Assurance-vie : Rapport de l'Observatoire des produits d'épargne financière

Frais cachés : le véritable coût de vos placements financiers

Ce qu’il faut retenir

  • Les frais, visibles comme invisibles, sont souvent sous-estimés. Pourtant, sur le long terme, ils peuvent grignoter une part très significative de la performance d’un patrimoine.
  • Le mode de rémunération des professionnels n’est pas neutre. Le système de rétrocommissions, encore très présent, peut introduire des biais dans les recommandations d’investissement. À l’inverse, les modèles fondés sur des honoraires affichés à l’avance offrent généralement plus de lisibilité.
  • La performance ne dépend pas uniquement du “bon produit”. Elle repose surtout sur la construction globale du portefeuille : arbitrage entre gestion active et passive, structure des frais, cohérence de l’allocation. Ce sont ces éléments, plus que la recherche de solutions miracles, qui font réellement la différence dans le temps.

« Près de 50 % des gains de l’épargne sont captés par les frais de gestion sur quarante ans. » La conclusion, tirée du rapport d’information sur la protection des épargnants publié en 2021 par les sénateurs Jean-François Husson et Albéric de Montgolfier, peut surprendre. Il rappelle cependant une réalité sous-estimée : la performance d’un placement ne dépend pas uniquement des marchés ou des supports choisis, mais aussi du niveau de frais prélevés tout au long de la vie de l’investissement.

Qu’il s’agisse d’une banque privée, d’un assureur, d’un cabinet de gestion de patrimoine ou d’un multi-family office, la politique tarifaire constitue ainsi un facteur déterminant dans la création de valeur pour l’épargnant.

Le rapport met également en lumière les limites du modèle français de rémunération des intermédiaires financiers, encore largement fondé sur les rétrocessions de commissions. Ce mécanisme, très répandu dans les univers bancaire et assurantiel, contribue à alourdir le coût final des placements. Il soulève aussi une question plus sensible : celle des conflits d’intérêts. Lorsqu’une partie de la rémunération du conseiller dépend des produits distribués, le risque existe de privilégier les solutions les plus rémunératrices pour l’intermédiaire plutôt que les plus pertinentes pour le client.

Comment sont réellement rémunérés les professionnels qui accompagnent les épargnants ? Quels frais se cachent derrière les performances affichées ? Quels points de vigilance faut-il garder à l’esprit ? Décryptage.

Frais de gestion et rétrocommissions : un modèle encore dominant

La France demeure l’un des derniers grands marchés européens où la rémunération des conseillers repose majoritairement sur les rétrocommissions.

  • Le fonctionnement des rétrocommissions et leur impact sur les recommandations d’investissement

« Dans la pratique, un courtier en assurance ou un conseiller patrimonial n’est généralement pas rémunéré pour le temps consacré à l’analyse de la situation de son client. Sa rémunération provient principalement des commissions versées par les sociétés de gestion, les assureurs ou les établissements financiers dont il distribue les produits », prévient d’emblée Guillaume Lucchini, associé fondateur du multi-family office indépendant Scala Patrimoine.

C’est précisément pour répondre aux risques de conflits d’intérêts inhérents à ce modèle que la réglementation MIF II a consacré le statut de conseiller indépendant.

Comme l’explique le fondateur de Scala Patrimoine, « l’objectif du législateur est clair : limiter les mécanismes susceptibles d’influencer les recommandations et garantir que les solutions proposées répondent avant tout aux besoins du client ».

  • Les enjeux autour de l’indépendance et de la transparence

À ses yeux, choisir un conseiller véritablement indépendant présente ainsi plusieurs avantages.

D’abord, cette indépendance permet d’accéder à l’ensemble du marché sans contrainte liée à une gamme propriétaire ou à des accords commerciaux. Ensuite, elle favorise une meilleure convergence d’intérêts entre le professionnel et son client, puisque la rémunération repose sur des honoraires clairement identifiés et non sur la vente d’un produit particulier.

Enfin, ce modèle apporte également davantage de transparence. Le coût du conseil est connu à l’avance, tandis que les risques de conflits d’intérêts sont fortement réduits.

« Pourtant, malgré ces bénéfices, seuls 5 % des professionnels du conseil patrimonial ont aujourd’hui fait le choix de ce statut », regrette Guillaume Lucchini.

Gestion active ou gestion passive : quelle place dans les portefeuilles ?

La place de la gestion passive dans les allocations d’actifs a considérablement augmenté au cours des dernières années, écartant peu à peu les fonds de gestion active.

  • Les écarts de performance

L’étude SPIVA (S&P Indices Versus Active) s’est d’ailleurs penchée sur le phénomène, en comparant les performances des fonds de gestion active à celles de leurs indices de référence. Réalisée par S&P Dow Jones Indices, elle fait figure de référence mondiale sur le sujet.

« Comme le montre cette étude, sur longue période, la majorité des fonds actifs ne parvient pas à battre son indice de référence après frais », précise Francesco Baiano, chargé d’investissement chez Scala Patrimoine.

Les chiffres sont, il est vrai, éloquents :

- Sur cinq ans, entre 70 % et 90 % des fonds actifs sous-performent leur indice.

- Sur dix ans, cette proportion atteint généralement entre 80 % et 95 % selon les catégories étudiées.

Et pour les auteurs de cette étude, la principale explication réside dans les frais. Un ETF mondial affiche souvent des coûts annuels compris entre 0,05 % et 0,40 %. À l’inverse, les fonds actifs facturent fréquemment entre 1 % et 2 % par an. À première vue, l’écart paraît limité. Sur vingt ou trente ans, il devient considérable.

  • Quand la gestion active reste pertinente

Faut-il en conclure que la gestion active est condamnée ? Certainement pas.

« L’étude SPIVA ne démontre pas que la gestion active ne fonctionne jamais. Elle montre qu’elle fonctionne rarement et surtout qu’elle ne fonctionne pas partout », met en perspective Francesco Baiano.

Certaines classes d’actifs offrent davantage d’opportunités aux gérants actifs. Les marchés obligataires, les petites capitalisations ou encore certains segments spécialisés demeurent moins efficients que les grandes actions internationales. L’information y circule moins vite, la couverture des analystes est plus faible et les inefficiences plus nombreuses.

« L’enjeu n’est donc pas de choisir un camp. Il consiste à identifier les marchés où la gestion passive est la plus pertinente et ceux où la gestion active conserve un réel potentiel de création de valeur », conclut Guillaume Lucchini.

Quels sont les frais réellement payés par les investisseurs ?

Le niveau de frais supporté par un investisseur dépend de plusieurs facteurs : le mode de rémunération du conseiller, la structure du contrat utilisé et, comme nous l’avons vu précédemment, les caractéristiques des supports d’investissement sélectionnés.

Pour illustrer cet enjeu, comparons deux approches : celle d’un acteur fonctionnant selon un modèle de rétrocommissions et celle d’un multi-family office indépendant tel que Scala Patrimoine.

  • Exemple d’un acteur traditionnel, rémunéré par rétrocommissions

Les clients qui sonnent à notre porte viennent souvent nous présenter leur portefeuille d’investissement, pour lequel nous réalisons des audits très poussés, sur les orientations et choix d’investissement bien sûr, leur positionnement dans le cadre d’une stratégie patrimoniale définie, mais aussi sur la structure de frais appliqués.

C’est ainsi que nous avons repris pour notre exemple le cas d’un contrat d’assurance-vie traditionnel ouvert dans une banque privée, présenté par un client. Cet acteur n’ayant pas le statut de conseiller indépendant, se rémunère par l’application de rétrocommissions.

Les frais courants des fonds sous-jacents varient généralement entre 0,15 % et 2,47 %, avec une moyenne pondérée de 1,53 %. À cela s’ajoutent les frais de gestion du contrat, qui atteignent dans notre exemple 0,80 % par an.

L’allocation repose majoritairement sur des fonds actifs, lesquels représentent environ 87 % de l’encours investi. Les ETF sont donc, par ricochet, peu présents dans le contrat. Au total, le coût annuel direct et indirect du contrat s’élève à 2,33 %.

Frais appliqués par un acteur traditionnel
Frais appliqués par un acteur traditionnel
  • L’exemple d’un contrat proposé par Scala Patrimoine

Scala Patrimoine, en tant que multi-family office indépendant, rémunéré à 100 % par honoraires, ne perçoit aucune rétrocommission. Cette suppression de la « part distributeur » réduit considérablement les frais. Grâce à cette réduction des frais de gestion des fonds, le placement peut offrir de meilleurs rendements.

Dans cette configuration, les frais courants des supports sélectionnés s’échelonnent entre 0,05 % et 1,19 %, pour une moyenne pondérée de 0,44 %.

Les frais de gestion du contrat sont limités à 0,45 %. Les commissions perçues par l’intermédiaire étant purement et simplement supprimées.

La part de gestion active représente 37 % du portefeuille et se concentre sur des classes d’actifs où les probabilités de surperformance apparaissent les plus élevées, notamment certaines stratégies obligataires.

Le coût global du contrat ressort ainsi à 0,89 % par an.

« L’écart peut sembler modeste à première vue. Pourtant, lorsqu’il s’applique année après année sur plusieurs décennies, il produit des différences significatives en matière de capital final », explique Francesco Baiano.

Frais appliqués à un contrat proposé par un indépendant
Frais appliqués à un contrat proposé par un indépendant

Frais cachés : ce que les épargnants ne voient pas toujours

Aux frais annuels s’ajoutent souvent d’autres coûts, plus discrets.

Les droits d’entrée, d’abord, demeurent largement pratiqués par les banques, les assureurs et certains cabinets de gestion de patrimoine. Selon les supports, ils représentent fréquemment entre 1 % et 3 % des montants investis.

Viennent ensuite les commissions de surperformance et les frais d’arbitrage intégrés dans les frais de gestion des contrats ou des fonds eux-mêmes. Invisibles pour l’investisseur, elles constituent pourtant une partie du coût réel de détention.

Comparaison entre acteurs indépendants et non indépendants
Comparaison entre acteurs indépendants et non indépendants

Pourquoi la structure de frais influence directement la performance finale

L’impact des frais est loin d’être anecdotique

Sur un investissement de 10 000 euros réalisé dans la catégorie Morningstar Actions Internationales sur dix ans, les écarts observés sont significatifs :

- un fonds actif en classe institutionnelle (« clean share »), sans rétrocommissions, affiche une progression de 240 % ;

- l’indice de référence progresse de 227 % ;

- le même fonds en classe retail, intégrant des rétrocommissions, n’enregistre qu’une hausse de 183 %.

Même société de gestion, même stratégie, même portefeuille. La différence provient essentiellement du niveau de frais supporté par l’investisseur.

Ce que l’on ne vous dit pas toujours

Les frais ne sont pas le seul sujet qui mérite attention.

Un portefeuille n’est jamais un objet figé. Pour Guillaume Lucchini, il est important de rappeler « qu’une allocation pertinente aujourd’hui peut devenir inadaptée quelques années plus tard, sous l’effet de l’évolution des marchés, de la fiscalité ou de la situation personnelle de l’investisseur. Il est donc essentiel de le suivre et de le monitorer quotidiennement ».

Or, le conseil patrimonial se limite trop souvent à la phase de mise en place. Les arbitrages sont rares, les ajustements limités et la réflexion globale souvent absente.

« Dans de nombreux cas, la dépendance aux rétrocommissions conduit à une certaine standardisation des portefeuilles, avec une prédominance de la gestion active et des coûts indirects élevés », regrette ainsi le fondateur de Scala Patrimoine.

Le rôle du conseil patrimonial dans la maîtrise des frais

Tous les portefeuilles sont soumis à l’aléa des marchés. Personne ne peut l’éliminer. En revanche, la manière de construire une allocation peut faire une différence considérable.

  • L’importance de l’allocation d’actifs

« De nombreuses études ont montré que l’allocation d’actifs constitue le principal facteur expliquant les écarts de performance entre deux portefeuilles sur le moyen terme. À plus longue échéance, la sélection des supports joue également un rôle majeur », appuie Francesco Baiano.

Dans nos analyses, près d’un tiers de la surperformance observée provient directement de la qualité de cette sélection.

Pourquoi certains supports font-ils mieux que d’autres ? Plusieurs éléments entrent en jeu : le choix entre gestion active et passive, le niveau de frais, la robustesse du processus de gestion, la capacité à générer de l’alpha de manière récurrente ou encore la stabilité des équipes de gestion.

Le rôle du conseil reste donc central.

Définir une stratégie patrimoniale ne consiste pas à empiler des produits financiers. Il s’agit d’organiser des solutions cohérentes autour d’objectifs de vie, puis de les faire évoluer au fil du temps.

  • Pourquoi choisir Scala Patrimoine ?

Notre approche débute par une analyse patrimoniale approfondie : actifs, passifs, revenus, fiscalité, horizon d’investissement, objectifs de transmission. Chaque recommandation découle de cette cartographie initiale.

« Sur cette base, nous construisons des allocations sur mesure en associant gestion active et gestion passive au sein d’un cadre méthodologique rigoureux. Chaque composante du portefeuille répond à une fonction précise et s’inscrit dans une logique d’ensemble », détaille le chargé d’investissement du multi-family office indépendant.

« Notre rémunération repose sur une totale transparence. Nous sommes rémunérés par nos clients, non par les sociétés dont nous recommandons les solutions », insiste Guillaume Lucchini.

Cette indépendance nous permet de sélectionner librement les supports les plus adaptés : ETF lorsque l’efficience des marchés le justifie, fonds actifs lorsque les opportunités de création de valeur apparaissent réelles. Scala Patrimoine s’attache ainsi à maîtriser strictement les niveaux de frais appliqués aux placements proposés à ses clients, avec l’objectif de privilégier la performance nette à long terme.

L’accompagnement ne s’arrête pas à la mise en place de la stratégie. Le suivi est continu. Les allocations évoluent en fonction des marchés comme des changements intervenant dans la vie de nos clients.

En guise de conclusion, Guillaume Lucchini précise « qu’au-delà des placements, nous privilégions une vision globale intégrant les dimensions financières, fiscales et patrimoniales. Car un patrimoine ne se résume jamais à un portefeuille. C’est un ensemble vivant, qui exige du temps, de la méthode et une capacité d’adaptation permanente ».

Nos équipes sont à votre disposition pour échanger sur vos projets d’investissement, la structuration de frais de vos contrats, et évaluer, avec vous, leur intérêt, au regard de l’environnement économique et financier, de la structuration de votre patrimoine et de vos objectifs de vie.


Investissement : Les marchés financiers & placements : les États-Unis négocient des accords commerciaux avec ses principaux partenaires commerciaux

Les convictions d’investissement de Scala Patrimoine - Juin 2026

Ce qu’il faut retenir

  • La diversification demeure clé pour réussir son investissement sur les marchés financiers ;
  • Les performances sur les marchés actions restent largement tirées par un nombre restreint de valeurs, principalement technologiques ;
  • Les marchés obligataires sont les premiers touchés par les tensions géopolitiques ;

Marchés actions : un rallye alimenté par les valeurs de la tech

Le contexte macroéconomique demeure un facteur de vigilance pour les investisseurs. Les indicateurs ISM manufacturier et services signalent des pressions inflationnistes persistantes, alors que le marché du travail américain continue de surprendre positivement, soutenant la consommation. Celle-ci bénéficie également d’un effet de richesse lié à la hausse des marchés actions.

  • Une forte concentration sectorielle sur les indices boursiers

Le consensus reste prudent pour le mois de juin, sans inflexion majeure par rapport à mai. Le récent rallye repose quasi exclusivement sur les résultats bénéficiaires exceptionnels du secteur technologique et, dans une moindre mesure, du secteur énergétique. « Cette concentration sectorielle extrême justifie le maintien d'une posture neutre à court terme pour notre multi family office indépendant », explique Romane Azzopardi, responsable de la gestion financière chez Scala Patrimoine.

La concentration sur la technologie et les semi-conducteurs atteint désormais un niveau élevé. Le Russell 2000, indice des petites capitalisations américaines, surperforme les grandes capitalisations, mais même sur ce segment, les valeurs technologiques prennent une place croissante. La société SanDisk représente à elle seule 3,6 % de l’indice. En Europe, la même dynamique est à l’œuvre : les mid-caps surperforment, mais avec une amplitude limitée face aux grandes capitalisations.

La gestion passive accentue ce phénomène. Les grands indices se trouvent de plus en plus exposés aux valeurs technologiques, rendant la diversification via les ETF toujours plus difficile. Dans ce contexte, la gestion active, ciblée sur des thématiques d'investissement spécifiques ou des secteurs délaissés, apparaît comme l’une des rares alternatives crédibles pour s’extraire de cette concentration.

  • Les pistes de diversification

Plusieurs axes de diversification sont identifiés sur le marché américain, qui reste structurellement privilégié par rapport aux actifs européens.

D’une part, les valeurs bancaires et financières, qui ont bien performé depuis le début de l’année, pourraient bénéficier d’une rotation sectorielle en cas de réouverture du détroit d’Ormuz.

D’autre part, la consommation cyclique. Certains segments industriels de taille intermédiaire pourraient, en effet, tirer parti d’un rebond de l’activité.

Enfin, il peut être pertinent de se positionner sur des segments adjacents à la chaîne de valeur technologique, en misant sur l’électrification, les énergies vertes ou encore les infrastructures liées aux data centers. « Ces thématiques restent toutefois très corrélées aux mouvements du secteur technologique global », prévient Romane Azzopardi.

Sur le plan géographique, les marchés émergents méritent également une attention particulière. « Taïwan et la Corée sont désormais les deux premiers marchés émergents, devant la Chine et l’Inde. La concentration technologique y est tout aussi forte, avec de véritables champions comme Samsung ou SK Hynix », souligne Francesco Baiano, chargé d’investissement chez Scala Patrimoine.

  • Investissement boursier : de nombreux points d’attention à suivre

Au cours des prochaines semaines, les investisseurs devront rester attentifs à plusieurs facteurs susceptibles de déstabiliser les marchés.

C’est notamment le cas des nombreux projets d’introductions en bourse. SpaceX, OpenAI ou encore Anthropic ont déjà annoncé leur intention de lever des capitaux sur les marchés. « De telles IPO pourraient générer d’importants effets d’éviction », avertit Francesco Baiano. Il ajoute : « Les flux actuellement concentrés sur Nvidia, TSMC ou Samsung pourraient se rediriger vers ces nouvelles valeurs. SpaceX serait susceptible d’intégrer immédiatement le top 4 des capitalisations mondiales dès son introduction en bourse. »

Par ailleurs, les derniers résultats bénéficiaires ont confirmé la solidité exceptionnelle des fondamentaux du secteur technologique, ainsi qu’une demande toujours soutenue, alimentant une révision à la hausse des capex prévus pour les deux prochaines années.

Mais le financement de ces investissements massifs constitue un risque spécifique. « Si les taux longs se maintiennent ou augmentent, le coût de financement de ces capex pèsera mécaniquement sur les marges et les valorisations », prévient Romane Azzopardi.

Un retournement du secteur technologique - qu’il soit lié à la régulation, à une pénurie de composants ou à l’effet des IPO - provoquerait un double choc : d’une part une baisse des portefeuilles, et d’autre part une contraction de la consommation des ménages aisés américains.

  • Une confiance en berne ?

Un décalage marqué persiste entre les indicateurs de sentiment, l’Université du Michigan au plus bas historique, des anticipations d’inflation en hausse, et les données réelles. La consommation américaine demeure solide, tout comme les ventes de détail. Les points morts d’inflation sur les TIPS restent modérés, même sur les maturités courtes, alimentant une dichotomie inhabituellement persistante.

Pour conclure, Francesco Baiano souligne que « la croissance économique américaine dépend de plus en plus des gains de productivité plutôt que de la croissance de l’emploi, une structure historiquement plus fragile, plus sensible aux chocs de financement et aux cycles d’investissement en capital ».

Marchés obligataires : une équation de plus en plus serrée

Le marché obligataire demeure, à ce stade, le principal facteur de risque systémique identifié par les investisseurs. Le taux à 10 ans américain évolue désormais autour de 4,60-4,65 %, une zone généralement jugée sensible par les analystes. À ces niveaux, le portage redevient attractif en termes de rendement réel, mais une nouvelle poussée des taux viendrait rapidement en réduire l’intérêt.

  • Qu’attendre des banques centrales ?

Les investisseurs restent focalisés sur les trois grandes banques centrales mondiales : la Banque du Japon (BOJ), la Banque centrale européenne (BCE) et la Réserve fédérale américaine (Fed).

Au Japon, la BOJ devrait procéder à une nouvelle hausse de taux lors de sa prochaine réunion, principalement dans une logique de crédibilité monétaire et de soutien au yen. L’impact attendu serait modérément positif sur la perception de la lutte contre l’inflation.

Dans la zone euro, l’inflation est repassée au-dessus du seuil des 3 %. Une hausse de taux par la BCE est donc largement anticipée et déjà intégrée dans les prix de marché. « L’objectif reste d’ancrer les anticipations d’inflation et de contenir les tensions sur la partie longue de la courbe » prévient Romane Azzopardi. Dans ce contexte, l’effet de surprise apparaît limité, et l’impact sur les marchés actions européens devrait rester contenu.

Aux États-Unis, un statu quo monétaire est attendu au moins jusqu’à la fin de l’année 2026. « Le nouveau président de la Fed, Kevin Warsh, tente de s’affirmer comme gouverneur indépendant vis-à-vis de l’exécutif américain. Si ce n’est pas par les taux, l’ajustement pourrait passer par le bilan », explique Romane Azzopardi.

  • Investissement obligataire : le portage toujours privilégié

Notre multi-family office conserve un positionnement inchangé sur les marchés obligataires. Une orientation confirmée par la responsable des investissements de Scala Patrimoine : « Nous continuons de privilégier le segment Investment Grade européen. Le portage reste attractif et les fondamentaux solides. Les analystes anticipent peu de compression supplémentaire des spreads, déjà à des niveaux très serrés. »

L’inquiétude porte davantage sur l’effet taux, dans l’hypothèse d’une poursuite de la remontée des rendements.

L'investissement sur les métaux précieux & les cryptoactifs

L’or, les métaux précieux et les cryptoactifs suivent des trajectoires très différentes.

  • L’investissement sur l'or freiné par les taux réels

La demande des banques centrales pour l’or ne se dément pas, confirmant une tendance structurelle de long terme. Certaines d’entre elles ont pu céder ponctuellement des réserves afin de générer de la liquidité en période de tensions, mais la dynamique globale demeure nettement haussière, portée en particulier par les banques centrales des pays émergents asiatiques.

À court terme, toutefois, le métal jaune évolue dans un environnement moins porteur : des taux réels élevés et un dollar relativement ferme pèsent sur sa performance. Sur les dernières semaines, l’investisseur privé s’en est d’ailleurs largement détourné.

« À moyen et long terme, un scénario d’inflation persistante comprimant les taux réels redeviendrait favorable à l’or, qui retrouverait alors son rôle de valeur refuge. La demande structurelle des banques centrales reste un soutien fondamental », prévient néanmoins Romane Azzopardi.

  • Le bitcoin et les crypto-actifs : une décorrélation progressive du secteur technologique

Le bitcoin évolue actuellement davantage comme un actif de diversification, plus proche par certains aspects de l’or que comme un actif strictement corrélé au secteur technologique.

Dans le même temps, les volumes échangés sur les crypto-actifs restent faibles, au plus bas depuis plusieurs années, tandis que les capitaux se concentrent sur un nombre restreint d’actifs traditionnels. Dans ce contexte, le bitcoin évolue autour de 60 000 dollars.

Une opportunité potentielle peut se dessiner à ces niveaux, mais sans véritable conviction directionnelle à court terme.

Produits structurés : la quête de rendement sous contrainte de marché

La compression de la volatilité implicite - notamment liée à la vente d’options par les ETF « income » - réduit mécaniquement l’attractivité des produits à capital protégé en termes de prime. À l’inverse, le niveau élevé des taux d’intérêt améliore sensiblement la rémunération des structures à participation et des produits de rendement.

  • Produits à participation et de rendement

Dans un contexte de marchés proches de leurs plus hauts, les produits à participation sur des maturités longues (cinq ans et plus) apparaissent particulièrement intéressants. Le niveau des taux permet en effet de structurer des produits offrant une exposition significative à la hausse des marchés, tout en finançant la protection du capital via le portage obligataire.

La condition reste toutefois exigeante. Comme l’explique Francesco Baiano : « l’investisseur doit conserver une conviction haussière sur les marchés à horizon long terme et accepter l’absence totale de liquidité ainsi que de flux intermédiaires jusqu’à l’échéance. En cas de performance nulle ou négative, aucun versement n’intervient avant la maturité. »

En parallèle, les structures de type worst-of offrent des niveaux de rendement attractifs. Leur efficacité repose néanmoins sur la décorrélation des sous-jacents : lorsque des actifs fortement corrélés ou déjà surévalués (par exemple luxe et technologie) sont combinés, le risque de franchissement de barrière par le sous-jacent le plus faible augmente sensiblement. La sélection des actifs sous-jacents devient alors un paramètre déterminant.

  • Notre positionnement

Dans un environnement marqué par une forte incertitude macroéconomique, « les produits structurés demeurent un outil privilégié pour ajuster finement le couple rendement/risque, notamment afin d’obtenir une exposition aux marchés actions avec une protection partielle, voire totale, du capital » explique Romane Azzopardi.

Stratégies alternatives : un univers d'investissement fragmenté

La conviction sur les fonds alternatifs disponibles au format UCITS demeure limitée. L’univers apparaît hétérogène, parfois difficile à appréhender, et la sélection s’en trouve complexifiée. À ce stade, aucun changement de positionnement n’est envisagé à court terme.

« Dans le contexte actuel - caractérisé par des marchés actions fortement concentrés, des marchés obligataires sous pression et une volatilité effective élevée malgré un VIX contenu - les stratégies alternatives conservent néanmoins un rôle de diversification. » relève toutefois Francesco Baiano.

Elles permettent, en théorie, de réduire la corrélation globale des portefeuilles d'investissement, notamment en cas de choc simultané sur les marchés actions et obligataires, où les moteurs traditionnels de performance tendent à se désaligner.

Nos équipes sont à votre disposition pour échanger sur vos projets d’investissement et évaluer, avec vous, leur intérêt, au regard de l’environnement économique et financier, de la structuration de votre patrimoine et de vos objectifs de vie.


Lithosquare

Lithosquare, l’IA au service de la découverte de gisements miniers

Lauréate de la promotion 2025 du programme French Tech 2030, Lithosquare s’est fait connaître en mettant l’intelligence artificielle au service de la prospection minière. Deux ans après sa création, la start-up vient de boucler une Série A de près de 20 millions d’euros, ouvrant des perspectives considérables dans un contexte économique et géopolitique particulièrement favorable.

Les chiffres clés de Lithosquare
Les chiffres clés de Lithosquare

Un enjeu de souveraineté 

L’accès aux métaux critiques est un enjeu majeur de souveraineté pour l’Europe. Aujourd’hui, les principaux gisements restent concentrés entre les mains d’un nombre limité de puissances - notamment les États-Unis, la Russie et la Chine - exposant les chaînes d’approvisionnement occidentales à des tensions géopolitiques croissantes.

« Il existe un véritable enjeu de souveraineté et d’indépendance dans les chaînes d’approvisionnement. La réglementation européenne s’inscrit d’ailleurs de plus en plus dans cette logique, avec l’objectif de faire émerger davantage de ressources extraites en Europe, notamment à travers une cible de 10 % d’extraction issue du continent » confirme Marie Ferri, investor chez Daphni, société de gestion spécialisée dans le venture capital et investisseur de Lithosquare.

La difficulté tient aussi au temps long propre à l’industrie minière. Entre les premières campagnes d’exploration et l’exploitation effective d’un gisement, il faut compter entre sept et quinze ans, avec des taux de succès assez faibles.

Dans le même temps, les besoins en lithium, cobalt, cuivre, nickel ou terres rares connaissent une croissance exponentielle. Ces matières premières sont devenues indispensables aussi bien au développement de l’intelligence artificielle qu’à la transition énergétique.

Pour Marie Ferri, « la montée en puissance de l’électrification et des infrastructures - qu’il s’agisse des data centers ou des véhicules électriques - va provoquer une accélération considérable de la demande en minerais stratégiques. L’enjeu est colossal. Il faut à la fois identifier de nouveaux gisements et accélérer leur mise en exploitation. Car le recyclage, à lui seul, ne suffira pas à absorber les besoins à venir ».

La recherche géologique dopée à l’IA

Selon Agence internationale de l'énergie, plus de 1 000 nouveaux gisements devront être découverts puis développés d’ici 2040 afin de répondre à la demande mondiale en métaux critiques.

Fondée en 2024 par Aymeric Préveral-Etcheverry, ingénieur minier, puis rapidement rejoint par Simon Leclair, Lithosquare entend répondre à cette équation complexe.

Leur pari : marier la rigueur de la géologie traditionnelle avec la puissance de calcul de l'intelligence artificielle pour transformer radicalement l'exploration minérale. La plateforme propriétaire d’IA de la start-up est, en effet, capable d’analyser et d’interpréter d’immenses volumes de données géologiques afin d’accélérer l’exploration minérale.

Cet outil permet ainsi de détecter plus rapidement et plus efficacement les gisements prometteurs.

L’entreprise affirme ainsi pouvoir améliorer jusqu’à dix fois l’efficacité des campagnes d’exploration, réduisant au passage les forages inutiles et les émissions associées.

L’approche de Lithosquare dépasse toutefois les simples modèles statistiques. Elle intègre « une expertise géologique pour raisonner sur la formation des gisements mais aussi explorer des zones peu connues et des gisements plus profonds, inaccessibles aux méthodes traditionnelles », expliquait Aymeric Préveral-Etcheverry au journal Les Échos.

« Les techniques de machine learning améliorent l’estimation des ressources en fournissant des prédictions plus solides sur la taille et la teneur des gisements », abonde-t-il, un élément décisif pour renforcer la crédibilité des projets auprès des investisseurs et du marché.

Un modèle économique fondé sur les partenariats

La start-up travaille avec des partenaires miniers qui apportent à la fois expertise locale et droits d’exploitation.

« En dix-huit mois, Lithosquare a déployé son activité à une cadence rarement observée dans le secteur. En un temps record, l’entreprise est parvenue à constituer une équipe particulièrement solide, en recrutant notamment des géologues de haut niveau, mais aussi Simon Leclair, ancien du BCG et partner spécialisé dans les matériaux critiques et les enjeux miniers. » précise Marie Ferri.

La start-up ne se positionne pas en simple prestataire de services : elle s'associe au destin des projets qu'elle contribue à faire émerger. Son modèle repose, en effet, sur la signature de partenariats avec les acteurs miniers, avec l’objectif de participer directement à la création de valeur générée par les projets.

Dernier exemple en date : la start-up s’est associée à Aterian afin d’appliquer ses outils d’intelligence artificielle à plusieurs licences minières situées au Maroc et au Botswana.

Une Série A très attendue

Pour accélérer son développement, Lithosquare vient de concrétiser une Série A particulièrement suivie dans l’écosystème. Ce tour de table de 19 millions d’euros a été mené par World Fund et Kindred Capital. Les fonds Daphni, Omnes Capital et Ovni Capital ont également participé à l’opération. Ce financement intervient dix-huit mois après un premier tour de pré-amorçage de 3 millions d’euros.

Cette levée de fonds doit permettre à l’entreprise de renforcer ses équipes, d’accélérer son expansion internationale et de poursuivre le développement de sa plateforme de géologie assistée par intelligence artificielle.

« Lithosquare a déjà noué des partenariats avec des acteurs de l’exploration minière en Europe, aux États-Unis, en Amérique Latine et en Afrique. L’un des principaux objectifs de cette Série A est précisément de soutenir cette expansion à l’international », explique Marie Ferri.

La route n'est pas libre pour autant. Lithosquare devra composer avec une concurrence déjà bien installée, à l’image de Planetary AI ou de KoBold Metals, soutenue notamment par Jeff Bezos et Bill Gates.

Mais la jeune pousse française peut compter sur un atout majeur : une expertise géologique de terrain, alliée à une maîtrise avancée des technologies d’intelligence artificielle. Dans un secteur qui manque cruellement des deux, c'est peut-être là que tout se joue.


Les marchés financiers prouvent une nouvelle fois leur dépendance aux décisions des banques centrales. L'économie résiste, quant à elle, trés bien.

Le rendez-vous des marchés financiers et de l’économie mondiale - Juin 2026

Les marchés financiers & l’économie : les points clés

  • L'économie mondiale ralentit. Les principales puissances, les États-Unis et la Zone Euro en tête, subissent de plein fouet les conséquences du conflit en Iran.
  • Malgré le contexte géopolitique, les marchés actions restent solides, portés surtout par la tech et l’intelligence artificielle
  • Le blocage du détroit d’Ormuz et l’escalade entre Washington et Téhéran maintiennent une forte pression sur les prix de l’énergie.

Les grandes actualités géopolitiques et les performances sur les marchés financiers

  • Washington et Téhéran jouent la surenchère

Depuis le 28 février dernier, le détroit d’Ormuz, point de passage stratégique pour les matières premières, demeure bloqué. Une situation qui met les prix du pétrole sous pression, tandis que les anticipations d’inflation poursuivent leur progression.

Pour Ombretta Signori, directrice de la recherche macroéconomique et de la stratégie chez OFI Invest AM, « chaque jour qui passe nous éloigne du scénario central et nous rapproche du scénario plus défavorable ».

Le cessez-le-feu annoncé il y a quelques semaines paraît, il est vrai, bien loin. Depuis plusieurs jours, Washington et Téhéran échangent frappes et représailles. De son côté, Benyamin Netanyahou a annoncé son intention d’intensifier l’offensive menée au Liban contre le Hezbollah.

Chacun tente désormais de faire monter la pression sur son adversaire afin d’obtenir les meilleures conditions de sortie dans le cadre de négociations de paix que beaucoup jugent encore envisageables. D’autant que le conflit reste profondément impopulaire auprès de l’opinion publique américaine. À l’approche des élections de mi-mandat, Donald Trump pourrait en outre se retrouver sous une pression politique croissante. Conscient de cet équilibre fragile, le président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, maintient une ligne dure, affirmant vouloir « faire payer la facture » aux deux alliés.

Parallèlement, Téhéran poursuit des discussions avec Oman en vue d’instaurer un péage permanent dans le détroit d’Ormuz. Une perspective qui ne devrait guère réjouir le président américain, Donald Trump.

  • Les marchés financiers font preuve de sang-froid face au conflit iranien

Malgré le conflit en Iran, les marchés actions ont largement absorbé le choc initial. Les investisseurs semblent même aborder les nouvelles en provenance du Moyen-Orient avec un certain recul.

Les publications de résultats des entreprises pour le premier trimestre viennent d’ailleurs conforter cette lecture.

Le marché continue de privilégier les entreprises exposées aux infrastructures de calcul, aux data centers, au cloud et aux semi-conducteurs. Les dépenses d’investissement des grands acteurs technologiques renforcent l’idée d’une demande structurelle durable sur l’ensemble de la chaîne de valeur.

Aux États-Unis, les marchés actions sont sur les plus hauts de l’année. Le S&P 500 s’adjuge 4,84 % sur le mois de mai. Le Nasdaq, regroupant les grandes valeurs technologiques, s’envole quant à lui de 7,40 %.

Même dynamique en Europe, où l’Euro Stoxx 50 progresse de 5,38 %. En France, le CAC 40 gagne 3 %, tandis que le DAX 40 affiche une hausse de 5,3 %.

Enfin, en Chine, le Shanghai Composite recule de 2,46 %.

Performance sur les marchés financiers en mai 2026
Performance sur les marchés financiers en mai 2026
  • +85 % en six mois : l’envolée spectaculaire des semi-conducteurs

Le Philadelphia Semiconductor Index - indice de référence des grandes entreprises mondiales de puces électroniques - sert aujourd’hui de véritable thermomètre du secteur. Il regroupe une trentaine de valeurs majeures, parmi lesquelles Nvidia, AMD, Intel, Qualcomm ou encore TSMC.

Son évolution traduit l’engouement exceptionnel autour de cette thématique devenue centrale dans l’intelligence artificielle : +85 % sur six mois, +299 % sur cinq ans.

Et ces performances spectaculaires dépassent largement les seules frontières américaines.

Le marché sud-coréen s’appuie lui aussi sur quelques champions incontournables, à commencer par Samsung et SK Hynix, dont les performances boursières depuis le 1er janvier 2026 (+171 % et +249 %).

Par ricochet, cette dynamique rend le pays fortement dépendant de la santé d’un groupe comme Samsung. Celui-ci représente à lui seul 12,5 % de l’économie nationale, tandis que ses puces liées à l’intelligence artificielle comptent pour 20 % à 25 % des exportations du pays.

Les interrogations autour de l’intelligence artificielle ne font que commencer…

  • La remontée des taux traduit les inquiétudes des investisseurs

Contrairement aux marchés actions, les marchés obligataires intègrent pleinement les conséquences du conflit iranien. La divergence entre les deux classes d’actifs apparaît désormais particulièrement marquée.

Les obligations américaines se retrouvent en première ligne. Le rendement du Treasury à 30 ans a franchi le seuil des 5 %, une première depuis 2007.

Le taux américain à 10 ans frôle, quant à lui, les 4,5 %. En Europe, le Bund allemand à 10 ans s’établit autour de 3 %, tandis qu’en France, le rendement de l’OAT à 10 ans évolue à proximité de 3,7 %.

Un décalage confirmé par Eric Bertrand, directeur général d’OFI Invest AM, « dans ce contexte, les marchés de taux questionnent le caractère transitoire du choc énergétique et intègrent une prime d’inflation visible tant sur les taux nominaux que dans les breakeven d’inflation ».

  • Le grand paradoxe du commerce mondial

En 2025, le commerce mondial a progressé de près de 5 %, un chiffre qui peut sembler contre-intuitif au regard de la forte hausse des droits de douane américains décidée par Donald Trump lors du « Liberation Day » d’avril 2025.

Avec un taux moyen de droits de douane porté à 10,5 %, soit son niveau le plus élevé depuis les années 1940, les États-Unis ont pourtant considérablement durci leur politique commerciale. Dans les faits, près de la moitié des importations continuent toutefois d’entrer sur le territoire américain sans taxation, grâce aux nombreuses exemptions accordées par l’administration.

Face à cette nouvelle donne, les grandes puissances commerciales ont privilégié le renforcement de leurs échanges plutôt qu’une escalade protectionniste. À la fin de l’année 2025, les flux commerciaux entre plusieurs alliés occidentaux affichaient ainsi une progression de 12 %.

Une quinzaine d’accords commerciaux internationaux représentant plus de 400 milliards de dollars d’échanges se sont ainsi conclus en une année. Parmi les principaux signataires figurent l’Union européenne, l’Inde et le Royaume-Uni.

L’économie américaine entre deux feux

Le Fonds monétaire international (FMI) estime que le choc provoqué par la guerre au Moyen-Orient a déjà modifié les perspectives d’inflation mondiale. Son scénario central intègre désormais une hausse de 19 % des prix de l’énergie en 2026 ainsi qu’une inflation mondiale de 4,4 %. Malgré leur relative indépendance énergétique, les États-Unis figurent parmi les premières économies touchées.

Plusieurs indicateurs récents laissent entrevoir un ralentissement de la dynamique de croissance américaine dans les prochains mois. Les chiffres du premier trimestre 2026 ont d’ailleurs déjà été révisés à la baisse, tandis que les tensions inflationnistes gagnent en intensité.

  • Le temps des interrogations sur l'économie américaine

Mauvaise nouvelle pour l’économie américaine : la croissance du produit intérieur brut (PIB) réel a été révisée en baisse de 0,4 point, à 1,6 %. Autre signe de fragilité, le taux d’épargne des ménages est tombé à 2,6 %, contre 3,2 % le mois précédent. La confiance des consommateurs s’est également fortement détériorée. L’indice de sentiment de l’Université du Michigan est ainsi retombé à 48,2, un niveau historiquement bas.

Le marché de l’emploi montre lui aussi quelques signes d’essoufflement. Les salaires horaires n’ont progressé que de 0,2 %, contre 0,3 % attendu. Si le taux de chômage demeure contenu à 4,3 %, près de 445 000 personnes supplémentaires ont été contraintes d’accepter un emploi à temps partiel, un indicateur souvent révélateur d’une dégradation progressive des conditions du marché du travail.

L’indice manufacturier de la Réserve fédérale de Philadelphie s’est également fortement dégradé en mai, passant de 26,7 à -0,4 point.

Pour autant, le tableau n’est pas si sombre que cela.

La production industrielle américaine a progressé de 0,7 % en avril, après un recul de 0,3 % le mois précédent. Le PMI manufacturier flash a quant à lui bondi à 55,3, son niveau le plus élevé depuis quatre ans.

L’indice de confiance des consommateurs publié par le Conference Board a également dépassé les attentes en ressortant à 93,1 points, contre 92 attendus.

Enfin, le marché immobilier a réservé une bonne surprise. Les ventes de logements neufs ont progressé au-delà des anticipations, tandis que les permis de construire ont enregistré une hausse de 11 %.

Dans cet environnement contrasté, les investisseurs concentrent désormais leur attention sur l’évolution de l’inflation et sur les orientations de la Réserve fédérale, désormais dirigée par Kevin Warsh.

  • Le difficile héritage de Kevin Warsh

Kevin Warsh est officiellement devenu le nouveau président de la Réserve fédérale, succédant à Jerome Powell.

Il prend les rênes de l’institution dans un contexte particulièrement délicat. D’un côté, l’économie américaine montre des signes tangibles de ralentissement. De l’autre, les pressions inflationnistes se renforcent.

L’inflation a atteint en avril son niveau le plus élevé depuis près de trois ans. L’indice PCE a progressé de 3,8 % sur un an, contre 3,5 % en mars. Quant au « core PCE », l’indicateur d’inflation privilégié par la Fed, il affiche désormais une hausse annuelle de 3,3 %.

Les prix de l’énergie jouent un rôle majeur dans cette accélération. Les carburants affichent ainsi une hausse de 28,4 % sur un an. Mais les tensions inflationnistes se diffusent également dans l’ensemble de l’économie, des loyers aux billets d’avion. En avril, le prix du steak de bœuf était par exemple supérieur de 16,1 % à celui observé un an auparavant.

Kevin Warsh pourra-t-il assouplir sa politique monétaire afin de soutenir une économie en perte de vitesse ? Ou devra-t-il, au contraire, privilégier la lutte contre l’inflation et préserver l’indépendance de la banque centrale face aux pressions politiques ?

Les premiers éléments de réponse sont attendus le 16 juin, à l’occasion de sa première réunion de politique monétaire à la tête de la Fed.

Le conflit iranien assombrit les perspectives européennes

Le conflit en Iran commence à peser sensiblement sur l’économie européenne. Il paraît désormais acquis que la croissance de la zone euro sera inférieure à 1 % en 2026.

  • Le ralentissement de l'économie se confirme

Les chiffres de croissance du premier trimestre 2026 ont été publiés. Et ils déçoivent. L’activité n’a progressé que de 0,1 % sur le trimestre, confirmant le ralentissement à l’œuvre dans la plupart des économies européennes.

La confiance des acteurs économiques continue également de se dégrader. L’indice de confiance des consommateurs s’est établi à -19 en mai, après -20,6 en avril. Un niveau certes légèrement supérieur aux attentes des analystes, qui anticipaient -21, mais qui demeure révélateur d’un climat économique fragile.

La France illustre bien ces difficultés. Au premier trimestre 2026, son produit intérieur brut (PIB) en volume s’est contracté de 0,1 %.

Autre indicateur préoccupant : l’indice PMI composite de la zone euro, publié par S&P Global, est ressorti à 47,5 en mai, contre 48,8 en avril. Il s’agit de son niveau le plus faible depuis octobre 2023. L’indice se situe également en dessous des anticipations des économistes interrogés par Reuters, qui tablaient sur une stabilisation.

À moyen terme, les perspectives se dégradent encore. La Commission européenne prévoit désormais une croissance de seulement 0,9 % en 2026, contre 1,2 % dans ses prévisions publiées à l’automne 2025.

Le marché du travail devrait à son tour subir les conséquences de ce ralentissement. La Commission anticipe un taux de chômage de 8,3 % en 2026 puis de 8,7 % en 2027, après 7,7 % en 2025.

Comme l’explique Émile Gagna, économiste chez Candriam, dans Les Échos : « La consommation est en train de freiner et la chute de la confiance des ménages laisse présager un ralentissement encore plus marqué à l'avenir. Le choc pétrolier lié à la guerre en Iran va faire passer l'inflation dans la zone euro à 3,5 % environ cette année en moyenne, contre 2 % attendus avant le début du conflit. Celui-ci va donc entraîner un prélèvement de l'ordre de 1 % à 1,5 % sur le pouvoir d'achat des ménages européens. »

  • Le retour du risque inflationniste

La hausse du coût de la vie provoquée par la guerre au Moyen-Orient ravive les tensions inflationnistes en Europe.

Selon les premières estimations d’Eurostat, les prix à la production industrielle ont progressé de 3,4 % dans la zone euro et de 3,2 % dans l’ensemble de l’Union européenne en mars 2026 par rapport au mois précédent. Sans surprise, cette hausse est principalement imputable à l’énergie, dont les prix ont bondi de 11,1 % sur un mois dans le contexte de la flambée des cours du pétrole et du gaz.

L’inflation accélère elle aussi rapidement. Après 1,9 % en février sur un an, elle est passée à 2,6 % en mars puis à 3 % en avril. En seulement deux mois, l’indice des prix à la consommation a ainsi gagné plus d’un point.

Face à cette situation, la Banque centrale européenne (BCE) a choisi le statu quo lors de sa dernière réunion. Toutefois, les débats autour d’un éventuel relèvement des taux directeurs ont été nourris, et plusieurs responsables monétaires ont laissé entendre qu’une hausse pourrait intervenir dès le mois de juin.

Pour Eric Bertrand, directeur général d’OFI Invest AM, « la Banque centrale européenne, consciente des erreurs du passé, n’a pas pris d’engagement sur une hausse des taux en juin, mais elle a néanmoins préparé le terrain pour le faire. Seul un déblocage du détroit d’Ormuz et une normalisation rapide des prix de l’énergie pourraient modifier cet état de fait. Le statu quo des banques centrales ne doit pas être interprété comme un signal de confort. Il traduit plutôt une contrainte : celle de devoir arbitrer entre inflation énergétique, ralentissement de la croissance et risque de second tour ».

La résilience de l'économie chinoise

Les 14 et 15 mai 2026, Donald Trump s’est rendu en Chine pour rencontrer Xi Jinping. Derrière l’affichage d’une relation apaisée, les divergences stratégiques restent entières.

  • Des relations sino-américaines très incertaines

Le président chinois a averti son homologue qu’une mauvaise gestion du dossier taïwanais pourrait conduire à une situation « extrêmement dangereuse » pour les relations sino-américaines. Il a également insisté sur l’incompatibilité entre « l’indépendance de Taïwan » et la stabilité régionale, alors que les tensions autour du détroit d’Ormuz alimentent déjà les inquiétudes. Donald Trump s’est gardé de tout commentaire public sur ces déclarations et a évité les questions des journalistes. Malgré les sourires protocolaires, la rivalité demeure.

Sur le plan économique, Pékin poursuit sa stratégie de montée en gamme technologique. Les autorités ont lancé un programme destiné à accélérer l’intégration de l’« IA Plus » dans l’ensemble des secteurs de l’économie. La Chine dispose d’atouts considérables : la plus vaste population susceptible d’adopter massivement les services numériques et plus de 50 % des brevets mondiaux déposés dans le domaine de l’intelligence artificielle.

  • La force exportatrice

Dans le même temps, plusieurs indicateurs témoignent d’un ralentissement de l’activité. En avril, la production industrielle n’a progressé que de 4,1 %, contre près de 6 % attendus, soit sa plus faible performance depuis trois ans. Les ventes au détail n’ont augmenté que de 0,2 %, leur plus faible hausse depuis décembre 2022. Les effets du choc énergétique mondial commencent à peser sur la deuxième économie de la planète, poussant Pékin à envisager de nouvelles mesures de soutien à la population. Le sujet devrait être au cœur des discussions lors de la prochaine réunion du Parti communiste, en juillet.

Cette situation met en lumière une économie à deux vitesses. La consommation des ménages reste atone, mais l’industrie continue d’afficher une remarquable vigueur. Les profits des entreprises industrielles ont progressé de 18,2 % depuis le début de l’année par rapport à la même période de 2025. Dans la chimie, la hausse dépasse même 70 %.

Pour Wilfrid Galand, directeur stratégiste chez Montpensier-Arbevel, l’économie chinoise dispose de solides atouts pour absorber les tensions géopolitiques actuelles : « L’analyse des composantes de cette croissance est claire : c’est bien la densité, la performance et la compétitivité à l’exportation de l’impressionnant tissu manufacturier du pays qui lui donne son positionnement unique dans les chaines de valeurs et lui permet de conforter sa place comme point central des équilibres géopolitique à l’heure où le blocage du détroit d’Ormuz exacerbe les tensions et remet les coordinations régionales au centre du jeu. »