Une nouvelle levée de fonds pour Alan

Assurtech : Alan accueille des sportifs de haut niveau à son capital

La licorne française de l’assurance santé, Alan vient de boucler une nouvelle levée de fonds de 100 millions d’euros. L’opération, réalisée sur la base d’une valorisation annoncée à 5 milliards d’euros, marque l’entrée de nouveaux investisseurs, parmi lesquels figurent plusieurs sportifs de haut niveau.

Chiffres clés d'Alan
Chiffres clés d'Alan

Une volonté de bousculer les codes de l’assurance santé

Fondée en 2016, Alan est née de la rencontre entre deux ingénieurs, Jean-Charles Samuelian-Werve et Charles Gorintin. Le premier venait de l’aéronautique, le second de la tech américaine.

Tous deux partagent le même constat : le système de santé et d’assurance accuse un retard structurel dans sa transformation digitale.

De cette intuition naît Alan, pensée comme une assurance santé entièrement numérique, accessible via une application unique.

Dans ses prises de parole, Jean-Charles Samuelian-Werve résume régulièrement cette ambition : « sortir d’un système centré sur la maladie, marqué par la complexité des parcours de soins et la surcharge des professionnels de santé ».

Pour encourager les comportements préventifs, Alan s’inspire notamment des mécaniques issues de l’univers du jeu vidéo : défis de marche, de respiration, de sommeil ou encore d’alimentation. L’entrée de sportifs de haut niveau à son capital doit justement renforcer cette dimension, en ouvrant la voie à la mise en œuvre de défis sportifs, permettant à chaque participant de comparer ses performances avec celles des athlètes auxquels il peut s’identifier.

En parallèle, la start-up a lancé un assistant conversationnel fondé sur l’intelligence artificielle, présenté comme un « compagnon de santé ». Baptisé Mo, il accompagne les utilisateurs dans leur parcours de soins et facilite la prise de rendez-vous avec des professionnels partenaires.

Une levée de fonds opportuniste pour Alan

Depuis sa création, Alan a levé près de 700 millions d’euros auprès d’investisseurs internationaux de premier plan, parmi lesquels Index Ventures, Temasek, Coatue ou encore Ontario Teachers’ Pension Plan.

Une nouvelle opération a été annoncée au cours du mois de mars. Celle-ci vise à renforcer ses capacités d’investissement. Menée par Index Ventures, elle réunit des investisseurs historiques comme Belfius. Mais aussi de nouveaux entrants, dont SH Capital, le fonds américain Greenoaks, le family office émirati Kaaf Investments, ainsi que Tobias Lütke, fondateur de la plateforme Shopify.

Elle s’accompagne également de l’arrivée de sportifs de haut niveau au capital, dont deux champions du monde 2018 de football : Kylian Mbappé et Antoine Griezmann.

Le montant exact investi par l’actuel joueur du Real Madrid via son fonds Coalition Capital n’a pas été communiqué. L’ensemble s’inscrit dans une levée globale de 100 millions d’euros, sur la base d’une valorisation portée à 5 milliards.

Une opération qualifiée d’opportuniste par la directrice financière du groupe, Mihaela Albu : « Nous n’avions pas besoin de lever des fonds. C’était opportuniste. Nous avons eu une demande de la part de nos investisseurs existants pour réinvestir, mais aussi de nouveaux investisseurs ».

Une rentabilité à horizon 2027 ?

Dans le cadre d’une conférence de presse qui a beaucoup fait parler, en présence notamment de Kylian Mbappé, les dirigeants d’Alan ont adopté une posture très offensive dans leur communication. Alan revendique aujourd’hui plus d’un million de membres et environ 37 000 entreprises clientes. Quelques semaines plus tôt, l’assurtech avait défrayé la chronique en devenant la mutuelle du ministère de l’Économie et des Finances, couvrant plus de 130 000 agents.

« Notre croissance est équilibrée entre le secteur privé et le secteur public », précise cependant Mihaela Albu.

Selon les chiffres dévoilés par sa direction en ce début d’année, Alan a affiché en 2025 un revenu annuel récurrent de 785 millions d’euros. Toujours selon l’entreprise, le groupe devrait atteindre le seuil de rentabilité en 2027. En 2024, elle enregistrait encore 34 millions d’euros de pertes.

Une stratégie tournée vers la croissance externe

Quelle sera la feuille de route pour les prochains mois ?

La croissance externe devrait encore faire les gros titres pour cette start-up de 800 salariés. « Cette levée de fonds va nous permettre de procéder à des acquisitions et de soutenir notre expansion internationale », confirme Mihaela Albu.

Selon une indiscrétion des Échos, Alan se dirigerait vers de nouveaux services, notamment autour de la prévention. La licorne aurait d’ailleurs préparé le terrain en rachetant, début février 2026, la plateforme de santé ARO. Un acteur émergent qui s'est lancé en 2025.

Le nouveau rôle des sportifs de haut niveau

Au-delà de l’apport financier, l’arrivée de sportifs professionnels au capital d’entreprises technologiques s’inscrit dans une stratégie patrimoniale de plus en plus prisée. Celle du « brand for equity ».

L’image, la notoriété et la crédibilité des athlètes deviennent des actifs stratégiques. En retour, les sportifs diversifient leur patrimoine et anticipent leur reconversion.

Le private equity et l’investissement dans les start-up s’imposent ainsi comme une classe d’actifs incontournable pour les sportifs.

Avec ces entrées au capital, Alan ajoute, de son côté, une dimension supplémentaire à sa communication : celle de la performance. Les athlètes deviennent à la fois ambassadeurs et partenaires de la marque.

L’ambition est donc là, mais le modèle économique est encore à installer dans la durée. Pour 2026, le ministère de la Transition écologique a en effet augmenté de 14 % les tarifs des options du contrat de complémentaire santé assuré par Alan. Preuve qu’il n’est pas facile de définir le « juste prix », même chez les acteurs pleinement digitalisés.


Investissement : Les marchés financiers & placements : les États-Unis négocient des accords commerciaux avec ses principaux partenaires commerciaux

Les convictions d'investissement de Scala Patrimoine - Avril 2026

Depuis le début de l’année, les marchés actions et obligataires ont été profondément secoués. Le conflit impliquant les États-Unis et Israël en Iran a agi comme un véritable catalyseur d’incertitudes. Dans ce contexte chahuté, les convictions d'investissement de Scala Patrimoine, centrées sur une certaine prudence et une volonté d’apporter une forte diversification, géographique et sectorielle, aux portefeuilles de nos clients en sortent renforcées.

Marchés actions : entre chocs géopolitiques et nécessité de diversification

C’est un principe que nous martelons depuis des mois, c’est bien celui de la diversification face à la concentration excessive. Se focaliser sur un nombre restreint de secteurs ou de valeurs expose inévitablement à des à-coups violents, dont le début d’année se fait un pressant écho.

  • Le sacro-saint principe de diversification

La nécessité d’apporter de la diversification notamment au sein même du marché des actions américain, apparaît aujourd’hui comme une approche incontournable. Trop d’investisseurs sont restés surexposés à quelques segments, en particulier aux grandes valeurs technologiques. Or, même les hyperscalers n’ont pas été épargnés par les turbulences liées à la crise iranienne. Quant aux éditeurs de logiciels, ils ont subi de plein fouet les interrogations croissantes sur la solidité de leur modèle face à la montée en puissance de l’intelligence artificielle.

À l’inverse, certains secteurs ont tiré leur épingle du jeu. Les valeurs pétrolières et celles liées à la Défense ont logiquement bénéficié du contexte géopolitique. D’autres segments, plus cycliques comme le luxe, les loisirs, ou le transport aérien se sont montrés nettement plus vulnérables, leur sensibilité à l’activité économique les rendant particulièrement exposés.

Romane Azzopardi, responsable des investissements cotés au sein du multi family office indépendant Scala Patrimoine confirme l’importance de garder le cap. « Ce début d’année a été marqué par de fortes rotations sectorielles. Dans un tel environnement, l’absence de diversification de l'investissement en bourse se paie comptant. »

Dans les périodes troublées, l’intégration de valeurs plus défensives, santé ou industrie de qualité, reste une règle simple, presque évidente, mais trop souvent négligée.

Cette logique vaut également sur le plan géographique. « Les marchés émergents, après une année 2025 marquée par une réappréciation assez rapide, affichent encore une performance positive depuis le 1er janvier, malgré les turbulences récentes. Cette zone se distingue cependant par une très forte hétérogénéité des situations. L'Asie, hors Chine, est ainsi plus durement touchée par le choc énergétique provoqué par le conflit en Iran que les pays d'Amérique Latine, par exemple » confirme Romane Azzopardi.

Dans ce contexte, l’Europe conserve toute sa place dans les allocations. Le déploiement du plan de relance allemand, et les effets d’entraînement attendus sur l’économie européenne, continuent d’alimenter des perspectives constructives. « Même si celles-ci restent, à ce stade, encore largement conditionnées à l’évolution du contexte international. » reconnait la responsable des investissements côtés de Scala Patrimoine.

  • Les regards tournés vers l’Iran

Dans les semaines à venir, l’attention restera inévitablement focalisée sur l’évolution du conflit en Iran. Ses répercussions dépassent largement le seul cadre géopolitique, par ce choc d'offre énergétique. Elles pourraient perturber la chaîne d'approvisionnement de l’économie mondiale, sur le plan alimentaire et technologique notamment.

Le comportement des marchés a d’ailleurs évolué par phases. D’abord relativement complaisants durant les premières semaines, les investisseurs ont progressivement intégré l’idée d’un conflit plus long et plus complexe que prévu. À partir de là, la perception du risque a changé de nature et les marchés avec.

  • Des banques centrales prises entre le marteau et l’enclume

Dans ce contexte, les banques centrales avancent sur une ligne de crête. Les États-Unis, forts de leur relative indépendance énergétique, devraient être moins exposés que l’Europe et l'Asie. Mais la vigilance reste de mise.

Certains fondamentaux, quelque peu relégués au second plan ces dernières semaines, pourraient rapidement revenir au cœur des préoccupations : solidité du marché de l’emploi, ampleur des investissements liés à l’intelligence artificielle, et risque de déceptions à mesure que les montants engagés, souvent colossaux, devront se traduire en résultats concrets.

Les évolutions récentes illustrent d’ailleurs l’ampleur des ajustements en cours. En mars, les anticipations de politique monétaire ont été profondément révisées. Le scénario d’un ralentissement économique combiné à un retour de l’inflation n'est pas encore à écarter, malgré le cessez-le-feu temporaire signé entre l'Iran et les Etats-Unis. Après être passée sous les 2 %, l’inflation est remontée autour de 2,5 % en mars, sous l’effet notamment du choc énergétique.

Dans ces conditions, la marge de manœuvre des banquiers centraux apparaît particulièrement contrainte.

Marchés obligataires : le choc iranien rebat les cartes

Le conflit impliquant les États-Unis, Israël et l’Iran a provoqué une onde de choc brutale sur les marchés obligataires. En quelques semaines, l’ensemble de la courbe des taux, en Europe comme aux États-Unis, a été bousculé. Les spreads de crédit se sont écartés, tout comme ceux des dettes émergentes, signe d’un regain de prudence des investisseurs face à un environnement redevenu incertain.

Derrière ces mouvements, c’est avant tout le retour du risque inflationniste, alimenté par le choc énergétique, qui a rebattu les anticipations de marché.

  • Taux : un retournement brutal des anticipations

Les mouvements les plus marqués se concentrent sur la partie courte de la courbe des taux. En cause : un changement radical des anticipations de politique monétaire.

Jusqu’au début de l’année, les marchés tablaient encore sur une ou deux baisses de taux de la Réserve fédérale américaine en 2026. Désormais, le scénario s’est inversé. Désormais les marchés n'anticipent plus de mouvements de la FED sur les taux directeurs.

Cette révision a mécaniquement tiré les taux courts vers le haut, beaucoup plus nettement que les taux longs.

- Une courbe sous tension

Les taux courts ont fortement réagi au repositionnement des anticipations monétaires.

Les taux longs, eux, ont également progressé, mais dans une moindre mesure, principalement sous l’effet des craintes inflationnistes persistantes. Particulièrement en Europe ou un statut quo était anticipé avant le conflit. Au 8 avril, deux hausses des taux par la BCE étaient encore anticipées.

- Des anticipations jugées fragiles

Ce repositionnement reste toutefois sujet à caution. Comme le souligne Romane Azzopardi, ces anticipations pourraient s’avérer excessives. « D’une part, la situation géopolitique au Moyen-Orient demeure extrêmement évolutive. D’autre part, de nombreux analystes estiment qu’un resserrement monétaire dans ce contexte manquerait de crédibilité. »

Le raisonnement est simple. Si le risque inflationniste est réel, la dynamique de croissance, elle, reste fragile. Une hausse des taux viendrait durcir les conditions de financement et risquerait d’étouffer une activité déjà peu dynamique.

La Banque centrale européenne, en particulier, dispose de marges de manœuvre limitées. Dans ce contexte, une partie de la hausse des taux courts apparaît déjà intégrée dans les prix.

« Si la BCE ne matérialise pas ces hausses, la partie courte pourrait même offrir de bonnes surprises avec un mouvement de normalisation », avance Romane Azzopardi.

- Pressions structurelles sur les taux longs

Si la hausse des taux longs est restée plus contenue, elle s’inscrit dans une tendance plus durable. Au-delà du choc actuel, plusieurs facteurs continuent d’exercer une pression haussière : la persistance des risques inflationnistes à moyen terme, l’augmentation des besoins de financement publics, et la dégradation des marges budgétaires en Europe.

L’exemple allemand illustre cette dynamique. Les plans de soutien massifs annoncés ces derniers mois impliquent une hausse significative des émissions obligataires. Une offre accrue de dette qui, mécaniquement, pèse sur les taux.

  • Spreads : une réaction mesurée, mais sous surveillance

Contrairement aux taux, les spreads de crédit ont réagi de manière relativement contenue. Leur niveau reste, à ce stade, proche des moyennes historiques.

Ce calme apparent appelle toutefois à la vigilance. Plusieurs questions se posent. Comment les entreprises absorberont-elles ce nouvel environnement ? Faut-il anticiper des tensions sur certains segments en cas de ralentissement économique ?

Pour l’heure, les taux de défaut restent comparables à ceux observés avant le déclenchement du conflit. Mais l’équilibre demeure fragile.

  • Investissement : une approche prudente

Dans cet environnement incertain, une approche prudente s’impose. L’attention se porte désormais sur la partie intermédiaire de la courbe, entre 3 et 5 ans, surtout en euro, qui offre un compromis jugé plus équilibré entre rendement et risque.

À l’inverse, la partie longue apparaît plus exposée. Un retour durable de l’inflation, ou des décisions de politique budgétaire aux États-Unis, pourraient accentuer la volatilité sur ce segment.

« Nous ne connaissons pas encore l’ampleur ni la durée de l’impact inflationniste. Des effets de second tour sont déjà évoqués, notamment sur les prix alimentaires à horizon 6 à 9 mois », souligne Romane Azzopardi.

- Le retour en grâce du portage obligataire

Dans ce contexte, le portage obligataire retrouve tout son attrait.

Cette stratégie d'investissement, qui consiste à conserver une obligation jusqu’à son échéance pour en percevoir les revenus, bénéficie aujourd’hui de niveaux de coupon plus élevés. Elle permet de générer des flux réguliers, qui jouent un rôle d’amortisseur face aux chocs de taux ou à l’élargissement des spreads.

Les obligations d’entreprises de bonne qualité (investment grade) conservent notre faveur. Elles offrent un surplus de rendement par rapport aux dettes souveraines et une duration plus basse, tout en restant relativement peu sensibles aux tensions géopolitiques.

Sur le segment d'investissement du high yield, la position est plus attentiste. En cas de ralentissement économique marqué, un élargissement des spreads apparaît probable.

- Marchés émergents : des disparités accrues

Les obligations émergentes présentent un profil plus contrasté. Les écarts entre pays se creusent. Certains bénéficient de la hausse des prix de l’énergie, alors que d’autres en subissent les conséquences.

À cela s’ajoute une contrainte structurelle : ces marchés restent largement dépendants du dollar, ce qui accentue leur sensibilité aux conditions financières globales.

- Subordonnées bancaires : des fondamentaux encore solides

Les obligations subordonnées du secteur bancaire ont, jusqu’ici, bien résisté.

Les fondamentaux des établissements restent robustes, notamment en Europe où le cadre réglementaire est plus strict. Le principal risque résiderait dans un ralentissement économique brutal, susceptible de provoquer un écartement des spreads.

Aux États-Unis, certaines fragilités apparaissent, notamment en lien avec le marché du crédit privé, dont les tensions pourraient se diffuser aux assureurs et aux banques.

Malgré cela, le segment reste attractif en Europe, porté par des émetteurs de premier plan et majoritairement investment grade.

Enfin, l'investissement sur du monétaire suscitent des interrogations. Comme le souligne Francisco Baiano, chargé d’investissement chez Scala Patrimoine : « Se positionner sur des fonds monétaires revient à accepter des taux réels très faibles, voire négatifs, compte tenu des anticipations d’inflation. »

Autrement dit, une solution d'investissement rassurante en apparence, mais dont le rendement réel pourrait s’avérer décevant.

Quoiqu’il en soit, dans cet environnement mouvant, la sélectivité redevient clé. Entre prudence tactique et recherche de rendement, les investisseurs doivent composer avec un équilibre plus instable, mais aussi, potentiellement, plus riche en opportunités.

L’or reprend son souffle

L’or, traditionnellement considéré comme une valeur refuge, a connu une surprenante baisse depuis le début du conflit en Iran. Cette chute s’explique en partie par la prudence des banques centrales dans le cadre de leur investissement. Elles ont, en effet, suspendu leurs programmes d’achat d’or au moment où la guerre éclatait.

La Turquie, par exemple, a massivement liquidé une partie de ses réserves : 52 tonnes sur un total de 440 tonnes ont été remises sur le marché, soit l’équivalent d’environ 20 milliards de dollars. Une opération qui a pesé sur les cours et rappelle que même les métaux précieux peuvent être sensibles aux décisions stratégiques des États.

Le contexte économique global joue également un rôle majeur. Si un nouveau cycle de hausse des taux d’intérêt venait à démarrer, l’or pourrait en pâtir, étant traditionnellement négativement corrélé à ces variations.

Malgré ces soubresauts, certains fondamentaux restent solides sur le moyen terme. Les achats des banques centrales se poursuivent, et l’or conserve son rôle de diversification au sein des portefeuilles. Sa nature tangible en fait un actif prisé pour ceux qui cherchent à sécuriser une partie de leur patrimoine face aux incertitudes économiques.

« L’histoire récente montre cependant que l’or n’est pas infaillible. Même dans des périodes où il est censé offrir une protection, il peut souffrir de conditions de marché particulières. Les investisseurs doivent donc considérer ce métal précieux comme un outil de diversification plutôt qu’une assurance absolue contre les crises. » explique Romane Azzopardi.

Stratégies alternatives : Un biais long malgré la diversification

Les stratégies alternatives présentent souvent un biais long sur les actions, même si elles incluent une composante short. Cela signifie que, même en période de baisse des marchés, ces stratégies restent partiellement corrélées à la chute des prix.

Certaines stratégies pourraient bénéficier d’une reprise de l’activité de fusions-acquisitions (M&A). « Le merger arbitrage, ainsi que certains longs/shorts orientés sur les opérations de fusion, peuvent alors devenir performants. Ces approches profitent de la valorisation relative des entreprises impliquées dans des transactions et cherchent à tirer parti des écarts de prix créés par ces opérations. » confirme Francesco Baiano.

Cependant, ces stratégies ne sont pas totalement indépendantes des marchés. La corrélation ne provient pas uniquement du biais long : lorsqu’elles reposent sur l’arbitrage, ces stratégies sont sensibles aux conditions macroéconomiques. En période de forte incertitude, de nombreuses opérations sont soit annulées, soit reportées, ce qui limite les opportunités et affecte la performance des fonds engagés dans ce type de stratégies.

Private Equity : Opportunités et résilience dans un contexte volatil

Dans un environnement économique incertain, le private equity demeure une classe d’actif pertinente pour les investisseurs de long terme en quête de rendement.

  • Des stratégies d'investissement diversifiées et adaptées

L’intérêt pour les actifs non cotés — les fameux private assets — ne faiblit pas.

Pour nos clients, nous ciblons plusieurs segments du marché :

- Growth Equity : mise sur la croissance de sociétés innovantes à fort potentiel.

- Stratégies secondaires : stabilité rassurante et rendements robustes grâce à des actifs déjà matures.

- Fonds de co-investissement : optimisation des performances tout en maîtrisant les coûts et la structure des portefeuilles.

- Fonds d’infrastructures : visibilité sur les cash-flow.

- Capital-risque : technologies et transition énergétique en tête, un vivier pour les startups innovantes.

  • Les zones de fragilité de la dette privée evergreen

L’engouement croissant pour la dette privée evergreen ne doit pas occulter les premières tensions qui apparaissent sur ce marché. Si les pertes restent pour l’instant limitées, plusieurs signaux appellent à la vigilance. Aux États-Unis, le taux de défaut des crédits privés a légèrement progressé, passant de 5,4 % à 5,6 % en décembre 2025, selon Fitch. Les difficultés récentes de Blue Owl mettent en lumière certaines fragilités structurelles qui méritent attention.

  1. Tensions localisées sur le marché américain

Le marché de la dette privée evergreen se distingue nettement selon les continents. Aux États-Unis, où le secteur est développé et très concurrentiel, des tensions localisées se font sentir. Ces fragilités sont accentuées par une forte demande de retraits et par des conditions d’entrée moins strictes pour certains fonds ces dernières années.

En Europe, en revanche, le cadre réglementaire plus strict et une approche prudente des investisseurs garantissent une stabilité relative. Les pressions sur les fonds y sont moins marquées, et le marché bénéficie d’une gestion plus long terme et sélective.

  1. Des fondamentaux solides malgré les frictions

Malgré ces tensions, la qualité des actifs reste robuste. Les taux de défaut sont maitrisés, les portefeuilles sont investis de manière diversifiée. Les pressions sur les fonds en matière de liquidité demeurent par ailleurs contenues. Cette résilience est particulièrement visible en Europe, où les stratégies long terme et la sélection rigoureuse des investissements limitent les risques.

Un secteur mérite une attention particulière : les entreprises de logiciels et de SaaS, largement financées par la dette privée. Si certaines d’entre elles ressentent la pression de l’arrivée de l’IA, la majorité affichent une résilience notable. Les sociétés de gestion restent sélectives, privilégiant les entreprises les moins exposées aux bouleversements technologiques récents.

  1. Vers une phase d’ajustement et de nouvelles opportunités

Le marché amorce progressivement une phase d’ajustement. Dans ce contexte, nous avons, par prudence, choisi de suspendre temporairement les nouveaux investissements afin de sécuriser les portefeuilles existants.

Cette période de transition pourrait toutefois se révéler stratégique. Elle offre des conditions d'investissement plus favorables pour ceux entrants dans la classe d'actifs et l’opportunité de renforcer des portefeuilles déjà solides. Notre conviction d'investissement demeure ainsi intacte, soutenue par la résilience des fonds et des stratégies structurées.

Nos équipes sont à votre disposition pour échanger sur vos projets d’investissement et évaluer, avec vous, leur intérêt, au regard de l’environnement économique et financier, de la structuration de votre patrimoine et de vos objectifs de vie.


La campagne de déclaration de l'impôt sur le revenu 2022

Impôts sur le revenu : les dates clés de la déclaration 2026

Le calendrier de la déclaration de revenus 2026 vient d’être dévoilé par le gouvernement. Sans surprise, les échéances s’étalent, comme chaque année, de la fin mai au début du mois de juin.

Les dates limites s’étalent du 21 mai au 4 juin

Dans le jargon journalistique, on appelle cela un marronnier. C'est à dire un rendez-vous immuable, qui revient à date fixe. La campagne déclarative s'inscrit dans cette tradition. Pour cette édition 2026, elle débutera officiellement le jeudi 9 avril.

Comme les années précédentes, les délais varient selon le mode de déclaration, en ligne ou sur papier, ainsi que le département de résidence. Au total, les contribuables disposent de quelques semaines pour s’acquitter de cette formalité, avec des dates limites échelonnées entre le 21 mai et le 4 juin, pour la version en ligne.

Dans le détail :

  • Déclaration en ligne :

- départements 01 à 19 : jeudi 21 mai 2026 à 23h59 au plus tard ;

- des départements 20 à 54 : jeudi 28 mai 2026 à 23h59 ;

- départements 55 à 976 : jeudi 4 juin 2026 à 23h59.

  • Déclaration papier (réservée aux contribuables sans accès à Internet) : à renvoyer au plus tard le mardi 19 mai à 23h59 ;

Pour ceux qui ne peuvent pas déclarer leurs revenus en ligne, une version papier sera envoyée automatiquement au cours du mois d’avril.

À noter que ce calendrier est également valable pour l’impôt sur la fortune immobilière (IFI).

Des corrections possibles jusqu’à la fin de l’année

Une déclaration n’est jamais totalement figée. Tant que la période déclarative est ouverte, il est possible de la modifier autant de fois que nécessaire.

Concrètement, jusqu’à la date limite propre à votre département, vous pouvez effectuer des corrections en vous reconnectant à votre espace sur le site des Finances publiques, ou via l’application mobile pour les déclarations les plus simples.

Et même après réception de votre avis d’imposition, tout n’est pas perdu. Un service de correction en ligne rouvrira, comme chaque année, de mi-août à mi-décembre 2026 pour les revenus déclarés en 2025. Passé ce délai, les démarches deviennent plus formelles.

Retard de déclaration : des pénalités progressives

En cas de retard, l’administration fiscale applique des majorations dont le montant dépend de la situation :

  • +10 % en l’absence de mise en demeure ;
  • +20 % si la déclaration est déposée dans les 30 jours suivant une mise en demeure ;
  • +40 % au-delà de ce délai ;
  • jusqu’à +80 % en cas d’activité non déclarée.

À ces pénalités s’ajoutent des intérêts de retard, fixés à 0,20 % par mois, calculés à partir du 1er juillet suivant l’année d’imposition.

Un barème légèrement revalorisé

La loi de finances pour 2026 a prévu une légère revalorisation du barème de l’impôt sur le revenu, indexée sur l’inflation hors tabac. Résultat : une hausse de 0,9 % des seuils d’imposition.

Selon le gouvernement, cette mesure représente un manque à gagner de 1,7 milliard d’euros pour les finances publiques.

Le nouveau barème s’établit comme suit :

Barème progressif de l'impôt sur le revenu

Un simulateur est en ligne pour calculer votre impôt

L’administration fiscale met à votre disposition la nouvelle version de son simulateur de calcul de l'impôt 2026 sur les revenus 2025. Celui-ci est déjà en ligne. Un outil très utile qui vous permet d'avoir une indication très précise du montant de votre impôt et de votre revenu fiscal de référence.

Communiqué de l'administration fiscale, avril 2026

Conseil en gestion de patrimoine indépendant

Avènement du conseil indépendant : la lente révolution de la gestion de patrimoine

Longtemps structuré autour d’un modèle opaque, le marché français de la gestion de patrimoine amorce une mutation profonde. Sous l’effet conjugué de la réglementation et des attentes croissantes des investisseurs, le conseil indépendant, encore minoritaire, s’impose progressivement comme une alternative crédible. Décryptage d’un basculement silencieux mais déterminant.

Un modèle historique fondé sur les rétrocessions

Pendant des décennies, la distribution de produits financiers en France s’est organisée autour d’un mécanisme central : celui des rétrocessions de commissions.

Le principe est simple. Lorsqu’un épargnant investit dans un contrat - assurance-vie, plan d’épargne retraite (PER) ou compte-titres - intégrant des fonds, la société de gestion prélève des frais. Une partie de ces frais est ensuite reversée à l’assureur, puis redistribuée aux réseaux commercialisant leurs produits : banques, courtiers, conseillers en gestion de patrimoine (CGP).

Ce système, largement répandu, structure encore aujourd’hui la grande majorité du marché.

Mais il porte en lui une ambiguïté majeure : les conflits d’intérêts potentiels. Le conseiller pouvant être incité à privilégier les produits les plus rémunérateurs pour lui plutôt que les plus pertinents pour son client.

Guillaume Lucchini, associé fondateur du multi-family office indépendant Scala Patrimoine, revient sur les origines du marché des CGP. En quelques phrases, il esquisse une évolution regrettable : celle d’un métier qui, né sous le signe du conseil, s’est progressivement orienté vers la commercialisation de produits, au risque d’en oublier sa vocation première. « Lorsque j’ai débuté dans le conseil patrimonial, j’ai découvert un univers assez déroutant. Le métier s’était pourtant construit en réaction au modèle bancaire, alors dominant, qui consistait à distribuer ses propres produits financiers. À ses débuts, le CGP incarnait une profession libérale, indépendante, libre d’explorer un marché ouvert pour en extraire les meilleures solutions d’investissement. Il avait accès à l’ensemble des sociétés de gestion de la place. C’était, en un sens, le meilleur des deux mondes : une exigence de conseil alliée à une architecture totalement ouverte. »

Mais ce modèle s’est rapidement heurté à une réalité moins chatoyante. « Pour des raisons financières, de nombreux de conseillers ont, en pratique, orienté leurs choix vers les solutions les plus rémunératrices pour eux-mêmes. Peu à peu, le métier a glissé vers une logique de distribution des produits les mieux commissionnés. La confiance s’est alors érodée, laissant place à des conflits d’intérêts potentiels qui continuent, aujourd’hui encore, de questionner la profession » explique Guillaume Lucchini.

Les rétrocessions, une mécanique particulièrement rémunératrice

Ce mode de rémunération présente plusieurs avantages pour les professionnels.

D’abord, il génère des revenus récurrents. Une fois le contrat ouvert, les commissions continuent d’être perçues chaque année, sans nécessiter d’intervention supplémentaire.

Ensuite, ces frais sont directement prélevés sur les produits financiers du contrat. Pour l’épargnant, ils restent souvent invisibles, car ils ne donnent pas lieu à une facturation explicite.

Mais cette invisibilité a un revers. Comme le souligne Guillaume Lucchini, associé-fondateur du multi-family office Scala Patrimoine : « Le client fait face à une superposition de frais difficilement lisible. Lorsque les acteurs privilégient leurs propres solutions, les niveaux de rémunération s’additionnent, parfois au détriment de la diversification et de l’intérêt du client. »

Autrement dit, la logique de distribution peut primer sur la logique de conseil.

L’effet pervers de la financiarisation du secteur

À cette problématique s’ajoute une évolution plus récente : l’entrée massive de fonds d’investissement au capital de cabinets de gestion de patrimoine.

Attirés par la stabilité des revenus récurrents, ces investisseurs encouragent des stratégies de croissance rapide. Résultat : une vague de consolidation du marché, marquée par des acquisitions avec effet de levier, dont l’objectif est d’augmenter rapidement les encours sous gestion.

Cette pression financière peut, dans certains cas, renforcer les logiques commerciales au détriment de l’indépendance du conseil.

Une réponse réglementaire progressive : indépendant Vs non indépendant

Face à ces dérives potentielles, plusieurs pays ont choisi des approches radicales, alors que la France a choisi une voie médiane.

  • Les choix forts des pays anglo-saxons

Au Royaume-Uni, la réforme du Retail Distribution Review (RDR) a interdit dès 2013 les commissions versées aux conseillers indépendants. Ces derniers doivent désormais être rémunérés exclusivement par leurs clients. Les Pays-Bas ont adopté une mesure similaire la même année, suivis par des pays comme le Danemark.

La France, en revanche, a opté pour une voie intermédiaire.

  • Le cadre plus mesuré de la France

Depuis l’entrée en vigueur de la directive MiFID II, le marché français repose sur une distinction claire :

- Le conseil indépendant : le professionnel ne peut conserver aucune rémunération provenant de tiers. Toute commission perçue doit être restituée au client. Sa rémunération repose exclusivement sur des honoraires.

- Le conseil non indépendant : les rétrocessions restent autorisées, à condition d’être transparentes et d’améliorer la qualité du service rendu.

Cette distinction vise à renforcer la lisibilité pour l’épargnant. « Sans transparence complète sur les frais et les flux financiers, le client ne peut pas apprécier le coût réel du service ni comparer les offres. La clarté est une condition essentielle de la confiance », rappelle cependant Guillaume Lucchini.

Pour le family officer, il faut d’abord accepter de regarder la réalité en face. « Le marché de la distribution, essentiellement les CGP ou les sociétés de gestion, n’a guère d’intérêt à promouvoir la transparence. L’opacité régnante permet aux sociétés de gestion de commercialiser leurs solutions d’investissement sans avoir à recruter une armée de commerciaux. Le recours aux CGP constitue, de ce point de vue, un levier redoutablement efficace, avec un maillage territoriale important. Dans ce contexte, les lobbys financiers et assurantiels, particulièrement puissants en France, n’ont aucun intérêt à faire bouger les lignes. Il est donc logique que la réponse réglementaire soit encore timide. »

« La nouvelle génération revendique un conseil patrimonial véritablement impartial »

L’émergence d’un modèle indépendant, fondé sur les honoraires de conseil

Dans ce contexte, certains acteurs ont fait le choix d’un positionnement radical : abandonner totalement les rétrocessions.

C’est le cas de cabinets indépendants qui s’inspirent des pratiques anglo-saxonnes. « Il convient d’aligner totalement les intérêts du conseiller et de son client. Lorsque la rémunération dépend uniquement des honoraires, la recommandation redevient objective », explique Guillaume Lucchini.

Une nouvelle génération de conseillers émerge, davantage formée aux enjeux financiers et moins attachée aux logiques purement commerciales. Pour ces professionnels, l’indépendance n’est plus une contrainte réglementaire, mais un positionnement stratégique.

Ce modèle reste aujourd’hui toutefois minoritaire, environ 5 % du marché, mais il progresse régulièrement.

Scala Patrimoine : le précurseur

Dans ce paysage recomposé, Scala Patrimoine a fait figure de pionnier en étant l’un des seuls à choisir, dès l’origine, le statut d’indépendant. « À la manière d’un cabinet de conseil, nous avons fait le choix de facturer exclusivement des honoraires, définis dans une lettre de mission, en fonction des besoins de nos clients et de l’accompagnement que nous leur apportons », explique Guillaume Lucchini.

Dans un souci de transparence, le montant de ces honoraires est systématiquement détaillé dès l’entrée en relation, puis formalisé à l’issue d’un premier rendez-vous. Une pratique qui tranche avec les usages longtemps en vigueur dans la profession.

Cette logique a également conduit Scala Patrimoine à participer à la création d’une première assurance-vie dit « Cleanshare ». Un contrat qui a la particularité d’intégrer des supports d’investissement faiblement chargés, précisément parce qu’ils n’intègrent pas de rétrocessions au profit du distributeur.

« Ce positionnement garantit aux clients que le conseiller n’a aucun intérêt à privilégier un fonds plutôt qu’un autre pour des raisons de rémunération », souligne Guillaume Lucchini.

À ce jour, seuls quelques cabinets ont franchi le pas de cette indépendance revendiquée, à l’image de Prosper Conseil, d’Alpha & K et de quelques multi family-offices.

Pourquoi le statut d'indépendant séduit de plus en plus

Le conseil indépendant répond à plusieurs attentes fortes des investisseurs :

- une transparence totale sur les frais ;

- une absence de biais commercial et un conseil dénué de tout conflit d’intérêts ;

- une personnalisation accrue des stratégies patrimoniales ;

- la possibilité de mettre en concurrence les solutions proposées.

Il s’inscrit aussi dans une évolution plus large des comportements. Mieux informés, échaudés par les pratiques bancaires où les produits “maison” sont largement surreprésentés, les clients se montrent de plus en plus exigeants sur la qualité et l’objectivité du conseil. Les grandes familles et les entrepreneurs sont désormais clairement à la recherche d’un conseil véritablement indépendant.

Cet essor s’explique avant tout par une meilleure diffusion de l’information appui l’associé fondateur du multi family office indépendant Scala Patrimoine. « Autrefois, les clients se souciaient peu de ce type de données. Aujourd’hui, la donne a changé : la presse s’empare du sujet, et des blogs animés par des professionnels, comme celui de l’Avenue des Investisseurs, jouent un rôle pédagogique majeur. »

Parallèlement, on perçoit chez la nouvelle génération une volonté de reprendre la main sur ces questions. « Cette génération revendique un conseil véritablement impartial, capable de naviguer dans un environnement complexe, soumis à de fortes contraintes économiques, fiscales et de marché. Cette exigence accrue contribue à faire évoluer le métier, en orientant la profession vers davantage de transparence et d’indépendance. » estime à cet égard Guillaume Lucchini.

Un environnement favorable

Plusieurs dynamiques externes contribuent aujourd’hui à faire évoluer le marché vers un modèle davantage indépendant.

D’abord, une nouvelle génération de professionnels, souvent issue du monde du conseil, arrive sur le marché avec un regard plus critique. Beaucoup disent avoir pris conscience des limites du marché traditionnel. Certains parlant même de « supercherie ». Ils ont la volonté de rebattre les cartes et de replacer le conseil au cœur de leur pratique, loin des logiques purement commerciales.

Par ailleurs, le modèle de rémunération fondé sur les honoraires facilite les synergies avec d’autres professions réglementées, come les avocats, notaires, experts-comptables. Pour Guillaume Lucchini, cette convergence n’a rien d’anecdotique. « Ces métiers partagent des standards similaires. La qualité du conseil est pour eux un levier essentiel pour accompagner, dans la durée, des clientèles exigeantes comme les familles fortunées, les entrepreneurs ou encore les sportifs de haut niveau. »

L’irruption de l’intelligence artificielle aura également son importance. En permettant de produire plus rapidement un premier niveau d’analyse ou de recommandation, elle pourrait inciter certains conseillers à s’orienter vers des modèles plus transparents, débarrassés des conflits d’intérêts.

Guillaume Lucchini met cependant en garde : « Certains pourraient être tentés de s’engager dans une course à la baisse des frais, sans pour autant renforcer la qualité du conseil ou des services proposés. Ce serait une erreur. Le modèle d’aujourd’hui, et plus encore celui de demain, repose sur un accompagnement approfondi, exigeant et sur mesure. Il suppose que les cabinets se structurent autour de compétences solides et complémentaires, capables d’offrir une vision à 360°. C’est d’ailleurs le choix que nous avons fait chez Scala Patrimoine depuis plusieurs années. »

Enfin, les sociétés de gestion, établissements bancaires et assureurs internationaux voient dans ces acteurs indépendants des partenaires privilégiés. « Notre rôle est d’identifier les meilleurs gérants et les solutions les plus pertinentes, sans autre contrainte que l’intérêt du client. C’est précisément cette liberté qui attire les grandes maisons de gestion », résume Guillaume Lucchini.

Un virage historique pour le conseil indépendant

Malgré ces évolutions, la France reste l’un des marchés européens où le modèle des rétrocessions demeure dominant.

Pourtant, loin de s’être arrêtée à MiFID II, la pression réglementaire continue de s’intensifier. Les autorités de supervision, à commencer par l’AMF, renforcent leurs exigences en matière de transparence et de gestion des conflits d’intérêts. À Bruxelles, la question d’une interdiction pure et simple des rétrocessions est régulièrement remise sur la table.

Quoi qu’il en soit, la dynamique est enclenchée. À mesure que les exigences de transparence s’intensifient et que les investisseurs gagnent en maturité financière, le conseil indépendant va s’imposer comme le nouveau standard.

« L’indépendance n’est plus seulement une posture éthique, c’est devenu un avantage compétitif. Les clients comprennent mieux les enjeux de frais et exigent un alignement réel des intérêts », abonde Guillaume Lucchini.

En somme, une révolution discrète, mais irréversible.

Rétrocessions & Conseil en gestion de patrimoine indépendant
Rétrocessions & Conseil en gestion de patrimoine indépendant

Nos conseils pour réussir ses investissement dans un fonds de private equity

Faut-il investir dans les produits structurés ?

Avec un rendement annuel médian brut compris entre 6 % et 7 %, les produits structurés attirent de nombreux investisseurs. La collecte brute illustre cet engouement. Celle-ci est passée de 23 milliards d’euros fin 2021 à près de 42 milliards en 2023, et pourrait approcher les 70 milliards en 2025, selon l’ACPR.

Pour autant, ces chiffres doivent être nuancés. La résurgence des tensions géopolitiques et de la volatilité sur les marchés financiers efface les repères traditionnels. Cet environnement crée certes des opportunités, mais il accroît également les risques.

La sélection d’un produit structuré doit donc s’inscrire dans une démarche adaptée au profil de l’investisseur, à son horizon de placement et à ses besoins de liquidité.

Les produits structurés, des placements sophistiqués

Les produits structurés symbolisent en partie la sophistication de la finance de marché. Ils combinent plusieurs actifs, le plus souvent obligations et dérivés, afin de proposer un profil rendement/risque adapté au profil et aux objectifs des investisseurs.

  • Le rôle clé du sous-jacent

Ces placements sont des investissements « à maturité », c’est-à-dire avec une échéance fixée dès la souscription.

Leur rendement dépend de l’évolution d’un élément de référence, appelé le sous-jacent : des taux d’intérêt, un indice boursier, un panier d’actions, voire une matière première. Tant que cet indicateur ne dépasse pas un seuil prédéfini, un coupon peut être versé périodiquement.

  • Une barrière de protection totale ou partielle

Si ce mécanisme comporte un risque de perte en capital, une barrière de protection est, dans la quasi-totalité des cas, prévue. Celle-ci demeure souvent favorable aux investisseurs.

En moyenne, le capital n’est, en pratique, menacé qu’en cas de baisse du sous-jacent de 40 à 50 %.

Certains produits offrent même, en contrepartie d’un rendement moindre, une garantie complète du capital à l’échéance. Aujourd’hui, cette typologie de placement représente près de 25 % de la collecte sur le marché.

La durée de vie maximale de ces produits se situe généralement entre huit et dix ans.

Les catégories de produits structurés

Les produits structurés se déclinent en plusieurs catégories, selon le degré de protection du capital visé (garanti, partiellement protégé ou non garanti) et les mécanismes de rémunération choisis.

  • Les autocalls

Parmi eux, les autocalls sont les plus répandus. Les versions Athéna permettent un remboursement anticipé si le sous-jacent dépasse un seuil à certaines dates d’observation. Les Phoenix versent, quant à eux et sous conditions, des coupons réguliers même sans remboursement anticipé. Historiquement, ces produits présentaient soit un capital garanti, soit une barrière située entre 30 % et 70 % du capital.

  • Les autres catégories de produits structurés

D’autres catégories existent : les produits de rendement, offrant des coupons conditionnels. Les produits de participation, exposant à la hausse d’un actif tout en protégeant partiellement le capital, sont aussi très présents dans les allocations d’actifs. Tout comme les produits à capital garanti qui viennent sécuriser entièrement le capital à l’échéance au prix d’une performance limitée.

Les avantages des produits structurés

Les produits structurés offrent la possibilité de s'exposer à un marché (actions, taux, matières premières …) tout en minimisant le risque et en protégeant le capital investi.

  • Un produit sur mesure

Les produits structurés sont présents dans de nombreux portefeuilles financiers, grâce à des moteurs de performance capables de s’adapter à tous les environnements de marché.

« La personnalisation est un atout majeur : il est possible de créer des produits sur mesure en collaboration directe avec les salles de marché », souligne Romane Azzopardi, responsable des investissements cotés chez Scala Patrimoine. Il est, par exemple, possible d’introduire une dégressivité dans la barrière de rappel ou d’augmenter la fréquence des observations - annuelles, trimestrielles ou mensuelles - pour adapter le produit aux objectifs de l’investisseur.

La protection du capital est, elle aussi, modulable. Certains produits proposent une protection de l’intégralité du capital à l’échéance, tandis que d’autres prévoient une protection partielle.

  • La création de revenus complémentaires

Ces instruments financiers offrent la possibilité de générer des revenus complémentaires. Grâce à leurs coupons conditionnels, l’investisseur peut percevoir des versements périodiques si le sous-jacent - action, indice ou panier d’actifs - respecte certaines conditions prédéfinies par avance.

Par ailleurs, certaines formules innovantes appliquent un « effet mémoire » aux coupons et ce de façon rétroactive". L'investisseur peut ainsi percevoir le rendement espéré dès que les conditions de déclenchement sont atteintes, même si la valeur de l’actif a baissé entre-temps, offrant ainsi un équilibre entre performance et sécurité.

Exemple : si un produit structuré est censé verser 2 % par mois mais que le premier mois la condition de paiement n'est pas respectée, il va payer 4 %, si la condition est respectée le deuxième mois.

« Concrètement, le produit structuré permet de moduler le profil de risque pris par l’investisseur. On peut ainsi diminuer le delta, ajouter une protection ou transformer l’exposition en coupon », abonde Romane Azzopardi.

Les risques des produits structurés

Les produits structurés offrent des opportunités de rendement attrayantes, mais ils ne sont pas dénués de risques.

  • Une complexité à manier avec précaution

« Avant toute souscription, il est essentiel que l’investisseur comprenne parfaitement le fonctionnement du produit et les conséquences potentielles de la réalisation des scénarios les plus défavorables, tels que l’absence de paiement du coupon ou la perte en capital », avertit d’emblée Romane Azzopardi.

Les investisseurs devront, par ailleurs, bien appréhender le risque de marché avant d’investir dans un produit structuré. Les variations du sous-jacent, actions, indices ou matières premières, peuvent, en effet, affecter fortement la valeur du produit.

Le risque de liquidité doit également être pris en compte. Comme le souligne la responsable des investissements côtés du multi-family office indépendant : « certains produits ne sont pas facilement revendables avant l’échéance ou peuvent subir une décote significative en cas de revente anticipée. L’investisseur doit donc anticiper ses besoins de liquidité avant de s’engager. »

Plusieurs exemples témoignent des dérives du marché. En analysant les portefeuilles de certains investisseurs venus solliciter notre expertise, nous avons été frappés par des choix d’investissement extrêmement concentrés.

« L’un d’eux détenait plus de 50 % de son portefeuille en produits structurés. Un autre avait investi dans des produits structurés sur Stellantis, présentés comme des pépites combinant rendement attractif et protection supposée, mais dont la barrière franchie pouvait générer de lourdes pertes. Un troisième avait placé 2 millions d’euros dans un CMS sur dix ans : séduisant sur le papier, ce produit manquait de diversification et s’est transformé en véritable piège face à la remontée des taux. » abonde Guillaume Lucchini, associé fondateur de Scala Patrimoine.

  • Une vérification de la solidité de l’émetteur

Le risque de crédit ou de contrepartie n’est pas non plus à mésestimer. Un produit structuré étant, en pratique, un titre de créance, si l’émetteur rencontre des difficultés financières, l’investisseur peut ne pas récupérer son capital. La récente faillite de Credit Suisse l’a bien montré. Même les institutions réputées peuvent faire défaut.

Une position appuyée par Romane Azzopardi : « Le risque de ces placements repose avant tout sur la solidité ou la fragilité de la banque qui émet le produit structuré. Nous recommandons en conséquence de privilégier des établissements de premier rang, notés investment grade. Certains assureurs luxembourgeois n’autorisent d’ailleurs pas l’investissement sur des émetteurs, notamment des banques, en dessous d’une certaine note. »

Un coût souvent invisible pour l’épargnant

Les produits structurés restent des supports financiers à frais élevés, souvent méconnus des épargnants. Ces coûts, intégrés directement dans la mécanique du produit, passent généralement inaperçus.

Même l’Autorité des marchés financiers (AMF) reconnaît qu’il est impossible de connaître le montant exact des frais.

« Ces commissions constituent un véritable moteur de consolidation du secteur : les grands cabinets de conseillers en gestion de patrimoine rachètent les plus petits et orientent leurs clients vers des produits structurés pour accélérer le retour sur investissement de leurs acquisitions. Une logique commerciale qui ne correspond pas toujours à l’intérêt des clients », avertit Guillaume Lucchini, associé fondateur de Scala Patrimoine.

Il est donc essentiel de comprendre la structure de coûts de ces produits, surtout dans le cadre d’un contrat d’assurance-vie ou d’un plan d’épargne retraite (PER), où les couches de frais se multiplient rapidement.

Conseils et bonnes pratiques

La complexité des produits structurés exige une certaine prudence, mais ne doit pas pour autant effrayer. « Au contraire, la volatilité peut devenir une opportunité, car les options intégrées aux produits se valorisent davantage dans des marchés volatils », souligne Francesco Baiano, chargé d’investissement au sein du multi-family office Scala Patrimoine.

  • La stratégie de la diversification

Comme le rappelle Romane Azzopardi, la diversification est essentielle. « Il ne s’agit pas seulement de varier les sous-jacents, mais aussi les mécanismes et les corrélations avec d’autres placements. On peut ainsi souscrire à des produits à capital garanti indexés sur des taux d’intérêt, des paniers d’actions ou des indices, permettant de profiter des différentes catégories de marché tout en modulant le risque. »

La responsable des investissements côtés du multi-family office indépendant tient à ajouter « qu’il est préférable de travailler avec des institutions fiables, ayant une notation élevée, et d’éviter les intermédiaires multiples, qui viennent, par ailleurs, réduire la performance par des frais additionnels.»

  • Les convictions de Scala Patrimoine

Dans des périodes de forte volatilité, il convient plus que jamais de garder la tête froide. La prudence reste, en effet, de mise face aux propositions commerciales des banques et brokers.

« Nous privilégions généralement les structures autocalls, dont le remboursement anticipé est conditionné aux niveaux de marché dès le départ, plutôt que celles rappelables à la discrétion de l’émetteur de façon trimestrielle ou semestrielle, moins pertinentes pour l’investisseur », explique Romane Azzopardi.

Les produits de type Phoenix offrent des coupons réguliers conditionnels, avec un taux souvent lié à des indices larges (Stoxx 50, iTraxx Main) ou sectoriels lorsque l’exposition ciblée est souhaitée. « En revanche, nous ne sommes pas positionnés sur les indices à décrément, très à la mode en ce moment. Leur trajectoire est difficile à anticiper, rendant l’estimation du rendement incertaine », prévient Francesco Baiano.

Conclusion

Fin janvier, un groupe de travail de l’Autorité des marchés financiers (AMF) a rendu ses conclusions sur les produits structurés. L’institution admet notamment que « les informations peuvent être dispersées et pas toujours très faciles à comprendre pour le grand public ».

Ces produits occupent pourtant une place importante dans l’allocation d’actifs proposée par les conseillers en gestion de patrimoine. Selon l’Observatoire de Nortia, ils représenteront 33 % des unités de compte en 2025. Cela fait tout simplement des produits structurés l’une des classes d’actifs les plus recommandées.

Le revers de la médaille, c’est que, pour de nombreux intermédiaires, ces produits génèrent des flux de commissions importants : des frais d’entrée autour de 5 %. « L’intérêt du distributeur peut ainsi primer sur celui du client », regrette à ce titre Guillaume Lucchini.

C’est précisément pour cette raison que la question de l’indépendance du conseil est centrale. Pour tout investissement, et en particulier pour les produits structurés, il est essentiel de s’entourer d’un conseiller réellement indépendant, rémunéré uniquement par des honoraires transparents, sans rétrocommissions, et aligné exclusivement avec les intérêts de son client.


Les marchés financiers prouvent une nouvelle fois leur dépendance aux décisions des banques centrales. L'économie résiste, quant à elle, trés bien.

Le rendez-vous des marchés financiers - Avril 2026

Les Marchés financiers & économie : les points clés

  • Les marchés financiers essuient le contrecoup de l’escalade du conflit au Moyen‑Orient, marquant une nette augmentation de la volatilité. Un retour au calme est toutefois espéré avec la signature d'un cessez-le-feu temporaire de 15 jours ;
  • La guerre en Iran perturbe de manière significative la production pétrolière mondiale. Selon l’Agence internationale de l’énergie, l’offre globale serait amputée d’environ huit millions de barils par jour ;
  • Le spectre d’une stagflation — cette combinaison redoutée de croissance atone et d’inflation persistante — gagne du terrain tant aux États‑Unis qu’en Europe.

Les grandes actualités géopolitiques et les performances sur les marchés financiers

La guerre menée par les États-Unis et Israël contre l'Iran déstabilise les marchés financiers.

  • Le conflit iranien cristallise l’attention

Malgré le cessez-le-feu temporaire signé entre les USA et l'Iran, le détroit d’Ormuz concentre l’attention de tous les investisseurs. Les frappes qui avaient été menées sur les infrastructures du Golfe perturbent encore des chaînes d’approvisionnement clés.

Résultat : les cours de l’énergie ont explosé. Le prix du baril de pétrole a pris plus de 53 % en un mois, passant de 60 à 110 dollars, tandis que le prix du gaz bondit de près de 70 %. Cela ne représente rien de moins que la plus forte hausse mensuelle depuis 1988.

Les conséquences du blocage de ce passage stratégique de 54 km sont déjà importantes. Le Qatar estime ainsi avoir perdu 17 % de ses capacités d’exportation de gaz. La production mondiale d’engrais azotés, d’aluminium ou encore d’hélium, cruciale pour les puces électroniques, est aussi touchée.

Les négociations autour d’un plan de paix avec l’Iran par les États-Unis sont encore loin d'etre conclues.

Donald Trump osera-t-il se lancer dans une hasardeuse opération militaire terrestre pour prendre le contrôle de l'île de Kharg, le terminal par lequel transitent 90 % des exportations pétrolières iraniennes ? Personne ne peut le dire. Tant le président des États-Unis est capable, d’un jour à l’autre, de dire tout et son contraire.

De son côté, l’Iran affirme promettre de « faire pleuvoir le feu » sur les forces américaines si tel était le cas.

Et pour ne rien arranger à la situation, au Yémen, les Houthis, alliés aux Iraniens, pourraient tenter - en cas de reprise du conflit - de bloquer Bab el-Mandab, le détroit entre le Yémen et Djibouti, où passe près de 12 % de l’ensemble du commerce mondial !

  • Une économie mondiale touchée de plein fouet ?

Il n’est pas facile d’être analyste macroéconomique en ce moment. Les événements économiques et géopolitiques se bousculent en ce début d’année. L’enlèvement du président Maduro au Venezuela par les États‑Unis, l’intelligence artificielle continue de transformer l’économie mondiale, le débat sur l’abandon des tarifs douaniers se poursuit, le crédit privé reste fragile et la guerre en Iran inquiète les marchés. Il est difficile de prévoir quelles seront les conséquences de tous ces événements à long terme.

L’OCDE s’est toutefois risquée à faire des projections. Elle vient de réviser à la hausse ses prévisions d’inflation pour les pays du G20 (+ 1,2 point).

Même si le conflit s’arrêtait rapidement, la croissance mondiale ne serait pas totalement préservée. Une baisse comprise entre 0,2 % et 0,7 % en 2026 est déjà anticipée, selon les zones économiques et leur dépendance au pétrole.

Tout dépendra désormais de la durée de la guerre. Plus elle sera courte, plus ses effets sur l’inflation et la croissance resteront transitoires.

Pour relativiser en partie les conséquences économiques du conflit en Iran, une donnée intéressante sur le pétrole est rarement évoquée : la désensibilisation de l’économie à l’or noir. En 1973, selon les calculs de l’Agence internationale de l’énergie, il fallait un baril de pétrole pour générer mille dollars de production. Cinquante‑deux ans plus tard, c’est moins d’un quart de baril qui est nécessaire pour le même effet, en dollars constants.

  • Les marchés financiers en baisse face aux tensions internationales

Le conflit en Iran inquiète les investisseurs. La volatilité explose et l’indice Greed & Fear chute à 10, signalant une peur extrême sur les marchés. Pour rappel, cet indicateur varie de 0, marque d’une peur intense, à 100, correspondant à une avidité extrême.

Conséquence directe : les indices boursiers poursuivent leur tendance baissière. Le S&P 500 enregistre cinq semaines consécutives de baisse, une première depuis mai 2022, perdant plus de 4 % depuis le début de l’année.

Même les titres phares des marchés américains souffrent. L’ETF regroupant les Magnificent Seven abandonne près de 20 % par rapport aux sommets d’octobre dernier.

Pourtant, la saison des résultats reste solide aux États-Unis. La croissance des bénéfices par action au quatrième trimestre atteint 14 % sur un an, et 75 % des sociétés ont dépassé les attentes des analystes.

Sur les marchés européens, le début d’année est également morose. Le CAC 40 recule de 3 %, tandis que le DAX 30 cède 6,5 %.

En Asie, le Shanghai Composite perd 2,5 %, et la chute est encore plus marquée pour le Nifty 50. L'indice phare des marchés boursiers indiens s’effondre de 14 %.

Les marchés obligataires également sont sous pression. Le rendement des bons du Trésor américain à 10 ans bondit de 40 points de base en un mois, atteignant 4,38 %. En France, le taux passe de 3,2 % à 3,73 %, et en Allemagne, il grimpe de 2,65 % à 3 %.

  • L’or reprend son souffle

L’or est en baisse de près de 20 % depuis ses plus hauts historiques. Plusieurs facteurs expliquent ce recul. D’abord, les niveaux atteints laissaient peu de marge pour une progression supplémentaire. Ensuite, certaines banques centrales, confrontées aux tensions économiques, ont temporairement suspendu leurs achats de métal précieux.

Pour autant, le métal jaune conserve sa réputation de valeur refuge par excellence. Selon Bruno Jacquier, directeur de la stratégie chez Altitude Investment Solutions, cette correction reflète avant tout une situation conjoncturelle particulière : « Si l’or est revenu à son niveau du 1er janvier, c’est essentiellement parce que les investisseurs, confrontés à d’importants besoins de liquidités, ont choisi de sécuriser leurs profits sur cet actif très liquide. »

Performances des marchés boursiers - Avril 2026
Performances des marchés boursiers - Avril 2026

États-Unis : les risques autour d’une stagflation s’intensifient

Le PIB américain du quatrième trimestre 2025 a été publié, et la surprise est de taille : la croissance a été révisée à seulement 0,7 %. Pour mémoire, certains économistes tablaient sur 1,4 %. Ce ralentissement préoccupant alarme particulièrement les banquiers centraux, qui voient poindre le spectre d’une stagflation, ce cocktail redoutable où inflation et croissance au ralenti se conjuguent pour fragiliser l’économie.

  • Une économie qui tousse

Les hausses du prix du gallon d’essence, conséquence directe du conflit en Iran, commencent à peser sur le budget des ménages américains. L’effet est immédiat : le moral des consommateurs s’érode. Selon l’Université du Michigan, l’indice de confiance des ménages a reculé en mars à 53,3 points, en deçà des 53,5 points anticipés, après 56,6 points le mois précédent.

Cette instabilité géopolitique survient dans un contexte déjà fragile. En janvier, les dépenses réelles n’avaient progressé que de 0,1 %, frôlant la stagnation.

À l’aune de ces signaux, les prévisions économiques s’assombrissent. Goldman Sachs estime désormais à 30 % la probabilité d’une récession aux États-Unis. JPMorgan et Moody’s Analytics vont plus loin, avec respectivement 35 % et 48 %.

Bruno Jacquier, directeur de la stratégie chez Altitude Investment Solutions évoque lui aussi un ralentissement à venir : « Si les prévisions portant sur les conséquences économiques de la guerre en Iran diffèrent, ce n’est que par leur intensité, car il est parfaitement certain que l’inflation sera plus élevée, la croissance plus faible, l’investissement et l’emploi des entreprises revus à la baisse, et la consommation en berne. »

  • Marché de l’emploi : le point de bascule

Plusieurs facteurs convergent vers un affaiblissement du marché du travail américain. Certaines causes sont structurelles : le ralentissement économique et l’émergence des outils d’intelligence artificielle, qui perturbent déjà l’entrée des jeunes diplômés sur le marché du travail. D’autres sont plus conjoncturelles, liées aux tensions géopolitiques et aux incertitudes autour des droits de douane.

Le rapport mensuel sur l’emploi de février illustre ces difficultés : 92 000 postes ont été perdus, alors que 50 000 créations étaient attendues. Les données de décembre et janvier ont, par ailleurs, été révisées à la baisse. Le taux de chômage approche désormais 4,5 %, soit 7,57 millions d’Américains en recherche d’un emploi.

  • Inflation : un équilibre fragile

Au-delà du ralentissement économique, l’inflation menace toujours. Le Core PCE, indicateur de référence, atteint 3,1 % sur un an. Si l’on se concentre sur le secteur des services, moteur de l’économie américaine, le chiffre grimpe à 3,5 %.

Jerome Powell, président de la FED, a toutefois estimé qu’il n’était pas nécessaire, pour l’instant, de relever les taux en réaction à la flambée des prix du pétrole, soulignant que « les anticipations d’inflation de long terme restaient maîtrisées ». La Fed maintient donc ses taux directeurs entre 3,50 % et 3,75 %, tout en laissant la porte ouverte à une éventuelle baisse plus tard dans l’année.

Côté marché, les investisseurs restent prudents. La probabilité d’une hausse des taux en 2026 atteint désormais 52 %, traduisant un doute croissant sur la capacité de la FED à maîtriser les effets du contexte géopolitique. Barclays, de son côté, anticipe une reprise graduelle de l’assouplissement monétaire, avec d’éventuelles baisses de taux d’ici fin 2026, sous réserve d’une désinflation confirmée. Le principal risque demeure une pause prolongée, liée à des chocs temporaires sur les prix ou à une prudence excessive des décideurs.

Zone euro : la BCE fait preuve de prudence

La Banque centrale européenne (BCE) a rapidement ajusté ses prévisions économiques, sous l’effet des tensions qui secouent l’Iran. L’inflation attendue pour 2026 a été revue à la hausse, à 2,6 %, soit 0,7 point de plus que sa projection de décembre. À l’inverse, la croissance connaît un net ralentissement, estimée désormais à 0,9 %, soit 0,3 point de moins que prévu.

  • À la croisée des chemins

Le pessimisme de la BCE se reflète dans les chiffres. De nombreux indicateurs économiques montrent une tendance à la baisse.

Dans la zone euro, la croissance du secteur privé a marqué le pas en mars. L’indice PMI Flash, basé sur les sondages auprès d’entreprises, est tombé à 50,5 points, contre 51,9 en février, traduisant un quasi-arrêt de l’activité. Les nouvelles commandes se réduisent, signe d’un marché en attente.

Parallèlement, l’indice de sentiment économique (ESI) recule de 1,6 point, à 96,6, et l’indice des attentes en emploi (EEI) perd 1,4 point, s’établissant à 96,4.

En Allemagne, l’un des indicateurs les plus scrutés, l’indice ZEW du sentiment des investisseurs, plonge de 58,3 à -0,5 en mars.

Chris Williamson, chef économiste chez S&P Global,  pense que ces signes sont révélateurs . « L’indice PMI Flash de la zone euro sonne l’alarme sur le risque de stagflation. La guerre au Moyen-Orient fait grimper les prix tout en freinant la croissance. »

  • Une BCE attentiste

Comme aux États-Unis, l’inflation repart à la hausse dans la zone euro. Les prix ont augmenté de 2,5 % sur un an en mars, contre 1,9 % en février, et dix États membres affichent même une inflation supérieure à 3 %.

Faut-il pour autant redouter un resserrement brutal de la politique monétaire ? La BCE, consciente des fragilités de l’Europe face au choc énergétique, a choisi la prudence : elle maintient ses taux directeurs à 2 %, pour la sixième fois consécutive.

Pour Madison Faller, stratégiste chez J.P. Morgan, le message est clair : « La BCE ne s’engage pas à relever ses taux. Cependant, elle n’exclut pas un ajustement si les anticipations de marché évoluent. L’Europe a plus à perdre que les autres dans ce contexte énergétique. »

Le marché, lui, a déjà modifié ses attentes : après un mois de statu quo, il anticipe désormais trois hausses de taux en 2026. La BCE, elle, reste en observation, mesurant chaque mouvement avec prudence.

La Chine face à ses fragilités

La Chine peine encore à se relever du choc économique provoqué par la crise du Covid. La confiance des ménages s’est nettement effritée, tandis que le chômage des jeunes diplômés demeure à un niveau préoccupant. Dans ce contexte déjà tendu, l’embrasement de la situation au Moyen-Orient ne va pas l’aider à amorcer un rebond.

  • La principale victime du conflit iranien ?

La guerre au Moyen-Orient et la fermeture du détroit d’Ormuz mettent l’économie chinoise à rude épreuve et confirment sa vulnérabilité sur le plan énergétique.

La guerre au Moyen-Orient, conjuguée à la fermeture du détroit d’Ormuz, met en exergue la vulnérabilité énergétique de la Chine. Premier importateur mondial de pétrole, le pays dépend pour près de la moitié de ses approvisionnements du Moyen-Orient. 45 % de ses importations transitent précisément par ce passage. En 2025, Pékin absorbait même près de 90 % des exportations pétrolières iraniennes.

« Le détroit d’Ormuz est une artère vitale pour l’économie chinoise », confirme Emmanuel Lincot, directeur de recherche à l’IRIS. Avant d’ajouter : « Le blocage de ce détroit prive la Chine d’une part essentielle de ses approvisionnements, soit près de 5,5 millions de barils par jour. Or c'est une situation qui va devenir rapidement insoutenable pour son économie et son industrie. »

Pékin cherche naturellement à réduire son exposition en diversifiant ses fournisseurs, notamment en direction de la Russie ou de certains pays d’Amérique latine. Mais ces ajustements ne suffisent pas à compenser un choc de cette ampleur. Face au risque de pénurie, les autorités ont dû prendre des mesures d’urgence, allant jusqu’à imposer aux raffineries de suspendre certaines exportations de gaz et de pétrole afin de préserver le marché intérieur.

Les dirigeants chinois espèrent désormais une fin rapide du conflit. D’autant que les relations commerciales avec les États-Unis se tendent à nouveau.

  • La chine entre dans une nouvelle ère

Une transformation profonde de l’économie chinoise est actuellement à l’œuvre. Le gouvernement semble même avoir acté le ralentissement structurel de son économie. Celui-ci vise désormais une croissance comprise entre 4,5 % et 5 % en 2026. Un niveau bien éloigné des rythmes à deux chiffres qui prévalaient encore avant 2010.

Le Premier ministre Li Qiang ne fait d’ailleurs plus mystère des difficultés rencontrées. Dans un discours d’une étonnante transparence, il a reconnu que « le pays n'avait jamais été confronté à une conjoncture aussi grave et complexe. Les chocs et défis extérieurs se sont conjugués et superposés aux dilemmes internes et à des choix politiques cornéliens ».

Pour tenter de rebondir, Pékin mise sur une stratégie de montée en gamme technologique : semi-conducteurs, intelligence artificielle, robotique avancée ou encore fusion nucléaire figurent désormais au cœur des priorités. L’objectif est ici de réduire la dépendance aux importations tout en consolidant la place du pays sur les marchés mondiaux.

Parallèlement, les autorités entendent stimuler la demande intérieure.

Mais, pour relancer la consommation, encore faut-il redonner confiance aux ménages. Et c’est là que le bât blesse. Les ménages continuent de mettre de côté près d’un tiers de leurs revenus disponibles — 31,7 % en moyenne chaque année. Un niveau exceptionnellement élevé, qui en dit long sur les incertitudes persistantes et les inquiétudes qui traversent la société chinoise.


Le dispositif de l'apport-cession

L’apport-cession (article 150-0 B ter) : un dispositif durci en 2026

Le mécanisme de l’apport-cession, prévu à l’article 150-0 B ter du Code général des impôts, occupe une place centrale dans les stratégies de cession et de réinvestissement des dirigeants d’entreprise.

Instauré en 2012, ce dispositif permet de différer l’imposition de la plus-value réalisée lors de l’apport de titres à une société soumise à l’impôt sur les sociétés, généralement une holding contrôlée par l’apporteur. À la différence d’une cession classique — immédiatement taxée au prélèvement forfaitaire unique de 30 % (ou, sur option, au barème progressif de l’impôt sur le revenu) — l’apport-cession offre un avantage de trésorerie significatif en reportant l’impôt.

Le dispositif de l'apport-cession au service du réinvestissement

Concrètement, un contribuable apporte les titres d’une société opérationnelle à une holding qu’il contrôle. En contrepartie, il reçoit des titres de cette holding. La plus-value constatée lors de cet apport n’est pas immédiatement imposée : elle bénéficie d’un report d’imposition.

Ce report est toutefois conditionné. En cas de cession des titres apportés par la holding dans un délai de trois ans, celle-ci doit réinvestir une part significative du produit de cession dans des activités économiques éligibles afin de maintenir le report.

Initialement conçu pour encourager le financement de l’économie réelle, le dispositif a été progressivement encadré, notamment depuis 2016, afin de limiter les stratégies purement fiscales. Doctrine administrative et jurisprudence ont, depuis, précisé des notions essentielles telles que le contrôle de la holding ou la nature des réinvestissements admissibles.

Un durcissement marqué par la loi de finances pour 2026

Sans remettre en cause l’architecture générale du dispositif, la loi de finances pour 2026 en renforce sensiblement les conditions d’application. L’objectif affiché est clair : recentrer le mécanisme sur des investissements productifs et limiter les usages opportunistes.

  1. Un effort de réinvestissement accru

La principale évolution concerne le niveau de réinvestissement exigé. Jusqu’à présent fixé à 60 % du produit de cession, ce seuil est relevé à 70 %.

Par ailleurs, les actifs ou titres acquis dans le cadre du réinvestissement doivent désormais être conservés pendant une durée minimale de cinq ans. Généralisant ainsi une contrainte qui pouvait auparavant varier selon les situations.

Ces mesures traduisent une volonté de renforcer l’impact économique réel des capitaux réinvestis.

  1. Transmission : des délais de conservation allongés

Le législateur a également revu les règles applicables en cas de transmission à titre gratuit.

Jusqu’ici, la donation des titres de la holding permettait, sous certaines conditions, de purger définitivement la plus-value en report, à condition que le donataire conserve les titres pendant un délai minimal.

La loi de finances pour 2026 allonge ces délais :

- de 5 à 6 ans en cas de donation classique ;

- de 10 à 11 ans lorsque le réinvestissement a été réalisé via des fonds de capital-investissement.

À défaut de respect de ces durées, l’imposition initialement différée est remise en cause.

  1. Un encadrement strict des investissements immobiliers

C’est sans doute l’un des changements les plus structurants. Au fil des années, une part importante des réinvestissements s’est orientée vers des opérations immobilières. Or celles-ci sont parfois éloignées de l’objectif initial de soutien à l’économie productive.

Le législateur a donc resserré le périmètre des activités éligibles au dispositif de l'apport-cession.

Désormais, le réinvestissement doit être réalisé dans des activités industrielles, commerciales, artisanales, agricoles ou libérales, ou via :

- l’acquisition de titres de sociétés opérationnelles,

- ou des investissements dans des fonds de capital-investissement.

Sont explicitement exclues :

- les activités générant des revenus garantis (notamment via des tarifs réglementés),

- les activités financières et de courtage,

- la gestion de patrimoine mobilier ou immobilier,

- ainsi que la majorité des activités immobilières (marchands de biens, promotion, lotissement, gestion, etc.).

En pratique, la plupart des montages de « club deals » immobiliers ne permettent plus de conserver le bénéfice du report d’imposition. Certaines exceptions subsistent toutefois, notamment dans des secteurs impliquant une véritable activité d’exploitation, comme l’hôtellerie ou certaines résidences de tourisme.

  1. Une souplesse limitée mais notable

Dans un souci pragmatique, le législateur introduit néanmoins un assouplissement. Le délai accordé à la holding pour procéder au réinvestissement est porté de deux à trois ans.

Cette extension vise à tenir compte des contraintes opérationnelles liées à l’identification et à la structuration d’investissements pertinents.

Ces nouvelles dispositions s’appliquent aux cessions de titres apportés réalisées à compter du 21 février 2026, soit le lendemain de la publication de la loi.

Les cessions de titres apportés réalisées avant l’entrée en vigueur de la loi demeurent soumises au régime antérieur. Y compris pour l’appréciation des obligations de réinvestissement qui en découlent.

Aménagement du dispositif de l’apport cession : les enjeux pour l’entrepreneur

Le régime fiscal de l’article 150‑0 B ter du Code général des impôts s’inscrit dans une volonté de recentrer le dispositif sur l’économie réelle. Il ne s’agit plus d’un simple mécanisme d’optimisation fiscale, mais d’un engagement de gestion à long terme, destiné avant tout à soutenir des projets entrepreneuriaux ambitieux plutôt qu’à faciliter des montages strictement patrimoniaux ou opportunistes.

  • Une réforme guidée par une logique économique

La réforme qui a redessiné les contours du 150‑0 B ter releve les exigences du dispositif. Trop souvent, ce report d’imposition était utilisé comme un outil fiscal, détaché de toute logique d’investissement productif.

Dans les exposés législatifs, l’objectif affiché est clair : « recentrer le dispositif sur certaines activités opérationnelles, afin de renforcer sa vocation de financement de l’économie réelle », tout en excluant les activités peu risquées – notamment les activités purement immobilières ou financières ainsi que certaines formes de location meublée.

Cette orientation impose aux entrepreneurs de réfléchir à leur stratégie bien avant la cession. L’erreur la plus fréquente ? Ne considérer le 150‑0 B ter qu’au moment du closing. À ce stade, il est déjà trop tard. L’opération perd sa cohérence et se réduit à une simple optimisation fiscale, sans fondement économique.

Comme le souligne Guillaume Lucchini, associé fondateur du multi-family office Scala Patrimoine : « La véritable question porte sur les besoins et objectifs patrimoniaux post-cession : train de vie, projets professionnels, horizon d’investissement et stratégie de transmission éventuelle. Ce n’est qu’après avoir répondu à ces questions qu’il devient pertinent d’intégrer la fiscalité dans une réflexion globale. »

  • Les risques à ne pas négliger

Le réinvestissement prévu par le 150‑0 B ter ne doit jamais être envisagé comme un simple placement financier. Il s’agit d’un projet économique réel, exposé aux aléas de performance et au risque de pertes en capital.

Investir 70 % des liquidités dans des sociétés ou fonds opérationnels exige de faire des choix stratégiques éclairés, bien en amont de la cession, car ces placements sont ni liquides ni garantis.

Guillaume Lucchini estime par ailleurs sur la chaine B Smart TV, que ces opérations alimentent un écosystème de financements privés qui vivent précisément du 150‑0 B ter, avec des frais souvent élevés et des horizons d’investissement qui ne correspondent pas toujours aux besoins des entrepreneurs.

Pour l’associé de Scala Patrimoine : « Le 1500 B ter trouve toute sa pertinence pour les entrepreneurs qui prévoient de réinvestir dans leur prochaine aventure professionnelle, avec une véritable vision stratégique ou les investisseurs souhaitant développer un rôle de business angel ou de sponsor actif, dans un secteur ou une industrie qu’ils maîtrisent. »

En revanche, lorsqu’aucun projet clair n’est identifié, il peut être préférable de monétiser tout ou partie des actifs, puis d’explorer d’autres leviers de structuration patrimoniale (par exemple des donations pré‑cession, transmission familiale, etc.), plutôt que de s’enfermer dans un montage contraint et coûteux.

Comme le conclut le fondateur du multi family-office indépendant :« il ne faut jamais perdre de vue que le 1500 B ter n’est pas une fin en soi, mais un élément d’une stratégie patrimoniale globale et maîtrisée. »

Loi de finances pour 2026
Réforme du 150 OB TER portée par la loi de finances pour 2026
Réforme du 150 OB TER portée par la loi de finances pour 2026

AMI Labs, la start-up fondée par Yann Le Cun

1 Md$ pour réinventer l’IA : le pari fou de Yann Le Cun avec Ami Labs

L’annonce était très attendue dans le monde de l’intelligence artificielle. Le chercheur français Yann Le Cun, figure majeure du deep learning et ancien directeur scientifique de l’IA chez Meta, officialise le lancement de sa start-up, Advanced Machine Intelligence (AMI). Son ambition : repenser en profondeur les fondements mêmes de l’intelligence artificielle.

Pour soutenir son développement, l’entreprise a réalisé une levée de fonds spectaculaire de 1,03 milliard de dollars, la valorisant d’emblée à environ 3,5 milliards de dollars. Un tour de table hors norme pour une structure encore naissante, qui témoigne des attentes considérables suscitées par son projet.

Les chiffres clés d'AMI Labs
Les chiffres clés d'AMI Labs

Yann Le Cun, pionnier du « deep learning »

Pour comprendre l’ampleur du projet, il faut revenir sur le parcours de son fondateur. À 65 ans, Yann Le Cun est l’un des scientifiques les plus influents dans le domaine de l’IA.

Titulaire d’un doctorat en informatique à l’université de la Sorbonne, il s’intéresse très tôt aux réseaux de neurones artificiels — des modèles mathématiques inspirés du cerveau humain, conçus pour apprendre à partir de données.

Après des passages à l’université de Toronto et aux Bell Labs d’AT&T, il développe dans les années 1980 et 1990 les bases du deep learning. Cette approche repose sur des réseaux de neurones « profonds », capables de traiter des informations complexes — aujourd’hui au cœur des systèmes d’IA modernes.

Professeur à l’université de New York dès 2003, il rejoint dix ans plus tard Mark Zuckerberg chez Meta, où il fonde le laboratoire FAIR (Facebook AI Research). En 2018, il reçoit le prestigieux prix Turing aux côtés de Geoffrey Hinton et Yoshua Bengio, pour leurs contributions décisives au développement des réseaux neuronaux.

Fin 2025, il quitte Meta pour lancer AMI et jeter les bases de ce qu’il appelle la « troisième révolution de l’IA ».

La promesse des « world models »

Le cœur du projet d’AMI repose sur une rupture technologique. Yann Le Cun se montre en effet très critique à l’égard des modèles dominants, les large language models (LLM), utilisés notamment par ChatGPT, Claude ou Gemini.

Ces systèmes, entraînés principalement sur du texte, excellent dans des tâches comme rédiger, coder ou répondre à des questions. Mais selon lui, ils restent fondamentalement limités : ils manipulent des mots sans réellement comprendre le monde.

« Si ces systèmes passent en pratique avec succès l'examen du barreau, démontrent des théorèmes ou écrivent du code, ils ne permettront pas d’avoir des robots domestiques ou de voitures qui se conduisent toutes seules », explique Yann Le Cun.

Autrement dit, ils peuvent produire des réponses impressionnantes, mais sans véritable intuition physique ni capacité de raisonnement autonome.

Le projet d’AMI Labs pour révolutionner l’IA repose donc sur des « world models » — des modèles capables de construire une représentation interne du monde.

Concrètement, il ne s’agit plus seulement d’apprendre à partir de textes. Mais de donner à l’IA une forme « d’expérience » du réel : images, vidéos, environnements 3D, données spatiales. L’objectif est que la machine comprenne des notions simples mais essentielles, comme le fait qu’un objet posé au bord d’une table peut tomber.

Cette approche vise à rapprocher l’IA du fonctionnement humain : percevoir, anticiper, planifier.

Les applications potentielles sont vastes : robotique, véhicules autonomes, industrie, santé. Là où les systèmes actuels montrent leurs limites, ces nouveaux modèles pourraient permettre aux machines d’interagir réellement avec le monde physique.

Un casting de rêve

Pour porter cette ambition, Yann Le Cun s’est entouré d’une équipe expérimentée.

La direction opérationnelle est confiée à Alexandre Lebrun, cofondateur de la start-up médicale Nabla. Laurent Solly, ancien dirigeant de Meta en Europe, rejoint l’aventure comme directeur des opérations.

Côté recherche, Saining Xie et Pascale Fung, issus respectivement de Meta et de Google DeepMind, pilotent les travaux scientifiques. Enfin, Michael Rabbat supervise le développement des « world models ». Un casting qui n’a — naturellement — pas manqué d’attirer les investisseurs.

Une levée de fonds hors norme

Le tour de table a suscité un engouement exceptionnel, avec des engagements dépassant largement le montant initialement envisagé. Pourtant, l’entreprise ne génère à ce jour aucun revenu !

Initialement fixée à 500 millions d’euros, la levée a finalement été doublée pour atteindre 1,03 milliard de dollars. L’opération est co-dirigée par Cathay Innovation, Greycroft, Hiro Capital, HV Capital et Jeff Bezos Expeditions.

Yann Le Cun met d’ailleurs en avant la diversité géographique des investisseurs de l’entreprise : « Un peu plus d’un tiers sont européens, un peu moins viennent d’Asie et du Moyen-Orient, et un tiers sont américains. »

Parmi les investisseurs figurent des fonds internationaux comme le fonds singapourien Temasek, SBVA, Bpifrance Digital Venture, mais aussi des géants industriels et technologiques tels que NVIDIA, Samsung, Toyota ou encore le groupe industriel Marcel Dassault, ainsi que des personnalités de premier plan comme Xavier Niel ou de grandes familles françaises comme Mulliez, Pinault ou Arnault via leurs fonds d’investissement.

Cette répartition est-elle suffisante pour rivaliser avec les géants chinois ou américains ? Interrogé au micro de France Inter, le scientifique ne doute pas un instant : « Bien sûr, nous avons les talents pour cela. Nous sommes une entreprise mondiale, soutenue par des investisseurs variés. Nous proposons une voie vers la prochaine révolution de l’IA, celle qui saura véritablement comprendre le monde. »

Le fondateur d’AMI Labs résume d’ailleurs cette opération avec humour : « Quand une entreprise dépasse une valorisation d’un milliard, on appelle ça une licorne. Nous, on dépasse les trois milliards, donc on est un tricératops. »

Une aventure au long cours

Installée à Paris, AMI Labs reste pour l’instant une structure légère, avec une dizaine de collaborateurs. L’objectif est d’atteindre 30 à 50 employés d’ici quelques mois, avec des bureaux à Singapour, Montréal et New York.

L’essentiel des fonds sera consacré à deux priorités. Recruter les meilleurs talents et investir dans la puissance de calcul — notamment des GPU, indispensables pour entraîner les modèles d’IA.

Mais les dirigeants se veulent lucides : le projet s’inscrit dans un temps long. La recherche fondamentale primera dans les premières années, et les retombées économiques ne sont pas attendues à court terme. Alexandre Lebrun, le CEO d’AMI Labs, reconnaît lui-même « entrer dans un territoire inconnu ».

Si la promesse est immense, le pari reste risqué.

Mais qu’on se le dise, « Impossible n’est pas français ! »


L'AMF sanctionne Altaroc

L’AMF rappelle l’importance de l’indépendance du conseil financier

L’Autorité des marchés financiers (AMF) vient de conclure un accord de composition administrative avec la Caisse d’Épargne Île de France, mettant un terme à une procédure portant sur plusieurs manquements dans la commercialisation de son service de gestion sous mandat. L’établissement a accepté de verser un million d’euros dans le cadre de cette transaction, destinée notamment à indemniser certains clients et à solder la procédure engagée par le régulateur.

Au-delà de la sanction financière, l’affaire éclaire les dérives possibles d’un modèle dans lequel conseil, distribution et gestion d’actifs se trouvent souvent imbriqués au sein d’un même groupe financier (banques et cabinets de Conseil en Gestion de Patrimoine notamment). Elle rappelle surtout combien la question de l’indépendance du conseil reste centrale pour les investisseurs.

Un contrôle portant sur quatre années d’activité

Le contrôle mené par les équipes de l’AMF a porté sur la période comprise entre le 1er janvier 2020 et le 31 décembre 2023. Les inspecteurs ont examiné plusieurs dimensions clés de l’activité de gestion sous mandat :

- la politique de rémunération ;

- la communication relative aux coûts et frais ;

- la gestion des conflits d’intérêts ;

- les dispositifs de contrôle interne ;

- et la qualité du conseil délivré aux clients.

L’organisation opérationnelle reposait sur un partage des tâches entre plusieurs entités du groupe, liées par des conventions de partenariat. Une architecture qui, selon le régulateur, a contribué à créer une certaine opacité dans la chaîne de valeur et dans la compréhension par les clients des frais réellement appliqués.

Les flux de rémunération circulaient entre différentes entités avant d’être éventuellement rétrocédés, générant un enchevêtrement de commissions peu lisible pour l’investisseur.

Les manquements relevés par le régulateur

Dans son analyse, l’AMF retient plusieurs catégories de manquements : défaut d’évaluation de l’adéquation du conseil, insuffisances dans l’information des clients, dispositifs lacunaires de gestion des conflits d’intérêts et carences du contrôle interne.

Ces constats mettent ainsi en lumière plusieurs dysfonctionnements majeurs.

  1. Un défaut d’évaluation de l’adéquation du conseil

Dans le cadre de la réglementation issue notamment de la directive européenne MiFID II, les établissements doivent démontrer que les recommandations formulées sont adaptées au profil de l’investisseur.

Cette obligation se matérialise notamment par la remise d’un rapport d’adéquation, document qui explique pourquoi une stratégie ou un produit d’investissement correspond aux objectifs, à l’horizon de placement et à la tolérance au risque du client.

Or, l’examen d’un échantillon de dossiers a montré que ces rapports périodiques étaient parfois absents ou insuffisamment documentés, ce qui fragilise la traçabilité du conseil délivré.

  1. Une structure de frais particulièrement complexe

Le régulateur s’est également penché sur la structure de rémunération associée aux mandats de gestion. Celle-ci cumulait plusieurs catégories de frais :

- commissions de gestion du mandat ;

- droits d’entrée sur les fonds ;

- droits de garde ;

- commissions de mouvement ;

- frais de gestion propres aux fonds détenus dans les portefeuilles.

Pour Guillaume Lucchini, associé fondateur du multi-family office Scala Patrimoine, cette superposition de coûts illustre un problème plus profond : « Une fois encore, le client se retrouve face à une véritable myriade de frais imbriqués dans la mécanique du contrat. Le problème n’est pas seulement leur niveau, mais l’absence d’indépendance du conseil : lorsqu’une banque privilégie ses propres fonds dans une gestion sous mandat, elle cumule les strates de rémunération. »

Selon lui, ce modèle crée un biais structurel dans la recommandation d’investissement : « Le conseiller peut alors être incité à orienter le client vers les produits de son groupe, générateurs de commissions. Cette logique de distribution interne se fait au détriment d’un principe pourtant fondamental en gestion de portefeuille : la diversification entre différentes maisons de gestion. »

Parmi les pratiques relevées, deux éléments ont particulièrement retenu l’attention : l’établissement percevait l’intégralité des commissions de gestion reversées par la société de gestion sur les mandats qu’il commercialisait.

Par ailleurs, dans certains cas, 90 % des droits de garde facturés par un teneur de compte externe lui étaient rétrocédés.

« La rétrocession des droits de garde est particulièrement étonnante. Elle illustre une mécanique de flux financiers dont le client n’a pas toujours conscience », observe Guillaume Lucchini. « La position de l’AMF est ici salutaire : elle rappelle que la transparence sur les frais et les rétrocessions est une condition indispensable pour protéger les investisseurs. »

  1. Une information précontractuelle incomplète

L’AMF reproche également à l’établissement une information insuffisante sur la structure réelle des frais.

Les documents remis aux clients ne détaillaient pas clairement certaines rétrocessions ni l’existence de commissions de mouvement, c’est-à-dire des frais liés aux transactions effectuées dans les portefeuilles.

Or ces frais peuvent créer une incitation économique implicite : plus les arbitrages sont nombreux, plus les commissions perçues peuvent être élevées. « Lorsque l’information est partielle, le client ne peut pas apprécier le coût global réel du service ni le comparer avec d’autres offres du marché », souligne Guillaume Lucchini. « Dans une relation professionnelle saine, l’investisseur doit connaître précisément la totalité des frais, mais aussi les flux de rétrocession entre professionnels. »

  1. Des conflits d’intérêts insuffisamment encadrés

L’AMF estime également que la caisse régionale n’avait pas mis en place un dispositif suffisant pour identifier et gérer les conflits d’intérêts.

Dans un groupe intégré combinant distribution et gestion d’actifs, la tentation peut exister de privilégier les produits « maison », qui génèrent davantage de revenus internes. Un biais qui peut entrer en contradiction avec l’obligation réglementaire de servir au mieux l’intérêt du client et de proposer une certaine indépendance dans son conseil.

  1. Des failles dans le contrôle interne

Enfin, le régulateur a pointé des carences dans le dispositif de contrôle interne, pourtant considéré comme l’un des piliers de la régulation financière.

Les établissements doivent en effet vérifier eux-mêmes en continu la conformité de leurs pratiques, sans attendre l’intervention du superviseur.

Dans le cas présent, certains outils permettant de contrôler la qualité des rapports d’adéquation ou le respect des obligations réglementaires n’étaient pas suffisamment opérationnels.

Un débat plus large sur l’indépendance du conseil patrimonial

Au-delà de cette affaire, l'accord entre l'AMF et la Caisse d'Epargne relance le débat sur l’indépendance du conseil financier.

Pour Guillaume Lucchini, la structure même de certains grands groupes peut favoriser des schémas complexes de distribution : « Lorsque la banque, la société de gestion et le distributeur appartiennent au même groupe, on voit apparaître des circuits de rémunération croisés entre plusieurs entités. La seule victime de ces mécanismes reste bien souvent le client final. »

Car l’impact de ces frais cumulés peut s’avérer considérable dans la durée. « Chaque couche de frais vient réduire la performance du portefeuille. Sur le long terme, avec l’effet de la capitalisation, l’impact peut représenter des montants très importants pour l’investisseur. »

D’où l’importance, selon lui, d’un conseil véritablement indépendant : « Le seul moyen d’aligner parfaitement les intérêts entre l’investisseur et son conseil est de supprimer les conflits d’intérêts. Lorsque le conseiller est directement rémunéré par son client et non par les produits qu’il distribue, la recommandation redevient enfin objective. L'indépendance du conseil est ainsi préservée. »

TRA-2026-01 - Accord de composition administrative conclu le 12 novembre 2025 avec Caisse d'Epargne et de Prévoyance Ile-de-France

Pasqal

Pasqal : la licorne française qui révolutionne l’informatique quantique

L’excellence de la recherche française en informatique quantique continue de s’affirmer. Aux côtés d’Alice & Bob, C12 ou Quobly, Pasqal s’impose comme l’un des fers de lance d’une nouvelle génération de start-up hexagonales. Basée à Palaiseau, la société vient de boucler une levée de fonds exceptionnelle de 340 millions d’euros.

Les chiffres clés de Pasqal
Les chiffres clés de Pasqal

Un acteur majeur du quantique français

Fondée en 2019 au sein de l’Institut d’Optique par Georges-Olivier Reymond, Christophe Jurczak, Alain Aspect (prix Nobel de physique 2022), Antoine Browaeys et Thierry Lahaye, Pasqal compte aujourd’hui plus de 275 collaborateurs.

L’entreprise développe des ordinateurs quantiques basés sur la technologie des atomes neutres. Ces atomes sont refroidis à des températures proches du zéro absolu pour limiter leurs mouvements. Puis ils sont piégés par des faisceaux laser jouant le rôle de “pinces optiques”. Exploitant les propriétés quantiques des atomes, Pasqal est capable de manipuler des qubits — l’unité de base de l’informatique quantique — pour effectuer des calculs extrêmement complexes.

Les atomes neutres présentent des avantages significatifs. Ils sont identiques par nature, abondants, et leur fonctionnement peut se faire à température ambiante. Ce qui présente l'avantage de limiter les besoins énergétiques. Cette technologie ouvre, en pratique, la voie à une transformation radicale de l’informatique, promettant des puissances de calcul supérieures à celles des ordinateurs classiques.

Les applications potentielles sont vastes : optimisation logistique, conception de nouveaux matériaux, chimie, énergie, recherche pharmaceutique et découverte de médicaments, intelligence artificielle ou encore finance.

Une concurrence internationale féroce

Malgré son positionnement innovant, Pasqal doit affronter une concurrence mondiale intense. La Chine investit massivement dans les communications et l’informatique quantique. Tandis que de nombreuses start-up nord-américaines telles que IonQ, D-Wave ou Rigetti sont déjà cotées au Nasdaq.

IQM, en Finlande, prépare une introduction en bourse via un SPAC, avec une valorisation proche de 1,8 milliard de dollars. Les géants technologiques — Alphabet, Amazon, IBM, Microsoft — maintiennent également des divisions consacrées au quantique.

En France, si la recherche académique est de haute qualité et le tissu économique favorable aux start-up, le passage à l’échelle industrielle reste complexe. Les synergies entre technologies quantiques émergentes et industries existantes sont difficiles à établir. Le financement, en particulier, demeure un défi face à l’ampleur des besoins, surtout comparé aux États-Unis ou à la Chine.

Pasqal, première licorne française dans le domaine du quantique

Pour financer son développement, Pasqal a donc réalisé une levée de fonds internationale de 340 millions d’euros. Celle-ci est toutefois structurée en deux volets. Une levée classique de 170 millions, puis un financement via un SPAC (Special Purpose Acquisition Company) en vue d’une double introduction en bourse.

La première tranche a mobilisé des investisseurs internationaux tels que le fonds américain Parkway Ventures, le taïwanais Quanta Computer, le coréen LG Electronics et le transporteur français CMA CGM, ainsi que des actionnaires historiques comme Temasek, EIC Fund, Saudi Aramco Entrepreneurship Ventures, Daphni et ISAI. Bpifrance conservant un rôle stratégique au sein du capital.

Le second volet prépare une introduction en bourse à New York (Nasdaq), avant de s’introduire à Paris (Euronext). Une opération qui valorise la société à environ 2 milliards de dollars. Pour le Spac, le véhicule est déjà identifié : Bleichroeder Acquisition Corp. II, avec la participation de fonds comme Inflection Point et Large Ventures de Bpifrance.

Michel Combes, un sponsor stratégique

Pour accélérer ce projet, Pasqal s’appuie sur Michel Combes. L'ancien PDG de SFR et directeur général d’Altice jouant le rôle de sponsor financier. L’avantage du SPAC ? Une exécution plus rapide qu’une introduction classique, avec une valorisation négociée à l’avance, évitant la volatilité immédiate des marchés. L’opération reste toutefois soumise aux autorisations réglementaires, avec un bouclage attendu dans la seconde moitié de 2026.

« Nous devenons une licorne quantique française», se réjouit Loïc Henriet, directeur général. « Ce choix nous donne un accès rapide à des capitaux du monde entier, tout en affirmant notre ancrage français et européen.»

Des ambitions claires pour l’avenir

Les fonds levés serviront à renforcer la R&D et les capacités industrielles de Pasqal. L’entreprise prévoit de doubler sa production en deux ans, d’augmenter ses effectifs de 20 % et de développer un ordinateur quantique avancé tolérant aux fautes d’ici la fin de la décennie.

Un système tolérant aux fautes est, en effet, capable de détecter et corriger ses erreurs tout en poursuivant des calculs complexes. Un atout indispensable pour l’industrialisation des technologies quantiques.

L’industrie du calcul quantique nécessite des investissements massifs, souvent supérieurs à ce que le marché européen du capital-risque peut absorber. Le choix d’un SPAC, bien que risqué, permet à Pasqal de gagner un temps précieux face à une concurrence internationale accrue.

Souhaitons désormais que Pasqal réussisse son pari et propulse la France dans une nouvelle dimension quantique !