Investissement : Les marchés financiers & placements : les États-Unis négocient des accords commerciaux avec ses principaux partenaires commerciaux

Les convictions d’investissement de Scala Patrimoine - Juin 2026

Ce qu’il faut retenir

  • La diversification demeure clé pour réussir son investissement sur les marchés financiers ;
  • Les performances sur les marchés actions restent largement tirées par un nombre restreint de valeurs, principalement technologiques ;
  • Les marchés obligataires sont les premiers touchés par les tensions géopolitiques ;

Marchés actions : un rallye alimenté par les valeurs de la tech

Le contexte macroéconomique demeure un facteur de vigilance pour les investisseurs. Les indicateurs ISM manufacturier et services signalent des pressions inflationnistes persistantes, alors que le marché du travail américain continue de surprendre positivement, soutenant la consommation. Celle-ci bénéficie également d’un effet de richesse lié à la hausse des marchés actions.

  • Une forte concentration sectorielle sur les indices boursiers

Le consensus reste prudent pour le mois de juin, sans inflexion majeure par rapport à mai. Le récent rallye repose quasi exclusivement sur les résultats bénéficiaires exceptionnels du secteur technologique et, dans une moindre mesure, du secteur énergétique. « Cette concentration sectorielle extrême justifie le maintien d'une posture neutre à court terme pour notre multi family office indépendant », explique Romane Azzopardi, responsable de la gestion financière chez Scala Patrimoine.

La concentration sur la technologie et les semi-conducteurs atteint désormais un niveau élevé. Le Russell 2000, indice des petites capitalisations américaines, surperforme les grandes capitalisations, mais même sur ce segment, les valeurs technologiques prennent une place croissante. La société SanDisk représente à elle seule 3,6 % de l’indice. En Europe, la même dynamique est à l’œuvre : les mid-caps surperforment, mais avec une amplitude limitée face aux grandes capitalisations.

La gestion passive accentue ce phénomène. Les grands indices se trouvent de plus en plus exposés aux valeurs technologiques, rendant la diversification via les ETF toujours plus difficile. Dans ce contexte, la gestion active, ciblée sur des thématiques d'investissement spécifiques ou des secteurs délaissés, apparaît comme l’une des rares alternatives crédibles pour s’extraire de cette concentration.

  • Les pistes de diversification

Plusieurs axes de diversification sont identifiés sur le marché américain, qui reste structurellement privilégié par rapport aux actifs européens.

D’une part, les valeurs bancaires et financières, qui ont bien performé depuis le début de l’année, pourraient bénéficier d’une rotation sectorielle en cas de réouverture du détroit d’Ormuz.

D’autre part, la consommation cyclique. Certains segments industriels de taille intermédiaire pourraient, en effet, tirer parti d’un rebond de l’activité.

Enfin, il peut être pertinent de se positionner sur des segments adjacents à la chaîne de valeur technologique, en misant sur l’électrification, les énergies vertes ou encore les infrastructures liées aux data centers. « Ces thématiques restent toutefois très corrélées aux mouvements du secteur technologique global », prévient Romane Azzopardi.

Sur le plan géographique, les marchés émergents méritent également une attention particulière. « Taïwan et la Corée sont désormais les deux premiers marchés émergents, devant la Chine et l’Inde. La concentration technologique y est tout aussi forte, avec de véritables champions comme Samsung ou SK Hynix », souligne Francesco Baiano, chargé d’investissement chez Scala Patrimoine.

  • Investissement boursier : de nombreux points d’attention à suivre

Au cours des prochaines semaines, les investisseurs devront rester attentifs à plusieurs facteurs susceptibles de déstabiliser les marchés.

C’est notamment le cas des nombreux projets d’introductions en bourse. SpaceX, OpenAI ou encore Anthropic ont déjà annoncé leur intention de lever des capitaux sur les marchés. « De telles IPO pourraient générer d’importants effets d’éviction », avertit Francesco Baiano. Il ajoute : « Les flux actuellement concentrés sur Nvidia, TSMC ou Samsung pourraient se rediriger vers ces nouvelles valeurs. SpaceX serait susceptible d’intégrer immédiatement le top 4 des capitalisations mondiales dès son introduction en bourse. »

Par ailleurs, les derniers résultats bénéficiaires ont confirmé la solidité exceptionnelle des fondamentaux du secteur technologique, ainsi qu’une demande toujours soutenue, alimentant une révision à la hausse des capex prévus pour les deux prochaines années.

Mais le financement de ces investissements massifs constitue un risque spécifique. « Si les taux longs se maintiennent ou augmentent, le coût de financement de ces capex pèsera mécaniquement sur les marges et les valorisations », prévient Romane Azzopardi.

Un retournement du secteur technologique - qu’il soit lié à la régulation, à une pénurie de composants ou à l’effet des IPO - provoquerait un double choc : d’une part une baisse des portefeuilles, et d’autre part une contraction de la consommation des ménages aisés américains.

  • Une confiance en berne ?

Un décalage marqué persiste entre les indicateurs de sentiment, l’Université du Michigan au plus bas historique, des anticipations d’inflation en hausse, et les données réelles. La consommation américaine demeure solide, tout comme les ventes de détail. Les points morts d’inflation sur les TIPS restent modérés, même sur les maturités courtes, alimentant une dichotomie inhabituellement persistante.

Pour conclure, Francesco Baiano souligne que « la croissance économique américaine dépend de plus en plus des gains de productivité plutôt que de la croissance de l’emploi, une structure historiquement plus fragile, plus sensible aux chocs de financement et aux cycles d’investissement en capital ».

Marchés obligataires : une équation de plus en plus serrée

Le marché obligataire demeure, à ce stade, le principal facteur de risque systémique identifié par les investisseurs. Le taux à 10 ans américain évolue désormais autour de 4,60-4,65 %, une zone généralement jugée sensible par les analystes. À ces niveaux, le portage redevient attractif en termes de rendement réel, mais une nouvelle poussée des taux viendrait rapidement en réduire l’intérêt.

  • Qu’attendre des banques centrales ?

Les investisseurs restent focalisés sur les trois grandes banques centrales mondiales : la Banque du Japon (BOJ), la Banque centrale européenne (BCE) et la Réserve fédérale américaine (Fed).

Au Japon, la BOJ devrait procéder à une nouvelle hausse de taux lors de sa prochaine réunion, principalement dans une logique de crédibilité monétaire et de soutien au yen. L’impact attendu serait modérément positif sur la perception de la lutte contre l’inflation.

Dans la zone euro, l’inflation est repassée au-dessus du seuil des 3 %. Une hausse de taux par la BCE est donc largement anticipée et déjà intégrée dans les prix de marché. « L’objectif reste d’ancrer les anticipations d’inflation et de contenir les tensions sur la partie longue de la courbe » prévient Romane Azzopardi. Dans ce contexte, l’effet de surprise apparaît limité, et l’impact sur les marchés actions européens devrait rester contenu.

Aux États-Unis, un statu quo monétaire est attendu au moins jusqu’à la fin de l’année 2026. « Le nouveau président de la Fed, Kevin Warsh, tente de s’affirmer comme gouverneur indépendant vis-à-vis de l’exécutif américain. Si ce n’est pas par les taux, l’ajustement pourrait passer par le bilan », explique Romane Azzopardi.

  • Investissement obligataire : le portage toujours privilégié

Notre multi-family office conserve un positionnement inchangé sur les marchés obligataires. Une orientation confirmée par la responsable des investissements de Scala Patrimoine : « Nous continuons de privilégier le segment Investment Grade européen. Le portage reste attractif et les fondamentaux solides. Les analystes anticipent peu de compression supplémentaire des spreads, déjà à des niveaux très serrés. »

L’inquiétude porte davantage sur l’effet taux, dans l’hypothèse d’une poursuite de la remontée des rendements.

L'investissement sur les métaux précieux & les cryptoactifs

L’or, les métaux précieux et les cryptoactifs suivent des trajectoires très différentes.

  • L’investissement sur l'or freiné par les taux réels

La demande des banques centrales pour l’or ne se dément pas, confirmant une tendance structurelle de long terme. Certaines d’entre elles ont pu céder ponctuellement des réserves afin de générer de la liquidité en période de tensions, mais la dynamique globale demeure nettement haussière, portée en particulier par les banques centrales des pays émergents asiatiques.

À court terme, toutefois, le métal jaune évolue dans un environnement moins porteur : des taux réels élevés et un dollar relativement ferme pèsent sur sa performance. Sur les dernières semaines, l’investisseur privé s’en est d’ailleurs largement détourné.

« À moyen et long terme, un scénario d’inflation persistante comprimant les taux réels redeviendrait favorable à l’or, qui retrouverait alors son rôle de valeur refuge. La demande structurelle des banques centrales reste un soutien fondamental », prévient néanmoins Romane Azzopardi.

  • Le bitcoin et les crypto-actifs : une décorrélation progressive du secteur technologique

Le bitcoin évolue actuellement davantage comme un actif de diversification, plus proche par certains aspects de l’or que comme un actif strictement corrélé au secteur technologique.

Dans le même temps, les volumes échangés sur les crypto-actifs restent faibles, au plus bas depuis plusieurs années, tandis que les capitaux se concentrent sur un nombre restreint d’actifs traditionnels. Dans ce contexte, le bitcoin évolue autour de 60 000 dollars.

Une opportunité potentielle peut se dessiner à ces niveaux, mais sans véritable conviction directionnelle à court terme.

Produits structurés : la quête de rendement sous contrainte de marché

La compression de la volatilité implicite - notamment liée à la vente d’options par les ETF « income » - réduit mécaniquement l’attractivité des produits à capital protégé en termes de prime. À l’inverse, le niveau élevé des taux d’intérêt améliore sensiblement la rémunération des structures à participation et des produits de rendement.

  • Produits à participation et de rendement

Dans un contexte de marchés proches de leurs plus hauts, les produits à participation sur des maturités longues (cinq ans et plus) apparaissent particulièrement intéressants. Le niveau des taux permet en effet de structurer des produits offrant une exposition significative à la hausse des marchés, tout en finançant la protection du capital via le portage obligataire.

La condition reste toutefois exigeante. Comme l’explique Francesco Baiano : « l’investisseur doit conserver une conviction haussière sur les marchés à horizon long terme et accepter l’absence totale de liquidité ainsi que de flux intermédiaires jusqu’à l’échéance. En cas de performance nulle ou négative, aucun versement n’intervient avant la maturité. »

En parallèle, les structures de type worst-of offrent des niveaux de rendement attractifs. Leur efficacité repose néanmoins sur la décorrélation des sous-jacents : lorsque des actifs fortement corrélés ou déjà surévalués (par exemple luxe et technologie) sont combinés, le risque de franchissement de barrière par le sous-jacent le plus faible augmente sensiblement. La sélection des actifs sous-jacents devient alors un paramètre déterminant.

  • Notre positionnement

Dans un environnement marqué par une forte incertitude macroéconomique, « les produits structurés demeurent un outil privilégié pour ajuster finement le couple rendement/risque, notamment afin d’obtenir une exposition aux marchés actions avec une protection partielle, voire totale, du capital » explique Romane Azzopardi.

Stratégies alternatives : un univers d'investissement fragmenté

La conviction sur les fonds alternatifs disponibles au format UCITS demeure limitée. L’univers apparaît hétérogène, parfois difficile à appréhender, et la sélection s’en trouve complexifiée. À ce stade, aucun changement de positionnement n’est envisagé à court terme.

« Dans le contexte actuel - caractérisé par des marchés actions fortement concentrés, des marchés obligataires sous pression et une volatilité effective élevée malgré un VIX contenu - les stratégies alternatives conservent néanmoins un rôle de diversification. » relève toutefois Francesco Baiano.

Elles permettent, en théorie, de réduire la corrélation globale des portefeuilles d'investissement, notamment en cas de choc simultané sur les marchés actions et obligataires, où les moteurs traditionnels de performance tendent à se désaligner.

Nos équipes sont à votre disposition pour échanger sur vos projets d’investissement et évaluer, avec vous, leur intérêt, au regard de l’environnement économique et financier, de la structuration de votre patrimoine et de vos objectifs de vie.


Lithosquare

Lithosquare, l’IA au service de la découverte de gisements miniers

Lauréate de la promotion 2025 du programme French Tech 2030, Lithosquare s’est fait connaître en mettant l’intelligence artificielle au service de la prospection minière. Deux ans après sa création, la start-up vient de boucler une Série A de près de 20 millions d’euros, ouvrant des perspectives considérables dans un contexte économique et géopolitique particulièrement favorable.

Les chiffres clés de Lithosquare
Les chiffres clés de Lithosquare

Un enjeu de souveraineté 

L’accès aux métaux critiques est un enjeu majeur de souveraineté pour l’Europe. Aujourd’hui, les principaux gisements restent concentrés entre les mains d’un nombre limité de puissances - notamment les États-Unis, la Russie et la Chine - exposant les chaînes d’approvisionnement occidentales à des tensions géopolitiques croissantes.

« Il existe un véritable enjeu de souveraineté et d’indépendance dans les chaînes d’approvisionnement. La réglementation européenne s’inscrit d’ailleurs de plus en plus dans cette logique, avec l’objectif de faire émerger davantage de ressources extraites en Europe, notamment à travers une cible de 10 % d’extraction issue du continent » confirme Marie Ferri, investor chez Daphni, société de gestion spécialisée dans le venture capital et investisseur de Lithosquare.

La difficulté tient aussi au temps long propre à l’industrie minière. Entre les premières campagnes d’exploration et l’exploitation effective d’un gisement, il faut compter entre sept et quinze ans, avec des taux de succès assez faibles.

Dans le même temps, les besoins en lithium, cobalt, cuivre, nickel ou terres rares connaissent une croissance exponentielle. Ces matières premières sont devenues indispensables aussi bien au développement de l’intelligence artificielle qu’à la transition énergétique.

Pour Marie Ferri, « la montée en puissance de l’électrification et des infrastructures - qu’il s’agisse des data centers ou des véhicules électriques - va provoquer une accélération considérable de la demande en minerais stratégiques. L’enjeu est colossal. Il faut à la fois identifier de nouveaux gisements et accélérer leur mise en exploitation. Car le recyclage, à lui seul, ne suffira pas à absorber les besoins à venir ».

La recherche géologique dopée à l’IA

Selon Agence internationale de l'énergie, plus de 1 000 nouveaux gisements devront être découverts puis développés d’ici 2040 afin de répondre à la demande mondiale en métaux critiques.

Fondée en 2024 par Aymeric Préveral-Etcheverry, ingénieur minier, puis rapidement rejoint par Simon Leclair, Lithosquare entend répondre à cette équation complexe.

Leur pari : marier la rigueur de la géologie traditionnelle avec la puissance de calcul de l'intelligence artificielle pour transformer radicalement l'exploration minérale. La plateforme propriétaire d’IA de la start-up est, en effet, capable d’analyser et d’interpréter d’immenses volumes de données géologiques afin d’accélérer l’exploration minérale.

Cet outil permet ainsi de détecter plus rapidement et plus efficacement les gisements prometteurs.

L’entreprise affirme ainsi pouvoir améliorer jusqu’à dix fois l’efficacité des campagnes d’exploration, réduisant au passage les forages inutiles et les émissions associées.

L’approche de Lithosquare dépasse toutefois les simples modèles statistiques. Elle intègre « une expertise géologique pour raisonner sur la formation des gisements mais aussi explorer des zones peu connues et des gisements plus profonds, inaccessibles aux méthodes traditionnelles », expliquait Aymeric Préveral-Etcheverry au journal Les Échos.

« Les techniques de machine learning améliorent l’estimation des ressources en fournissant des prédictions plus solides sur la taille et la teneur des gisements », abonde-t-il, un élément décisif pour renforcer la crédibilité des projets auprès des investisseurs et du marché.

Un modèle économique fondé sur les partenariats

La start-up travaille avec des partenaires miniers qui apportent à la fois expertise locale et droits d’exploitation.

« En dix-huit mois, Lithosquare a déployé son activité à une cadence rarement observée dans le secteur. En un temps record, l’entreprise est parvenue à constituer une équipe particulièrement solide, en recrutant notamment des géologues de haut niveau, mais aussi Simon Leclair, ancien du BCG et partner spécialisé dans les matériaux critiques et les enjeux miniers. » précise Marie Ferri.

La start-up ne se positionne pas en simple prestataire de services : elle s'associe au destin des projets qu'elle contribue à faire émerger. Son modèle repose, en effet, sur la signature de partenariats avec les acteurs miniers, avec l’objectif de participer directement à la création de valeur générée par les projets.

Dernier exemple en date : la start-up s’est associée à Aterian afin d’appliquer ses outils d’intelligence artificielle à plusieurs licences minières situées au Maroc et au Botswana.

Une Série A très attendue

Pour accélérer son développement, Lithosquare vient de concrétiser une Série A particulièrement suivie dans l’écosystème. Ce tour de table de 19 millions d’euros a été mené par World Fund et Kindred Capital. Les fonds Daphni, Omnes Capital et Ovni Capital ont également participé à l’opération. Ce financement intervient dix-huit mois après un premier tour de pré-amorçage de 3 millions d’euros.

Cette levée de fonds doit permettre à l’entreprise de renforcer ses équipes, d’accélérer son expansion internationale et de poursuivre le développement de sa plateforme de géologie assistée par intelligence artificielle.

« Lithosquare a déjà noué des partenariats avec des acteurs de l’exploration minière en Europe, aux États-Unis, en Amérique Latine et en Afrique. L’un des principaux objectifs de cette Série A est précisément de soutenir cette expansion à l’international », explique Marie Ferri.

La route n'est pas libre pour autant. Lithosquare devra composer avec une concurrence déjà bien installée, à l’image de Planetary AI ou de KoBold Metals, soutenue notamment par Jeff Bezos et Bill Gates.

Mais la jeune pousse française peut compter sur un atout majeur : une expertise géologique de terrain, alliée à une maîtrise avancée des technologies d’intelligence artificielle. Dans un secteur qui manque cruellement des deux, c'est peut-être là que tout se joue.


Les marchés financiers prouvent une nouvelle fois leur dépendance aux décisions des banques centrales. L'économie résiste, quant à elle, trés bien.

Le rendez-vous des marchés financiers et de l’économie mondiale - Juin 2026

Les marchés financiers & l’économie : les points clés

  • L'économie mondiale ralentit. Les principales puissances, les États-Unis et la Zone Euro en tête, subissent de plein fouet les conséquences du conflit en Iran.
  • Malgré le contexte géopolitique, les marchés actions restent solides, portés surtout par la tech et l’intelligence artificielle
  • Le blocage du détroit d’Ormuz et l’escalade entre Washington et Téhéran maintiennent une forte pression sur les prix de l’énergie.

Les grandes actualités géopolitiques et les performances sur les marchés financiers

  • Washington et Téhéran jouent la surenchère

Depuis le 28 février dernier, le détroit d’Ormuz, point de passage stratégique pour les matières premières, demeure bloqué. Une situation qui met les prix du pétrole sous pression, tandis que les anticipations d’inflation poursuivent leur progression.

Pour Ombretta Signori, directrice de la recherche macroéconomique et de la stratégie chez OFI Invest AM, « chaque jour qui passe nous éloigne du scénario central et nous rapproche du scénario plus défavorable ».

Le cessez-le-feu annoncé il y a quelques semaines paraît, il est vrai, bien loin. Depuis plusieurs jours, Washington et Téhéran échangent frappes et représailles. De son côté, Benyamin Netanyahou a annoncé son intention d’intensifier l’offensive menée au Liban contre le Hezbollah.

Chacun tente désormais de faire monter la pression sur son adversaire afin d’obtenir les meilleures conditions de sortie dans le cadre de négociations de paix que beaucoup jugent encore envisageables. D’autant que le conflit reste profondément impopulaire auprès de l’opinion publique américaine. À l’approche des élections de mi-mandat, Donald Trump pourrait en outre se retrouver sous une pression politique croissante. Conscient de cet équilibre fragile, le président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, maintient une ligne dure, affirmant vouloir « faire payer la facture » aux deux alliés.

Parallèlement, Téhéran poursuit des discussions avec Oman en vue d’instaurer un péage permanent dans le détroit d’Ormuz. Une perspective qui ne devrait guère réjouir le président américain, Donald Trump.

  • Les marchés financiers font preuve de sang-froid face au conflit iranien

Malgré le conflit en Iran, les marchés actions ont largement absorbé le choc initial. Les investisseurs semblent même aborder les nouvelles en provenance du Moyen-Orient avec un certain recul.

Les publications de résultats des entreprises pour le premier trimestre viennent d’ailleurs conforter cette lecture.

Le marché continue de privilégier les entreprises exposées aux infrastructures de calcul, aux data centers, au cloud et aux semi-conducteurs. Les dépenses d’investissement des grands acteurs technologiques renforcent l’idée d’une demande structurelle durable sur l’ensemble de la chaîne de valeur.

Aux États-Unis, les marchés actions sont sur les plus hauts de l’année. Le S&P 500 s’adjuge 4,84 % sur le mois de mai. Le Nasdaq, regroupant les grandes valeurs technologiques, s’envole quant à lui de 7,40 %.

Même dynamique en Europe, où l’Euro Stoxx 50 progresse de 5,38 %. En France, le CAC 40 gagne 3 %, tandis que le DAX 30 affiche une hausse de 5,3 %.

Enfin, en Chine, le Shanghai Composite recule de 2,46 %.

Performance sur les marchés financiers en mai 2026
Performance sur les marchés financiers en mai 2026
  • +85 % en six mois : l’envolée spectaculaire des semi-conducteurs

Le Philadelphia Semiconductor Index - indice de référence des grandes entreprises mondiales de puces électroniques - sert aujourd’hui de véritable thermomètre du secteur. Il regroupe une trentaine de valeurs majeures, parmi lesquelles Nvidia, AMD, Intel, Qualcomm ou encore TSMC.

Son évolution traduit l’engouement exceptionnel autour de cette thématique devenue centrale dans l’intelligence artificielle : +85 % sur six mois, +299 % sur cinq ans.

Et ces performances spectaculaires dépassent largement les seules frontières américaines.

Le marché sud-coréen s’appuie lui aussi sur quelques champions incontournables, à commencer par Samsung et SK Hynix, dont les performances boursières depuis le 1er janvier 2026 (+171 % et +249 %).

Par ricochet, cette dynamique rend le pays fortement dépendant de la santé d’un groupe comme Samsung. Celui-ci représente à lui seul 12,5 % de l’économie nationale, tandis que ses puces liées à l’intelligence artificielle comptent pour 20 % à 25 % des exportations du pays.

Les interrogations autour de l’intelligence artificielle ne font que commencer…

  • La remontée des taux traduit les inquiétudes des investisseurs

Contrairement aux marchés actions, les marchés obligataires intègrent pleinement les conséquences du conflit iranien. La divergence entre les deux classes d’actifs apparaît désormais particulièrement marquée.

Les obligations américaines se retrouvent en première ligne. Le rendement du Treasury à 30 ans a franchi le seuil des 5 %, une première depuis 2007.

Le taux américain à 10 ans frôle, quant à lui, les 4,5 %. En Europe, le Bund allemand à 10 ans s’établit autour de 3 %, tandis qu’en France, le rendement de l’OAT à 10 ans évolue à proximité de 3,7 %.

Un décalage confirmé par Eric Bertrand, directeur général d’OFI Invest AM, « dans ce contexte, les marchés de taux questionnent le caractère transitoire du choc énergétique et intègrent une prime d’inflation visible tant sur les taux nominaux que dans les breakeven d’inflation ».

  • Le grand paradoxe du commerce mondial

En 2025, le commerce mondial a progressé de près de 5 %, un chiffre qui peut sembler contre-intuitif au regard de la forte hausse des droits de douane américains décidée par Donald Trump lors du « Liberation Day » d’avril 2025.

Avec un taux moyen de droits de douane porté à 10,5 %, soit son niveau le plus élevé depuis les années 1940, les États-Unis ont pourtant considérablement durci leur politique commerciale. Dans les faits, près de la moitié des importations continuent toutefois d’entrer sur le territoire américain sans taxation, grâce aux nombreuses exemptions accordées par l’administration.

Face à cette nouvelle donne, les grandes puissances commerciales ont privilégié le renforcement de leurs échanges plutôt qu’une escalade protectionniste. À la fin de l’année 2025, les flux commerciaux entre plusieurs alliés occidentaux affichaient ainsi une progression de 12 %.

Une quinzaine d’accords commerciaux internationaux représentant plus de 400 milliards de dollars d’échanges se sont ainsi conclus en une année. Parmi les principaux signataires figurent l’Union européenne, l’Inde et le Royaume-Uni.

L’économie américaine entre deux feux

Le Fonds monétaire international (FMI) estime que le choc provoqué par la guerre au Moyen-Orient a déjà modifié les perspectives d’inflation mondiale. Son scénario central intègre désormais une hausse de 19 % des prix de l’énergie en 2026 ainsi qu’une inflation mondiale de 4,4 %. Malgré leur relative indépendance énergétique, les États-Unis figurent parmi les premières économies touchées.

Plusieurs indicateurs récents laissent entrevoir un ralentissement de la dynamique de croissance américaine dans les prochains mois. Les chiffres du premier trimestre 2026 ont d’ailleurs déjà été révisés à la baisse, tandis que les tensions inflationnistes gagnent en intensité.

  • Le temps des interrogations sur l'économie américaine

Mauvaise nouvelle pour l’économie américaine : la croissance du produit intérieur brut (PIB) réel a été révisée en baisse de 0,4 point, à 1,6 %. Autre signe de fragilité, le taux d’épargne des ménages est tombé à 2,6 %, contre 3,2 % le mois précédent. La confiance des consommateurs s’est également fortement détériorée. L’indice de sentiment de l’Université du Michigan est ainsi retombé à 48,2, un niveau historiquement bas.

Le marché de l’emploi montre lui aussi quelques signes d’essoufflement. Les salaires horaires n’ont progressé que de 0,2 %, contre 0,3 % attendu. Si le taux de chômage demeure contenu à 4,3 %, près de 445 000 personnes supplémentaires ont été contraintes d’accepter un emploi à temps partiel, un indicateur souvent révélateur d’une dégradation progressive des conditions du marché du travail.

L’indice manufacturier de la Réserve fédérale de Philadelphie s’est également fortement dégradé en mai, passant de 26,7 à -0,4 point.

Pour autant, le tableau n’est pas si sombre que cela.

La production industrielle américaine a progressé de 0,7 % en avril, après un recul de 0,3 % le mois précédent. Le PMI manufacturier flash a quant à lui bondi à 55,3, son niveau le plus élevé depuis quatre ans.

L’indice de confiance des consommateurs publié par le Conference Board a également dépassé les attentes en ressortant à 93,1 points, contre 92 attendus.

Enfin, le marché immobilier a réservé une bonne surprise. Les ventes de logements neufs ont progressé au-delà des anticipations, tandis que les permis de construire ont enregistré une hausse de 11 %.

Dans cet environnement contrasté, les investisseurs concentrent désormais leur attention sur l’évolution de l’inflation et sur les orientations de la Réserve fédérale, désormais dirigée par Kevin Warsh.

  • Le difficile héritage de Kevin Warsh

Kevin Warsh est officiellement devenu le nouveau président de la Réserve fédérale, succédant à Jerome Powell.

Il prend les rênes de l’institution dans un contexte particulièrement délicat. D’un côté, l’économie américaine montre des signes tangibles de ralentissement. De l’autre, les pressions inflationnistes se renforcent.

L’inflation a atteint en avril son niveau le plus élevé depuis près de trois ans. L’indice PCE a progressé de 3,8 % sur un an, contre 3,5 % en mars. Quant au « core PCE », l’indicateur d’inflation privilégié par la Fed, il affiche désormais une hausse annuelle de 3,3 %.

Les prix de l’énergie jouent un rôle majeur dans cette accélération. Les carburants affichent ainsi une hausse de 28,4 % sur un an. Mais les tensions inflationnistes se diffusent également dans l’ensemble de l’économie, des loyers aux billets d’avion. En avril, le prix du steak de bœuf était par exemple supérieur de 16,1 % à celui observé un an auparavant.

Kevin Warsh pourra-t-il assouplir sa politique monétaire afin de soutenir une économie en perte de vitesse ? Ou devra-t-il, au contraire, privilégier la lutte contre l’inflation et préserver l’indépendance de la banque centrale face aux pressions politiques ?

Les premiers éléments de réponse sont attendus le 16 juin, à l’occasion de sa première réunion de politique monétaire à la tête de la Fed.

Le conflit iranien assombrit les perspectives européennes

Le conflit en Iran commence à peser sensiblement sur l’économie européenne. Il paraît désormais acquis que la croissance de la zone euro sera inférieure à 1 % en 2026.

  • Le ralentissement de l'économie se confirme

Les chiffres de croissance du premier trimestre 2026 ont été publiés. Et ils déçoivent. L’activité n’a progressé que de 0,1 % sur le trimestre, confirmant le ralentissement à l’œuvre dans la plupart des économies européennes.

La confiance des acteurs économiques continue également de se dégrader. L’indice de confiance des consommateurs s’est établi à -19 en mai, après -20,6 en avril. Un niveau certes légèrement supérieur aux attentes des analystes, qui anticipaient -21, mais qui demeure révélateur d’un climat économique fragile.

La France illustre bien ces difficultés. Au premier trimestre 2026, son produit intérieur brut (PIB) en volume s’est contracté de 0,1 %.

Autre indicateur préoccupant : l’indice PMI composite de la zone euro, publié par S&P Global, est ressorti à 47,5 en mai, contre 48,8 en avril. Il s’agit de son niveau le plus faible depuis octobre 2023. L’indice se situe également en dessous des anticipations des économistes interrogés par Reuters, qui tablaient sur une stabilisation.

À moyen terme, les perspectives se dégradent encore. La Commission européenne prévoit désormais une croissance de seulement 0,9 % en 2026, contre 1,2 % dans ses prévisions publiées à l’automne 2025.

Le marché du travail devrait à son tour subir les conséquences de ce ralentissement. La Commission anticipe un taux de chômage de 8,3 % en 2026 puis de 8,7 % en 2027, après 7,7 % en 2025.

Comme l’explique Émile Gagna, économiste chez Candriam, dans Les Échos : « La consommation est en train de freiner et la chute de la confiance des ménages laisse présager un ralentissement encore plus marqué à l'avenir. Le choc pétrolier lié à la guerre en Iran va faire passer l'inflation dans la zone euro à 3,5 % environ cette année en moyenne, contre 2 % attendus avant le début du conflit. Celui-ci va donc entraîner un prélèvement de l'ordre de 1 % à 1,5 % sur le pouvoir d'achat des ménages européens. »

  • Le retour du risque inflationniste

La hausse du coût de la vie provoquée par la guerre au Moyen-Orient ravive les tensions inflationnistes en Europe.

Selon les premières estimations d’Eurostat, les prix à la production industrielle ont progressé de 3,4 % dans la zone euro et de 3,2 % dans l’ensemble de l’Union européenne en mars 2026 par rapport au mois précédent. Sans surprise, cette hausse est principalement imputable à l’énergie, dont les prix ont bondi de 11,1 % sur un mois dans le contexte de la flambée des cours du pétrole et du gaz.

L’inflation accélère elle aussi rapidement. Après 1,9 % en février sur un an, elle est passée à 2,6 % en mars puis à 3 % en avril. En seulement deux mois, l’indice des prix à la consommation a ainsi gagné plus d’un point.

Face à cette situation, la Banque centrale européenne (BCE) a choisi le statu quo lors de sa dernière réunion. Toutefois, les débats autour d’un éventuel relèvement des taux directeurs ont été nourris, et plusieurs responsables monétaires ont laissé entendre qu’une hausse pourrait intervenir dès le mois de juin.

Pour Eric Bertrand, directeur général d’OFI Invest AM, « la Banque centrale européenne, consciente des erreurs du passé, n’a pas pris d’engagement sur une hausse des taux en juin, mais elle a néanmoins préparé le terrain pour le faire. Seul un déblocage du détroit d’Ormuz et une normalisation rapide des prix de l’énergie pourraient modifier cet état de fait. Le statu quo des banques centrales ne doit pas être interprété comme un signal de confort. Il traduit plutôt une contrainte : celle de devoir arbitrer entre inflation énergétique, ralentissement de la croissance et risque de second tour ».

La résilience de l'économie chinoise

Les 14 et 15 mai 2026, Donald Trump s’est rendu en Chine pour rencontrer Xi Jinping. Derrière l’affichage d’une relation apaisée, les divergences stratégiques restent entières.

  • Des relations sino-américaines très incertaines

Le président chinois a averti son homologue qu’une mauvaise gestion du dossier taïwanais pourrait conduire à une situation « extrêmement dangereuse » pour les relations sino-américaines. Il a également insisté sur l’incompatibilité entre « l’indépendance de Taïwan » et la stabilité régionale, alors que les tensions autour du détroit d’Ormuz alimentent déjà les inquiétudes. Donald Trump s’est gardé de tout commentaire public sur ces déclarations et a évité les questions des journalistes. Malgré les sourires protocolaires, la rivalité demeure.

Sur le plan économique, Pékin poursuit sa stratégie de montée en gamme technologique. Les autorités ont lancé un programme destiné à accélérer l’intégration de l’« IA Plus » dans l’ensemble des secteurs de l’économie. La Chine dispose d’atouts considérables : la plus vaste population susceptible d’adopter massivement les services numériques et plus de 50 % des brevets mondiaux déposés dans le domaine de l’intelligence artificielle.

  • La force exportatrice

Dans le même temps, plusieurs indicateurs témoignent d’un ralentissement de l’activité. En avril, la production industrielle n’a progressé que de 4,1 %, contre près de 6 % attendus, soit sa plus faible performance depuis trois ans. Les ventes au détail n’ont augmenté que de 0,2 %, leur plus faible hausse depuis décembre 2022. Les effets du choc énergétique mondial commencent à peser sur la deuxième économie de la planète, poussant Pékin à envisager de nouvelles mesures de soutien à la population. Le sujet devrait être au cœur des discussions lors de la prochaine réunion du Parti communiste, en juillet.

Cette situation met en lumière une économie à deux vitesses. La consommation des ménages reste atone, mais l’industrie continue d’afficher une remarquable vigueur. Les profits des entreprises industrielles ont progressé de 18,2 % depuis le début de l’année par rapport à la même période de 2025. Dans la chimie, la hausse dépasse même 70 %.

Pour Wilfrid Galand, directeur stratégiste chez Montpensier-Arbevel, l’économie chinoise dispose de solides atouts pour absorber les tensions géopolitiques actuelles : « L’analyse des composantes de cette croissance est claire : c’est bien la densité, la performance et la compétitivité à l’exportation de l’impressionnant tissu manufacturier du pays qui lui donne son positionnement unique dans les chaines de valeurs et lui permet de conforter sa place comme point central des équilibres géopolitique à l’heure où le blocage du détroit d’Ormuz exacerbe les tensions et remet les coordinations régionales au centre du jeu. »


Transmission d'entreprise : la grande interview de Guillaume Lucchini sur B Smart TV

Transmission d’entreprise : les erreurs patrimoniales à éviter avant une cession

Une immense vague de transmission se prépare. Portée par la dynamique démographique du « Papy Boom », près de 9 000 milliards d’euros devraient changer de mains au cours des prochaines années au profit des jeunes générations. Les entrepreneurs se retrouvent en première ligne de ce basculement patrimonial, avec une question centrale : celle de la transmission de leur outil professionnel.

Dans l’émission Smart Patrimoine sur B SMART TV, à l’occasion d’un grand entretien conduit par le journaliste Fabrice Cousté, Guillaume Lucchini, associé fondateur du multi-family office Scala Patrimoine, revient sur la manière d’aborder la transmission d’une entreprise.

Comment organiser la transmission d'une entreprise dans les meilleures conditions ?

Guillaume Lucchini. La cession constitue un moment charnière dans la vie d’un chef d’entreprise. En pratique, un entrepreneur s’investit dans sa société autant humainement que financièrement. Très souvent, l’entreprise représente d’ailleurs l’essentiel de son patrimoine. Elle cristallise à la fois le patrimoine professionnel et le patrimoine personnel.

Au cours des dix prochaines années, sous l’effet du vieillissement démographique, une immense vague de cessions va se concrétiser. Les enjeux économiques et patrimoniaux sont considérables. À ce moment-là, les entrepreneurs vont monétiser leur actif professionnel pour entrer dans une nouvelle phase de vie, celle de la retraite.

Quels conseils peut-on donner à ceux qui sont encore en activité mais commencent à préparer la transmission de leur entreprise ?

Guillaume Lucchini. Notre premier conseil est d’anticiper le sujet patrimonial avant même celui de la cession à proprement parler. On oublie trop souvent que ces décisions, si elles concernent évidemment la sphère professionnelle, ont aussi des conséquences majeures sur la sphère personnelle. Et cette dernière est régulièrement négligée.

Le chef d’entreprise a la tête dans le guidon. Le sujet patrimonial reste souvent relégué au second plan. Puis, au moment de la cession, toute l’attention se concentre sur les chiffres, la négociation, le closing. La sphère personnelle passe alors complètement à l’arrière-plan.

Très souvent, les entrepreneurs nous sollicitent une fois l’opération finalisée. Or, à ce stade, il est déjà trop tard pour mettre en place certaines stratégies pleinement adaptées à leur situation.

« Les sujets de transmission nécessitent de se projeter plusieurs années à l’avance »

Pour quelles raisons ?

Guillaume Lucchini. Parce qu’un certain nombre de mécanismes doivent être réfléchis très en amont. Bien sûr, il existe des stratégies d’optimisation fiscale, mais l’enjeu principal reste surtout de structurer le patrimoine de l’entrepreneur en fonction de ses besoins et de ses objectifs de vie.

On peut penser, par exemple, aux donations avant cession, aux problématiques de démembrement, aux holdings ou encore aux mécanismes de remploi. Tous ces sujets nécessitent de se projeter plusieurs années à l’avance.

Je recommande donc aux chefs d’entreprise de s’interroger, bien avant la cession, sur leur futur mode de vie et sur leurs besoins financiers une fois à la retraite. Cette réflexion permet ensuite de structurer l’opération de manière cohérente et évite aux conseils qui les accompagnent d’intervenir dans l’urgence.

Vous évoquiez justement le remploi. La loi de finances a apporté plusieurs modifications au dispositif. Reste-t-il attractif ?

Guillaume Lucchini. Le remploi, concrètement, consiste à différer le paiement de l’impôt sous réserve de respecter un certain nombre de contraintes. Parmi elles, l’obligation de réinvestir dans une nouvelle activité économique. Autrement dit, en échange d’un sursis d’imposition, l’entrepreneur doit réallouer une partie de son patrimoine dans une activité qu’il ne maîtrise pas nécessairement.

Le dispositif prévu à l’article 150-0 B ter du Code général des impôts peut, à mon sens, relever d’une forme de fuite en avant.

Chez Scala Patrimoine, nous prenons donc le temps d’analyser ces mécanismes avec beaucoup de prudence. Et nous n’hésitons pas, lorsque cela est nécessaire, à nous montrer réservés vis-à-vis de certaines solutions d’investissement proposées dans ce cadre.

Le problème, c’est que ce dispositif est souvent présenté aux chefs d’entreprise sous un angle exclusivement fiscal. Or les contraintes réelles sont rarement pleinement comprises. C’est, selon moi, une erreur majeure.

D’autant que les solutions proposées par certaines sociétés de gestion ne se montrent pas toujours performantes. Il faut être particulièrement vigilant sur la liquidité des actifs. Lorsqu’on investit en private equity ou dans certains montages immobiliers, les capitaux peuvent rester immobilisés pendant de longues années.

Le 150-0 B ter peut néanmoins être pertinent pour des serial entrepreneurs désireux de reprendre une activité ou de réinvestir dans une entreprise dans laquelle ils souhaitent jouer un rôle actif.

« Un patrimoine fonctionne comme un Rubik’s Cube : dès que l’on bouge une face, toutes les autres se réorganisent »

Il est donc parfois préférable de payer l’impôt plutôt que de s’enfermer dans un dispositif trop contraignant ?

Guillaume Lucchini. Exactement. À mes yeux, l’optimisation ne passe pas systématiquement par une logique de remploi. Elle peut aussi résider dans une structuration intelligente de l’actionnariat.

De nombreuses questions doivent être posées très tôt. Est-il pertinent de transmettre une partie des titres à ses enfants en démembrement afin de réduire la pression fiscale future ? Plus ces réflexions interviennent en amont, plus il devient possible de structurer sereinement la cession et d’éviter ensuite des dispositifs trop rigides.

Il faut également rappeler que le 150-0 B ter s’inscrit dans un véritable marché de produits d’investissement, avec parfois des intérêts économiques importants pour certaines sociétés de gestion ou certains conseillers en gestion de patrimoine.

Récemment, une avocate spécialisée dans la défense des épargnants représentait une cliente face à un cabinet de gestion de patrimoine. Cette entrepreneure avait apporté l’essentiel du produit de cession de son entreprise à une holding, avant de réinvestir la totalité des sommes dans des solutions éligibles au 150-0 B ter. On lui avait présenté une durée d’illiquidité d’environ quatre ans. Elle partait pourtant à la retraite.

Huit ans plus tard, les fonds restaient toujours bloqués, avec des actifs ayant perdu entre 30 % et 50 % de leur valeur. Aujourd’hui, cette personne rencontre même des difficultés à maintenir son niveau de vie tant son patrimoine avait été concentré sur quelques lignes d’investissement.

C’est précisément là que j’alerte les investisseurs : les contraintes doivent être parfaitement comprises avant toute décision. Et surtout, il n’existe jamais une solution unique. Il est tout à fait possible de diversifier ses investissements et de construire une allocation patrimoniale équilibrée.

L’idée est donc de diversifier ses placements, de conserver une poche de liquidités à court et moyen terme, puis d’utiliser éventuellement le remploi pour des investissements de long terme ?

Guillaume Lucchini. La diversification est essentielle. La première étape consiste à définir précisément son train de vie futur après la cession de l’entreprise.

Dans la réalité, beaucoup d’entrepreneurs ont encore des dettes, des enfants dont les études représentent des coûts importants, et un patrimoine très largement concentré dans leur société. Il est donc souvent nécessaire de monétiser une partie de la cession, même si cela implique de payer de l’impôt.

Ces arbitrages doivent être réalisés avec un conseil indépendant, capable d’avoir une lecture globale de la situation, sans biais commercial. Il faut être accompagné par des professionnels en mesure d’appréhender à la fois votre vie personnelle, vos besoins et vos objectifs de long terme.

Comme je le répète souvent à mes clients, un patrimoine fonctionne comme un Rubik’s Cube : dès que l’on bouge une face, toutes les autres se réorganisent. L’enjeu consiste justement à parvenir à aligner le plus grand nombre de faces possible. Et cela suppose une compréhension fine de l’ensemble des paramètres.

https://www.youtube.com/watch?v=WBWvO7DFHMQ


Assurance-vie luxembourgeoise

Assurance-vie luxembourgeoise : pourquoi les investisseurs français se tournent massivement vers le Grand-Duché

L’assurance-vie luxembourgeoise continue d’attirer un nombre croissant d’investisseurs. Selon les chiffres publiés par l’Association des compagnies d’assurances et de réassurances du Grand-Duché du Luxembourg (ACA), la collecte sur ces contrats a progressé de 20,3 % en 2025, atteignant 16,4 milliards d’euros. Une dynamique qui était déjà très spectaculaire l’année précédente, avec une hausse de 58,1 %.

Au-delà des qualités propres au contrat luxembourgeois, cet engouement s’explique aussi par le climat d’incertitude politique et fiscale qui s’installe en France.

Quels sont les avantages du contrat luxembourgeois ?

Le contrat luxembourgeois s’est imposé au fil des années comme un véritable outil d’ingénierie patrimoniale, particulièrement adapté aux investisseurs évoluant dans un contexte de mobilité internationale.

  • La neutralité fiscale

L’assurance-vie du Grand-Duché repose sur un principe simple : elle s’adapte à la fiscalité du pays de résidence du souscripteur. Autrement dit, c’est le régime fiscal du pays dans lequel réside fiscalement l’épargnant qui s’applique.

Ce mécanisme permet notamment d’éviter les situations de double imposition. Un non-résident ne sera donc pas imposé au Luxembourg. Par nature, ce type de contrat s’adresse ainsi particulièrement aux investisseurs disposant d’une forte mobilité géographique.

Le dispositif répond notamment aux besoins des sportifs de haut niveau, des cadres internationaux ou encore des entrepreneurs. Les footballeurs professionnels, par exemple, peuvent changer de club et de pays d’une saison à l’autre. Et parfois même en cours d’année à l’occasion du mercato hivernal.

Autre avantage, et non des moindres : ces contrats suivent le titulaire dans un nouveau pays. Sans qu’il ait besoin de les liquider.

« L’assurance-vie luxembourgeoise est un outil fantastique pour les clients qui sont dans un cadre de mobilité internationale. Un expatrié installé en Espagne, en Italie ou dans un pays du Moyen-Orient, par exemple, sera imposé selon la fiscalité du pays de résidence. Ce qui, dans la plupart des cas, lui sera plus favorable qu’en restant soumis au régime français », abonde Guillaume Lucchini, associé fondateur du multi-family office indépendant Scala Patrimoine.

Étant précisé qu’il ne s’agit pas d’une pratique offshore. Tout résident français peut ouvrir une assurance-vie au Luxembourg, à condition de la déclarer correctement. Cela se concrétise dans un cadre légal parfaitement défini.

  • L’accès au « triangle de sécurité »

Le succès de l’assurance-vie luxembourgeoise repose en grande partie sur son fameux « triangle de sécurité ». Ce système simple sépare les rôles pour protéger les sommes placées par l’investisseur. L’assureur gère le contrat, l’assuré (l’investisseur) conserve ses droits, et une banque indépendante (le dépositaire) conserve les fonds, hors des actifs de l’assureur.

Contrairement à la France, où l’investisseur est un créancier ordinaire (appelé « chirographaire »), donc le dernier remboursé en cas de faillite, le Luxembourg place l’épargnant en tant que « superprivilégié ». Celui-ci devient ainsi créancier prioritaire sur la compagnie d’assurance : les fonds sont donc protégés en priorité, même si la compagnie fait faillite. Résultat ? Une sécurité renforcée pour l’investisseur.

  • Une protection théorique contre le blocage des fonds (loi Sapin II)

Promulguée en 2016, la loi Sapin II permet au Haut Conseil de stabilité financière (HCSF) de geler temporairement les rachats, arbitrages ou versements sur les contrats d’assurance-vie français en cas de crise financière majeure. Cette mesure, censée protéger le système, avait alors semé la panique chez les épargnants craignant de perdre l’accès à leur argent.

Bonne nouvelle : les contrats luxembourgeois échappent, en principe, totalement à cette règle du HCSF grâce à la réglementation européenne. Vos fonds restent disponibles, même en cas de tempête sur les marchés français.

Guillaume Lucchini, fondateur de Scala Patrimoine, nuance toutefois : « Bien que la loi Sapin II s'applique strictement aux contrats français et que les assureurs luxembourgeois relèvent de la Commission de surveillance du secteur financier (CAA), les marchés financiers européens sont interconnectés. L'État français pourrait potentiellement exercer une pression politique ou réglementaire sur le Luxembourg pour les résidents fiscaux français, via des accords bilatéraux ou des directives de l’UE, en cas de crise systémique majeure. »

  • Une gestion plus diversifiée

L’assurance-vie luxembourgeoise offre un accès particulièrement large aux solutions d’investissement grâce à une logique d’architecture ouverte. Celle-ci donne accès à une large diversification de placements (titres vifs, OPCVM, fonds dédiés, private equity…), dans un environnement mondial. « La possibilité de diversification va toutefois de pair avec le montant des capitaux investis et la fortune du souscripteur », tient cependant à préciser Guillaume Lucchini.

Le souscripteur peut également choisir la devise dans laquelle est libellé son contrat (euro, franc suisse, dollar, livre sterling).

L’assurance-vie luxembourgeoise se distingue, il est vrai, par sa flexibilité, encadrée par la directive IDD et supervisée par le CAA. Elle propose deux piliers de gestion : la gestion collective, mutualisée, et la gestion individuelle, sur mesure pour les patrimoines exigeants.

En gestion collective, les fonds externes investissent dans des OPCVM (UCITS) rigoureusement validés par l’assureur, assurant sécurité et diversification. Les Fonds internes collectifs (FIC) regroupent les souscripteurs autour d’une stratégie active, déléguée à une société de gestion tierce indépendante.

En gestion individuelle, les Fonds d’assurance spécialisés (FAS) offrent une allocation libre ou conseillée, avec une grande flexibilité sur les actions, l’immobilier ou le private equity, sous supervision prudentielle. Les Fonds internes dédiés (FID), ou mandats sur mesure, confient la gestion à un tiers (gestionnaire), liés à un ou plusieurs contrats pour une personnalisation optimale.

Le fondateur de Scala Patrimoine appuie cette analyse : « Le vrai intérêt concerne ceux qui ont une surface financière supérieure à 2,5 M€. Car le contrat luxembourgeois va, en pratique, aller accéder à une offre élargie selon une approche de “stock picking”. Avec en prime le meilleur des deux mondes : le coté et le non coté. »

Luxembourg : un havre de stabilité

Le Luxembourg bénéficie également d’une image de stabilité politique, réglementaire et fiscale qui rassure de nombreux investisseurs français. La logique poursuivie relève alors davantage de la protection patrimoniale que de la seule recherche de rendement.

« Les capitaux sont déposés dans un État mieux noté sur le plan de la solvabilité, comme le Luxembourg, et bénéficient d’un environnement réglementaire plus protecteur. Cela permet aux épargnants de sécuriser leurs avoirs tout en conservant une transparence totale vis-à-vis de l’administration fiscale française », précise Guillaume Lucchini.

Les raisons de cette attractivité sont désormais bien identifiées : instabilité politique française, inquiétudes liées à la dette publique, crainte de nouvelles hausses d’impôts ou encore interrogations sur l’évolution future de la fiscalité patrimoniale.

Reste qu’une partie des investisseurs se tourne vers ces contrats sans réelle nécessité patrimoniale. Certaines pratiques commerciales de cabinets français distribuant des contrats luxembourgeois suscitent également des critiques.

Des pratiques dénoncées par Guillaume Lucchini : « Une pratique courante consiste, pour des conseillers patrimoniaux, à réaliser de facto des arbitrages ou une gestion active au sein de mandats sans être autorisés à exercer une gestion de portefeuille pour compte de tiers. Or, l’AMF sanctionne régulièrement ces manquements pour protéger les clients. »

Un attrait qui va encore s’accentuer ?

« La majorité des actifs que nous gérons ne sont plus en France mais vont vers des contrats d’assurance-vie au Luxembourg. Cela s'accélère vraiment », avait témoigné en 2025 Guillaume Lucchini au Financial Times. Et les flux vers le Grand-Duché ne montrent, pour l’heure, aucun signe de ralentissement.

« On ressent une montée des interrogations des entrepreneurs et des cadres, avec une grande recherche de stabilité », poursuit le fondateur de Scala Patrimoine.

Les investisseurs continuent ainsi d’arbitrer leur épargne vers des juridictions jugées plus sûres, comme le Luxembourg ou la Suisse.

Guillaume Lucchini abonde en ce sens. « La dette publique constitue une autre source majeure d’inquiétude. Tout comme l’éventualité d’un changement de majorité politique susceptible de bouleverser le cadre fiscal. »

Nul doute qu’avec le calendrier électoral français, l’attrait pour l’assurance-vie luxembourgeoise devrait encore s’accélérer.


Nos conseils pour réussir ses investissement dans un fonds de private equity

Produits structurés : l’affaire Stellantis révèle les dérives du décrément

La chute des valorisations de certains produits structurés adossés à Stellantis a provoqué de vives réactions dans le monde de la gestion patrimoniale. Plus encore que les difficultés du constructeur automobile, cette séquence met en lumière la commercialisation massive de produits complexes, parfois distribués de manière quasi aveugle par certains cabinets de gestion de patrimoine, sans réelle maîtrise du risque sous-jacent.

Selon Les Échos, près de 2,5 milliards d’euros auraient été collectés à l’échelle mondiale entre 2023 et 2024 sur des produits structurés adossés à Stellantis. Un montant considérable.

Retour sur une affaire qui remet au premier plan deux sujets récurrents. L’absence d’indépendance dans le conseil et l’utilisation massive d’indices synthétiques à décrément.

Qu’est‑ce qu’un produit structuré à décrément ?

Très présents dans les allocations d’actifs, les produits structurés sont des instruments financiers émis par des banques, mêlant une composante obligataire et des produits dérivés, notamment des options. Leur rendement dépend de l’évolution d’un actif sous‑jacent – une action dans le cas présent - avec, selon les cas, une protection partielle ou totale du capital à l’échéance.

Lorsqu’il est correctement conçu, ce type de placement peut présenter un véritable intérêt patrimonial, en permettant d’ajuster avec finesse le couple rendement/risque selon le profil de l’investisseur.

On distingue principalement deux catégories de produits structurés :

- les produits à sous‑jacent classique ;

- les produits à sous‑jacent à décrément, qu’il soit exprimé en pourcentage ou en points fixes.

Le décrément est un paramètre intégré dans le calcul d’un indice synthétique représentant une performance théorique combinant cours de l’action et un dividende forfaitaire. Concrètement, il correspond à un dividende fixe prélevé de manière régulière sur l’indice, indépendamment des dividendes réellement versés par les sociétés concernées.

Pour simplifier, ce mécanisme provoque une érosion progressive de l’indice synthétique via un montant fixe prélevé chaque année, par exemple 5% ou 5 euros. Ce système ignore les dividendes effectivement distribués par les sociétés du panier, au profit de ce dividende théorique.

C’est précisément là que réside le décalage : le dividende retenu dans la formule du produit ne correspond plus nécessairement au dividende réellement distribué par l’entreprise.

Les incidences du décrément pour les parties prenantes

L’objectif du décrément est avant tout technique : rendre plus stable et prévisible une composante du sous‑jacent qui, par nature, est variable. Pour l’émetteur, ce mécanisme facilite la couverture des risques (hedging) et simplifie les hypothèses de modélisation.

Et puisque le risque porté par la banque émettrice est réduit, celle‑ci peut proposer un coupon légèrement supérieur.

En échange, c’est l’investisseur final qui assume le risque lié à l’évolution des dividendes, ainsi qu’à l’effet d’érosion continue du décrément sur l’indice synthétique.

Décrément fixe et décrément en pourcentage

Un autre élément mérite une attention particulière : l’évolution progressive des mécanismes utilisés par les banques. Le décrément en pourcentage a peu à peu laissé place au décrément fixe en points.

Avec un décrément en pourcentage, la même proportion est retranchée chaque année, par exemple 5%. La ponction augmente donc lorsque l’indice progresse et diminue lorsqu’il recule, mais elle reste proportionnelle à son niveau.

Le décrément fixe en points fonctionne différemment : le même montant absolu est retiré chaque année sur le niveau de l’indice synthétique - par exemple 50 points d’indice - quel que soit le niveau atteint. Ce montant ne s’ajuste pas à la performance du sous‑jacent.

« Dans les faits, le décrément en points devient beaucoup plus pénalisant lorsque l’indice baisse fortement, alors que le décrément en pourcentage pèse davantage dans les marchés haussiers. » explique Francesco Baiano, chargé d’investissement au sein du multi family office indépendant Scala Patrimoine.

Autrement dit, l’utilisation d’un décrément fixe accentue l’effet de ciseau lorsque le sous‑jacent traverse une phase de difficulté, car la même ponction annuelle représente une part croissante de la valeur résiduelle de l’indice.

Les risques inhérents aux indices synthétiques à décrément

Sur le papier, le mécanisme paraît technique. En pratique, il peut devenir redoutable.

Car l’investisseur ne suit plus uniquement l’évolution réelle du titre : il subit également une hypothèse artificielle intégrée dès la conception du produit, incarnée par le dividende théorique du décrément.

Tant que le dividende réel reste proche du décrément retenu, l’écart demeure relativement invisible. Le système semble fonctionner sans heurt.

Mais lorsque le dividende baisse - ou disparaît totalement comme c’est le cas cette année pour Stellantis  - le décrément, lui, continue de s’appliquer jusqu’à l’échéance du produit.

C’est à ce moment que le mécanisme devient particulièrement destructeur : l’indice synthétique continue de s’éroder, tandis que la situation économique réelle - et le dividende réel -  de l’entreprise se dégradent.

Le décrément agit ainsi en permanence, mais son effet devient particulièrement marquant en phase de baisse du cours et de compression du dividende, amplifiant la perforation théorique du produit par rapport au comportement observable du sous‑jacent.

Les produits structurés à décrément
Les produits structurés à décrément

Le cas Stellantis

Pendant plusieurs années, Stellantis cochait toutes les cases du sous-jacent idéal pour des produits de type Athena ou Phoenix. Un nom connu du grand public, une capitalisation importante, une liquidité élevée, une volatilité forte et surtout un dividende historiquement généreux, avec un rendement supérieur à 7,5 %.

Les pertes les plus sévères ont concerné les produits intégrant Stellantis comme sous-jacent à décrément. Car le mécanisme avait fixé dès l’origine un niveau de dividende théorique, alors même que le constructeur a drastiquement réduit puis supprimé son dividende.

Entre 2024 et 2025, celui-ci est passé de 1,55 euro à 0,68 euro, avant d’être suspendu en février dernier.

Le problème est que le décrément, lui, continue de s’appliquer jusqu’à l’échéance des produits, dans une fourchette comprise entre 1,34 et 1,55 euro selon les structures.

« Dans le cas de Stellantis, ce point a été déterminant. Le dividende a été fortement réduit, puis supprimé en 2026. Mais certains produits continuaient d’appliquer un décrément », observe Francesco Baiano.

Le mécanisme amplifie alors mécaniquement les pertes en marché baissier. Le découplage entre le dividende réel et le dividende théorique retenu dans la formule accentue brutalement l’« effet ciseau ».

Les formules de type « worst of »

Stellantis était également très présente dans des paniers de titres utilisant des formules dites « worst of ».

« Dans ce type de construction, la performance finale dépend de la valeur la moins performante du panier. Autrement dit, même si plusieurs titres résistent correctement, une chute marquée d’une seule valeur peut détériorer l’ensemble du produit. » explique le chargé d’investissement de Scala Patrimoine.

Or Stellantis occupait fréquemment cette place. « Une dégradation marquée de Stellantis pouvait ainsi suffire à détériorer le résultat global, même si les autres composantes résistent mieux. Cette caractéristique accentue le risque lorsque le sous-jacent devient l’élément dominant de la performance défavorable. »

Un rebond encore possible ?

Le titre Stellantis s’est progressivement effondré en Bourse. L’action, qui évoluait entre 12 et 27 euros en 2023 et 2024, a touché un point bas à 5,51 euros le 20 mars dernier. Elle évolue désormais autour de 6,58 euros.

Dans un environnement de marché aussi dégradé, les mécanismes de décrément peuvent accélérer les pertes et provoquer des décotes extrêmes sur le marché secondaire.

Résultat, certaines valorisations se sont effondrées à des niveaux parfois inférieurs à 10 % du nominal, avec, dans certains cas, des pertes dépassant 99 % selon les structures et les dates d’émission.

Francesco Baiano nuance toutefois : « Il est encore possible, en théorie, pour certains investisseurs de récupérer leur mise. Mais il ne faut pas se faire trop d’illusions. Sur un produit Stellantis à décrément, récupérer son capital suppose désormais un rebond très important du sous-jacent et dans des proportions souvent bien supérieures à ce que laisse penser la seule lecture du cours de Bourse. »

Le problème n’est donc pas uniquement la chute d’un titre. Il réside aussi dans une structuration qui peut fragiliser l’investisseur dès l’origine.

Les risques liés aux conflits d’intérêts

  • Une gestion du risque mise à mal

Les produits structurés reposant sur une seule valeur continuent de se commercialiser très facilement. Renault, Kering, Crédit Agricole, Engie, Pernod Ricard, Edenred, Société Générale, BNP Paribas… et donc Stellantis. Les mêmes noms reviennent régulièrement dans les émissions mono-sous-jacent.

Mais cette pratique soulève une question essentielle : celle de la gestion du risque.

« Un produit structuré construit sur une seule entreprise n’offre pas la diversification d’un grand indice. Et lorsque la situation de cette entreprise se dégrade, les conséquences peuvent rapidement devenir incontrôlables », avertit Guillaume Lucchini, associé fondateur du multi family office indépendant Scala Patrimoine.

La diffusion de ces produits a été massive. Selon Structured Retail Products, en France, plus de 2 300 produits structurés sont aujourd’hui liés à l’action Stellantis.

Guillaume Lucchini, associé fondateur du multi family office indépendant Scala Patrimoine, estime : « On parle beaucoup de la chute des valorisations de certains produits structurés indexés sur Stellantis. Mais le vrai sujet n’est pas Stellantis. Le vrai sujet, c’est le risque qui a été transféré à l’investisseur final. Pendant trop longtemps, des produits complexes ont été distribués avec des mécanismes insuffisamment expliqués. Et derrière un packaging rassurant, une question demeure : l’intérêt du client était-il réellement au centre de la réflexion des conseillers ? »

Pour lui, une allocation patrimoniale sérieuse ne peut pas reposer sur des paris concentrés. Elle doit avant tout s’appuyer sur une gestion rigoureuse du risque.

Car, bien souvent, lorsqu’un rendement paraît exceptionnel, le risque l’est aussi.

  • La nécessité d’opter pour un conseil véritablement indépendant

Surtout que les produits structurés adossés à la valeur étaient souvent commercialisés avec des rétrocommissions parfois supérieures à 10 %. Des frais annuels pouvaient également s’ajouter, directement intégrés au produit ou liés à l’enveloppe d’investissement.

Interrogé par le journal Le Figaro sur le sujet, Guillaume Lucchini a rappelé que « le problème n'était pas tant le produit, qui est sans doute mauvais, mais surtout qu'il ait été distribué autant. »

La conviction de Scala Patrimoine est donc claire : la transparence n’est pas un confort, mais une exigence. Notre multi-family office applique ainsi une rémunération totalement transparente, dénuée de conflits d’intérêts.

« Nous ne percevons aucune rétrocommissions. Nous appliquons une rémunération à 100 % en honoraires, qui permet ainsi d’aligner nos intérêts sur ceux de nos clients. » insiste Guillaume Lucchini.

Pour conclure Francesco Baiano rappelle que « chez Scala, nous ne proposons jamais de produits structurés adossés à des titres vifs. Nous privilégions la diversification des indices plutôt que la dynamique idiosyncratique d’une seule action. Nous sommes particulièrement critiques vis-à-vis des paniers de titres vifs en worst of, qui reflètent la performance du titre le moins performant. De la même manière, nous n’utilisons pas de structures à décrément, plus confortables pour les émetteurs mais pénalisantes pour la performance des produits ».


Investissement : Les marchés financiers & placements : les États-Unis négocient des accords commerciaux avec ses principaux partenaires commerciaux

Les convictions d’investissement de Scala Patrimoine - Mai 2026

Ce qu’il faut retenir

  • La hausse des marchés actions est surtout portée par l'investissement dans quelques secteurs comme la technologie et l'énergie ;
  • Les marchés obligataires reflètent davantage les tensions inflationnistes et les incertitudes macroéconomiques ;
  • Nous conservons un positionnement neutre et prudent sur les marchés actions, avec une sélection rigoureuse des actifs.

Actions : les marchés défient les risques géopolitiques

Alors que le conflit iranien s’enlise, les marchés financiers font fi des incertitudes géopolitiques et poursuivent leur marche en avant.

  • Des incertitudes… et des records

Il ne fait pas bon être analyste macroéconomique par les temps qui courent. Rarement l’environnement n’a semblé aussi difficile à décrypter.

Tous les regards sont aujourd’hui tournés vers le Moyen-Orient, suspendus à l’espoir d’une issue rapide du conflit iranien. Deux mois et demi après le début de la guerre, l’impasse demeure cependant entière. Aucun des protagonistes ne semble prêt à infléchir sa position.

Pour les investisseurs, l’absence totale de visibilité sur une éventuelle sortie de crise nourrit des épisodes de forte volatilité sur les marchés financiers, au gré des déclarations et des démonstrations de force des uns et des autres.

Lors de sa dernière intervention dans la presse, Kristalina Georgieva, directrice générale du Fonds monétaire international, n’a d’ailleurs pas dissimulé son pessimisme. Selon elle, le « scénario de référence » envisagé jusqu’ici par l’institution - celui d’un conflit bref, accompagné d’un simple ralentissement de la croissance mondiale à 3,1 % - n’est désormais plus crédible. « Ce scénario, à mesure que les jours passent, s’éloigne de plus en plus dans le rétroviseur. »

Le scénario le moins favorable verrait la croissance mondiale glissait vers les 2,5 % en 2026.

Et pourtant, contre toute attente, les grands indices boursiers ont inscrit de nouveaux records ces dernières semaines. Une envolée qui masque toutefois de profondes disparités. Car derrière les sommets des indices, la dynamique reste essentiellement concentrée sur deux segments : la technologie et l’énergie.

  • La bonne santé des entreprises

Malgré le brouillard géopolitique, les premières publications de résultats du premier trimestre ont largement dépassé les attentes.

Près de 80 % des entreprises du S&P 500 ont annoncé des bénéfices supérieurs aux prévisions, quand la moyenne historique se situe habituellement autour de 70 %.

Sans surprise, les secteurs technologique et énergétique concentrent l’essentiel de ces bonnes surprises.

« Même au sein de ces secteurs, il existe de fortes disparités de performances. Alphabet a, par exemple, publié des résultats exceptionnels, alors qu’Amazon a pu décevoir certains investisseurs », tempère toutefois Francesco Baiano, chargé d’investissement chez Scala Patrimoine.

Parmi les grands moteurs du marché figurent toujours les fabricants de semi-conducteurs. Le Philadelphia Semiconductor Index a bondi de 55 % en seulement cinq semaines. Une progression qu’aucun indice américain n’avait enregistrée depuis 150 ans. Intel a ainsi gagné 130 % en un mois, Micron Technology 77 %, tandis que Nvidia progresse encore de 17 %.

« Le marché est clairement porté par ces valeurs, qui bénéficient d’une très forte visibilité sur la demande, notamment autour des data centers. Les carnets de commandes sont remplis jusqu’en 2027 », précise Francesco Baiano.

En Europe aussi, les publications apparaissent solides.

« Mais, en raison des incertitudes géopolitiques et économiques, les tensions se cristallisent désormais autour des résultats des deuxième et troisième trimestres 2026, qui permettront d’évaluer plus précisément la capacité des entreprises à absorber la crise énergétique et les conséquences du conflit iranien », souligne Romane Azzopardi, responsable de la gestion financière chez Scala Patrimoine.

À ce stade, les performances des marchés actions restent donc principalement alimentées par des facteurs microéconomiques. Le rallye observé ces dernières semaines s’est presque exclusivement joué sur les marchés boursiers.

De manière assez contre-intuitive, l’or a reculé depuis le début du conflit iranien, tandis que les marchés obligataires ont davantage souffert des incertitudes géopolitiques.

  • Investissement : rester exposé sans ignorer les risques

Le dernier rallye boursier a été d’une telle puissance qu’il paraît désormais, au moins en partie, déconnecté des risques actuels.

Aux États-Unis, les indices évoluent sur des niveaux historiquement élevés, tout comme certains marchés émergents.

Heureusement, les entreprises continuent de publier de très bons résultats, tandis que la dynamique autour de l’intelligence artificielle apporte davantage de visibilité sur les perspectives bénéficiaires. D’autant que cette thématique dépasse désormais largement les seules valeurs technologiques : elle irrigue les secteurs connexes comme les infrastructures ou les énergéticiens dans le cadre de la construction des data centers.

« Pour autant, faute de visibilité claire, nous conservons un positionnement neutre et prudent sur l'investissement en actions, tout en restant suffisamment exposés pour capter d’éventuels mouvements de hausse », explique Romane Azzopardi. « Dans un environnement aussi instable, toute concentration excessive finit par exposer les portefeuilles à des secousses brutales. Le début d’année en a déjà offert plusieurs démonstrations. Le maître-mot reste donc la diversification. »

Scala Patrimoine continue ainsi de privilégier une large diversification géographique, avec une préférence marquée pour les États-Unis, jugés mieux armés face aux chocs énergétiques. La sélectivité demeure également essentielle, tant au niveau sectoriel qu’intra-sectoriel, afin d’éviter les valorisations devenues excessives sur certaines poches du marché.

Romane Azzopardi réitère également les convictions d'investissement défendues depuis plusieurs mois par le multi family office indépendant : privilégier « les sociétés les moins endettées et capables de générer des cash-flows positifs ».

Reste une série de questions auxquelles personne, aujourd’hui, ne peut répondre avec certitude : comment les entreprises réagiront-elles à une dégradation plus nette de l’environnement macroéconomique ? Et surtout, quand prendra fin le conflit iranien ?

Les marchés obligataires : une approche opportuniste

Le choc énergétique provoqué par la guerre en Iran s’est rapidement diffusé à l'investissement obligataire, principalement par le canal des taux.

C’est en effet le compartiment obligataire qui a été le plus affecté par le conflit, intégrant progressivement à la fois les risques de revirement des politiques monétaires, notamment en Europe, et la résurgence de pressions inflationnistes.

Les obligations souveraines ont été sous tension sur l’ensemble de la courbe, même si les maturités intermédiaires ont fait preuve d’une certaine résilience. Les signatures périphériques, en revanche, ont vu leurs spreads s’écarter davantage, traduisant une exigence accrue de prime de risque.

  • Un changement de cap des banques centrales ?

Les marchés obligataires ont été fortement secoués en ce début d’année. À court terme, le principal catalyseur reste le changement d’orientation des politiques monétaires. À plus longue échéance, c’est surtout le risque inflationniste associé à la prolongation du conflit en Iran qui pèse sur les anticipations.

« Si la hausse des taux a concerné l’ensemble de la courbe, le mouvement de pentification s’est atténué, en particulier dans la zone euro. Une évolution qui s’explique à la fois par l’ajustement des anticipations de politique monétaire et par la montée des craintes de récession, susceptibles de peser davantage sur les taux longs », témoigne Romane Azzopardi.

Dans les faits, les taux ont progressé sur l’ensemble des courbes, aussi bien en dollar qu’en euro. Le Bund à 10 ans est ainsi passé de 2,64% à 3%, tandis que le 2 ans allemand évoluait de 2% à plus de 2,5%. Aux États-Unis, le 10 ans est monté de 3,96% à près de 4,3%, et le 2 ans de 3,38% à 3,85%.

La BCE a récemment durci son discours, soulignant qu’elle ne disposait pas encore de suffisamment de données pour agir, tout en se disant prête à relever ses taux si nécessaire.

Du côté de la Réserve fédérale américaine, les positions apparaissent plus fragmentées. Le gouverneur Miran plaidait, par exemple, pour une baisse de 25 points de base. Mais la majorité des membres privilégie, pour l’instant, le maintien du statu quo.

  • Investissement : une préférence pour le segment « investment grade »

Dans ce contexte, les obligations investment grade offrent un spread encore attractif par rapport aux souverains, même si celui-ci évolue désormais à des niveaux historiquement bas, sous la barre des 100 points de base.

- Investment grade : un segment plus résilient ?

Romane Azzopardi synthétise ainsi les convictions d'investissement du multi-family office indépendant Scala Patrimoine : « Nous conservons une vision constructive sur le crédit investment grade européen, soutenu par l’effet de portage. Une stabilisation des taux constituerait un facteur de soutien supplémentaire à la performance. La préférence est donnée aux obligations libellées en euros afin de se prémunir contre un éventuel affaiblissement du dollar. »

Le segment investment grade est, par ailleurs, jugé plus résilient que le high yield en cas d’élargissement des spreads. L’accent est mis sur des maturités courtes, pour limiter le risque porté par les créanciers.

« Nous limitons l'exposition aux taux souverains car nous avons une conviction plus forte sur les crédits accordés aux entreprises. Par ailleurs, nous évitons toutes expositions non couvertes aux devises », tient à préciser la responsable investissement de Scala Patrimoine

- Des sources de performance complémentaires

Déjà fragilisé par les tensions sur le marché privé américain, le segment du crédit le plus risqué a dû composer avec la hausse des taux sans risque et l’élargissement des spreads. Les spreads du high yield, comme ceux de la dette émergente, demeurent toutefois proches de leurs moyennes historiques.

Une recherche de rendement complémentaire reste possible sur ces segments, à condition qu’elle s’inscrive dans une approche clairement assumée et fortement diversifiée, la poche dominante restant orientée vers le crédit corporate investment grade. L’attention se porte également sur les dettes subordonnées bancaires.

La dette émergente bénéficie, pour sa part, d’une amélioration des fondamentaux budgétaires de certains émetteurs. Néanmoins, le high yield pourrait s’avérer plus vulnérable si le conflit en Iran venait à se prolonger, avec, à la clé, une remontée des taux de défaut.

« Les pays émergents apparaissent également exposés à la hausse des prix de l’énergie et à la vigueur du dollar », abonde Romane Azzopardi.

- Dette publique : des perspectives qui s’assombrissent

Ce sont des niveaux que l’on observait pendant la crise de l’euro entre 2010 et 2011. Au regard des besoins de financement de certains pays, comme l’Allemagne, ces niveaux de taux seront difficilement soutenables pour les finances publiques. Mais tant que le cours du pétrole restera aussi élevé et que les pressions inflationnistes demeureront soutenues, ces pays disposeront de peu de marges de manœuvre.

Romane Azzopardi reconnaît en creux que les perspectives pour les pays les plus lourdement endettés s’annoncent délicates : « À plus long terme, même si le conflit en Iran venait à se résoudre, ces tensions sous-jacentes sur les taux longs, notamment européens mais aussi américains, devraient perdurer au regard des besoins de financement. »

Produits structurés : calibrer son exposition aux marchés actions

Le rallye observé sur les marchés, associé à une compression de la volatilité, a pu jouer en défaveur des produits structurés. Mais cette classe d’actifs conserve un large éventail d’opportunités : elle permet notamment de construire des solutions sur mesure, adossées à un panier de valeurs ou à d’autres segments de marché, en fonction de la stratégie d'investissement recherchée.

« Le produit structuré permet véritablement de moduler son exposition aux marchés actions. Il constitue ainsi une source de diversification potentielle intéressante pour s’exposer à des actifs aujourd’hui jugés trop élevés, tout en bénéficiant d’une protection à la baisse. Ces produits peuvent également s’avérer pertinents dans des stratégies d'investissement reposant sur la génération de revenus, avec l’objectif de distribuer des coupons réguliers », précise la responsable des investissements de Scala Patrimoine.


Les marchés financiers prouvent une nouvelle fois leur dépendance aux décisions des banques centrales. L'économie résiste, quant à elle, trés bien.

Le rendez-vous des marchés financiers et de l'économie mondiale - Mai 2026

Les marchés financiers & l'économie : les points clés

  • Malgré les tensions qui secoue le Moyen-Orient et - par ricochet - l'économie mondiale, les marchés financiers américains ont de nouveau battu des records ;
  • À l’aune du conflit iranien, le FMI revoit à la baisse (entre 0,3 % et 1 %) la croissance des principales économies mondiales ;
  • Christine Lagarde, la présidente de la BCE, laisse entendre qu’un resserrement de la politique monétaire par l’institution européenne est sur la table.

Les grandes actualités géopolitiques et les performances sur les marchés financiers

  • La guerre en Iran s’enlise

Les tensions en Iran sont encore vives, en dépit du cessez-le-feu. Tous les scénarios demeurent ouverts. Donald Trump n’écarte plus l’hypothèse d’une reprise des bombardements contre Téhéran.

Surtout que les Émirats arabes unis ont dû intercepter des missiles et des drones venus d’Iran. Un drone iranien a même atteint sa cible et mis le feu au site pétrolier de Fujaïrah.

La patience déjà limitée du président américain s’érode donc au fil des jours. En témoignent les dernières décisions prises au sommet de la hiérarchie militaire, à commencer par l’éviction du secrétaire à la Marine. Donald Trump a également déclaré que l’Iran serait « rayé de la surface de la Terre » s’il touchait à un navire américain !

Cependant, à mesure que se rapprochent les élections de mi-mandat, la marge de manœuvre politique de Donald Trump se réduit. Un enlisement prolongé apparaît difficilement soutenable pour la Maison-Blanche, d’autant que le conflit reste profondément impopulaire auprès de l’opinion publique américaine. Et le coût financier, lui aussi, commence à peser lourdement.

Selon une étude du Center for Strategic & International Studies, les dépenses ont oscillé entre 1,5 et 2 milliards de dollars par jour lors de la phase initiale des opérations, avant de ralentir à une fourchette comprise entre 500 millions et 1 milliard à mesure que l’intensité des frappes diminuait. À cela s’ajoute le coût du réapprovisionnement en munitions, estimé entre 20 et 25 milliards de dollars supplémentaires !

  • Les marchés pétroliers pris entre deux feux : tensions au Moyen-Orient et recomposition de l’OPEP+

Les cours du pétrole sont toujours sous pression. Le baril de Brent a culminé à 126 dollars, avant de refluer autour de 110 dollars.

Un léger apaisement pourrait toutefois se dessiner à court terme. L’OPEP+, emmenée notamment par l’Arabie saoudite et la Russie, a annoncé une hausse de sa production d’environ 188 000 barils par jour pour le mois de juin, portant le total à près de 35,06 millions de barils quotidiens.

Autre élément qui pourrait participer à une baisse plus importante des cours du pétrole : le retrait surprise des Émirats arabes unis de l’alliance. Un geste lourd de conséquences pour le pays, qui représente à lui seul près de 13 % des capacités de production de l’OPEP.

Derrière cette décision se cache en réalité une divergence stratégique profonde avec Riyad. Contrairement à son puissant voisin, Abou Dhabi souhaite augmenter sensiblement sa production afin de maximiser ses revenus à court terme.

Cette manne est jugée indispensable pour financer la transformation de son modèle économique et préparer l’après-pétrole. Le pays dispose d’une capacité de production appelée à atteindre 5 millions de barils par jour, mais restait, jusqu’à présent, contraint à 3,6 millions en raison des quotas en vigueur.

  • Le FMI revoit ses scénarios de croissance pour l'économie mondiale

Le Fonds monétaire international (FMI) vient d’affiner son dernier scénario pour la croissance mondiale, en prenant en compte les derniers événements survenus en Iran. L’hypothèse centrale retenue par l’institution reste, pour l’instant, celle d’un conflit de courte durée.

Dans ce cadre, la croissance mondiale, initialement anticipée à 3,1 %, est revue à la baisse autour de 2,5 %. Le FMI estime qu’un conflit limité suffirait à provoquer une hausse d’environ 19 % des prix des matières premières, accompagnée d’une inflation mondiale portée à 5,4 %.

En parallèle, l’institution met en garde contre le risque plus diffus, mais potentiellement plus durable, d’une généralisation des politiques budgétaires de soutien massif. Un nouveau « quoi qu’il en coûte » que nombre d’économies fortement endettées auraient désormais de plus en plus de mal à absorber.

Sans surprise, l'économie des pays du Golfe figure parmi les plus exposées aux retombées du conflit. L’Iran et l’Irak apparaissent en première ligne, tout comme le Qatar. Pour Téhéran, la contraction du PIB est déjà estimée à -6,1 % sur l’année en cours. Doha, fortement dépendant des flux énergétiques et logistiques régionaux, verrait son activité reculer d’environ 7 %. Selon des estimations gouvernementales, les actions attribuées aux Corps des Gardiens de la révolution islamique auraient déjà engendré près de 270 milliards de dollars de pertes.

  • Les marchés américains à des sommets historiques

Les incertitudes entourant le conflit en Iran n’ont, pour l’heure, que peu de prise sur les investisseurs. Sur les marchés américains, la trajectoire est même franchement haussière : après un repli de -5,1 % durant le premier mois de la guerre contre l’Iran, les indices ont effacé leurs pertes pour inscrire de nouveaux sommets historiques.

Le S&P 500 a franchi le seuil des 7 200 points, un record absolu. Même configuration pour le Nasdaq, désormais au-delà des 25 000 points.

Le CAC 40 a grimpé de près de 1 % en avril. Le DAX 30 s’est quant à lui adjugé plus de 4 %. Même dynamique sur les marchés chinois, où le Shanghai Composite monte de plus de 6 %.

« Les marchés financiers semblent avoir totalement éludé le conflit. Sur les actions, la microéconomie reprend le dessus sur l’environnement international et la conjoncture. Les premières publications de résultats se révèlent conformes à des attentes pourtant élevées, avec une croissance des BPA de l’ordre de 15 % aux États-Unis. Les valeurs technologiques - notamment dans le sillage de TSMC - tirent les indices à la hausse », observe Axel Botte, directeur Stratégie Marchés chez Ostrum Asset Management.

Cette dynamique spectaculaire mérite toutefois d’être nuancée. Sur près de 10 500 titres cotés aux États-Unis, seuls 68 ont inscrit de nouveaux plus hauts historiques.

Dans le même temps, les valorisations demeurent tendues. Les actions américaines s’échangent autour de 26 fois les bénéfices passés, selon les données MSCI, soit une prime de 51 % par rapport à l’Europe. La saison de résultats du premier trimestre, elle, a démarré sur des bases solides : d’après Bloomberg, 79 % des entreprises du S&P 500 ayant déjà publié ont dépassé les attentes du consensus.

Les performances sur les marchés financiers d'avril 2026
Les performances sur les marchés financiers d'avril 2026

États-Unis : un impact du conflit iranien sur l'économie déjà visible

En apparence, l’économie américaine continue de bien se tenir, portée par des résultats d’entreprises robustes. La croissance a atteint 2,0 % au premier trimestre, tandis que les inscriptions au chômage ont reculé à un niveau inédit depuis 1969. Une photographie flatteuse, qui masque pourtant des fissures plus profondes.

Car en toile de fond, la confiance des ménages s’effrite. Une tendance susceptible de s’accentuer à mesure que les prix de l’énergie repartent à la hausse. « Dans un tel contexte, il est probable qu’un nombre croissant d’économistes révisent à la baisse leurs prévisions de croissance pour 2026 », prévient Chris Williamson, chief business economist chez S&P Global.

  • Des atouts indéniables

Dans un environnement sous tension sur le front énergétique, les États-Unis disposent d’un avantage stratégique majeur : leur autonomie énergétique, avec un statut d’exportateur net de pétrole et de gaz.

L’économie américaine s’appuie également sur la puissance de feu de ses géants technologiques. Les « hyperscalers » de l’intelligence artificielle - Microsoft, Alphabet, Amazon et Meta - ont investi à eux seuls 410 milliards de dollars l’an dernier dans ce domaine. Un montant appelé à grimper à 670 milliards dès 2026.

Ces investissements massifs ne sont pas sans effet sur l’activité. Selon le Bureau of Economic Analysis, ils ont contribué à hauteur d’un point de pourcentage à la croissance du PIB au quatrième trimestre de l’an passé.

  • Une pression inflationniste ravivée

Le retour des tensions inflationnistes était attendu. L’indice des prix à la consommation (CPI) a progressé de 3,3 % sur un an en mars, après 2,4 % le mois précédent. Hors énergie et alimentation, l’inflation ressort à 2,6 %, contre 2,5 % en février.

Cette accélération s’explique en grande partie par la flambée des prix de l’énergie (+10,9 %), elle-même alimentée par une hausse marquée de l’essence (+21,2 %).

Sans surprise, le moral des ménages en pâtit. L’indice de confiance de l’Université du Michigan recule à 49,8 en avril, contre 53,3 en mars.

Pour Axel Botte, directeur Stratégie Marchés chez Ostrum AM, le diagnostic est clair : « Le revenu réel des ménages est pénalisé par le renchérissement de l’énergie. La dégradation des enquêtes de confiance est marquée. La consommation discrétionnaire fléchit depuis le quatrième trimestre, sur fond de transactions immobilières au plus bas. La confiance des promoteurs recule nettement, l’enquête de la NAHB ressortant à 34 en avril. »

Les signaux d’essoufflement se multiplient. L’indice PMI composite S&P Global recule à 50,7 en mars, son plus bas niveau en neuf mois (contre 51,9 en février), traduisant un ralentissement de l’activité du secteur privé. Dans le même temps, l’indice avancé du Conference Board (LEI) cède 0,6 %, à 97,3.

Alan Mudie, de Woodman Asset Management, insiste sur l’impact social de cette dynamique : « La hausse des prix de l’essence pèse lourdement sur les revenus réels, en particulier pour les ménages les plus modestes. Les remboursements d’impôts issus du “One Big Beautiful Bill” n’ont offert qu’un amortisseur limité. Au total, le revenu disponible recule, ce qui devrait peser sur la consommation dans les mois à venir. »

  • Une économie qui tient encore

Tout n’est pas sombre pour autant. Certains indicateurs continuent de témoigner d’une réelle capacité de résistance de l'économie américaine. Les ventes au détail ont bondi de 1,7 % en mars, leur plus forte progression depuis un an. Les promesses de ventes de logements progressent également de 1,5 %, bien au-delà des attentes.

Le marché de l’emploi, lui, demeure solide. En mars, 178 000 postes ont été créés, largement au-dessus des 60 000 anticipés. Le taux de chômage recule à 4,3 %, contre 4,4 % en février. Dans le détail, la santé (+76 000 emplois) et la construction (+26 000) tirent leur épingle du jeu, tandis que la finance continue de se contracter (-16 000).

  • La Fed à l’heure du tournant

À quelques jours du départ de Jerome Powell, la Réserve fédérale s’apprête à ouvrir un nouveau chapitre. Après huit années à sa tête, le président sortant quitte ses fonctions dans un climat tendu, marqué par des relations profondément dégradées avec la Maison-Blanche.

Son successeur désigné, Kevin Warsh, entend imprimer sa marque. Il plaide pour une institution plus réactive, reprochant à la Fed d’avoir trop tardé, par le passé, à ajuster ses taux, au risque, selon lui, de freiner l’économie.

Mais le contexte complique la donne. Le conflit au Moyen-Orient ravive les tensions inflationnistes, réduisant les marges de manœuvre de la banque centrale. Lors de sa dernière réunion, la Fed a opté pour le statu quo, maintenant ses taux et affichant une prudence assumée face à des risques jugés persistants.

Zone euro : ballottée par des vents contraires

Les nuages s’accumulent au-dessus de la zone euro. Au premier trimestre, la croissance a marqué le pas, limitée à +0,1 %, freinée par le reflux de la consommation et de l’investissement. Dans le même temps, l’inflation repart à la hausse, à +3 %, sous l’effet de la flambée des prix de l’énergie alimentée par les tensions au Moyen-Orient. Un cocktail qui ravive, sans détour, le spectre de la stagflation.

  • Un ralentissement de l'économie inéluctable ?

Avant l’éclatement du conflit en Iran, la Banque centrale européenne tablait encore sur une croissance du PIB de 1,2 % en 2026 et de 1,4 % en 2027, avec une inflation contenue autour de 1,9 % puis 1,8 %. Des projections qui, aujourd’hui, paraissent déjà à oublier.

- Des projections revues à la baisse pour l'économie eurpéenne

Dans un scénario de détente rapide des prix de l’énergie - hypothèse fragile à ce stade - la croissance de l'économie européenne pourrait déjà perdre 0,3 point en 2026, puis 0,1 point en 2027.

Première économie de la zone, l’Allemagne a revu ses ambitions à la baisse, ramenant sa prévision de croissance de 1 % à 0,5 % pour l’année en cours. Et pourtant, le tableau n’est pas uniforme. Certains pays résistent mieux qu’attendu : l’Espagne affiche une progression de +0,6 %, tandis que l’Allemagne elle-même a surpris à la marge avec un +0,3 % sur le 1er trimestre 2026.

La France, en revanche, reste à quai, avec une croissance nulle.

- Des perspectives assombries

Les signaux avancés, eux, ne plaident guère pour une embellie rapide. L’indicateur de sentiment économique (ESI) a nettement reculé en avril, à 93,0 points (-3,2 sur un mois), selon la Commission européenne. Même tonalité du côté des anticipations d’emploi (EEI), en baisse marquée à 91,7 (-4,6), traduisant une érosion progressive du marché du travail, 11 400 emplois détruits sur un an.

En Allemagne, l’indice ZEW du sentiment des investisseurs a basculé plus franchement en territoire négatif, à -17,2, après -0,5 en mars. Un décrochage qui en dit long sur la défiance croissante des acteurs économiques.

À ces fragilités conjoncturelles s’ajoute une nouvelle tension commerciale. Donald Trump a annoncé son intention de relever les droits de douane sur les automobiles importées de l’Union européenne, de 15 % à 25 %, accusant Bruxelles de ne pas respecter l’accord commercial conclu l’an passé. Les constructeurs européens implantés aux États-Unis, à l’image de Stellantis, échapperaient toutefois à ces surtaxes.

  • Vers une hausse des taux de la BCE ?

Selon les chiffres publiés par la Banque centrale européenne, l’inflation annuelle dans la zone euro a atteint 3 % en avril 2026, un plus haut depuis septembre 2023, après 2,6 % en mars. Les prix de l’énergie, en particulier, ont bondi de 10,9 %, une accélération inédite depuis février 2023, directement liée aux tensions au Moyen-Orient.

Dans ce contexte délicat, l’institution de Francfort a choisi de maintenir ses taux directeurs à 2 %, soucieuse de ne pas accentuer le ralentissement en cours, malgré une inflation qui résiste.

Sa présidente, Christine Lagarde, a toutefois laissé entendre que l’option d’un relèvement avait été « longuement discutée ». La réunion de juin pourrait, selon ses mots, constituer « le moment opportun » pour trancher et, le cas échéant, resserrer de nouveau la politique monétaire.

Chine : une croissance solide… en apparence

L’économie chinoise continue d’avancer à bon rythme. Au premier trimestre, le PIB ressort en hausse de +5,0 % sur un an, dépassant les attentes fixées à 4,8 %. La production industrielle suit la même trajectoire, en progression de +5,7 %, confirmant la solidité du tissu manufacturier.

  • Une croissance de plus en plus déséquilibrée

Derrière ces chiffres globaux, la dynamique interne reste plus hésitante. La demande domestique peine à reprendre le relais. Les ventes au détail progressent de seulement +1,7 %, en deçà des 1,9 % anticipés, signe d’une consommation encore contrainte.

Le secteur immobilier, lui, continue de peser lourdement sur l’activité : les investissements reculent de 11 % sur un an. Dans ce contexte, la croissance chinoise repose de plus en plus sur les exportations.

Une dépendance qui s’accompagne d’inquiétudes persistantes des ménages chinois. Le taux d’épargne, historiquement élevé en Chine, dépasse désormais les 35 % depuis 2025. Une prudence qui reflète des anticipations économiques dégradées, dans un pays où la dette publique franchit cette année le seuil symbolique des 100 % du PIB, réduisant d’autant les marges de manœuvre budgétaires.

  • Des exportations sous pression, mais encore résilientes

Après une envolée de 22 % en janvier puis en février, les exportations chinoises n’ont progressé que de 2 % en mars. Dans le même temps, l’excédent commercial s’est fortement contracté, à 51 milliards de dollars contre 103 milliards un an plus tôt.

Pour autant, certains segments tirent encore leur épingle du jeu. Dans un contexte de recomposition énergétique mondiale, les exportations de véhicules électriques ont bondi de 42 % en mars. Celles de panneaux solaires ont, elles, doublé en un mois, atteignant des niveaux record.

Sur le front intérieur, les bénéfices industriels offrent un contraste notable : ils progressent de 15,8 % en mars, portant la hausse du premier trimestre 2026 à +15,5 %, soit la plus forte performance enregistrée à cette période depuis cinq ans. L’indice PMI composite d’avril ressort à 50,1, légèrement en zone d’expansion, traduisant une économie qui tient malgré les tensions liées au conflit en Iran.

Les relations sino-américaines restent cependant sous surveillance étroite, alors que Washington a renforcé ses sanctions visant les raffineries chinoises s’approvisionnant en brut à bas coût auprès de la République islamique.

  • Le virage de l’IA de l'économie chinoise

Au-delà des cycles conjoncturels, la Chine poursuit une transformation plus structurelle. Le pays s’impose progressivement dans les technologies d’avenir, en particulier l’intelligence artificielle.

« Cette montée en puissance et en capacités technologiques de l’industrie chinoise impressionne le monde entier et a été surnommée par le Financial Times “le choc chinois 2.0” », observe Wilfrid Galand, directeur stratégiste chez Montpensier Arbevel.

Si les États-Unis conservent une avance dans l’entraînement des modèles de frontière, la Chine accélère nettement sur la commercialisation et l’intégration des usages dans l’économie réelle.

La dynamique se reflète également dans la recherche. « La montée en puissance chinoise dans les brevets liés à l’IA est spectaculaire : en quelques années, la Chine est devenue le principal contributeur mondial », souligne Pierre-Alexis Dumont, directeur des investissements chez Sycomore AM, évoquant un rattrapage rapide et une base technologique désormais crédible.

Cette montée en puissance s’appuie aussi sur un autre atout stratégique : l’énergie. La capacité installée de production électrique chinoise a fortement augmenté et dépasse désormais largement celle des États-Unis et de l’Europe. Après une décennie d’investissements massifs, les énergies renouvelables représentent près de 40 % de la production d’électricité, contre 26 % il y a dix ans.

Un levier déterminant à l’heure où l’intelligence artificielle devient une industrie lourde, gourmande en infrastructures. « Cet avantage énergétique est clé dans une phase où l’IA devient une industrie d’infrastructure, consommatrice de data centers, de puissance électrique, de refroidissement et de réseaux », rappelle encore Pierre-Alexis Dumont.


Levée de fonds de Jimmy Energy

Nucléaire : Jimmy Energy lève 80 millions d’euros, soutenu par France 2030

C’est dans le cadre solennel du deuxième Sommet mondial sur l’énergie nucléaire qu’Emmanuel Macron a réaffirmé le soutien de l’État à Jimmy Energy, via le plan France 2030. Un appui de poids pour la jeune pousse française, qui poursuit le développement de son micro-réacteur à fission et s’apprête à franchir une étape décisive : celle, toujours délicate, de l’industrialisation. Les équipes de Scala Patrimoine sont ainsi allées à la rencontre de Sébastien Le Roy, Partner chez Serena, pour décrypter cette opération d'envergure.

Chiffres clés de Jimmy Energy
Chiffres clés de Jimmy Energy

Une chaleur nucléaire au plus près des industriels

Fondée en novembre 2020 par Antoine Guyot et Mathilde Grivet, Jimmy Energy revendique un nom qui n’est pas sans évoquer, avec une certaine malice, le dessin animé Jimmy Neutron. Mais derrière cette référence légère, l’ambition est tout sauf anecdotique.

Contrairement aux acteurs historiques comme EDF, l’entreprise ne cherche pas à produire de l’électricité. Son terrain de jeu est ailleurs : la chaleur industrielle. Grâce à ses petits réacteurs modulaires (SMR), Jimmy entend fournir directement aux sites industriels l’énergie thermique dont ils ont besoin.

« Les industriels ont besoins de beaucoup de chaleur pour faire sécher du plâtre ou de l’Amidon, par exemple. Or, dans la plupart des cas, la seule façon d'y arriver consiste à brûler des énergies fossiles. Notre solution consiste à bâtir des petits bâtiments intégrants petits réacteurs sur les sites industriels », explique Antoine Guyot, cofondateur et PDG de Jimmy au micro de la chaine BFM business.

Pour les industriels, la promesse est séduisante. Sébastien Le Roy, Partner chez Serena, souligne qu’ils bénéficient ainsi « d’une chaleur décarbonée, d’une meilleure prévisibilité des coûts - historiquement très volatils - de dépenses énergétiques réduits, à un prix compétitif par rapport aux autres sources de chaleur. »

Un angle mort de la décarbonation

La chaleur industrielle reste un sujet étonnamment peu visible dans les débats publics, alors même qu’elle pèse lourd. « Celle-ci représente entre 22 % et 25 % des émissions de CO₂ dans le monde, ce qui en fait tout simplement un des trois plus gros postes d'émissions globales », relève Sébastien Le Roy.

Et les alternatives crédibles ne se bousculent pas. « Les solutions pour remplacer les énergies fossiles pour les industriels sont très peu nombreuses, au regard des contraintes opérationnelles des industrielles. L’hydrogène, par exemple, ne constitue pas une réponse viable. Le nucléaire apparaît ainsi comme l’une des rares options crédibles. »

Pour autant, Jimmy Energy ne prétend pas réinventer la physique nucléaire. L’entreprise s’appuie sur des technologies éprouvées, un choix assumé qui a séduit ses investisseurs. « Nous privilégions les investissements dans des entreprises engagées dans la décarbonation, en assumant davantage un risque de mise sur le marché (“go-to-market”) qu’un risque technologique », reconnaît le partner de Serena.

Jimmy Energy, un défi d’exécution plus que de science

Le véritable enjeu pour Jimmy n’est donc pas tant technologique que stratégique et industriel. Malgré le coût relativement important du réacteur, celui-ci aurait une durée d’exploitation estimée à vingt ans.

Dans un secteur où les obstacles sont nombreux - techniques, financiers, réglementaires - les exemples d’échecs ne manquent pas. En France, la startup Naarea, qui développait pourtant une approche innovante, est aujourd’hui en liquidation judiciaire.

Jimmy Energy, de son côté, semble progresser sans faux pas majeurs. Sur le plan réglementaire, l’entreprise a déposé début 2024 une demande d’autorisation de création (DAC) auprès de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), devenant ainsi le premier acteur des SMR à initier cette démarche en France.

Reste la question sensible de l’approvisionnement en uranium, dans un contexte géopolitique tendu. « L’entreprise s’appuie sur un type d’uranium enrichi plus performant. À ce stade, Jimmy a sécurisé son approvisionnement », assure Sébastien Le Roy. « Cela va permettre à l’entreprise de déployer ses premiers sites industriels sans difficulté. Cela constitue également une barrière à l’entrée significative, dans un contexte où l’accès à l’uranium enrichi reste complexe. »

Le premier client est déjà identifié : une raffinerie française située en Saône-et-Loire. Et l’intérêt ne se limite pas à l’Hexagone. En France comme ailleurs en Europe, la demande se fait sentir. La mise en service du premier micro-réacteur est désormais attendue à l’horizon 2029-2030, soit un décalage d’environ trois ans par rapport aux prévisions initiales.

Une levée de fonds au-delà des attentes

Initialement, Jimmy Energy visait une levée de 50 millions d’euros. Le résultat dépasse les ambitions : plus de 80 millions ont finalement été réunis. Environ la moitié provient de fonds propres, dans un tour mené par le Crédit Mutuel Alliance Fédéral, aux côtés notamment d’ADEME Investissement et des actionnaires historiques, dont Serena. Les 40 millions restants sont apportés par l’État via France 2030.

« Cette levée de fonds vise à financer la mise sur le marché du premier réacteur nucléaire et à accélérer le développement commercial, tout en anticipant la phase d’industrialisation à venir », souligne Sébastien Le Roy.

L’appui public, lui, dépasse la simple dimension financière. « L’obtention du soutien du gouvernement français constitue un signal très positif. À travers cet appui, l’État valide la pertinence et le potentiel du projet Jimmy. Après un audit approfondi de l’ensemble des projets de réacteurs nucléaires en France, Jimmy figure parmi les rares à avoir franchi toutes les étapes et à avoir obtenu un financement aussi significatif de la part de France 2030. »

Un soutien qui s’inscrit aussi dans une logique plus large. « Le projet revêt également un caractère stratégique du point de vue de la souveraineté énergétique nationale. En France comme en Europe, les signaux politiques et économiques sont aujourd’hui favorables à ce type de projets. »

Une concurrence limitée

Sur ce segment très spécifique, la concurrence directe reste limitée. Calogena peut être mentionnée, mais ses applications visent davantage des usages urbains. Quant aux nombreux projets de SMR annoncés ces dernières années, beaucoup n’ont pas survécu.

Jimmy Energy avance donc avec une certaine prudence, mais aussi confiance, avec l’envie de s’imposer comme un acteur clé de la chaleur industrielle décarbonée.


Cryptoactifs : intervention de Guillaume Lucchini au forum de la gestion privée

Conférence : comment les family offices intègrent les cryptoactifs dans la gestion de patrimoine de leurs clients

Guillaume Lucchini, associé fondateur de Scala Patrimoine, est intervenu lors du Forum de la gestion privée organisé par L’AGEFI, rendez-vous désormais incontournable où se retrouvent chaque année banquiers privés et family officers pour débattre des grandes mutations du secteur.

Il participait à une table ronde consacrée à une question devenue centrale : « Comment les banques privées et les family offices placent-ils l’épargne de leurs clients libellée en cryptos ? » À ses côtés figuraient Henri Grellois (Octave Family Office), Alexandre Ortis (Banque Delubac & Cie) et Ronald Richter, Regional Director de Bitwise en Europe. Les échanges étaient animés par Nessim Ben Gharbia, journaliste à L’AGEFI Patrimoine.

D’emblée, une interrogation s’impose : parle-t-on encore du même marché qu’en 2017 ?

Pour Guillaume Lucchini, la rupture est nette.

Nessim Ben Gharbia. Vous avez accompagné les débuts de l’investissement en cryptoactifs sur le marché français. Est-ce qu’on parle encore du même marché qu’en 2016-2017 ? Qu’est-ce qui a réellement changé ?

Guillaume Lucchini. À l’époque, très peu de professionnels de la gestion de patrimoine s’étaient emparés du sujet. Chez Scala Patrimoine, nous avions été sollicités par de nombreux clients sur des questions essentiellement fiscales. Beaucoup de détenteurs de cryptoactifs avaient alors des profils assez atypiques : des ingénieurs, des développeurs, souvent directement impliqués dans la construction de la blockchain et rémunérés en partie via le minage.

Cette période était véritablement charnière dans l’essor des cryptoactifs. Certains se sont retrouvés avec des valorisations très importantes, notamment lors de la première envolée spectaculaire de 2017. La question qui se posait alors était avant tout fiscale : comment structurer ces patrimoines soudainement constitués ?

À ce moment-là, le cadre était extrêmement flou. Il n’existait pas de régime spécifique, et les cryptoactifs étaient, par défaut, assimilés à des revenus relevant du BNC ou du BIC selon les cas. Une situation parfois très pénalisante pour les détenteurs de ces actifs. Nous avons donc travaillé, aux côtés d’avocats fiscalistes, à faire évoluer cette lecture vers une imposition en plus-values mobilières. Mais il faut être clair : en 2017, on ne parlait pas encore de classe d’actifs à proprement parler.

Nessim Ben Gharbia. Et du côté des investisseurs que vous avez accompagnés, qu’est-ce qui a changé ?

Guillaume Lucchini. Le changement est assez tranché. Au départ, on était face à des gens portés par une conviction, presque philosophique. Ils participaient à la construction d'un écosystème, ils y croyaient vraiment.

À partir de 2017, un tout autre profil a fait son apparition : des investisseurs bien plus opportunistes, attirés par la perspective de gains rapides. On est passé d'une logique de bâtisseurs à quelque chose de beaucoup plus spéculatif.

Aujourd'hui, la majorité des nouveaux entrants appartient à cette seconde catégorie. Nos clients historiques, eux, ont fait le choix de garder leurs actifs. Ils n'ont pas cherché à multiplier les allers-retours. Leur engagement reposait sur une vision de long terme, pas sur une logique purement financière.

 « Investir en cryptoactifs, c'est accepter de pouvoir perdre son capital »

Nessim Ben Gharbia. Ces dernières années, les cryptoactifs ont souvent été associés, dans la presse, à des épisodes de forte volatilité, voire à des arnaques. Observez-vous ces dérives ? Et comment lutter contre ce mythe de l’argent facile ?

Guillaume Lucchini. Il existe clairement un effet générationnel. La première vague, celle de 2016, regroupait des profils très qualifiés, impliqués intellectuellement et technologiquement. En 2017, tout change : c’est l’irruption de l’idée d’argent facile.

Avec elle apparaît une nouvelle catégorie d’investisseurs, souvent mal préparés à la réalité des marchés. Les épisodes de volatilité qui ont suivi ont été violents. Certains ont vu leur portefeuille perdre jusqu’à 60 % de sa valeur en très peu de temps.

Le marché est ensuite reparti, porté par la multiplication des cryptoactifs, distincts du bitcoin et de l’ether. Certains investisseurs ont d’ailleurs réalisé des gains considérables. Je pense notamment à l'un de nos clients, aujourd’hui à la tête d’un portefeuille d’une quinzaine de millions d’euros, initialement attiré par l’idéal de décentralisation. Il est désormais dans une logique de restructuration, cherchant à monétiser une partie de ses positions.

Nessim Ben Gharbia. Si l’on compare la crypto au venture capital, est-ce plus risqué, moins risqué ? Comment situer le curseur ?

Guillaume Lucchini. Il y a d'abord une dérive qu'on ne peut pas ignorer : celle de la finance traditionnelle qui cherche à s'approprier un actif qui lui échappait totalement à l'origine, et à y recréer ses propres mécanismes d'intermédiation, avec les rétrocommissions qui vont avec.

Au sein de notre multi-family office indépendant, Scala Patrimoine, nous accompagnons de nombreux investisseurs en cryptoactifs dans l'organisation de leur patrimoine, mais nous ne leur avons jamais directement conseillé d'acheter du bitcoin ou de l'ether. Un investisseur n'a tout simplement pas besoin d'un CGP ou d'un MFO pour accéder à ces marchés.

On entend aussi beaucoup parler de décorrélation avec les marchés traditionnels. Les récents épisodes sur les marchés mondiaux invitent à nuancer ce discours. On observe des parallèles assez nets, dans certaines configurations de marché, entre le bitcoin et les grandes valeurs technologiques.

Reconnaissons également que les cryptoactifs restent difficiles à appréhender, y compris pour des professionnels. Certains les abordent comme n'importe quelle autre classe d'actifs, avec une logique d'intermédiation classique. C'est là que les dérives peuvent surgir.

La responsabilité du conseil ne peut pas être balayée d'un revers de main. On a déjà entendu ce type de discours dans d'autres scandales financiers. Il faut savoir dire non à certains produits.

D'autant que la clientèle concernée est, pour une bonne partie, patrimoniale. Elle cherche avant tout à préserver ce qu'elle a construit, en visant une performance un peu supérieure à celle d'un livret A ou d'un fonds en euros.

Nessim Ben Gharbia. Quelle est alors la bonne grille de lecture ?

Guillaume Lucchini. Celle du venture capital, à mon sens. Investir en cryptoactifs, c'est accepter de pouvoir perdre son capital. Ça ne veut pas dire qu'il ne faille pas y aller. C'est avant tout une question de convictions personnelles.

Chez Scala Patrimoine, certains de nos clients ont plus de 60 ans et souhaitent s'y exposer ; d'autres ont 25 ans et refusent catégoriquement. Le rôle du conseil, finalement, c'est d'aider à comprendre, à encadrer, et parfois à anticiper les enjeux autour de cet actif.

L'intervention du régulateur et l'implication croissante des banques vont dans le bon sens. Soyons cependant lucides, la France accuse encore un retard par rapport à des pays comme la Suisse, où de nombreuses opérations sont déjà réalisées par des établissements qui ont intégré ces actifs dans leur offre, notamment via des mécanismes comme le crédit lombard. C'est un indicateur parmi d'autres que le marché se structure. Mais que nous n'en sommes qu'au début.