Les marchés financiers prouvent une nouvelle fois leur dépendance aux décisions des banques centrales. L'économie résiste, quant à elle, trés bien.

Le rendez-vous des marchés financiers et de l’économie - Septembre 2026

Les marchés financiers & l’économie : les points clés

  • L'économie européenne montre des signes de reprise ;
  • Aux États-Unis, l’inflation et les tensions sur les taux compliquent la tâche de la Fed ;
  • Après les opérations militaires, les États-Unis accentuent la pression sur l’Iran en privilégiant un étranglement de son économie ;
  • La hausse des taux longs et les inquiétudes sur les dettes publiques pèsent sur les marchés obligataires ;

Les grandes actualités géopolitiques et les performances sur les marchés financiers

  • Iran : d’un conflit militaire à une guerre économique

Les yeux des investisseurs restent rivés sur le détroit d’Ormuz, l’une des grandes artères de l’économie mondiale. Près d’un cinquième du pétrole mondial y transite, selon l’EIA. Un passage stratégique dont le moindre ralentissement suffit à faire trembler les marchés.

Avant le conflit avec l’Iran, entre 130 et 140 navires traversaient chaque jour le détroit d’Ormuz. Aujourd’hui, ils sont en moyenne entre 10 et 20 à y circuler, soit une chute de près de 90 % du trafic.

La tension reste donc vive dans la région. Mais la stratégie américaine est, elle aussi, en train d’évoluer. À la pression militaire semble désormais succéder une autre forme de confrontation, plus diffuse mais potentiellement tout aussi redoutable : la guerre économique. Washington cherche à isoler progressivement l'Iran de ses partenaires commerciaux.

Le secrétaire au Trésor américain, Scott Bessent, a ainsi présenté le « jour J économique » pour faire plier l’Iran, un projet baptisé « Opération Economic Outcast ».

Il a aussi prévenu que les pays qui continueraient à commercer avec Téhéran s’exposeraient à de lourdes sanctions, sans toutefois en préciser, à ce stade, les contours.

L’Iran a promis de riposter à ce durcissement américain. Téhéran affiche néanmoins sa confiance dans la capacité de ses principaux partenaires commerciaux à résister à la pression exercée par Washington.

  • Or : le métal jaune retrouve de l’éclat

L’or semble retrouver quelques couleurs après avoir traversé une période de turbulences au cours du premier semestre.

En juin, le métal jaune était repassé sous la barre des 4 000 dollars l’once, un niveau qu’il n’avait plus atteint depuis novembre 2025.

Pour autant, les fondamentaux restent solides. Le métal jaune bénéficie toujours de puissants facteurs de soutien à long terme. Une demande des investisseurs occidentaux importante, conjuguée à la poursuite des achats massifs des banques centrales, pourrait ainsi continuer à pousser les cours vers de nouveaux sommets.

En août, l’or a grimpé de près de 13,45 %, à 4 652 dollars l’once.

Une dynamique que Goldman Sachs relie également au recul des anticipations d’une hausse des taux de la Réserve fédérale américaine en septembre. Le maintien des taux par la Fed en juillet, à mettre en parallèle avec la publication de chiffres de l’emploi et de l’inflation plus faibles que prévu, a contribué à renforcer les anticipations d’un assouplissement de la politique monétaire américaine.

  • Les performances des marchés financiers

Les marchés financiers ont soufflé le chaud et le froid au mois d’août. Entre l’enthousiasme suscité par les géants de la technologie américaine et les interrogations persistantes sur la durée du conflit en Iran, les investisseurs ont navigué entre euphorie et prudence.

Aux États-Unis, tous les regards étaient tournés vers Nvidia. Et, une fois encore, le champion des semi-conducteurs a dépassé les attentes.

Le groupe a publié un chiffre d’affaires trimestriel de 96,2 milliards de dollars, pour un bénéfice net de 59,7 milliards. Des résultats hors normes, qui témoignent de l’appétit toujours intact des géants de la technologie pour les infrastructures liées à l’IA.

Cerise sur le gâteau, Nvidia anticipe désormais une progression de près de 70 % de son chiffre d’affaires l’an prochain. Les investisseurs ont salué ces perspectives : le titre a gagné plus de 5 % dans la foulée des annonces.

L’entreprise a ainsi franchi le seuil symbolique des 5 000 milliards de dollars de capitalisation boursière.

Les grands indices américains ont profité de cet élan. Le S&P 500 progresse de 1,1 %, tandis que le Nasdaq s’adjuge près de 1,7 %, porté par l’ensemble du secteur technologique.

En Europe, la tendance est plus contrastée. Le CAC 40 a inscrit un nouveau record historique à 8 755 points avant de marquer une pause. L’indice parisien recule finalement de 3 %, à 8 360 points.

L’Euro Stoxx 50 recule de 0,1 %, tandis que le DAX allemand gagne 0,6 %, profitant notamment de l’amélioration des perspectives économiques outre-Rhin et du dynamisme des valeurs industrielles.

Même tonalité en Asie. Le Shanghai Composite progresse de 4,4 %, tandis que le Nifty 50 indien subit une baisse de près de 3 %.

Les performances des marchés financiers - Aout 2026
Les performances des marchés financiers - Aout 2026
  • Le marché des taux sous pression

Les investisseurs font désormais payer aux États, et notamment à la France, leurs doutes sur la capacité de ces derniers à retrouver le chemin de l’équilibre budgétaire. Le taux d’emprunt français à 30 ans atteint désormais 4,88 %, son plus haut niveau depuis 2008, en pleine crise financière.

- Le spread entre la France et l'Allemagne s'écarte

D’autres grandes économies européennes sont également concernées. Le taux allemand à 30 ans évolue autour de 3,79 %, contre 5,73 % pour le Royaume-Uni.

L’Allemagne, qui a longtemps bénéficié de sa réputation de sérieux budgétaire pour emprunter à des taux inférieurs à ceux de la plupart de ses voisins, paie désormais le prix de l’envolée de ses dépenses d’infrastructures et de défense.

Parallèlement, le spread - l’écart de rendement entre l’OAT française à 10 ans et le Bund allemand de même maturité - a retrouvé des niveaux élevés, à 0,86 %. Un indicateur particulièrement scruté : il mesure la prime de risque exigée par les investisseurs pour prêter à Paris plutôt qu’à Berlin.

À l’inverse, le Portugal (3,59 %), la Grèce (3,92 %) et l’Italie (4,05 %), encore considérés il y a quelques années comme les « mauvais élèves » de l’Union européenne, bénéficient désormais d’une confiance accrue des marchés.

- La dette américaine dans le viseur des investisseurs

Et que dire des États-Unis ? Le taux à 30 ans a grimpé à 5,18 %, un niveau qui n’avait plus été atteint depuis 2007.

La tension est toutefois légèrement retombée après une prise de parole de Scott Bessent, secrétaire au Trésor de Donald Trump. Il a annoncé que Washington doublerait la taille de ses opérations de rachat de dette à longue échéance, les faisant passer de 2 à au moins 4 milliards de dollars par opération.

La publication, début août, de chiffres de l’emploi américain moins bons qu’anticipé a également changé la donne. Une partie des investisseurs en a déduit que la Réserve fédérale pourrait ne pas relever ses taux en septembre, au risque de laisser davantage de prise à l’inflation. Ils ont, en conséquence, exigé une rémunération plus élevée pour prêter à l’État fédéral.

Comme le résume Enguerrand Artaz, de La Financière de l’Échiquier : « Au-delà des craintes d’un retour de l’inflation liées à l’Iran, le marché des taux se trouve au croisement de plusieurs sujets structurants : la dérive des comptes publics et l’augmentation de la charge de la dette dans les pays occidentaux, d’une part ; l’IA et le financement de ses colossales dépenses d’investissement, d’autre part. De nombreux groupes américains font appel aux marchés obligataires pour financer leurs projets. Or cet afflux de papier obligataire peine de plus en plus à être absorbé par les investisseurs. Ou plutôt, il conduit à des arbitrages, dont les premières victimes sont les dettes d’État à long terme. »

États-Unis : une inflation toujours présente

Le FMI a publié en juillet une mise à jour de ses perspectives économiques. La croissance mondiale devrait ralentir à 3,0 % en 2026, contre 3,5 % en moyenne en 2024 et 2025. Dans le même temps, l’inflation mondiale repartirait à la hausse, passant de 4,1 % l’an dernier à 4,7 % cette année.

Mais le scénario du FMI repose sur une hypothèse devenue fragile : la réouverture du détroit d’Ormuz.

Or Washington a intensifié ses sanctions économiques sur l’Iran. Le scénario central pourrait donc déjà être rattrapé par les événements.

Dans cet environnement incertain, l’économie américaine résiste, pour l’instant, plutôt bien. Fitch anticipe désormais une croissance de 1,9 % en 2026 comme en 2027.

  • Une économie américaine qui ralentit sans décrocher

L’économie américaine tient bon, même si le ralentissement est désormais visible. Selon les données publiées par le Bureau of Economic Analysis, la croissance a progressé de 1,5 % au deuxième trimestre, en rythme annualisé, contre 2,1 % au cours des trois premiers mois de l’année.

- Des signes de faiblesse pour la première économie mondiale ? 

Cette dynamique reste largement portée par la consommation des ménages, qui compense le ralentissement des investissements et des dépenses publiques, ainsi que la hausse des importations.

Du côté des prix, l’indice des prix à la consommation a progressé de 0,1 % sur un mois en juillet, tandis que l’indice des prix à la production a rebondi de 0,2 %.

Les signaux sont moins favorables du côté de la demande. Les ventes de détail ont déçu en juillet, reculant de 0,6 %. La confiance des ménages, mesurée par l’Université du Michigan, s’est elle aussi nettement dégradée, passant de 55,2 à 51,7.

Le marché du travail commence également à montrer des signes de faiblesse. L’économie américaine n’a créé que 57 000 emplois en juin, bien en dessous des attentes et des 129 000 créations enregistrées en mai.

Même les indicateurs avancés se dégradent. Après une progression de 0,1 % en mai, l’indice composite des indicateurs avancés (LEI) du Conference Board a reculé de 0,2 % en juin, à 99,1, alors que les économistes anticipaient en moyenne un repli limité à 0,1 %.

- Le spectre d'une nouvelle guerre commerciale ?

Pour autant, les États-Unis semblent encore mieux armés que d’autres économies pour absorber les chocs géopolitiques. « Les États-Unis ont été bien mieux protégés des répercussions économiques du conflit au Moyen-Orient que d’autres régions du monde », observe James Knightley, économiste en chef pour les affaires internationales chez ING. « Les consommateurs continuent de dépenser et nous assistons à un cycle effréné d’investissements dans le secteur technologique. »

Reste une inconnue : la capacité de l’économie américaine à encaisser la nouvelle salve de droits de douane promise par l’administration Trump. Le Canada figure en première ligne. Le président américain a promis d’imposer une taxe de 50 % sur environ 20 milliards de dollars de produits canadiens.

Le Premier ministre canadien Mark Carney a immédiatement annoncé des mesures de rétorsion, notamment sur l’acier, la pâte à papier et les produits laitiers. La guerre commerciale n’est donc pas près de s’éteindre.

  • La Fed face au retour des tensions inflationnistes

L’indice des prix des dépenses de consommation personnelle (PCE) a augmenté de 3,7 % sur un an. Sur un mois, il a progressé de 0,2 %, davantage que prévu (+0,1 %), après un recul de 0,1 % en juin.

Une mesure plus étroite de l’inflation, le core PCE, qui exclut les composantes les plus volatiles que sont l’énergie et l’alimentation, ressort à +3,3 % sur un an en juillet.

Ce regain des pressions inflationnistes a ravivé les tensions sur les taux américains. Le rendement du Treasury à 30 ans a ainsi bondi jusqu’à 5,18 %.

Pour changer, les yeux des investisseurs sont tournés vers la Réserve fédérale. En juillet, l’institution dirigée par Kevin Warsh a maintenu ses taux dans une fourchette de 3,5 % à 3,75 %, à l’issue d’un vote de 9 voix contre 3.

Les responsables de la Fed ont néanmoins laissé entrevoir la possibilité d’une nouvelle hausse des taux si les tensions inflationnistes venaient à persister.

Ces décisions seront scrutées de près car, dans le même temps, la dette américaine continue de gonfler. Elle a dépassé pour la première fois les 40 000 milliards de dollars, après une hausse de 3 000 milliards sur un an.

Le secrétaire au Trésor, Scott Bessent, s’est pourtant engagé à ramener le déficit budgétaire à 3 % du PIB d’ici à la fin du mandat, contre 6,3 % au début. Une ambition considérable. Et, à ce stade, le chemin à parcourir reste long.

  • Le discours de Jackson Hole met fin à la forward guidance

Tous les regards étaient tournés vers Jackson Hole. Mais, fidèle à sa réputation, Kevin Warsh, le nouveau président de la Fed, n’a donné aucune indication claire sur la trajectoire des taux. Il s’est toutefois risqué à reconnaître que l’inflation restait « préoccupante » et s’est refusé à qualifier la politique monétaire actuelle de « restrictive ». Autrement dit, de nouvelles hausses de taux restent possibles, mais aucun calendrier précis n’a été dévoilé.

Sa formule de clôture, elle, vaut le détour : « Je suis engagé envers une discipline, pas envers une décision. » Traduction : ne comptez plus sur la forward guidance pour anticiper les prochaines décisions des banques centrales.

Eric Vanraes, CIO d'Eric Sturdza Asset Management, ne mache pas ses mots sur les premiers pas de Kevin Warsh« Les marchés s’attendaient à une clarification voire à un mea culpa de la part de Kevin Warsh après sa décevante entrée en fonction. En guise de clarification, nous avons eu droit à une confirmation : Warsh enfonce le clou et fait un bras d’honneur en direction du marché obligataire. Visiblement, la pente de la courbe et le niveau des taux longs, ce n’est pas son problème. Aux oubliettes le troisième mandat de la Fed! Nous aurons droit à une version «a minima», avec moins de meetings, l’abandon du forward guidance ainsi que des communications des membres du FOMC. »

Economie européenne : l’éclaircie se confirme, mais la reprise reste fragile

Le Fonds monétaire international a publié ses nouvelles estimations de croissance pour l'économie de la zone euro en 2026. L’institution anticipe désormais une progression du PIB de seulement 0,9 %, soit 0,2 point de moins que dans ses précédentes prévisions.

Et la France dans tout cela ? Elle fait nettement moins bien. La croissance ne devrait atteindre que 0,6 % cette année, soit 0,3 point de moins que prévu en avril.

Pourtant, depuis quelques semaines, l’économie européenne envoie des signaux plus encourageants.

  • Un nouvel élan pour l'économie européenne ?

- L’économie européenne rebondit

Le produit intérieur brut (PIB) a grimpé de 0,4 % au deuxième trimestre, après avoir stagné au cours des trois premiers mois de l’année. Un rebond qui a pris les analystes de court, eux qui n’anticipaient qu’une hausse de 0,2 % pour l'économie européenne.

Dans le même temps, l’emploi a progressé de 0,5 % sur un an.

Ces chiffres trouvent leur prolongement dans plusieurs indicateurs avancés. L’indice ZEW, qui mesure le sentiment des investisseurs à l’égard des perspectives économiques de la zone euro, est ressorti à 23,4 en juillet, très au-dessus du consensus de 11,2 et après 9,5 en juin. Il atteint ainsi son plus haut niveau depuis février 2026.

En août, l'indicateur de sentiment économique (ESI) a augmenté dans la zone euro de 1,3 point, à 98,4.

Même tonalité du côté du PMI Flash composite de S&P Global : l’indice de l’activité globale s’est établi à 51,9 en juillet, contre 50,0 en juin.

Le PMI manufacturier de la zone euro accélère lui aussi, atteignant 52,8 en août, son plus haut niveau depuis plus de quatre ans.

- L’Allemagne accélère, la France à la traîne

Parmi les économies qui profitent de cette embellie figure l’Allemagne. Le pays a enregistré 0,3 % de croissance au deuxième trimestre, tandis que ses perspectives pour 2026 ont été nettement relevées, de 0,7 % à 1,2 %.

Son PMI manufacturier flash a bondi à 54,1, contre un consensus de 52,0. Soit 2,1 points de plus que prévu. Le chiffre traduit à la fois le rattrapage de l’activité après le conflit iranien et l’effet des budgets de défense, qui alimentent désormais les carnets de commandes.

L’indice du climat des affaires a lui aussi rebondi, gagnant 2,1 points à 88,8, son plus haut niveau depuis un an.

La France, elle, peine davantage à suivre le mouvement. Elle affiche même l’une des révisions les plus sévères de la zone euro : sa prévision de croissance pour 2026 tombe à 0,6 %, soit 0,3 point de moins qu’en avril, avant de plafonner à 0,9 % en 2027.

Ce rebond européen peut-il être durable ? Chris Williamson, Chief Business Economist chez S&P Global Market Intelligence, préfère jouer la carte de la prudence : « Le mois de juillet a été marqué par un rebond de l’activité économique dans la zone euro. Compte tenu du contexte géopolitique particulièrement volatile, la pérennité de cette reprise demeure toutefois incertaine. »

  • La BCE en passe de relever ses taux ?

Dans la zone euro, l’inflation annuelle a légèrement progressé en juillet, à 2,9 %, contre 2,8 % en juin, conformément aux anticipations du marché.

Les coûts de l’énergie et des services ont été les principaux contributeurs à cette remontée. De son côté, l’inflation sous-jacente, qui exclut les composantes les plus volatiles, notamment l’alimentation et l’énergie, est passée de 2,4 % à 2,5 %.

Malgré les conséquences du conflit entre l’Iran et les États-Unis sur les prix de l’énergie, le Conseil des gouverneurs a choisi, lors de sa réunion du 23 juillet, de laisser inchangés les trois taux directeurs de la BCE.

Les taux de la facilité de dépôt, des opérations principales de refinancement et de la facilité de prêt marginal demeurent ainsi respectivement à 2,25 %, 2,40 % et 2,65 %.

Mais la BCE prend soin de ne fermer aucune porte. Dans sa communication, le Conseil des gouverneurs indique se tenir prêt à ajuster l’ensemble de ses instruments afin de ramener durablement l’inflation vers son objectif de 2 % à moyen terme.

Le message est clair : la banque centrale pense à concrétiser un nouveau resserrement monétaire.

Le marché obligataire commence d’ailleurs à intégrer cette possibilité. Le swap de taux d’intérêt à court terme en euro à cinq ans (Ester OIS), considéré comme un indicateur du taux neutre de la zone euro, a atteint environ 2,85 %, son plus haut niveau depuis novembre 2023.

Le taux neutre correspond au niveau auquel la politique monétaire est censée se stabiliser à moyen terme. Autrement dit, le marché anticipe clairement une hausse des taux de la part de la BCE.


Investissement : Les marchés financiers & placements : les États-Unis négocient des accords commerciaux avec ses principaux partenaires commerciaux

Les convictions d’investissement de Scala Patrimoine - Septembre 2026

Les principaux enseignements

  • Investissement boursier : les marchés actions restent solides, portés par des résultats d’entreprises robustes. Mais la concentration autour de l’IA appelle désormais davantage de vigilance.
  • Sur les marchés obligataires, l’incertitude domine : la persistance des besoins de financement et le niveau des taux plaident pour un positionnement prudent et une duration courte.
  • Face à ces fragilités, la diversification retrouve tout son sens, avec un intérêt renouvelé pour l’or, les actifs tangibles et certains secteurs encore à l’écart de l’euphorie autour de l’IA.

Les marchés actions : la solidité des entreprises face au vertige de l’investissement sur l'IA

  • Les entreprises affichent leur solidité

Le principal fait marquant du mois tient à l’achèvement de la publication des résultats du deuxième trimestre. Ils se révèlent globalement positifs, voire exceptionnels dans certains cas. Les doutes qui pesaient sur le secteur technologique américain et avaient contribué à faire baisser les valorisations se sont largement dissipés après la publication des résultats de Nvidia. Ceux-ci ont dépassé les attentes et entraîné dans leur sillage l’ensemble du secteur. Plus largement, les bénéfices des entreprises du S&P 500 devraient progresser de 34,5 % au deuxième trimestre par rapport à l’année précédente.

Une ligne de fracture demeure toutefois entre la technologie américaine, aux valorisations élevées, et les marchés émergents, où celles-ci restent très basses. L’effet Chine explique une partie de cet écart, mais pas sa totalité. « La question d’une prime de risque géopolitique, liée notamment aux tensions autour de Taïwan et à la rivalité sino-américaine, reste ouverte », alerte ainsi Francesco Baiano, chargé d’investissement au sein du multi family office Scala Patrimoine.

Le consensus reste globalement positif sur l'investissement sur les marchés actions. Il s’appuie sur des conditions microéconomiques toujours favorables et sur des données macroéconomiques qui, pour l’heure, ne se dégradent pas : enquêtes prospectives ISM solides aux États-Unis, indice PCE sans véritable signal de faiblesse en Europe. Le bruit géopolitique et politique - y compris son impact ponctuel sur le CAC 40 le 27 août, dans le sillage de la situation politique française - n’est pour l’instant guère relayé par les investisseurs. Leur regard reste fixé sur les dynamiques microéconomiques, qui demeurent bonnes. La prudence gagne néanmoins du terrain au fil des mois.

  • Une concentration autour des valeurs de l’IA

« Le principal point de vigilance demeure l’ampleur, difficile à mesurer, de l’exposition indirecte du marché à la thématique de l’IA. Une large partie de la cote non technologique performe également bien, sans qu’il soit possible de trancher entre la vigueur réelle de la consommation sous-jacente et un simple effet d’entraînement de l’IA », avertit Romane Azzopardi, responsable des investissements chez Scala Patrimoine. Lorsqu’on interroge aujourd’hui un gérant sur son exposition à cette thématique, il est souvent incapable d’y répondre précisément. L’IA irrigue désormais l’ensemble des secteurs, y compris certains actifs réputés diversifiants, comme les métaux, l’industrie ou les actifs tangibles.

- Un risque autour du financement data centers ?

Un premier signal d’alerte apparaît du côté des data centers. Les assureurs peinent à couvrir l’intégralité de ces infrastructures, dont les garanties reposent essentiellement sur les hyperscalers, aujourd’hui proches de l’équilibre en matière de free cash-flow. Les prochains trimestres pourraient même les faire basculer en territoire négatif. « Tant qu’aucun événement de rupture ne survient, le marché devrait poursuivre sa dynamique. Mais la moindre inquiétude sur ce segment pourrait provoquer de fortes vagues sur l’ensemble de la cote, compte tenu de son degré d’interconnexion », estime Romane Azzopardi.

La soutenabilité du financement constitue le second volet de cette vigilance. L’annonce récente d’un projet de levée de près de 500 milliards de dollars, financé conjointement par BlackRock, Blackstone, Brookfield, Apollo, KKR et Goldman Sachs, pose une question simple mais lourde de conséquences : le marché est-il en mesure de fournir durablement le capital nécessaire aux ambitions d'investissement de ces acteurs ?

- Des inquiétudes principalement macroéconomiques ?

Enfin, l’interconnexion entre les tendances microéconomiques et macroéconomiques apparaît aujourd’hui bien plus forte qu’il y a 18 à 24 mois. Pour Francesco Baiano, « une correction des marchés pèserait désormais davantage sur la macroéconomie. La consommation américaine repose pour partie sur l’effet richesse, tandis que le PIB est soutenu par les capex technologiques ». Une déception sur ces deux moteurs pourrait enclencher un effet de boule de neige, faisant passer la baisse des marchés à l’activité économique réelle.

  • Qu’attendre des marchés émergents ?

La Chine continue de bien performer sur son marché domestique, moins à Hong Kong. L’Inde, de son côté, n’amorce pas encore de véritable reprise. Plus généralement, le segment technologique émergent affiche de bonnes performances. Tandis que l’Amérique latine évolue sur des niveaux déjà très élevés. En parallèle, l’Europe a retrouvé une dynamique proche de celle observée en début d’année. Le marché américain démontre, une nouvelle fois, sa capacité à évoluer de manière relativement autonome, porté par ses investisseurs domestiques.

  • Investissement boursier : les pistes de diversification 

La priorité des investisseurs doit rester la mise en place d’une véritable diversification. Pas une diversification de façade, mais une recherche de décorrélation réelle. « Cela suppose d’accepter, sur une partie de l’allocation, de sous-performer temporairement le marché - avec une moindre concentration et des secteurs moins porteurs - en échange d’une capacité à prendre le relais en cas de rotation puissante », tient toutefois à préciser le chargé d'investissement de Scala Patrimoine.

Les pistes de diversification restent néanmoins difficiles à identifier sans conserver un lien, plus ou moins direct, avec l’IA.

  • Valeurs bancaires : à distinguer des financières au sens large, elles conservent une décorrélation assez forte, sous réserve du risque souverain, notamment français. Les sociétés de gestion, en revanche, sont fortement impliquées dans le financement de l’IA.
  • Santé : elle constitue une véritable porte de sortie par rapport au reste du marché. Le secteur pharmaceutique, longtemps menacé par le « mur des brevets », a repoussé cette échéance grâce à de nombreuses acquisitions, retrouvant ainsi davantage de visibilité. La santé américaine a, par ailleurs, nettement rebondi.
  • Construction : secteur longtemps délaissé, la construction montre de légers signes de reprise, vraisemblablement soutenus par la logistique et les data centers. Le niveau actuel des taux continue toutefois de peser sur l’immobilier.
  • Segments jugés peu porteurs : la consommation, les utilities - dont les valeurs les plus performantes restent souvent liées à l’IA - et les télécoms méritent également d’être surveillés.

La rotation amorcée en juin n’est pas achevée. Elle continue de profiter à certains segments qui offrent une diversification par rapport à l’IA. « Le retour d’une tendance baissière du dollar profite pour l’instant surtout aux métaux précieux et aux actifs tangibles, sans encore affecter les actifs américains », abonde Francesco Baiano. Un affaiblissement marqué du dollar pourrait toutefois finir par réorienter les flux d'investissement étrangers hors des États-Unis.

  • Les principaux risques qui pèsent sur l'investissement sur les marchés financiers

Deux risques se cumulent. D’un côté, la forte concentration de la performance et l’interconnexion croissante entre microéconomie et macroéconomie. De l’autre, le niveau des taux. Le franchissement de certains seuils pourrait d’abord affecter les secteurs les plus endettés, notamment l’IA, avant de se propager au reste du marché, comme on a pu l’observer en avril 2025. Le pétrole, resté globalement plafonné autour de 90 dollars le baril pour le Brent, ne constitue pas, à ce stade, un facteur de risque immédiat.

Les marchés obligataires : une trajectoire difficile à lire

  • Un stress sur les taux longs ?

La trajectoire des taux reste difficile à lire, en Europe comme aux États-Unis. Un facteur structurel domine : le besoin de financement ne se tarit pas. Il n’est d’ailleurs plus seulement étatique. Les entreprises y contribuent désormais largement, notamment à travers les investissements liés à l’IA. « Les financements engagés étant de long terme, il est difficile d’envisager une inversion de tendance à moyen terme », met en perspective Romane Azzopardi.

Aux États-Unis, le marché obligataire reste étroitement lié au marché des changes. Le stress se concentre sur les taux longs détenus par les investisseurs non domestiques. Lorsque la pression ne peut plus s’exprimer sur les taux, elle se reporte sur la devise. La tentative des autorités - attribuée en réunion au Trésor américain et à Scott Bessent - de contenir le niveau des taux longs s’apparente à une forme de dominance fiscale. Plutôt que de restaurer la crédibilité de l’administration américaine et de soutenir le dollar, cette politique nourrit une crise de confiance. Avec une conséquence inhabituelle : la hausse des taux ne soutient plus la devise.

  • Les avantages du portage obligataire pour l'investissement obligataire

Sur les six premiers mois de l’année, la performance d’un portefeuille obligataire reste décevante. Elle n’a, en réalité, été portée que par le portage, lui-même partiellement érodé par l’impact négatif des valorisations. « Ce portage constitue un véritable matelas de sécurité, d’autant plus précieux qu’aucun resserrement supplémentaire des spreads n’est attendu », explique Francesco Baiano.

Les spreads sont déjà très resserrés sur l’ensemble des segments - seniors, hybrides, corporate et financières - jusqu’au high yield. Les rendements des titres BB se rapprochent désormais de ceux des titres investment grade BBB.

L’attention se porte donc davantage sur le niveau absolu des taux que sur les spreads. Pour l’heure, la hausse des taux ne s’accompagne pas d’un élargissement des spreads. Mais cette mécanique ne pourra pas se poursuivre indéfiniment. « Le risque reste orienté négativement, avec une possibilité d’écartement des spreads si la situation venait à se compliquer, notamment dans les zones exposées à des risques idiosyncratiques », analyse Romane Azzopardi.

Une évolution structurelle se dessine par ailleurs sur les indices investment grade. Aux États-Unis, l’exposition aux hyperscalers devient significative et devrait continuer à progresser. Cette tendance gagne également l’Europe, même si les émetteurs bancaires y conservent encore leur place de premiers émetteurs.

  • Positionnement : une certaine prudence sur les marchés obligataires

La conviction sur les obligations est moins forte que sur les actions, faute de visibilité suffisante sur les taux. Une fin de conflit pourrait toutefois apporter de bonnes nouvelles sur le front de l’inflation et alléger la pression. Les facteurs structurels, eux, demeurent : besoins de financement, crédibilité de l’administration américaine et de l’institution monétaire.

Nous privilégions une faible duration afin de réduire la sensibilité aux taux. Certains seuils psychologiques sont particulièrement surveillés sur les taux à dix ans américain et allemand. Leur franchissement aurait des conséquences qui dépasseraient largement le seul marché obligataire, avec un risque de transmission aux actions.

Les métaux précieux

  • Or et argent

L’or a connu une reprise marquée et se situe désormais sur les niveaux du début de l’année. L’once s’échange autour de 4 600 dollars, effaçant la baisse enregistrée précédemment.

Son statut de valeur refuge est en train de changer de nature. Il joue moins le rôle de protection géopolitique - auquel il est devenu presque insensible - que celui de refuge face au risque de perte de crédibilité. Les inquiétudes liées à l’endettement et au déficit américains, déjà très présentes en 2025, continuent d’alimenter sa progression, en partie sous l’effet indirect de la baisse du dollar.

Tant que ces inquiétudes persisteront et que le dollar restera orienté à la baisse, l’or devrait rester soutenu, quel que soit son niveau. Romane Azzopardi estime ainsi que « pour un investisseur déjà exposé par le passé, la poursuite d’une construction progressive de positions conserve du sens en l’absence de retournement du dollar ».

L’argent, dont la composante spéculative est plus marquée, déçoit légèrement et reste juste en dessous de son niveau de début d’année.

  • Métaux industriels

Les métaux industriels se maintiennent à des niveaux élevés après la progression spectaculaire du cuivre et de l’aluminium au premier semestre. Il est toutefois encore trop tôt pour parler d’un véritable marché haussier.

Dans le contexte actuel, une nouvelle accélération supposerait soit une crise, soit un retournement du scénario macroéconomique, soit une inflexion liée à l’IA, notamment pour les métaux les plus utilisés dans la conception des semi-conducteurs.

  • Matières premières agricoles

Un autre point d’attention concerne la volatilité des matières premières agricoles, largement occultée par les gérants. Les prix ont déjà nettement progressé et pourraient poursuivre leur hausse sous l’effet d’aléas climatiques de plus en plus imprévisibles, notamment liés à El Niño, avec une attention particulière portée à la zone Asie-Pacifique.

Au-delà du risque inflationniste, un risque social ne peut être exclu dans certains pays, dans un contexte où plusieurs échéances électorales pourraient rendre la question particulièrement sensible.

L'investissement sur les produits structurés

La volatilité des marchés actions a nettement reflué après quelques brèves poussées au cours des mois précédents. Combinée à la hausse des taux, cette détente rend l'investissement sur les produits à capital garanti plus attractifs. Des taux plus élevés réduisent le coût de la composante obligataire qui assure la garantie du capital, tandis qu’une volatilité plus faible diminue le coût des options. Une part plus importante du budget peut ainsi être consacrée au financement de la participation à la hausse des marchés.

Nos équipes sont à votre disposition pour échanger sur vos projets d’investissement et évaluer, avec vous, leur intérêt, au regard de l’environnement économique et financier, de la structuration de votre patrimoine et de vos objectifs de vie.


Les Echos

Faut-il détenir son immobilier en SCI ? L’analyse de Scala Patrimoine dans Les Echos

La SCI est une forme sociétaire très prisée des investisseurs immobiliers. Elle facilite la transmission progressive d’un patrimoine et permet de s’affranchir de certaines rigidités de l’indivision. Mais, comme pour chaque outil patrimonial, elle ne prend tout son sens que lorsqu’elle répond à des objectifs précis et s’inscrit dans une stratégie d’ensemble.

C’est l’un des enseignements d'un article publié par Les Echos. Sous la plume de la journaliste Laurence Boccara, le journal se consacre aux situations dans lesquelles il peut être judicieux ou - au contraire - déconseillé de détenir certains actifs immobiliers en SCI.

Un outil patrimonial puissant, mais pas une solution universelle

Pour Guillaume Lucchini, président-fondateur du multi family office indépendant Scala Patrimoine, l’intérêt de la SCI se révèle notamment dans les stratégies de transmission. Lorsqu’un bien immobilier a été acquis à crédit, le capital restant dû vient en effet diminuer la valeur nette de l’actif transmis. « Si le bien en question a été financé à l'aide d'un crédit immobilier, les droits de donation sont ici maîtrisés. Car la valeur vénale transmise est faible, voire nulle », explique-t-il.

Cette particularité tient au mode d’évaluation des parts. « La valeur des parts s'appréciant sur la base de l'actif net de la société, soit l'actif minoré du passif. »

La SCI permet alors d’avancer progressivement. Il est possible de donner des parts à ses enfants tout en conservant, lorsque les statuts le prévoient, la maîtrise de la société. Une souplesse précieuse pour organiser une transmission dans le temps, sans nécessairement renoncer à la gestion ou à l’usage du patrimoine. Le dispositif peut ainsi se révéler particulièrement adapté à ceux qui souhaitent conserver un bien familial sur plusieurs générations.

SCI et résidence principale ne font pas toujours bon ménage

Mais l’outil a ses limites. Elles apparaissent notamment lorsqu’il s’agit d’immobilier de jouissance.

La résidence principale, en particulier, appelle à la prudence. Au-delà des questions de gouvernance et de liberté de décision, sa détention au travers d’une SCI peut avoir des conséquences fiscales, notamment pour les contribuables assujettis à l’IFI. « Un contribuable éligible à l'impôt sur la fortune immobilière ne bénéficie pas de l'abattement sur la résidence principale de 30 % au titre de l'IFI », rappelle Guillaume Lucchini.

Même vigilance pour la résidence secondaire, notamment lorsqu’elle est ponctuellement proposée à la location meublée. La frontière entre détention patrimoniale et activité commerciale peut alors devenir plus délicate à appréhender.

La SCI n’est donc ni un réflexe, ni un passage obligé. C’est un instrument d’architecture patrimoniale, dont l’intérêt dépend autant de la nature du bien que des objectifs poursuivis. Transmission, conservation, gouvernance, fiscalité : c’est dans l’articulation de ces différents paramètres que se mesure sa véritable pertinence. C’est précisément cette approche sur mesure que vient rappeler l’analyse publiée par Les Echos.


L'Opinion

Produits structurés : Stellantis, le revers d’un rendement trop séduisant

Comme le rappelait récemment la journaliste de L’Opinion Carole Papazian dans un article consacré aux produits structurés, ces placements représentent aujourd’hui entre 5 et 20 % du portefeuille de nombreux clients patrimoniaux.

Sur le papier, les performances affichées ont de quoi séduire, particulièrement lorsque les marchés offrent un terrain favorable. Mais en matière d’investissement, aucun rendement n’arrive sans contrepartie. Un taux élevé signifie aussi, bien souvent, un risque élevé.

Pourquoi les produits structurés Stellantis à décrément ont-ils perdu autant de valeur ?

L’épisode Stellantis en fournit une illustration particulièrement brutale. Derrière le succès commercial des produits structurés se dessine l’une des déconvenues patrimoniales les plus sévères de ces derniers mois : l’effondrement de milliers de produits adossés au constructeur automobile. Avec, en filigrane, une question que l’on aurait tort de réduire à ce seul cas : celle de la diversification lorsqu’un produit repose sur un sous-jacent unique.

Plus de 2 300 produits structurés seraient encore liés à Stellantis en France, selon Structured Retail Products. Longtemps, le titre avait tout du sous-jacent idéal : une forte capitalisation, une liquidité confortable, une volatilité suffisamment généreuse pour permettre de construire des produits attractifs et, surtout, un dividende particulièrement élevé, supérieur à 7,5 %.

Puis le décor s’est brusquement fissuré.

De 1,55 euro en 2024, le dividende est tombé à 0,68 euro, avant d’être purement et simplement suspendu en février dernier. Problème : dans la mécanique du décrément, un dividende théorique continue, lui, de s’appliquer jusqu’à l’échéance du produit, parfois à hauteur de 1,34 à 1,55 euro. Un décalage qui, mois après mois, érode la valeur de l’indice synthétique, indépendamment de ce que l’entreprise verse réellement à ses actionnaires.

Derrière le produit, la question de l’indépendance du conseil

Chez Scala Patrimoine, le constat est sans détour. « Certaines valorisations se sont effondrées à des niveaux parfois inférieurs à 10 % du nominal. Il est encore possible, en théorie, pour certains investisseurs de récupérer leur mise. Mais il ne faut pas se faire trop d’illusions. Sur un produit Stellantis à décrément, récupérer son capital suppose désormais un rebond très important du sous-jacent », explique le multi-family office dans des propos rapportés par L’Agefi.

Reste une leçon, peut-être la plus importante. Le cas Stellantis ne raconte pas seulement l’histoire d’un sous-jacent qui s’est retourné. Il met aussi en lumière les fragilités d’une architecture de distribution dans laquelle les niveaux de rétrocommissions peuvent parfois dépasser 10 %. De quoi poser, une nouvelle fois, une question que l’on ne peut éluder : jusqu’où peut aller l’indépendance d’un conseil lorsque celui qui le dispense est rémunéré par le produit qu’il recommande ?


Guillaume Lucchini dans le podcast Next Gen Patrimoine

Guillaume Lucchini : « Le conseiller en gestion de patrimoine doit être payé pour ce qu’il est : faire du conseil »

Les principaux enseignements

  • Dans le podcast Next Gen Patrimoine, Guillaume Lucchini défend un modèle de conseil en gestion de patrimoine 100% indépendant et rémunéré uniquement par honoraires, qu’il considère plus transparent et mieux aligné avec l’intérêt du client que les modèles fondés sur les rétrocommissions.
  • L’associé fondateur de Scala Patrimoine estime que beaucoup de cabinets qui se disent indépendants restent en réalité dépendants économiquement des commissions, et que la vraie transparence devrait obliger chaque conseiller à justifier clairement sa rémunération auprès du client.
  • Le family officer reconnait que le modèle d’indépendant exige davantage d’efforts et d’investissement humain.

Dans son podcast « Next Gen Patrimoine », Florian Freyssenet est parti à la rencontre de Guillaume Lucchini, associé fondateur du multi family office indépendant Scala Patrimoine. Durant près d’une heure, ils ont notamment évoqué la voie empruntée par le cabinet : celle de l’indépendance et de la transparence. Une voie d’autant plus singulière que les acteurs qui travaillent exclusivement aux honoraires restent encore peu nombreux en France.

Au cours de cet échange, Guillaume Lucchini revient sur la création de Scala Patrimoine, le choix d’un modèle fondé sur les honoraires et sa vision de l’évolution du marché du conseil patrimonial.

Florian Freyssenet. Guillaume, tu es devenu une figure du conseil patrimonial indépendant en France. Tu as été diplômé d’un master en fiscalité et droit de la propriété intellectuelle et tu as fondé Scala Patrimoine en 2014. La même année, tu remportes le Trophée de la gestion de fortune. Scala est aujourd’hui un multi family office indépendant, avec des bureaux à Paris, Marseille et Genève. Dès le départ, le pari était assez clair : créer un cabinet de conseil indépendant au sens de la réglementation européenne. Comment se lance-t-on avec un modèle qui se veut indépendant ?

Guillaume Lucchini. J’ai effectivement fait mes armes dans le monde du droit, avec une formation juridique axée sur la fiscalité et la propriété littéraire et artistique. Je travaillais en cabinet d’avocats et de conseil auprès d’une clientèle composée notamment de collectionneurs et d’artistes, sur des problématiques d’accompagnement juridique et fiscal au sens large.

Puis, en 2012, je rejoins le groupe Primonial. Je découvre alors, presque par hasard, ce que l’on appelle aujourd’hui en France le conseil en gestion de patrimoine. Et je découvre surtout un marché essentiellement fondé sur l’intermédiation financière, dans lequel le conseil à proprement parler est relégué assez loin derrière une logique de distribution et de commercialisation de produits financiers.

Pour expliquer ce marché et l’enjeu d’opter pour un conseil totalement indépendant, rémunéré à 100 % en honoraires, je fais souvent une analogie avec le parcours de la start-up Yuka, dont l’objectif est de donner un Nutri-Score aux aliments. Je me souviens qu’à l’époque, lorsque l’entreprise est allée voir les industriels, elle a essuyé de nombreux refus. C’est lorsque ces derniers ont compris que les consommateurs commençaient à utiliser massivement l’application qu’ils ont réagi. C’est un peu la même chose dans la gestion patrimoniale. Ce sont aussi les investisseurs qui décident du conseil qu’ils veulent avoir. Et ils manifestent aujourd’hui un intérêt croissant pour un modèle reposant sur le conseil, sans conflits d’intérêts.

« L’indépendance capitalistique ne garantit absolument pas l’indépendance financière »

Florian Freyssenet. L’indépendance capitalistique et l’indépendance financière sont-elles liées ?

Guillaume Lucchini. Au fil des années, je me suis rendu compte que l’indépendance capitalistique ne garantissait absolument pas l’indépendance financière. Un cabinet peut être parfaitement indépendant sur le plan capitalistique. Mais si, pour un même travail, une société de gestion ou un produit financier vous rapporte davantage en commissions, vous pouvez entrer dans une forme de dépendance.

C’est d’ailleurs le discours que tiennent aujourd’hui de nombreux CGP : « On touche des rétrocessions, mais on est transparents. » Or la transparence ne signifie pas nécessairement l’indépendance. Beaucoup de cabinets ont longtemps estimé que les Français n’étaient pas prêts à recourir aux honoraires, qu’ils ne voulaient pas payer pour du conseil. C’est faux. Et cela fait maintenant plus de douze ans que nous le démontrons. Au-delà de l’indépendance du conseil, je ne me voyais pas lancer Scala Patrimoine dans un marché où ma rémunération dépendrait d’un acteur tiers - assureur ou société de gestion - et donc d’autre chose que de mon métier à proprement parler.

J’ai donc créé Scala Patrimoine sur le modèle d’un cabinet de conseil, avec cette volonté d’accompagner véritablement le client à 360 degrés. C’est dans ce but que nous réinvestissons l’essentiel de notre chiffre d’affaires dans notre outil de travail, et notamment près de 80 % dans l’humain, au sens noble du terme, en allant chercher des compétences supplémentaires.

Nous investissons également beaucoup dans la data, avec notamment le recrutement d’un professionnel titulaire d’un doctorat en physique quantique.

Florian Freyssenet. Tu portes le combat en faveur d’un marché de la gestion de patrimoine reposant sur les honoraires de conseil. Tu fais partie de ces 5 % de cabinets en France qui se rémunèrent de cette manière. Est-ce que tu penses que les cabinets qui se rémunèrent à la commission peuvent être indépendants ?

Guillaume Lucchini. Absolument pas. Mais soyons très clairs sur le sujet : 100 % des cabinets français peuvent devenir indépendants. Il faut simplement que ces acteurs acceptent de rendre transparente auprès du client la rétrocommission qu’ils perçoivent. La question qui se posera alors est simple : suis-je capable de défendre cette rétrocommission et, indirectement, de démontrer la valeur ajoutée que j’apporte à mes clients ?

En 2018, lorsque l’Autorité des marchés financiers a intégré la directive MIF 2 et demandé aux cabinets de se positionner, les 95 % de cabinets qui ont choisi le statut de non-indépendant l’ont fait, selon moi, avant tout pour protéger leurs intérêts.

Quand vous êtes habitué à percevoir des rétrocommissions, êtes-vous réellement prêt à abandonner une part significative de vos revenus, si votre client considère qu’elles ne sont pas justifiées ?

Lorsqu’un client choisit de se faire accompagner par un conseil en gestion de patrimoine, il vient chercher une valeur ajoutée. Aujourd’hui, celle-ci est, le plus souvent, rémunérée par ce que l’on appelle une rétrocommission dans le modèle des cabinets non indépendants.

On nous dit cependant que cette rétrocommission est transparente. Je n’y crois pas du tout. Et, d’ailleurs, les clients qui arrivent chez nous sont souvent passés par ces grandes structures. Ils nous le disent : ils ont fini par comprendre la mécanique et nous sollicitent précisément parce qu’on leur lève le voile sur le fonctionnement réel du marché.

Je pose alors une question : un marché qui se rémunère essentiellement par des rétrocommissions doit-il encore s’appeler « conseil en gestion de patrimoine » ?

Dans les faits, ce sont des courtiers. On met en place un produit, un contrat, sur lequel on va percevoir une commission. Très bien. Mais peut-on appeler cela du conseil ? Non. Il n’y a pas nécessairement de conseil derrière.

« Un multi family office indépendant doit démontrer en permanence sa valeur ajoutée »

Florian Freyssenet. Qu’en est-il des modèles hybrides, avec d’un côté des honoraires pour le conseil et, de l’autre, des rétrocommissions pour la partie courtage ?

Guillaume Lucchini. Ce mélange des genres ne se fait pas, à mon sens, dans l’intérêt du client.

D’ailleurs, on le voit aujourd’hui dans les dernières publications de l’AMF. Les mêmes sujets reviennent régulièrement : le private equity, les produits structurés… Pourquoi ces produits reviennent-ils constamment sur le devant de la scène ? Parce qu’il y a une consolidation du marché et qu’il faut rendre la mariée toujours plus belle et vendre les produits les plus rémunérateurs pour le cabinet.

Pour la petite anecdote, j’ai encore récemment pu accéder à certains dossiers de cabinets qui étaient à vendre. Quand vous découvrez que 50 % de la rémunération d’un cabinet provient des produits structurés, cela pose question. C’est un placement très rémunérateur pour celui qui le distribue et pas forcément très transparent pour le client.

Alors pourquoi cette transparence n’existe-t-elle toujours pas sur les rétrocommissions ?

C’est bien qu’il existe un lobby, ou des intérêts qui ne sont pas forcément ceux du client, au cœur du sujet.

Florian Freyssenet. Quels conseils donnerais-tu à un professionnel qui souhaiterait créer son cabinet de conseil sur un modèle 100 % honoraires, totalement indépendant ?

Guillaume Lucchini. J’aimerais lui dire qu’il s’engage dans un marathon.

Avec un modèle indépendant, il gagnera probablement, au départ, dix fois moins qu’un CGP qui se lance sur un modèle de courtage en vendant des produits structurés. Il faut toutefois dépasser cette réalité et adopter une vision de long terme, en alignant ses intérêts avec ceux de ses clients.

Pour la petite anecdote, j’ai récemment échangé avec un prospect qui avait lu tout ce que nous avions pu dire ou faire au cours des douze dernières années. À la fin de nos échanges, il m’a dit : « C’est vous que je choisis, parce que votre posture n’a pas changé depuis douze ans. »

On peut difficilement faire plus belle reconnaissance.

Nous nous rendons compte qu’en choisissant la voie de l’indépendance, on va faire davantage d’efforts. Nous supportons également plus de charges que les autres. Mais c’est aussi cela, la vie d’un entrepreneur. Il faut démontrer en permanence sa valeur ajoutée.

À l’inverse, dans un cabinet de gestion de patrimoine rémunéré par les rétrocommissions, le métier peut, d’une certaine manière, finir par ressembler à celui d’un rentier.

« Les professions réglementées n’ont pas envie de se retrouver en porte-à-faux avec des CGP rémunérés par des rétrocommissions »

Florian Freyssenet. Quels sont les profils de clients qui sont prêts à payer des honoraires de conseil ?

Guillaume Lucchini. Les entrepreneurs, naturellement. Pourquoi ? Parce qu’ils sont déjà habitués à être bien accompagnés. Ils travaillent avec un avocat ou un expert-comptable qu’ils rémunèrent aux honoraires. Ils sont donc naturellement prêts à se faire épauler de la même manière sur leurs problématiques patrimoniales.

Nous avons également une grande partie de notre clientèle qui est arrivée chez nous par l’intermédiaire de professions réglementées : notaires, avocats… Ces professionnels ont bien compris que, pour travailler en interprofessionnalité avec les métiers du conseil en gestion de patrimoine, il fallait que les intérêts soient alignés.

Ces professions réglementées n’ont pas envie de se retrouver en porte-à-faux avec des CGP rémunérés par des rétrocommissions, lorsque les placements conseillés pourraient l’être pour des raisons essentiellement financières.

Et puis il y a la nouvelle génération qui connaît très bien les rouages du marché de la gestion de patrimoine. Elle a pris ces sujets à bras-le-corps et opte plus volontiers pour un conseil indépendant. Et n’hésite pas non plus à utiliser l’IA pour renforcer ses convictions et identifier un conseil indépendant.

Florian Freyssenet. Les banques sont-elles vos concurrentes ?

Guillaume Lucchini. Absolument pas.

Nous ne sommes pas là pour marcher sur les plates-bandes des banques. En tant que multi family office indépendant, les banques font partie de l’écosystème de nos clients. Ceux-ci auront toujours besoin d’un interlocuteur bancaire.

En revanche, mon rôle consiste à monitorer les relations et à trouver les meilleurs partenaires possibles pour telle ou telle problématique. D’ailleurs, notre modèle économique fait qu’aujourd’hui nous travaillons avec énormément de banques privées françaises, luxembourgeoises, suisses et monégasques.

« La moitié de la performance peut être prélevée par la chaîne de distribution »

Florian Freyssenet. Le facteur coût est-il un critère important dans la sélection des placements financiers pour un multi family office comme Scala Patrimoine ?

Guillaume Lucchini. Nous avons effectivement un rôle de « cost killer », pour éliminer un maximum de coûts. Notre idée est de négocier ceux qui sont incompressibles auprès des assureurs sur les contrats d’assurance-vie, ou encore les frais de gestion avec les asset managers. Nous intégrons également de la gestion indicielle dès lors que cela est pertinent.

Il existe d’ailleurs un rapport sur la protection des épargnants, publié en 2021 par les sénateurs Jean-François Husson et Albéric de Montgolfier, qui fut largement passé sous silence, mais qui demeure très intéressant. Selon ce rapport, près de 50 % des gains de l’épargne peuvent être captés par les frais de gestion et d’intermédiation sur une période de quarante ans.

Autrement dit, près de la moitié de la performance peut être prélevée par la chaîne de distribution. Le client, lui, prend 100 % du risque. Et une part considérable de la performance qui devrait rémunérer ce risque ne lui revient pas : elle va directement dans la poche d’un intermédiaire.

C’est cela, aujourd’hui, le vrai sujet.

Florian Freyssenet. Revenons sur l’importance de la donnée. Comment travailles-tu ce sujet ?

Guillaume Lucchini. La donnée, si vous voulez véritablement l’utiliser, il faut être capable de la contrôler. Et, pour cela, vous ne pouvez pas simplement passer par une entreprise extérieure. Elle ne connaît pas votre cabinet, vos clients, ni les stratégies mises en place.

Nous avons beaucoup travaillé sur ces sujets et avec quasiment toutes les contreparties. Aujourd’hui, nous récupérons directement nos flux SFTP sur un serveur, notamment en Suisse, avec également une sécurisation des données sur ces serveurs. Le choix de serveurs situés hors de l’Union européenne répond aussi à notre réflexion sur la protection des données et la cybersécurité.

« Scala Patrimoine a lancé, en 2018, le premier contrat d’assurance-vie clean share »

Florian Freyssenet. Quel regard portes-tu sur la consolidation du marché de la gestion de patrimoine ?

Guillaume Lucchini. Elle répond à deux phénomènes.

D’une part, il y a des gens qui souhaitent prendre des gains et monétiser le travail de développement de leur cabinet. Ce n’est pas déshonorant.

D’autre part, certains préfèrent se regrouper. Seul, un CGP peut avoir peur de s’épuiser sous le poids des charges administratives et réglementaires. À un moment, il faut s’entourer.

On remarque d’ailleurs que la génération qui souhaite faire le choix du conseil indépendant le fait souvent dans le cadre d’une reconversion.

Ce sont des professionnels qui ne se retrouvent plus dans le modèle économique actuel, mais qui veulent conserver cette dimension de conseil. Très souvent, ils ont une formation juridique, fiscale ou d’expertise comptable.

Le problème, c’est qu’à 35, 40 ou 45 ans, ils ont parfois des crédits, une famille, une vie déjà installée. C’est compliqué de se mettre à nu, entre guillemets, pendant plusieurs années pour créer une clientèle.

Ils sont donc nombreux à nous solliciter pour devenir partenaires de Scala Patrimoine, avec l’idée de pouvoir s’appuyer sur une équipe pluridisciplinaire capable de les accompagner sur des dossiers à forte valeur ajoutée.

Florian Freyssenet. C’est donc un marché qui aura du mal à bouger ?

Guillaume Lucchini. Quand nous avons voulu lancer, en 2018, le premier contrat d’assurance-vie « clean share », reposant sur des supports d’investissement dont les frais de distribution étaient supprimés pour mettre véritablement en avant le conseil indépendant, nous avons demandé aux assureurs de la place s’ils souhaitaient nous accompagner.

Un seul a accepté : Suravenir.

Les autres nous ont félicités. Ils nous ont dit qu’ils y croyaient, mais qu’ils ne voulaient pas scier la branche sur laquelle ils étaient assis et se priver du système, très rémunérateur, des rétrocommissions. Tout est dit.

« Quand un client pense avoir affaire à un conseil, il s’attend à ce qu’il n’y ait pas de conflit d’intérêts »

Florian Freyssenet. L’ambition de Scala Patrimoine est de devenir le premier groupe d’acteurs 100 % honoraires et indépendants ?

Guillaume Lucchini. Nous ne regardons pas les choses comme cela. Nous sommes tout simplement un cabinet de conseil au sens classique du terme. Je ne suis foncièrement pas opposé aux rétrocommissions en tant que telles, à partir du moment où elles sont 100 % transparentes. Mais il faut être très clair sur les termes. Quand un client pense avoir affaire à un conseil, il s’attend à ce qu’il n’y ait pas de conflit d’intérêts.

Quand je vais voir un médecin, je sais qu’il est là pour me conseiller. J’attends que, lorsqu’il pose un diagnostic, il n’ait pas, derrière, un intérêt particulier à me revendre un séjour dans telle ou telle clinique.

C’est finalement la même chose.

Sur ces sujets, il faut avoir en tête que le marché est extrêmement disparate. On ne fait pas le même métier selon que l’on accompagne quelqu’un qui est salarié et dispose d’un patrimoine de quelques centaines de milliers d’euros, ou un entrepreneur qui vient de vendre son entreprise et se retrouve à la tête d’un patrimoine considérable.

Ce sont des métiers différents. Il y aura donc nécessairement des cabinets de conseil différents, avec des typologies de clientèle différentes.

Mais cette notion de transparence est fondamentale. Elle est même au cœur de ce que devrait être le conseil.

Le podcast est à retrouver en intégralité sur la page Youtube de Next Gen Patrimoine.


Médecins libéraux : comment transmettre son patrimoine professionnel à ses enfants ?

Dans une tribune publiée par Mieux Vivre Votre Argent, Guillaume Lucchini, associé-fondateur de Scala Patrimoine, revient sur les stratégies patrimoniales qui peuvent permettre aux professions médicales réglementées de transmettre leur patrimoine professionnel, malgré les contraintes qui encadrent leurs structures d’exercice.

Des contraintes réglementaires fortes pour les médecins libéraux

On parle beaucoup de la fiscalité des entrepreneurs. Beaucoup moins de celle des professions médicales.

C’est précisément ce sujet que Guillaume Lucchini a choisi d’explorer dans une tribune publiée par Mieux Vivre Votre Argent.

La question est aussi simple que délicate. Comment un praticien peut-il faire fructifier puis transmettre le patrimoine professionnel accumulé au sein de sa SEL ou de sa SPFPL, sans se heurter aux contraintes réglementaires propres à son activité ?

Le paradoxe est réel. Les structures qui permettent aux médecins d’exercer et de développer leur activité sont, dans le même temps, soumises à des règles strictes en matière de détention du capital et d’investissement. Au fil des années, une trésorerie peut ainsi s’accumuler, sans que la question de sa transmission ne soit réellement anticipée.

Et lorsque les enfants ne sont pas eux-mêmes médecins, la difficulté devient très concrète. Comment transmettre ce patrimoine lorsque les règles de la profession limitent précisément les personnes susceptibles de le détenir ?

Un cadre contraint, mais pas totalement verrouillé

Guillaume Lucchini revient d’abord sur les limites du cadre actuel. Une ordonnance de 2023 prévoit que plus de la moitié du capital et des droits de vote d’une SEL reste entre les mains de professionnels en exercice. Une règle structurante, qui limite fortement les possibilités de transmission directe.

Mais le même texte prévoit que des décrets propres à chaque profession peuvent permettre à des tiers d’entrer au capital. Pour les médecins, ce plafond a été fixé à 25 % par le décret du 11 décembre 2025. Une possibilité qui n’a, à ce jour, pas été ouverte dans les mêmes conditions aux chirurgiens-dentistes et aux pharmaciens d’officine.

C’est dans cet espace que se situe l’essentiel de la réflexion développée par Guillaume Lucchini.

Apporter de la souplesse à la structuration patrimoniale

Plutôt que de transmettre l’outil professionnel lui-même, le médecin peut avoir intérêt à transmettre la valeur patrimoniale qu’il génère au fil du temps au sein d’une holding dédiée. La SPFPL ne permettant pas d’avoir des associés non exerçants au capital, sauf cas très particuliers, la transmission anticipée des titres de la holding aux enfants ou au conjoint n’apparaît pas possible. Selon la réglementation applicable à chaque type de profession libérale, la pratique a toutefois développé certains schémas permettant d’envisager une telle transmission.

L’interposition d’une holding de droit commun, qui n’est pas soumise aux mêmes restrictions qu’une SPFPL, peut notamment permettre d’accueillir des associés qui ne sont pas eux-mêmes professionnels de santé. Et potentiellement, des membres de la famille du praticien.

Autre outil : les actions de préférence, qui permettent de dissocier les droits financiers des droits de vote. Dans certaines configurations, une SAS peut ainsi attribuer l’essentiel des droits financiers à certains associés. Tout en respectant les contraintes applicables à la détention du capital.

Enfin, le démembrement des titres de cette holding - avec la nue-propriété détenue par les enfants et l’usufruit conservé par le parent - peut offrir une voie de transmission qui resterait impossible à mettre en œuvre directement au niveau de la SEL ou de la SPFPL.

Des mécanismes techniques, parfois complexes, mais qui dessinent une véritable marge de manœuvre.

Car en matière patrimoniale, une règle demeure : le temps ne joue jamais en faveur de celui qui attend.

La tribune complète est à retrouver dans Mieux Vivre Votre Argent et sur Investir Les Echos.


Mieux Vivre Votre Argent

Devenir rentier : les pièges à déjouer selon Guillaume Lucchini pour Mieux Vivre Votre Argent

Devenir rentier ne consiste pas simplement à disposer d’un capital important. Encore faut-il savoir le préserver, le faire fructifier et transformer les revenus qu’il génère en une rente durable. Fiscalité, diversification, choix des enveloppes, liquidité des placements : une fois le patrimoine constitué, les arbitrages changent de nature. Et lorsque l’essentiel de la fortune repose sur des actifs financiers, ils deviennent particulièrement déterminants.

Comment construire une rente dans la durée sans sacrifier la liquidité, prendre des risques excessifs ou laisser une part trop importante de la performance à la fiscalité ?

Pour répondre à ces questions, le journaliste Léo Monégier a interrogé Guillaume Lucchini, associé fondateur du multi family office indépendant Scala Patrimoine, dans un entretien publié par Mieux Vivre Votre Argent.

Distinguer rendement brut et rendement net

Après des années consacrées à constituer un patrimoine, vient, pour certains, le moment d’en vivre. Un changement de perspective qui n’a rien d’anodin. Il ne s’agit plus seulement pour le rentier de rechercher de la performance, mais de trouver le bon équilibre entre revenus, préservation du capital et fiscalité.

Comment dégager des revenus réguliers sans entamer trop rapidement son capital ? Comment continuer à le faire fructifier tout en conservant suffisamment de liquidités ? Et que devient cette stratégie lorsqu’un projet d’expatriation entre en ligne de compte ?

Ces questions se posent à de nombreux chefs d’entreprise après une cession, à des sportifs de haut niveau au moment de mettre un terme à leur carrière, à des héritiers qui viennent de recevoir une succession importante, mais aussi, plus simplement, à ceux qui préparent leur retraite.

Premier enseignement de Guillaume Lucchini : le rendement affiché n’est pas nécessairement celui qui compte. « Ce qui compte vraiment, c’est ce que vous gardez après impôts », rappelle-t-il.

Avant même de comparer les performances, le choix de l’enveloppe fiscale mérite donc d’être posé. L’assurance-vie conserve, à ce titre, des atouts importants, notamment grâce à son régime fiscal qui permet de distinguer la part de capital de celle correspondant aux gains lors des retraits. La holding patrimoniale peut, quant à elle, trouver sa pertinence dans certaines situations, notamment après la cession d’une entreprise.

Quand la structuration finit par immobiliser le patrimoine

Mais une stratégie patrimoniale peut aussi devenir contre-productive pour le rentier lorsqu’elle fait perdre de vue un élément essentiel : la disponibilité du capital.

Guillaume Lucchini revient notamment sur le cas d’un couple ayant vendu son entreprise de pompes funèbres pour 4 millions d’euros, avant de voir l’essentiel de son patrimoine immobilisé dans des investissements de private equity illiquides dans le cadre d’un dispositif de réemploi.

Une situation qui rappelle une règle souvent oubliée : un montage patrimonial ne devrait jamais dicter les besoins du client. C’est l’inverse.

Dernier volet de l’entretien : l’expatriation. Île Maurice, résidence fiscale, contrat luxembourgeois… Autant de sujets qui peuvent ouvrir de nouvelles possibilités patrimoniales, mais qui exigent aussi de regarder de près les règles fiscales applicables. Car quitter la France ne suffit pas, à lui seul, à effacer les liens avec l’administration fiscale française.

L’intégralité de l’entretien avec Guillaume Lucchini est à retrouver dans Mieux Vivre Votre Argent et sur le site d'Investir Les Echos.


Gestion de fortune : l'Ile Maurice

Île Maurice : Guillaume Lucchini décrypte les atouts fiscaux du paradis de l’océan Indien

Dans les colonnes du Magazine Gestion de Fortune, Guillaume Lucchini, président-fondateur de Scala Patrimoine, décortique les mécanismes qui font de l’Île Maurice une destination prisée des grandes fortunes françaises, sans pour autant en éluder les zones grises.

Taux unique de 15 %, exonération des plus-values, absence d’impôt sur la fortune immobilière : sur le papier, l’Île Maurice a tout du paradis fiscal. Mais dans l’interview qu’il a accordée au journaliste Jonathan Blondelet, Guillaume Lucchini prend soin de nuancer le tableau. Car s’installer sur l’île ne suffit pas, à lui seul, à couper les ponts avec l’administration fiscale française.

Les charmes de l’assurance-vie

Premier sujet abordé : les contrats d’assurance-vie internationaux, dont les rachats échappent à l’impôt mauricien comme aux cotisations sociales. Mieux encore : certains peuvent survivre à un retour en France. « Certains contrats internationaux permettent par ailleurs d’être conservés lors d’un changement de résidence fiscale », explique Guillaume Lucchini. Une souplesse rare, qui transforme l’enveloppe en véritable outil de mobilité patrimoniale, plutôt qu’en pari à sens unique.

Les holdings, entre optimisation et prudence

Sur le terrain des sociétés, le président-fondateur de Scala Patrimoine évoque les Global Business Companies, ces structures qui peuvent, dans certaines configurations, alléger sensiblement la facture fiscale. « Les Global Business Companies peuvent bénéficier d’un régime d’exonération partielle sur certains revenus internationaux, permettant dans certaines situations de ramener le taux effectif d’imposition à un niveau proche de 3 % », précise-t-il.

Un dispositif séduisant, certes. Mais qui ne s’improvise pas. Derrière l’optimisation fiscale se trouve une ingénierie patrimoniale exigeante, qui suppose de respecter des conditions précises. Là encore, un simple changement d’adresse ne suffit pas.

La résidence fiscale, nerf de la guerre

Reste le point sur lequel Guillaume Lucchini insiste : la résidence fiscale effective. C’est elle qui détermine, en premier lieu, la possibilité de s’affranchir réellement de la fiscalité française. « L’administration fiscale regarde d’abord le foyer fiscal, puis le centre des intérêts économiques », rappelle-t-il. Et d’ajouter : « La détermination de la résidence fiscale repose sur un faisceau d’indices prévu par les législations nationales et, le cas échéant, par la convention fiscale régissant les échanges entre les deux pays. »

Autrement dit, pas de formule magique. Une expatriation fiscale se prépare, se documente et se construit avec méthode, bien avant de faire ses valises pour l’océan Indien.


La levée de fonds de la Kings League

Kings League : 63 M$ pour conquérir le monde du divertissement sportif

Les principaux enseignements

  • La Kings League révolutionne le football en proposant un format pensé pour les nouveaux usages numériques, plus spectaculaire.
  • La levée de fonds de 63 millions de dollars menée en début d’année par Alignment Growth doit permettre à la Kings League d’accélérer son développement.
  • Avec des ambitions de développement aux États-Unis et en Asie, la Kings League entend poursuivre son expansion mondiale.

Francesco Totti, Ronaldinho, Eden Hazard… Trois noms qui ont fait vibrer des stades entiers, de Rome à Barcelone, de Lille à Paris, et des millions de supporters à travers le monde. Aujourd'hui encore, le public prend plaisir à les voir enchaîner dribbles et gestes de génie. Mais cette fois, ce n'est plus sur les pelouses des grands championnats : c'est sur celles de la Kings League.

La Kings League ? C’est cette compétition de football à sept imaginée par Gerard Piqué, sous l'impulsion de sa société Kosmos. En quelques années, le projet a pris une ampleur considérable. Dernière illustration en date : une levée de fonds de 63 millions de dollars (Journal L'Equipe) menée par le fonds américain Alignment Growth. Depuis 2023, plus de 100 millions de dollars ont ainsi été réunis pour accélérer le déploiement international d'un modèle conçu, dès le premier jour, pour les usages du streaming et des plateformes numériques.

Pour comprendre les ressorts de cette ascension fulgurante, les équipes de Scala Patrimoine sont donc allées à la rencontre d'Emmanuel Seugé, fondateur et managing partner de Cassius, investisseur historique de la Kings League.

Les chiffres clés de Kings League
Les chiffres clés de Kings League

Le football nouvelle génération

Tout commence en 2022. Porté par l'ancien international espagnol Gerard Piqué, un projet prend forme. sortir des sentiers battus du football traditionnel et inventer un format taillé pour les nouvelles habitudes de consommation sportive. Des rencontres plus courtes, des récits centrés sur les personnalités et des scénarios de match toujours plus spectaculaires.

Emmanuel Seugé, dont le fonds d'amorçage Cassius est basé à Atlanta et investit dans le sport, le divertissement et les plateformes digitales, se souvient des prémices du dossier : « Cela faisait plusieurs années que l'on voyait émerger des ligues sportives privées, principalement aux États-Unis. Des compétitions indépendantes, entièrement contrôlées par leurs organisateurs, où la ligue détient aussi bien les droits d'image que le modèle économique. Il s’agit d’un modèle plus prévisible et plus scalable pour le sport, ce qui le rend, en conséquence, plus intéressant financièrement. Et surtout, le potentiel de développement est immense. »

Dans cette configuration, les entrepreneurs et les investisseurs gardent en effet la main sur les règles et le fonctionnement, qu'ils peuvent faire évoluer à tout moment.

« Rien à voir avec les sports traditionnels, encadrés par des fédérations. Il y a un véritable esprit start-up. C'est cette liberté qui change tout », abonde Emmanuel Seugé. Ces dernières années, de nombreuses ligues privées ont ainsi vu le jour, notamment dans le pickleball, le volley-ball, le snowboard ou encore le padel.

C'est dans ce contexte qu'une première levée de fonds de 40 millions d'euros s'est bouclée en 2023, avec Cassius en tant que premier investisseur. En 2024, l'ont rejoint Left Lane Capital, société de capital-risque internationale, ainsi que Fillip, la holding de l'entrepreneur mexicain Alberto Fasja.

Des créateurs et influenceurs comme ambassadeurs

L'idée de départ de la Kings League est simple. Les jeunes ne regardent plus 90 minutes d’un match de football traditionnel. Ils regardent des highlights, à travers des vidéos de dix ou quinze secondes sur TikTok ou Instagram. C’est cette opportunité que la Kings League cherche à saisir.

Pour Emmanuel Seugé, la réussite de la Kings League tient à un diagnostic simple sur les usages des jeunes générations et à un pari sur les créateurs de contenu : « Il fallait donc réinventer la manière de raconter ce sport. Dans le format imaginé par la Kings League, il se passe quelque chose toutes les deux minutes. Une quinzaine de règles inédites viennent volontairement casser le rythme classique du jeu : des cartes secrètes, des joueurs jokers, des rebondissements permanents. Dès le départ, tout a été pensé pour le digital et le mobile. »

Autre élément décisif : dès le lancement, les fondateurs ont voulu associer des créateurs de contenu en leur donnant la propriété de leurs équipes. En retour, ces personnalités deviennent les premiers ambassadeurs de la compétition.

Gérard Piqué, un entrepreneur hors norme ?

« À mes yeux, c'est un véritable coup de génie », explique Emmanuel Seugé. Avant de se pencher sur l'intérêt suscité auprès des plus jeunes : « Cela garantissait une audience dès le premier jour. Quand des créateurs suivis par trois, cinq ou parfois dix millions d'abonnés sur Twitch ou YouTube parlent de leur équipe, ils touchent immédiatement un public considérable. C'est une ressource extrêmement précieuse. Par ailleurs, ces créateurs n’apportent pas seulement leur audience : ils reçoivent une véritable équipe, deviennent propriétaires et sont pleinement investis dans le succès du projet. »

Sur la figure fondatrice de la ligue, l'investisseur ne tarit d'ailleurs pas d'éloges : « Gerard Piqué est un entrepreneur hors normes, un visionnaire. Qu'un joueur ayant évolué à un tel niveau - champion du monde, triple vainqueur de la Ligue des champions - soit capable d'exceller ensuite dans le business et la création, c'est extrêmement rare. »

Un modèle économique déjà rentable

Le succès d'audience - 150 millions d'heures de streaming en direct et 13 milliards d'impressions sur les réseaux sociaux en 2025, pour un public dont 85 % a moins de 35 ans - s'est traduit par un modèle économique structuré.

Celui-ci est fondé sur les partenariats, le sponsoring, le merchandising et la billetterie.

« Aujourd'hui, près de 80 % des revenus proviennent du sponsoring », confirme le fondateur de Cassius.

Adidas et le Crédit Agricole, notamment, font partie des partenaires, avec des montants très significatifs, comparables à ceux du sport professionnel.

« À cela s'ajoutent les recettes de billetterie. Les événements organisés au Camp Nou de Barcelone (80 000 billets vendus), au Metropolitano de Madrid (60 000 billets vendus) ou encore au stade Azteca, à Mexico, ont rencontré un immense succès populaire. Enfin, il y a les revenus liés à l'audience générée sur YouTube, Twitch et les autres plateformes. À terme, rien n'empêche la Kings League de conclure des accords avec de grands diffuseurs internationaux », précise Emmanuel Seugé.

Aujourd'hui, la Kings League compte environ 170 collaborateurs.

Alignment Growth mène un tour de table de 63 millions de dollars

En février 2026, la Kings League a annoncé un nouveau tour de table de 63 millions de dollars (Journal Les Echos), mené par le fonds américain Alignment Growth, avec la participation des actionnaires historiques : Left Lane, Kosmos, Bolt Ventures, Cassius ainsi qu’Antifund, fondé par Jake Paul, qui deviendra le premier propriétaire d’équipe aux États-Unis. Ce nouveau financement porte à plus de 160 millions de dollars le total levé par la ligue depuis sa création et doit accélérer son expansion internationale.

Le marché le plus performant est sans conteste l'Amérique du sud, tant en matière d’audience que de revenus de sponsoring, en particulier au Brésil et au Mexique. Le Brésil connaît un succès spectaculaire, avec notamment Neymar comme propriétaire d'une équipe. L'écosystème local est solide, les partenaires sont puissants et l'audience est immense.

Interrogé sur l'ambition mondiale du projet, Emmanuel Seugé livre ainsi une géographie précise des relais de croissance. « L'Europe fonctionne également très bien. Même si la concurrence y est beaucoup plus forte sur le terrain des contenus, ce qui impose d'innover en permanence. Les États-Unis et l'Asie constitueront les prochains grands relais de croissance. Ce type de format y trouvera naturellement sa place, dans des marchés très sensibles à l'entertainment, aux célébrités et au spectacle. Autant d'éléments qui sont au cœur de l'ADN de la Kings League. »

Poursuivre l'expansion internationale

Sur les leviers de développement futurs, entre croissance organique et opérations de croissance externe. « La chaîne de valeur du sport est immense. Aujourd'hui, la Kings League occupe une position de leader sur son segment. La croissance reposera notamment sur la poursuite du développement organique, en exportant son modèle vers d’autres sports, par exemple. La Kings League n'est pas encore implantée en Asie ni en Afrique et s'apprête à se lancer aux États-Unis. Le terrain de jeu est presque sans limite. » estime le fondateur de de Cassius.

Fidéliser un public volatil

Reste une question qui taraude régulièrement les observateurs du secteur : la Kings League vise-t-elle à concurrencer le football classique ?

Emmanuel Seugé balaie l'hypothèse, tout en esquissant une vision plus large de l'économie de l'attention. « Une concurrence avec le football traditionnel ? Gerard Piqué rappelle souvent que le football restera toujours le sport roi. La Kings League n'a pas vocation à le remplacer, mais à proposer autre chose. Nous sommes convaincus que, dans un monde où l'intelligence artificielle dégagera progressivement du temps libre en améliorant la productivité, le contenu et les événements en direct feront partie des secteurs auxquels les gens consacreront le plus de temps… et d'argent. L'idée est donc d'offrir un format complémentaire du football traditionnel. Plus rapide, plus facile à consommer, plus innovant, avec une dimension spectaculaire assumée. »

Une Kings League qui se développerait aux côtés des championnats traditionnels, en s'appuyant sur des clubs ou des villes ? « Rien n'est off the table, comme on dit », nous répond Emmanuel Seugé.

Reste, pour la ligue, un défi de fond. Transformer l'effet de curiosité en fidélité durable auprès d'une audience jeune et volatile. Un point sur lequel Emmanuel Seugé ne se fait guère d'illusions. « Une fois l'effet de curiosité passé, le véritable défi sera de fidéliser une génération dont l'attention reste particulièrement volatile. Il faudra sans cesse se réinventer. »


frais assurance-vie - Observatoire des produits d’épargne financière

Assurance-vie, PER : le vrai coût de votre épargne en 2025

Les principaux enseignements

  • Le Plan d’épargne retraite (PER) coûte structurellement plus cher que l'assurance-vie, selon le rapport OPEF 2025. Les frais sur versements y sont en moyenne deux à 2,6 fois plus élevés selon les supports.
  • Les rétrocessions restent l’angle mort du conseil financier. Lorsque c'est la société de gestion qui rémunère directement le conseiller, l'intérêt de l'épargnant et celui de l'intermédiaire ne pointent pas nécessairement dans la même direction.
  • Les ETF creusent l'écart, avec des frais moyens de 0,29 % contre 1,80 % pour les fonds actions classiques.

L'épargne des Français coûte cher. Pas forcément là où on le croit, pas toujours de façon visible, mais elle coûte cher. Derrière les contrats d'assurance-vie, les plans d'épargne retraite ou les PEA, une mécanique tarifaire complexe grignote, année après année, les rendements.

Le législateur l'a compris. En étendant les compétences du Comité consultatif du secteur financier (CCSF), il lui a confié une mission de surveillance des frais et de la performance des produits d'épargne financière.

De cette décision est né l'Observatoire des produits d'épargne financière (OPEF), sobrement intitulé « Transparence, pédagogie et information au service des épargnants ». Nous en sommes à la deuxième édition. Et le périmètre impressionne : près de 2 132 milliards d'euros d'épargne financière passés au crible, répartis entre contrats d'assurance-vie, plans d'épargne retraite individuels (PERin), comptes-titres ordinaires, plans d'épargne en actions (PEA et PEA-PME).

Frais d'épargne : qui les perçoit et comment sont-ils répartis ?

Avant d'entrer dans les chiffres, il faut comprendre l'anatomie des prélèvements.

  • Qui prélève et perçoit les frais ?

Deux acteurs se partagent la mise. D'un côté, le producteur - assureur, mutuelle, banque ou société de gestion - qui perçoit sa rémunération en contrepartie de la conception, de la structuration et de la gestion du produit. De l'autre, le distributeur - banque, courtier ou conseiller en gestion de patrimoine - qui touche, le plus souvent, des rétrocessions prélevées directement sur les frais du produit.

C'est précisément ce deuxième circuit qui pose problème.

Guillaume Lucchini, fondateur de Scala Patrimoine, un multi-family office dont le modèle repose à 100 % sur les honoraires, ne mâche pas ses mots : « Le système des rétrocessions est, à mon sens, dangereux pour les épargnants, car c'est la société de gestion et/ou l'assureur qui rémunère directement le conseiller en gestion de patrimoine en échange de la vente de ses produits. On comprend dès lors très bien la perversité potentielle du système, où le conseiller peut avoir intérêt à vendre les produits qui le rétribuent le mieux. Et je ne parle même pas des groupes bancaires ou assureurs, qui n'ont d'intérêt qu'à vendre les produits maison, naturellement plus gourmands en frais. Lorsqu'on audite les portefeuilles de clients de grands groupes bancaires, il n'est pas rare de voir des contrats investis à près de 80 % dans des fonds maison. »

Un chiffre qui en dit long. Il entre en contradiction frontale avec l'un des principes cardinaux de la gestion de patrimoine : diversifier non seulement ses actifs, mais aussi les sociétés de gestion auprès desquelles l'épargnant investit son capital.

  •  Frais sur versements, frais de gestion, rétrocessions : comment ça fonctionne ?

Les frais se déclinent en trois grandes familles.

- D'une part, les frais ponctuels, au premier rang desquels figurent les frais d'entrée, de sortie et d'arbitrage ;

- D'autre part, les frais récurrents, prélevés périodiquement sous forme de frais de gestion ;

- Enfin, les frais conditionnels, enfin, tels que les frais de surperformance.

Le piège est classique : les frais les plus élevés ne sont pas toujours les plus lisibles. La question de la transparence tarifaire est donc essentielle.

Pour Guillaume Lucchini : « Le débat ne doit pas seulement porter sur le montant des frais, mais aussi sur leur transparence. Des frais clairement présentés créent la confiance, permettent aux épargnants de comparer les accompagnements qui leur sont proposés et de prendre leur décision en toute sérénité. C'est tout l'intérêt du travail mené par l'Observatoire des produits d'épargne financière (OPEF), qui participe à rendre le marché plus lisible et plus vertueux. »

Une situation rappelée par le ministre de l'Économie Roland Lescure, comme l'a rapporté le magazine Capital.

Frais assurance-vie : les chiffres du rapport de l'OPEF décryptés

L'assurance-vie reste le placement préféré des Français, et de loin. Mais derrière la familiarité du produit se cache une architecture tarifaire qu'il vaut mieux connaître : frais sur versement, frais de gestion et frais d'arbitrage.

  • Les frais sur versement

Les frais perçus sur les versements effectués s'établissent en moyenne à :

- 0,55 % pour les fonds en euros ;

- 0,57 % pour les unités de compte ;

- 0,72 % pour les produits structurés.

Ces frais sont globalement stables, voire en légère baisse pour les fonds en euros, dont le niveau moyen passe de 0,60 % à 0,55 %. La plus forte hausse concerne les produits structurés : les frais sur versement atteignent en moyenne 0,72 % en 2025, contre 0,69 % en 2024, soit une augmentation de 3 points de base.

  • Les frais de gestion

En 2025, les frais de gestion annuels moyens des contrats d'assurance-vie s'établissent à :

- 0,67 % pour les fonds en euros ;

- 0,80 % pour les unités de compte en gestion libre ;

- 1,08 % pour les unités de compte relevant d'un autre mode de gestion (gestion pilotée, profilée ou sous mandat) ;

- 0,81 % pour les produits structurés.

Les niveaux observés demeurent globalement stables. Les écarts d'une année sur l'autre restent limités, ce qui traduit une relative stabilité de la politique tarifaire des assureurs.

  • Les frais d'arbitrage

Les frais d'arbitrage restent limités. En moyenne, ils représentent 0,13 % du montant des opérations.

Frais assurance-vie
Frais assurance-vie

PER : des frais jusqu'à 2,6 fois plus élevés qu'en assurance-vie

Les chiffres du plan d'épargne retraite individuel (PERin) racontent une tout autre histoire. Dans l'ensemble, les frais y sont sensiblement plus élevés que dans les contrats d'assurance-vie.

  • Les frais sur versement

En 2025, les frais moyens sur les versements s'élèvent à :

- 1,09 % pour le fonds en euros ;

- 1,51 % pour les unités de compte ;

- 1,76 % pour les produits structurés.

Les auteurs du rapport le soulignent sans détour : le niveau de facturation du PERin est nettement supérieur à celui observé en assurance-vie, dans des proportions variant de deux à 2,6 fois selon les supports d'investissement.

  • Les frais de gestion

Les frais de gestion confirment cet écart.

Ils s'établissent en moyenne à :

- 0,76 % pour les fonds en euros ;

- 0,91 % pour les unités de compte ;

- 0,94 % pour les produits structurés.

Une légère amélioration est toutefois observable sur les fonds en euros, dont les frais reculent d'un point de base.

En matière d'arbitrage, le PERin fait en revanche mieux que l'assurance-vie : les frais moyens ressortent à 0,07 %, contre 0,13 % pour cette dernière, soit près de deux fois moins.

Il existe par ailleurs une catégorie de frais que beaucoup d'épargnants ignorent : les frais sur arrérages de rente, prélevés à chaque échéance de versement.

Ils couvrent des coûts très spécifiques - gestion des paiements, déclarations fiscales, prise en compte des options de réversion - et s'élèvent en moyenne à 2,20 % du montant de chaque rente en 2025, contre 2,19 % un an plus tôt. Sur les 21 assureurs interrogés par l'ACPR, 14 déclarent appliquer ce type de frais.

Guillaume Lucchini ne dissimule pas son agacement face à ces niveaux tarifaires. « Le plan d'épargne retraite étant un placement à très long terme, avec un horizon bien souvent supérieur à dix ou quinze ans, les épargnants sont peut-être moins sensibilisés à la politique tarifaire. Or les sociétés de gestion et les compagnies d'assurance, mais aussi les intermédiaires, se montrent très gourmandes sur les frais appliqués. Une bonne partie du monde de la gestion de patrimoine et de la gestion d'actifs vit grassement de ce placement. C'est vraiment dommageable, tant la place de ces contrats est essentielle dans le paysage financier. »

Le vent tourne du côté des frais de gestion des fonds

Sur les supports d'investissement sous-jacents, la dynamique est différente et plus encourageante. Sous la pression des ETF, de la prise de conscience progressive des épargnants et du travail mené par plusieurs acteurs pour améliorer la transparence tarifaire, les frais de gestion des sociétés de gestion s'orientent désormais à la baisse.

En 2025, la moyenne pondérée des coûts récurrents des fonds en unités de compte s'établit à 1,60 %, en recul de 2 points de base par rapport à 2024. L'amplitude demeure toutefois très large : de 0,29 % en moyenne pour les fonds monétaires à 2,50 % pour les fonds de capital-investissement.

  • Les fonds actions

Les ETF actions - qui représentent désormais 10 % des encours des unités de compte actions - affichent des coûts moyens de seulement 0,29 %, contre 1,80 % pour les fonds actions classiques. Un différentiel qui ne passe plus inaperçu et qui explique, en grande partie, la montée en puissance de la gestion passive.

Du côté des fonds actions actifs, les frais varient sensiblement selon les marchés :

- 1,72 % pour les fonds investis sur les actions américaines ;

- 2,22 % pour les fonds exposés aux petites et moyennes capitalisations françaises.

Comme l'expliquent les auteurs du rapport : « Ces niveaux de frais reflètent plusieurs facteurs. D'une part, l'expertise requise du gérant, la liquidité plus ou moins réduite des marchés. Et d'autre part, la complexité des stratégies mises en œuvre et la rareté des actifs suivis. Ces éléments expliquent notamment pourquoi les fonds de petites et moyennes capitalisations présentent des frais plus élevés, compte tenu des spécificités de cette classe d'actifs et de son mode de gestion. »

Des arguments recevables, mais que les épargnants ont tout intérêt à examiner avec attention.

Frais de gestion appliqués sur les fonds actions
Frais de gestion appliqués sur les fonds actions
  • Les autres gestions

Les fonds obligataires affichent des niveaux de frais compris entre 0,68 % pour les obligations en euros à court terme et 1,64 % pour les obligations des pays émergents.

De leurs cotés, les fonds diversifiés se situent entre 1,38 % et 1,85 %. Les fonds monétaires restent les supports les moins coûteux du marché, avec des frais moyens de 0,10 %.

Conclusion : ce que les épargnants doivent retenir du rapport de l'OPEF

Ces chiffres ne doivent pas, pour autant, conduire les épargnants à rechercher systématiquement les frais les plus faibles. Certains coûts peuvent être justifiés par la nature du produit, la qualité de la gestion ou l'accompagnement proposé.

Mais ils rappellent une évidence : les frais doivent être compris, comparés et intégrés dans la décision d'investissement.

Car sur le long terme, quelques dixièmes de points de frais supplémentaires peuvent peser lourdement sur la performance finale d'un placement. « L'enjeu n'est donc pas de supprimer tous les frais, mais de savoir précisément ce qu'ils rémunèrent, et de ne jamais les subir aveuglément. » conclut le fondateur du multi-family office indépendant.

Source : Rapport annuel de l’Observatoire des produits d’épargne financière, 2026