 % du PIB.

  • L'Espagne, locomotive du continent

Le premier trimestre a confirmé l'essoufflement de l'économie européenne. Eurostat a fortement révisé la croissance de la zone euro, désormais estimée à -0,2 % sur le trimestre, contre +0,1 % lors de la première publication.

Cette révision s’explique essentiellement par la méforme de l'Irlande. Le PIB du pays, d'abord estimé en baisse de 2 %, affiche finalement une contraction spectaculaire de 12 %, conséquence du brutal ralentissement de l'activité des multinationales installées sur son territoire. Leur production a chuté de 27 % par rapport au trimestre précédent. Sans cette contre-performance, la croissance de la zone euro aurait atteint 0,3 %.

Dans ce paysage morose, un pays continue de faire figure d'exception : l'Espagne.

L'économie espagnole enchaîne les bonnes surprises et affiche une vigueur qui contraste avec les difficultés rencontrées par la France et l'Allemagne. Fort de cette dynamique, le gouvernement espagnol a relevé ses prévisions et table désormais sur une croissance de 2,6 % en 2026.

  • Une activité qui s'essouffle

Cette performance espagnole ne suffit toutefois pas à masquer le ralentissement général de la zone euro.

L'investissement recule de 3 % après plusieurs trimestres de redressement. La consommation des ménages ralentit également, avec une progression limitée à 0,2 % au premier trimestre, contre 0,4 % fin 2025. Toutes les grandes économies de la zone sont concernées, à l'exception de l'Italie.

Les enquêtes de conjoncture confirment ce tassement.

L'indice PMI composite ressort à 49,5 points en juin, légèrement au-dessus des attentes mais toujours sous le seuil des 50 points, synonyme de contraction de l'activité. Le secteur manufacturier montre lui aussi des signes d'essoufflement, son indice reculant de 50,1 à 50 points, son plus bas niveau depuis cinq mois.

Le moral des ménages, lui, ne s'améliore pas. L'indice de confiance des consommateurs reste stable à -17,7 points, tandis que le sentiment des investisseurs mesuré par Sentix remonte légèrement, à -13,4 points contre -16,4 en mai. Un mieux, certes, mais qui traduit davantage un ralentissement du pessimisme qu'un véritable retour de la confiance.

Phil Smith, directeur associé de l'économie chez S&P Global Market Intelligence, résume cette situation contrastée pour le journal Les Echos. « La bonne nouvelle est que les pressions inflationnistes ont commencé à s'atténuer, les coûts des intrants augmentant à leur rythme le plus lent depuis la période précédant immédiatement le début de la guerre au Moyen-Orient, même s'ils demeurent élevés au regard des standards historiques. La mauvaise nouvelle est que l'activité des entreprises a reculé pour le troisième mois consécutif, et au rythme le plus rapide de cette série, augmentant ainsi la probabilité que l'économie soit retombée en contraction au deuxième trimestre. »

  • La BCE change de cap

L'inflation est venue compliquer un peu plus l'équation.

En mai, les prix à la consommation ont progressé de 3,2 % sur un an en zone euro, franchissant à nouveau le seuil des 3 % pour la première fois depuis plus de deux ans. Les tensions sur les marchés de l'énergie, alimentées par le conflit au Moyen-Orient, expliquent en grande partie cette remontée.

Mais le mouvement ne se limite pas à l'énergie. L'inflation sous-jacente atteint désormais 2,5 %, un niveau supérieur aux attentes des économistes. Les services, notamment les transports et les voyages organisés, enregistrent les plus fortes hausses, tandis que les prix de l'alimentation ralentissent progressivement.

Face à cette résurgence des tensions inflationnistes, la Banque centrale européenne a choisi d'agir.

Réuni en juin, le Conseil des gouverneurs a relevé son taux de dépôt de 25 points de base, à 2,25 %. Une première hausse depuis 2023. Le message envoyé par Francfort est limpide : la priorité redevient la maîtrise de l'inflation.

« Toutefois, compte tenu des récentes baisses des prix du pétrole et du gaz, nous pensons que cette hausse des taux restera ponctuelle. Si les hostilités devaient reprendre au Moyen-Orient, de nouveaux relèvements seraient en revanche probables », estime un analyste d'un grand établissement financier britannique.

Cette décision ne sera pas sans conséquences pour les potentiels investisseurs immobiliers.

Les taux des crédits immobiliers, déjà revenus autour de 3,4 % sur vingt ans en juin, pourraient repartir à la hausse si la BCE poursuivait son resserrement monétaire. Une nouvelle augmentation des taux directeurs, évoquée par certains observateurs dès le mois de septembre, alourdirait mécaniquement le coût du financement immobilier.