Loi de Finances pour 2026 : l'assemblée nationale

Loi de finances pour 2026 : les mesures qui concernent votre patrimoine

Comme le veut l’adage, « mieux vaut tard que jamais ». Confronté à l’enlisement des débats parlementaires et à l’absence d’une loi de finances adoptée avant le 31 décembre, le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a finalement dégainé son ultime recours institutionnel : l’article 49.3 de la Constitution.

Le Gouvernement a ainsi engagé sa responsabilité sur le projet de loi de finances. Celui-ci ayant fait le pari - finalement gagnant - d’échapper aux motions de censure déposées par l’opposition. Désormais définitivement adopté, le projet de loi de finances doit maintenant être validé par le Conseil constitutionnel avant d’être promulgué.

Malgré tout, le budget demeure bien loin des objectifs initiaux. La ministre des Comptes publics, Amélie de Montchalin, l’a elle-même reconnu, qualifiant le texte d’« imparfait », tout en soulignant qu’il s’agit « du produit d’un compromis bâti patiemment ».

Sur le plan macroéconomique, le déficit public est désormais fixé à 5 % du produit intérieur brut. Il atteindra 131,9 milliards d’euros pour l’État. Les dépenses publiques, quant à elles, devraient légèrement reculer, passant de 56,8 % à 56,6 % du PIB. En parallèle, le taux de prélèvements obligatoires augmenterait de 43,6 % à 43,9 %.

Voici les mesures qui auront un impact direct sur le patrimoine et la fiscalité des Français.

Indexation sur l’inflation de la première tranche du barème de l’IR

La loi de finances pour 2026 revalorise le barème de l’impôt sur le revenu. Ce dernier est donc indexé sur l’indice des prix à la consommation hors tabac, soit une hausse de 0,9 %.

Selon les estimations du Gouvernement, cette mesure représente un coût budgétaire de 1,7 milliard d’euros pour l’année 2026.

Barème progressif de l'impôt sur le revenu
Barème progressif de l'impôt sur le revenu

Prorogation de la contribution différentielle sur les hauts revenus (CDHR)

La contribution différentielle sur les hauts revenus (CDHR) est prolongée jusqu’à ce que le déficit public français repasse sous le seuil de 3 % du PIB.

Sont concernés les contribuables fiscalement domiciliés en France dont les revenus excèdent 250 000 € pour une personne seule et 500 000 € pour un foyer soumis à une imposition commune.

Cette contribution prend la forme d’un complément à l’impôt sur le revenu visant à garantir une imposition minimale de 20 %. Le dispositif a toutefois été légèrement ajusté. Et ce pour mieux prendre en compte les revenus à caractère exceptionnel, notamment en cas de changement de situation familiale du contribuable.

Rehaussement du plafond des versements ouvrant droit à la réduction d’impôt « Coluche »

La loi de finances pour 2026 fait évoluer en profondeur le dispositif dit « Coluche » concernant les dons aux associations d’aide aux personnes en difficulté. La réduction d’impôt est transformée en crédit d’impôt, rendant ainsi l’avantage fiscal accessible tant aux contribuables imposables qu’aux ménages non imposables.

Par ailleurs, le plafond des dons ouvrant droit à un avantage fiscal de 75 % est doublé. Celui-ci passant de 1 000 € à 2 000 € par an.

À titre d’information, en 2025, le montant moyen des dons s’élevait à 222 € par personne.

Instauration d’une taxe sur les actifs non professionnels des holdings patrimoniales

Le texte met en œuvre une taxe spécifique sur les actifs non affectés à une activité opérationnelle détenus par certaines holdings patrimoniales.

Sont concernées les holdings françaises :

- détenues majoritairement par un groupe familial ;

- dont la valeur vénale des actifs excède 5 millions d’euros ;

- dont l’activité est principalement patrimoniale, c’est-à-dire lorsque plus de 50 % des revenus sont qualifiés de revenus passifs.

Le champ d’application de la taxe est strictement limité aux actifs immobiliers et aux biens dits « somptuaires », parmi lesquels figurent :

- les biens affectés à l’exercice de la chasse ou de la pêche ;

- les véhicules de tourisme, yachts, bateaux de plaisance à voile ou à moteur, aéronefs et autres véhicules non affectés à une activité professionnelle ;

- les bijoux et métaux précieux, à l’exception de ceux affectés à l’exploitation d’un musée ou d’un monument historique, ou exposés dans un lieu accessible au public ou aux salariés de la société (hors bureaux) ;

- les chevaux de course ou de concours ;

- les vins et alcools ;

- les logements dont la personne physique contrôlante se réserve la jouissance, ainsi que les logements occupés à titre gratuit, loués à un loyer inférieur au prix du marché ou faisant l’objet de locations fictives.

La taxe est assise sur la valeur vénale de ces actifs, à un taux de 20 %. En revanche, ces biens sont exclus, totalement ou partiellement, de l’assiette taxable lorsqu’ils sont effectivement affectés à l’exercice d’une activité industrielle, commerciale, artisanale, agricole ou libérale. La trésorerie est expressément exclue du périmètre de la taxation.

L’objectif étant de limiter les stratégies d’optimisation permettant de piloter artificiellement son revenu imposable par le biais de structures patrimoniales.

Transmission d’entreprise : durcissement du Pacte Dutreil

Le Pacte Dutreil, dispositif destiné à faciliter la transmission d’entreprises, notamment au sein des familles, permet aux bénéficiaires de profiter d’une exonération partielle de 75 % sur la valeur des biens transmis.

Ce mécanisme connaît un vif succès. Chaque année, 4 000 à 5 000 dirigeants y recourent pour faciliter la transmission de leur entreprise. Toutefois, l’accès au dispositif est soumis à des conditions strictes, notamment un engagement de conservation des titres sur plusieurs années.

Dans le cadre du budget 2026, les parlementaires ont décidé de durcir l’accès au dispositif.

La première modification concerne l’exclusion des biens dits « somptuaires » de l’assiette du Pacte Dutreil. Sont concernés les actifs de loisirs et de prestige :

- biens affectés à la chasse ou à la pêche ;

- véhicules de tourisme, yachts, bateaux de plaisance et aéronefs ;

- bijoux et métaux précieux ;

- vins et alcools ;

- chevaux de course ;

- logements mis à disposition des actionnaires ;

- œuvres d’art.

Ces biens doivent être exclusivement affectés à l’activité professionnelle de la société depuis au moins trois ans avant la transmission — ou depuis leur acquisition si celle-ci est plus récente — pour continuer à bénéficier de l’exonération.

Autre changement majeur : la durée de l’engagement individuel de conservation des titres et parts de société passe de 4 à 6 ans après expiration de la période d’engagement collectif de conservation. Cela conduit donc à un engagement global minimal de huit ans, hors cas du pacte réputé acquis.

À noter que les opérations de transmission principalement financées par endettement, dites « family buy-out », restent autorisées.

Ces ajustements visent à limiter les détournements et les stratégies de détention patrimoniale non professionnelle.

Aménagement du mécanisme du report d’imposition de l’article 150-0 B ter

L’article 150-0 B ter du Code général des impôts encadre, dans le cadre du régime de l’apport-cession, le report d’imposition des plus-values réalisées lors de certains apports de valeurs mobilières, titres ou droits sociaux.

Concrètement, ce dispositif permet à un contribuable de reporter l’imposition d’une plus-value constatée lors de l’apport de titres d’une société A à une société B, généralement une holding qu’il contrôle et soumise à l’impôt sur les sociétés. En échange, le contribuable reçoit des titres de la société bénéficiaire B. Cette opération permet ainsi d’interposer une société contrôlée afin de détenir indirectement des participations, tout en différant l’imposition de la plus-value.

La loi de finances pour 2026 renforce strictement les conditions d’accès à ce mécanisme.

Parmi les principales modifications :

- relèvement de la part du produit de cession à réinvestir, qui passe de 60 % à 70 % ;

- restriction du champ des activités éligibles. Certaines activités — notamment celles de marchand de biens et de promotion immobilière — étant désormais exclues ;

- allongement de la durée minimale de conservation des biens ou titres acquis en remploi, portée de 1 à 5 ans ;

- prolongation du délai de conservation des titres dans le cadre des donations ayant bénéficié du dispositif, porté à 6 ou 11 ans selon les situations.

Un léger assouplissement est toutefois prévu. Le délai laissé à la société bénéficiaire pour procéder au réinvestissement passe de 2 à 3 ans. Cela offre ainsi davantage de flexibilité dans l’identification et la structuration des investissements.

Aménagements du volet fiscal du régime des « management packages »

Les parlementaires ont adopté une série d’ajustements du régime d’imposition des gains issus des management packages.

En l’état du droit, par principe, ces gains sont imposés selon les règles de droit commun des traitements et salaires au titre de l’année au cours de laquelle le bénéficiaire a disposé de ses titres ou les a cédés. Par exception, la fraction du gain inférieure à une limite tenant compte de la performance financière de la société est imposée selon le régime des plus-values de cession de valeurs mobilières.

Le présent article assouplit le régime d’imposition, notamment en permettant la prise en compte des opérations intercalaires dans la durée de détention des titres, en autorisant le report d’imposition pour les gains de nature salariale et en précisant les conditions de retrait des titres de management packages d’un PEA ou d’un PEA-PME. Les modalités d’imposition sont également assouplies en cas de donation de titres.

Par ailleurs, la loi de financement de la sécurité sociale pour 2026 avait, quelques semaines auparavant, pérennisé le régime social applicable aux gains de management packages en supprimant la limite temporelle fixée dans le cadre du budget 2025. Elle a également précisé que la contribution spécifique de 10 % ne s’applique qu’à la seule fraction du gain net remplissant les conditions prévues à cet effet et excédant la limite d’imposition en plus-values.

Droits de mutation à titre gratuit : instauration d’une mesure anti-abus

Jusqu’ici, les transferts d’actifs réalisés par un donateur résident à l’étranger au profit d’un donataire ayant résidé moins de six années sur les dix dernières années en France pouvaient bénéficier d’une exonération des droits de mutation à titre gratuit (donation ou succession).

La loi de finances pour 2026 supprime ce dispositif, considéré comme abusif.

Réforme du Plan d’Épargne Retraite (PER)

Deux modifications majeures affectent le PER :

- Extension de la durée de report des plafonds de déduction. Les plafonds non utilisés des cinq dernières années pourront désormais être mobilisés, contre trois années auparavant. Cette mesure renforce la capacité de déduction pour les contribuables souscrivant tardivement à un PER.

- Restriction des versements pour les plus de 70 ans. Les versements effectués sur un PER par les personnes âgées de plus de 70 ans ne sont plus déductibles.

Ces ajustements visent à encourager des pratiques d’épargne plus conformes à l’intention initiale du PER.

Création d’un statut de bailleur privé avec mécanisme d’amortissement : le dispositif « Jeanbrun »

Les parlementaires ont adopté un nouveau statut de bailleur privé, surnommé « Jeanbrun », visant à relancer l’investissement immobilier locatif. Ce dispositif introduit un mécanisme d’amortissement progressif pour les biens acquis en vue de leur location nue.

  • Un système d'amortissement

Il s’applique aux logements neufs ou anciens nécessitant des travaux significatifs, sur une durée de neuf ans, sous réserve de plafonds de loyers et de ressources des locataires.

Pour les logements neufs ou en état futur d’achèvement, les taux d’amortissement annuels sont les suivants :

- 3,5 % pour un logement à loyer intermédiaire (plafond de 8 000 €) ;

- 4,5 % pour un logement social (plafond de 10 000 €) ;

- 5,5 % pour un logement très social (plafond de 12 000 €).

Pour les logements anciens, les taux sont légèrement inférieurs :

- 3 % pour un loyer intermédiaire ;

- 3,5 % pour un loyer social ;

- 4 % pour un loyer très social.

Le dispositif s’applique uniquement aux logements ayant fait l’objet de travaux d’amélioration représentant au moins 30 % du prix d’acquisition, incluant des réhabilitations lourdes.

  • Un dispositif assez souple

Le déficit foncier créé peut être imputé sur le revenu global dans la limite du plafond actuel de 10 700 €, ou de 21 400 € en cas de travaux de rénovation énergétique. Les amortissements sont également réintégrés dans le calcul de la plus-value lors de la cession.

Il est toutefois précisé que l’amortissement ne peut être pratiqué sur la valeur du foncier, estimée forfaitairement à 20 % du prix d’acquisition net de frais, majorée le cas échéant du montant des travaux (pour les logements anciens).

Ce régime concerne l’ensemble des logements collectifs sur tout le territoire, sans condition de zonage.

De l’avis des professionnels de l’immobilier, l’exclusion des maisons du dispositif constitue toutefois un verrou susceptible d’en limiter l’attractivité.

Loi de Finances pour 2026

Les marchés financiers prouvent une nouvelle fois leur dépendance aux décisions des banques centrales. L'économie résiste, quant à elle, trés bien.

Le rendez-vous des marchés financiers - Janvier 2026

Marchés financiers & économie : les points clés

  • L’arrestation du président vénézuélien Nicolás Maduro par les États-Unis n’a pas eu d’effets notables sur les marchés financiers.
  • La vigueur de l’économie américaine a surpris les investisseurs, avec une croissance du PIB de 4,3 % au troisième trimestre 2025.
  • La FED a poursuivi son assouplissement monétaire, en réduisant ses taux directeurs pour la troisième fois consécutive de 25 points de base.

Les grandes actualités géopolitiques et les performances sur les marchés financiers

  • Venezuela : le retour assumé de la doctrine Monroe

Donald Trump, président des États-Unis, a décidé de remettre au goût du jour la doctrine Monroe, faisant du continent américain une véritable chasse gardée, tant sur le plan politique qu’économique. Objectif affiché : contenir et repousser les influences croissantes de la Chine et de la Russie dans l’hémisphère occidental.

Première illustration spectaculaire de cette reprise en main : l’arrestation du président vénézuélien Nicolás Maduro par les États-Unis, le 3 janvier 2026. Le chef de l’État vénézuélien est notamment accusé de soutenir le narcotrafic, mais également d’avoir développé des relations trop étroites avec Pékin et Moscou.

« Le message envoyé par Donald Trump est clair : le président américain fait, en règle générale, ce qu’il annonce. Il s’agit d’une reprise en main de sa zone d’influence, l’Amérique au sens large », souligne la banque suisse Bordier dans sa dernière note d’analyse.

- Des réserves de pétrole importantes

L’opération, baptisée Absolute Resolve, s’est déroulée en moins de cinq heures. Nicolás Maduro et son épouse ont été capturés puis transférés aux États-Unis. Leur sort est désormais entre les mains de la justice américaine : ils doivent comparaître devant un tribunal fédéral de New York, sur la base d’accusations liées au « trafic de drogue ».

Dans la foulée de cette intervention militaire, la Cour suprême du Venezuela a désigné la vice-présidente, Delcy Rodríguez, pour assurer la direction de l’État par intérim.

À ce stade, l’embargo américain sur les hydrocarbures vénézuéliens demeure pleinement en vigueur. Les opérations maritimes contre les pétroliers, ainsi que les engagements aériens visant des navires soupçonnés de transporter de la drogue, se poursuivent. Selon les autorités américaines, 35 navires ont été coulés depuis début septembre 2025, faisant au total 114 morts.

Sur le plan énergétique, le Venezuela reste un acteur secondaire du marché pétrolier mondial, représentant environ 1 % de l’offre globale, loin derrière les États-Unis ou l’Arabie saoudite. Cette marginalité relative limite l’impact immédiat des tensions sur l’offre mondiale. En revanche, le pays dispose des plus importantes réserves de pétrole de la planète, estimées à près de 303 milliards de barils, soit environ 17 à 19 % des réserves mondiales.

- Un message envoyé à la Chine

Pour la banque Bordier, « cette opération marque une nouvelle étape dans l’émergence d’un nouvel ordre mondial ». Elle illustre « une fragmentation croissante du monde, le retour d’une logique d’empires au détriment du multilatéralisme hérité de l’après-guerre, et une fragilisation supplémentaire du droit international et des organisations internationales ».

Le message serait avant tout adressé à la Chine, devenue un acteur central du développement et de l’organisation du Sud global. Il entérine l’idée selon laquelle la confrontation majeure du XXIᵉ siècle opposera bien les deux grandes puissances. « Un précédent jugé dangereux par l’ONU, qui ne manque pas de faire écho à d’autres dossiers sensibles tels que l’Iran, le Panama, le Groenland ou encore Taïwan. »

Malgré la portée géopolitique de l’événement, les marchés financiers sont restés étonnamment sereins. Aucune vague de panique n’a été observée et l’indice de volatilité VIX est demeuré sous la barre des 15, signe d’un calme relatif des investisseurs.

  • Les marchés financiers bien orientés en 2025

Malgré une année marquée par de nombreux soubresauts, dont la hausse des droits de douane américains a constitué le point culminant, les marchés financiers ont globalement signé une performance remarquable en 2025. Les investisseurs ont su naviguer dans un environnement incertain, porté par des dynamiques sectorielles contrastées et des zones géographiques aux trajectoires divergentes.

- Les marchés actions en nette progression

Fait notable cette année, ce sont les marchés européens qui se sont distingués. L’Euro Stoxx 50 affiche ainsi une progression impressionnante de 19,4 %, porté par le rebond de secteurs longtemps délaissés, tels que les banques ou la défense. En France, en revanche, le CAC 40 a souffert d’un climat politique tendu et termine l’année en retrait relatif, avec une hausse plus modérée de 10,5 %.

Outre-Atlantique, la dynamique reste solide. Le S&P 500 progresse de 17,3 %, tandis que le Nasdaq s’adjuge 21,3 %, porté une nouvelle fois par la vigueur des valeurs technologiques. Toutefois, la forte dépréciation du dollar a sensiblement amputé la performance des actions américaines pour les investisseurs européens : une fois converties en euros, les hausses annuelles du S&P 500 et du Nasdaq se limitent respectivement à 3,6 % et 7,2 %.

En Asie, les marchés chinois ont surpris positivement. Malgré une économie toujours fragilisée par la crise immobilière, les actions chinoises enregistrent une progression proche de 15 % en euros. Là encore, le secteur technologique s’est illustré, porté par l’essor continu de l’intelligence artificielle.

Le Japon n’est pas en reste : les actions nippones affichent également une hausse supérieure à 10 % en euros, confirmant l’attrait retrouvé des investisseurs pour le marché japonais.

- Or en pleine envolée, pétrole et bitcoin à la peine

Du côté des matières premières, l’or poursuit son ascension spectaculaire. En 2025, le métal précieux a enchaîné les records, voyant le prix de l’once passer de 2 600 dollars à plus de 4 500 dollars en l’espace de douze mois, soit une envolée de près de 70 %. Une performance qui reflète le rôle de valeur refuge de l’or dans un contexte géopolitique et monétaire incertain.

À l’inverse, les prix du pétrole ont lourdement chuté. Le baril de Brent accuse un recul de 18 % sur l’année et s’échange désormais autour de 60 dollars. Cette baisse s’explique principalement par une offre excédentaire face à une demande mondiale moins dynamique que prévu.

Les cryptomonnaies ont également traversé une année difficile. Le bitcoin recule de 9 % en 2025. Il faut aujourd’hui débourser près de 78 700 euros pour acquérir un bitcoin, illustrant la volatilité persistante de cette classe d’actifs.

Performances des principaux indices boursiers sur les marchés financiers en 2025
Performances des principaux indices boursiers sur les marchés financiers en 2025

2026 : un ralentissement attendu pour les grandes économies mondiales

Selon les prévisions actuelles, la croissance devrait se maintenir autour de 3 %, un niveau inchangé par rapport à l’année précédente. Goldman Sachs l’estime d’ailleurs plus précisément à +2,8 %. Une stabilité qui interroge, alors même que les politiques monétaires et budgétaires demeurent accommodantes dans de nombreuses régions du monde.

  • Des tensions géopolitiques préjudiciables ?

Pour Raphaël Gallardo, économiste en chef chez Carmignac, cette dynamique s’explique par un faisceau de facteurs défavorables. « La persistance des tensions géopolitiques — qu’il s’agisse des politiques tarifaires, des conflits en Russie, des tensions autour de Taïwan ou de la situation au Venezuela — constitue un premier frein », souligne-t-il. À cela s’ajoutent « un durcissement des conditions de crédit sur les marchés de la dette privée, des tensions accrues sur les marchés monétaires, notamment autour des taux repo, ainsi qu’un élargissement des primes de terme sur les obligations. »

  • L’Europe à la traine ?

Dans ce contexte, l’attention des investisseurs et des économistes reste focalisée sur les trois grandes locomotives de l’économie mondiale : les États-Unis, la Chine et la zone euro. À elles seules, ces régions concentrent plus de la moitié de la richesse mondiale, avec des poids respectifs de 26 %, 17 % et 15 % du PIB mondial.

Aux États-Unis, la croissance devrait rebondir légèrement en 2026, pour atteindre 2,3 %, après 1,7 % en 2025. Une dynamique plus favorable que celle observée en Europe, où la Banque centrale anticipe une croissance de seulement 1,2 % en 2026, en recul par rapport aux 1,4 % enregistrés l’année précédente.

En Chine, le ralentissement économique semble se confirmer. Selon l’agence de notation Fitch, la croissance du PIB chinois devrait s’établir à 4,1 % en 2026, contre près de 5 % en 2025. Un tassement qui illustre l’essoufflement progressif du modèle de croissance chinois, toujours pénalisé par les fragilités structurelles de son économie.

États-Unis : une croissance toujours robuste, mais sous surveillance

L’économie américaine a de nouveau surpris les investisseurs en fin d’année. Contre toute attente, la croissance du PIB a accéléré à 4,3 % au troisième trimestre, un rythme bien supérieur aux anticipations des analystes. Une performance qui illustre la résilience remarquable de la première économie mondiale, même si les signaux en provenance du marché du travail invitent désormais à davantage de prudence.

  • L’emploi au cœur des inquiétudes

Le marché de l’emploi est devenu le principal sujet de préoccupation outre-Atlantique. La question est d’autant plus sensible qu’elle s’est récemment invitée sur le terrain politique. En août dernier, Donald Trump a évincé de manière brutale Erika McEntarfer, cheffe du Bureau of Labor Statistics (BLS), nommée sous l’administration Biden, à la suite de la publication de statistiques décevantes sur l’emploi.

Pourtant, plusieurs indicateurs récents tendent à confirmer l’analyse avancée par l’ancienne responsable du BLS, pointant vers un net ralentissement de la dynamique du marché du travail américain.

Certes, 64 000 emplois ont été créés en novembre, un chiffre supérieur aux attentes du consensus. Mais cette embellie intervient après une destruction de plus de 100 000 emplois en octobre, conséquence notamment des coupes budgétaires initiées par Elon Musk dans le cadre du programme DOGE, visant la bureaucratie fédérale.

Le nombre de chômeurs s’établit désormais à 7,8 millions en novembre, soit 700 000 de plus qu’il y a un an, au moment de la réélection du président américain. Il s’agit du niveau le plus élevé depuis septembre 2021, lorsque l’économie sortait progressivement de la crise du Covid-19. À titre de comparaison, un an plus tôt, le taux de chômage s’élevait à 4,2 %, pour 7,1 millions de demandeurs d’emploi.

  • Un taux de chômage en hausse

En novembre, le taux de chômage a ainsi progressé de 0,2 point pour atteindre 4,6 %.

Un léger soulagement est toutefois venu du secteur privé en décembre, avec 41 000 créations nettes d’emplois. Une performance néanmoins inférieure aux attentes du marché, qui tablait sur environ 48 000 créations, selon le consensus MarketWatch.

Sur le front des salaires, la tendance est également à la modération. Le salaire horaire moyen progresse de 3,5 % sur un an, un rythme légèrement supérieur à l’inflation (3 % fin septembre). Toutefois, la dynamique s’essouffle : en novembre, les salaires n’ont augmenté que de 0,1 % sur un mois, bien en deçà du consensus (+0,3 %), ce qui ramène la progression annualisée à 1,6 %.

Le nombre d'offres d'emploi aux États-Unis a été publié, il est au plus bas depuis 2021. Ces offres se sont établies à 7,146 millions en novembre, contre 7,449 millions en octobre, selon le dernier rapport "Jolts" du département du Travail.

Pour Bastien Drut, responsable des études et de la stratégie chez CPR Asset Management, le diagnostic est clair : « Les dernières publications montrent que la dynamique de l’emploi est quasiment à l’arrêt depuis six mois aux États-Unis. »

  • Une économie encore résiliente

Malgré ces fragilités sur le marché du travail, les indicateurs d’activité confirment pour l’heure la solidité de l’économie américaine.

L’indice PMI composite de l’activité privée a certes marqué le pas en décembre, s’établissant à 53, contre 53,9 attendus et 54,2 en novembre. Il s’agit de son niveau le plus bas depuis juin, mais un chiffre toujours supérieur à 50, seuil qui sépare expansion et contraction de l’activité.

Une note plus positive est venue de l’indice de confiance des ménages de l’Université du Michigan, qui a rebondi, porté par une progression des revenus plus forte qu’anticipé (+0,4 %).

La confiance des petites entreprises s’est également améliorée : l’indice NFIB est remonté de 98,2 à 99 en novembre, au-delà des attentes du marché.

Autre signal encourageant, l'indice ISM sur les services progresse significativement, passant à 54,4 en décembre contre 52,6 le mois précédent.

Le tableau aurait toutefois pu être presque idyllique sans la mauvaise surprise venue du secteur industriel. Le PMI manufacturier de l’ISM est tombé à 47,9 en décembre, son plus bas niveau depuis octobre 2024, après 48,2 en novembre. Un niveau inférieur à 50 qui traduit une contraction du secteur manufacturier, lequel représente environ 10,1 % de l’économie américaine.

  • Politique monétaire : un cap plus prudent

Sur le plan monétaire, la Réserve fédérale a poursuivi son assouplissement. Le 10 décembre, le Federal Open Market Committee (FOMC) a décidé de réduire ses taux directeurs pour la troisième fois consécutive, abaissant le taux des federal funds de 25 points de base, dans une fourchette désormais comprise entre 3,50 % et 3,75 %.

La décision n’a toutefois pas fait l’unanimité : trois membres sur neuf se sont opposés à cette baisse, reflétant les divergences croissantes au sein de l’institution. La Fed justifie cette prudence par les premiers signes de dégradation du marché de l’emploi et cherche à éviter un ajustement trop brutal.

Son président, Jerome Powell, a d’ailleurs averti que les prochaines baisses de taux seraient progressives et mesurées.

L’indice PCE, mesure privilégiée de l’inflation par la Fed, est ressorti conforme aux attentes, à +2,8 % sur un an et +0,3 % sur un mois.

Dans ce contexte incertain, la banque centrale n’anticipe désormais qu’une seule baisse de taux en 2026, tout en tablant sur une croissance plus robuste (2,3 %) et une inflation mieux maîtrisée (2,4 %).

L’orientation future de la politique monétaire pourrait toutefois être profondément influencée par un changement de gouvernance. Jerome Powell quittera la présidence de la Fed au printemps prochain, et Donald Trump a déjà annoncé son intention de nommer un dirigeant à la ligne plus accommodante.

Zone euro : entre ombre et lumière

Dans la zone euro, l’année s’achève sur une performance économique globalement rassurante pour les décideurs publics comme pour les investisseurs. Sans être exceptionnelle, la croissance a fait preuve d’une résistance notable face à une succession de chocs externes. Parmi les principaux facteurs de pression figurent la politique commerciale particulièrement offensive de Donald Trump, ainsi que la persistance des tensions géopolitiques internationales.

  • Un troisième trimestre encourageant 

Malgré un environnement mondial incertain, l’économie de la zone euro continue de démontrer une certaine résilience. Le PIB en volume a progressé de 0,3 % au troisième trimestre 2025, un rythme supérieur à celui anticipé dans les projections de septembre.

Autre signal positif, la zone euro a enregistré en octobre 2025 un excédent commercial de 18,4 milliards d’euros dans ses échanges de biens avec le reste du monde, contre 7,1 milliards d’euros un an plus tôt.

Les indicateurs avancés suggèrent toutefois un ralentissement progressif de la dynamique économique. L’indice composite définitif des directeurs d’achat (PMI) de la zone euro, publié par S&P Global, est ressorti à 51,5 en décembre, après 52,8 en novembre, qui constituait alors un plus haut de trente mois.

Ce repli s’explique principalement par une décélération de l’activité dans le secteur des services, dont l’indice est retombé à 52,4, après un pic à 53,6 en novembre.

« Les indices PMI de la zone euro sont inférieurs aux attentes, en raison d’un affaiblissement du secteur des services et d’une contraction accrue de la composante manufacturière. L’Allemagne est à l’origine de cette surprise négative, tandis que la France a contribué positivement », analyse Christophe Boucher, directeur des investissements chez ABN Amro Investment Solutions.

  • L'emploi résiste 

Le secteur industriel reste en difficulté. L’indice PMI manufacturier demeure nettement sous le seuil de 50, à 44, signalant une contraction persistante de l’activité.

Du côté de la demande intérieure, le moral des ménages s’est légèrement détérioré, l’indicateur de confiance atteignant –14,6 en décembre, contre –14,2 en novembre. À l’inverse, la confiance des investisseurs, mesurée par l’indice Sentix, s’est légèrement améliorée, passant de –7,4 à –6,2, en ligne avec les attentes du marché.

Sur le marché du travail, la Banque centrale européenne anticipe une poursuite de la modération salariale. « La progression des salaires devrait continuer de ralentir en 2026, avant de se stabiliser autour de 3 %, soutenue par la bonne résistance de l’emploi et une croissance de la productivité légèrement inférieure à 1 % », indique l’institution. En novembre 2025, le taux de chômage de la zone euro était de 6,3%, en baisse par rapport au taux de 6,4% enregistré en octobre 2025.

Au troisième trimestre 2025, le taux d’emplois vacants dans la zone euro s’est établi à 2,1 %, en baisse par rapport aux 2,3 % observés au deuxième trimestre, confirmant un léger refroidissement du marché du travail.

  • Une baisse de la croissance en 2026 ?

Après une année 2024 décevante, marquée par une croissance limitée à 0,8 %, la progression annuelle moyenne du PIB en volume devrait atteindre 1,4 % en 2025. À moyen terme, la Banque centrale européenne anticipe un ralentissement modéré, avec une croissance de 1,2 % en 2026, puis un retour à 1,4 % en 2027 et 2028.

Pour de nombreux analystes, le principal moteur de l’activité dans les mois à venir reposera sur l’investissement. Celui-ci devrait être soutenu à la fois par l’investissement public — notamment via le fonds d’infrastructure allemand et l’effort de réarmement européen — et par l’investissement privé, porté par l’essor des infrastructures liées à l’intelligence artificielle et au numérique.

  • Inflation : l’objectif enfin atteint

Objectif atteint pour la BCE. L’inflation en zone euro est retombée à 2 % sur un an en décembre, contre 2,1 % le mois précédent, rejoignant ainsi la cible fixée par la banque centrale. Cette amélioration se reflète également dans l’inflation sous-jacente, qui exclut les composantes les plus volatiles (énergie, alimentation, alcool et tabac), passée de 2,4 % à 2,3 % sur un an.

Ce ralentissement s’explique principalement par une baisse plus marquée des prix de l’énergie, en recul de 1,9 % sur un an, contre –0,5 % en novembre. Les prix des services, principal moteur de l’inflation ces derniers mois, ont également montré des signes d’accalmie.

À court terme, plusieurs facteurs devraient continuer de peser en faveur d’une inflation maîtrisée : la modération des prix de l’énergie, le renforcement de l’euro et les pressions désinflationnistes importées de Chine.

Ce scénario demeure toutefois fragile. Il pourrait être remis en question par les incertitudes persistantes de l’économie mondiale, notamment l’impact encore incertain des droits de douane américains, l’évolution du taux de change de l’euro ou encore l’orientation plus expansionniste de la politique budgétaire allemande.

Enfin, l’entrée prochaine de la Bulgarie dans la zone euro sera également scrutée de près. Le pays a en effet enregistré une hausse des prix proche de 3 % au cours des douze derniers mois, un élément susceptible d’influencer la dynamique inflationniste globale.

Dans ce contexte mêlant amélioration des prix et incertitudes persistantes, la BCE a choisi de marquer une pause dans son cycle d’assouplissement monétaire.

Les paradoxes de l’économie chinoise

Les annonces solennelles de Xi Jinping, promettant une croissance supérieure à 5 % en 2025, ne doivent pas masquer une réalité plus contrastée. Derrière les chiffres officiels, l’économie chinoise continue de décevoir. Crise immobilière persistante, consommation intérieure atone et tensions géopolitiques croissantes : les défis s’accumulent pour Pékin, fragilisant les fondements de la deuxième économie mondiale.

  • Une économie minée par le manque de confiance des ménages

Selon les statistiques officielles, la croissance chinoise devrait atteindre 5,1 % en 2025. Pourtant, au troisième trimestre, elle ne s’est établie qu’à 4,8 %, un chiffre déjà en deçà des objectifs affichés. Surtout, ces données sont de plus en plus contestées. Le cabinet de recherche indépendant Rhodium Group estime ainsi que la croissance réelle se situerait plutôt entre 2,4 % et 2,8 %, un écart révélateur d’un profond déficit de confiance des acteurs économiques.

Cette défiance se reflète clairement dans la consommation intérieure, toujours en berne. La croissance des ventes au détail est tombée à 1,3 % sur un an, son plus bas niveau depuis 2022. Le secteur automobile n’échappe pas à la tendance, avec un recul des ventes de 8,3 %, tandis que celles d’électroménager ont chuté de près de 20 %, selon une note de Goldman Sachs.

L’investissement n’est guère plus dynamique. Pour le troisième mois consécutif, il est en baisse, reculant de 2,6 % en novembre. Le secteur immobilier demeure exsangue : les investissements y ont chuté de 16 % entre janvier et novembre, par rapport à la même période de 2024.

La situation pourrait encore se dégrader. China Vanke, l’un des plus grands promoteurs immobiliers du pays, traverse de graves difficultés financières. Le groupe, pourtant réputé bénéficier d’un soutien étatique implicite, a dû conclure in extremis un accord avec les banques nationales pour reporter le paiement de ses intérêts domestiques jusqu’en septembre, illustrant l’ampleur de la crise.

  • La Chine face au retour du protectionnisme

Pékin compense ses fragilités internes par la vigueur de la demande extérieure, écoulant à l’étranger son excédent de production. En décembre, son excédent commercial a ainsi dépassé pour la première fois les 1 000 milliards de dollars.

« La solidité des exportations a limité la nécessité de stimuler la demande intérieure cette année, tandis que les subventions au renouvellement commencent à s’épuiser », explique Xu Tianchen, économiste senior à l’Economist Intelligence Unit. En clair, le gouvernement chinois va devoir redoubler d’inventivité pour relancer la consommation intérieure, sous peine de subir de plein fouet un ralentissement des exportations, dans un contexte de repli protectionniste des économies mondiales.

La société de gestion Carmignac ne cache pas son scepticisme : « La Chine reste focalisée sur une logique d’économie de guerre. Le nouveau plan quinquennal continue de placer l’autosuffisance technologique et la diffusion de l’IA dans l’industrie au sommet des priorités, sans proposer de stratégie crédible pour combler le gouffre de l’immobilier ou enrayer la montée du chômage des jeunes. Les exportations ne constituent plus une soupape de sécurité pour la croissance, compte tenu du retour de bâton protectionniste. »

  • De nouvelles tensions géopolitiques avec le Japon

À ces fragilités économiques s’ajoute une montée des tensions géopolitiques, notamment avec le Japon. Quelques jours après son arrivée au pouvoir, la nouvelle Première ministre japonaise, Sanae Takaichi, a évoqué au Parlement un scénario dans lequel une attaque chinoise contre Taïwan pourrait être considérée comme une « menace existentielle » pour le Japon, allant jusqu’à affirmer que Tokyo pourrait intervenir militairement en cas d’invasion.

Des propos qui ont suscité une vive réaction à Pékin. En représailles, Xi Jinping a annoncé l’interdiction des livraisons vers le Japon de biens dits « à double usage », susceptibles d’être employés à des fins militaires.

Cette décision affecterait près de 40 % des exportations chinoises vers le Japon, notamment des biens stratégiques essentiels à l’industrie de défense japonaise, ainsi que des terres rares, dont la Chine demeure un fournisseur clé. Un nouvel épisode qui illustre la fragilité croissante des équilibres économiques et géopolitiques en Asie.

Les convictions de Scala Patrimoine sur les marchés financiers

Notre multi family-office conserve une perspective constructive sur les marchés actions, en insistant sur la diversification géographique et sectorielle. Si l’environnement reste favorable, il n’est pas exempt de risques qu’il convient de surveiller.

  • Marchés développés : un biais favorable aux actions américaines

- Un cycle monétaire baissier historiquement propice aux marchés actions

Les cycles de baisse des taux d’intérêt ont toujours constitué un moteur puissant pour les marchés actions. Depuis plusieurs mois, le discours de la Réserve fédérale américaine s’éloigne progressivement de l’inflation pour se concentrer sur le marché de l’emploi. La détérioration de ce dernier plaide en faveur de nouvelles baisses de taux. Le marché anticipant déjà trois réductions en 2026.

La nomination attendue d’un nouveau gouverneur de la Fed, proche de Donald Trump et effective à partir de mai, renforce la probabilité d’une politique monétaire plus accommodante, potentiellement plus agressive que ce que prévoit le consensus actuel.

- Une inflation sous contrôle malgré les droits de douane

Malgré la mise en œuvre de certains droits de douane, l’inflation américaine devrait rester modérée en 2026. Cette stabilité s’explique notamment par la composante « Shelter » de l’indice des prix à la consommation (IPC) — qui représente près d’un tiers de l’indice et concerne les loyers réels et imputés — dont la dynamique devrait rester baissière.

À plus long terme, la mainmise américaine sur le pétrole vénézuélien pourrait exercer une pression supplémentaire à la baisse sur le prix du baril, consolidant ainsi le contrôle de l’inflation.

- Le soutien fiscal et politique à la consommation

Le programme One Big Beautiful Bill Act (OBBBA) apporte un soutien notable à la consommation américaine, fragilisée en 2025, sauf pour les ménages les plus aisés. L’année 2026, marquée par les élections de mi-mandat, incite également l’administration Trump à maintenir une politique pro-marchés afin de produire des effets visibles sur les actions.

- Les investissements technologiques, moteur de croissance

Les hyperscalers américains prévoient d’investir plus de 500 milliards de dollars en 2026, un levier majeur pour la croissance. Ces investissements ont déjà soutenu l’économie en 2025, mais leur mise en œuvre reste un risque : toute déception serait sévèrement sanctionnée par les marchés.

- Les risques baissiers persistants

Malgré ce contexte porteur, plusieurs risques subsistent :

- Valorisations élevées de l’IA : toute déception sur les bénéfices ou sur la demande anticipée pourrait provoquer des corrections brutales.

- Risque géopolitique accru : l’arrestation de Maduro par les États-Unis amplifie les tensions avec la Chine et la Russie. Toute réaction commerciale ou militaire, notamment autour de Taïwan, pourrait déstabiliser les marchés.

- La diversification géographique : Europe et marchés émergents

En Europe, l’inflation reste sous contrôle, mais la croissance demeure faible. La Banque centrale européenne dispose encore d’une marge de manœuvre pour réduire ses taux, bien que ses décisions restent fortement conditionnées par les données économiques.

Une politique monétaire plus agressive de la Fed pourrait inciter la BCE à intervenir pour préserver la compétitivité des entreprises européennes. Parallèlement, un dollar plus faible face à l’euro (EUR/USD anticipé autour de 1,20) pourrait soutenir la croissance européenne.

Les valeurs allemandes, après une forte progression en 2025, pourraient connaître une phase de consolidation avant de bénéficier d’un regain de dépenses, notamment liées aux besoins de réarmement en Europe, facteur de soutien structurel à moyen terme.

Sur le volet émergent, nous privilégions particulièrement les marchés asiatiques, notamment la Chine, ainsi que les valeurs technologiques coréennes et taïwanaises, dont les valorisations restent attractives.

De manière générale, les marchés émergents devraient profiter d’un dollar plus faible, tendance qui pourrait s’accentuer avec une Fed plus accommodante.

- Les secteurs et actifs à privilégier

Les secteurs qui ont porté la performance en 2025 devraient rester dynamiques en ce début d’année :

- Technologie, soutenue par la croissance bénéficiaire.

- Défense, portée par les besoins de réarmement.

- Banques, favorisées par une courbe des taux avantageuse et une solide capitalisation en Europe.

Cependant, certaines valeurs restent sensibles aux déceptions sur les résultats, ce qui rend indispensable une diversification vers des secteurs plus défensifs :

- Santé, pénalisée en 2025 par la guerre commerciale, mais offrant des valorisations inférieures à la moyenne.

- Services aux collectivités et consommation de base, plus résilients lors de corrections.

Les métaux précieux ont connu une performance historique en 2025, l’or et l’argent figurant parmi les meilleurs actifs. Les tensions géopolitiques, les incertitudes politiques et les achats soutenus des banques centrales devraient maintenir leur attrait en 2026.

Malgré des niveaux élevés, renforcer l’exposition à l’or sur une correction reste pertinent pour diversifier un portefeuille. L’argent, plus volatil et à forte dimension industrielle, peut jouer un rôle complémentaire. L’investissement indirect via les sociétés minières demeure envisageable, avec des valorisations encore attractives mais une volatilité accrue.

  • Marchés obligataires : des convictions renforcées pour 2026

Scala Patrimoine renforce ses convictions positives sur les marchés obligataires pour 2026, en particulier sur les obligations libellées en euro. Ces titres se révèlent adaptés aux stratégies combinant distribution régulière de coupons et protection contre une éventuelle poursuite de la baisse du dollar.

- Hausse des taux longs européens : un point d’entrée attractif

La hausse des taux longs européens observée en 2025 constitue une opportunité intéressante pour le marché investment grade européen. Elle a permis :

- Une augmentation du rendement sur les maturités moyen long terme, elle s’est opérée sans dégradation du risque souverain, notamment en Allemagne, dont le niveau d’endettement reste parmi les plus faibles d’Europe ;

- Une hausse des portages attractifs sur les maturités intermédiaires.

Alors que la hausse des taux avait pénalisé la valorisation des titres en 2025, une stabilisation des taux en 2026 permettrait de maintenir un portage positif, facteur clé de performance pour les stratégies obligataires.

De plus, une éventuelle normalisation des taux moyen-long terme pourrait renforcer les portefeuilles crédit investment grade, en favorisant les rendements à long terme.

- Vers une hausse des primes de risque ?

Le principal risque de baisse de valorisation réside désormais dans l’évolution des spreads de crédit. Après la forte compression observée en 2025, une hausse de ces primes pourrait peser sur les valorisations des obligations investment grade.

Sur le segment des obligations à haut rendement (high yield), le refinancement massif des entreprises en 2025 a repoussé le « mur » de refinancement à 2028, réduisant les risques à court terme.

Le taux de défaut reste à des niveaux historiquement bas, mais la sélection rigoureuse des titres demeure essentielle, en raison de la forte dispersion observée au sein de ce segment.

Enfin, la performance du crédit high yield reste plus sensible à une hausse des spreads par rapport au crédit investment grade, alors que ces spreads avaient fortement baissé en 2025.

- Les obligations bancaires : un segment attractif

Les obligations Investment Grade émises par les établissements financiers européens conservent leur attrait. Elles offrent des spreads légèrement supérieurs aux obligations d’entreprise de notation équivalente, alors que le secteur bancaire européen demeure robuste, avec :

- Une capitalisation très élevée, largement au-dessus des exigences réglementaires.

- Des revenus d’intérêts soutenus par les taux longs en hausse en 2025.

Ces caractéristiques renforcent la pertinence de ce segment pour les investisseurs à la recherche de rendements stables et sécurisés.

  • Marchés alternatifs : des outils flexibles et diversifiés

Scala Patrimoine conserve une allocation globalement prudente vis-à-vis des investissements alternatifs. Toutefois, certaines stratégies émergent comme particulièrement pertinentes, notamment le Long/Short actions. Ces stratégies exploitent les grandes dispersions du marché en combinant positions longues sur des titres sous-évalués et positions courtes sur des titres surévalués. Elles offrent ainsi une protection contre le risque directionnel tout en offrant un potentiel de surperformance dans un environnement incertain.

La flexibilité de ces stratégies permet de capturer de la valeur en toute conjoncture, assurant une décorrélation précieuse par rapport aux indices boursiers classiques.

  • L’or poursuit son envol

Après une performance record en 2025, l’or continue de progresser début 2026, flirtant avec des sommets historiques proches de 4 500$ l’once. Scala Patrimoine maintient une opinion positive sur le métal jaune, soutenu par plusieurs facteurs structurels :

- La baisse des taux réels liée à l’assouplissement monétaire.

- Les tensions géopolitiques, renforçant son statut de valeur refuge.

- Une demande solide, tant institutionnelle que privée, notamment en Asie et dans les économies émergentes.

Dans ce contexte, l’or demeure un pilier incontournable pour diversifier un portefeuille et se prémunir contre l’incertitude.

  • Produits structurés : une alternative séduisante aux actions

Les produits structurés conservent un fort attrait dans un environnement de taux longs et de volatilité élevée. Ces instruments permettent de :

- S’exposer à des marchés ou secteurs à fort potentiel de croissance à moyen terme.

- Intégrer des mécanismes de protection contre les risques de correction.

- Optimiser la diversification, tant au niveau des sous-jacents que des structures utilisées.

Grâce à leur flexibilité et leur capacité à s’adapter aux besoins de distribution, les produits structurés représentent un pilier stratégique pour les investisseurs recherchant rendement et sécurité dans un contexte de valorisations élevées.

  • Les actifs non cotés séduisent toujours

L’intérêt pour les actifs non cotés (private assets) ne faiblit pas, même dans un contexte économique incertain. La baisse progressive des taux en 2025 a soutenu les flux vers ces investissements, y compris vers des fonds plus accessibles au grand public.

Parmi les opportunités les plus attractives :

- Stratégies secondaires, offrant stabilité et rendements robustes.

- Fonds de co-investissement, combinant optimisation des rendements et maîtrise des coûts.

- Dette privée (mezzanine, growth buyout), accompagnant les entreprises en croissance.

- Capital-risque, en particulier dans la technologie et la transition énergétique, offrant des perspectives prometteuses pour les startups innovantes.

Ces investissements permettent de diversifier efficacement le portefeuille tout en captant des rendements supérieurs à ceux des marchés traditionnels.

- Allocation recommandée

Pour exploiter pleinement le potentiel des marchés alternatifs tout en maîtrisant les risques, Scala Patrimoine préconise une stratégie diversifiée et long terme :

- Stratégies secondaires pour leur stabilité et leurs rendements solides.

- Exposition au capital-risque, ciblant les opportunités à haut rendement dans des secteurs innovants.

- Investissements en LBO (Leveraged Buyout), pour bénéficier de l’effet de levier.

- Growth equity, pour accompagner la croissance d’entreprises matures et prometteuses.

- Dette mezzanine, offrant des taux attractifs et un outil de diversification clé.

Cette allocation vise à combiner performance et gestion proactive des risques, en restant attentive aux évolutions du marché et en capitalisant sur les secteurs stratégiques comme la santé et la transition énergétique.

Nos équipes sont à votre disposition pour échanger sur vos projets d’investissement et évaluer, avec vous, leur intérêt, au regard de l’environnement économique et financier, de la structuration de votre patrimoine et de vos objectifs de vie.


Loi spéciale

Loi spéciale : quelles incidences sur votre patrimoine ?

Les discussions autour de l’adoption du projet de loi de finances (PLF) pour 2026 ont échoué. Faute d’accord au sein de la commission mixte paritaire en décembre, l’adoption d’une véritable loi de finances est désormais repoussée à 2026, avec des conséquences budgétaires et fiscales potentiellement lourdes.

Les dispositions pourtant actées par les parlementaires — qu’il s’agisse de l’Exit tax, de l’impôt sur la fortune improductive ou encore de la taxe sur les holdings patrimoniales — ne verront donc pas le jour dans l’immédiat. Seules les mesures intégrées au projet de loi de financement de la Sécurité sociale ont pu être mises en œuvre. C'est notamment le cas de la suspension de la réforme des retraites et de la hausse de la contribution sociale généralisée (CSG) sur certains placements.

Une loi spéciale pour assurer la continuité budgétaire

En l’absence de loi de finances, une loi dite spéciale a été promulguée, le 27 décembre dernier. Celle-ci vise à garantir la continuité budgétaire de l’État. Ce texte transitoire reconduit provisoirement les impôts existants ainsi que les plafonds de dépenses inscrits dans le budget 2025. En revanche, il n’autorise ni la création de nouvelles recettes fiscales ni l’ouverture de crédits supplémentaires.

L’adoption d’un texte provisoire permet d’assurer la continuité des services publics. Mais comme l’a rappelé la ministre des Comptes publics, Amélie de Montchalin, la loi spéciale « n’est pas un budget ». Elle constitue un strict minimum. « On paye les fonctionnaires, on assure la sécurité vitale du pays, on honore nos engagements financiers, et l’on suspend tout ce qui n’est pas essentiel. ».

Cette reconduction a pour objectif d’éviter une paralysie budgétaire. Selon une estimation du ministère des Comptes publics cette situation pourrait représenter un coût de 11 milliards d’euros.

Des marges de manœuvre encore étroites

Pour autant, les parlementaires disposent encore de quelques semaines pour parvenir à un compromis. Le processus budgétaire n’est pas interrompu : les débats doivent reprendre dès le mois de janvier au Parlement.

L’Assemblée nationale relancera l’examen du texte à partir du 8 janvier, avec un passage en commission les 8 et 9 janvier, avant une discussion en séance publique envisagée à compter du 13 janvier.

En attendant, l’absence de loi de finances a des conséquences immédiates. Le barème de l’impôt sur le revenu ne sera pas revalorisé, ce qui pourrait se traduire par près de 2 milliards d’euros d’impôts supplémentaires pour les ménages. Par ailleurs, la note du ministère des Comptes publics précise que, dans le cadre de la loi spéciale, les pensions de retraite resteraient indexées sur l’inflation, pour un coût estimé à 3 milliards d’euros.

Au-delà du calendrier parlementaire, l’enjeu central demeure la trajectoire des finances publiques. Le président de la République a réaffirmé la nécessité de doter le pays d’un budget respectant un objectif de déficit public fixé à 5 % du PIB.

Le gouvernement précise ses priorités fiscales

Dans l’attente d’un texte définitif, le gouvernement a dévoilé ses priorités fiscales pour les prochaines semaines à travers un communiqué officiel. Il y précise les mesures dont il soutiendrait la prorogation, bien qu’elles aient théoriquement dû s’éteindre au 1er janvier 2026.

Parmi les dispositifs concernés figurent notamment :

- la prorogation du taux majoré de 25 % de la réduction d’impôt sur le revenu pour les souscriptions en numéraire au capital des sociétés foncières solidaires et des entreprises solidaires d’utilité sociale ;

- la prolongation de l’abattement exceptionnel sur les plus-values immobilières applicable dans les zones tendues, les grandes opérations d’urbanisme et les opérations d’intérêt national ;

- le doublement du plafond de la réduction d’impôt dite « Coluche », porté de 1 000 à 2 000 euros. Ce dispositif concerne les dons aux associations d’aide aux plus démunis pouvant ouvrir droit à une réduction de 75 % ;

- le maintien du dispositif IR-PME (ex-réduction Madelin), permettant une réduction d’impôt de 18 %, voire 25 % sous conditions, prolongé au moins jusqu’au 30 septembre 2026.

Certaines de ces mesures pourraient faire l’objet d’une rétroactivité afin de garantir leur application immédiate.

Une hausse de la CSG déjà actée

Si le projet de loi de finances reste en suspens, certaines mesures issues du projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 peuvent d’ores et déjà s’appliquer. Le PLFSS 2026 a en effet été adopté par les parlementaires.

Il confirme ainsi la suspension de la réforme des retraites. Parmi les mesures phares figure également une hausse de la CSG sur certains revenus du capital. En principe, le taux applicable aux revenus du patrimoine est relevé de 9,2 % à 10,6 %, soit une augmentation de 1,4 point.

Toutefois, plusieurs catégories de revenus conservent leur taux actuel, notamment les :

- revenus fonciers ;

- plus-values immobilières ;

- produits des contrats d’assurance-vie ;

- intérêts et primes des PEL et des PEP ;

- livrets réglementés (Livret A, LDDS, LEP).

En revanche, la hausse de la CSG à 10,6 % s’applique notamment aux :

- revenus issus des plans d’épargne retraite (PER) ;

- intérêts des comptes à terme ;

- intérêts des livrets bancaires et des comptes courants rémunérés ;

- revenus des comptes-titres et des PEA ;

- revenus de la location meublée (LMNP), imposés dans la catégorie des BIC, dont les prélèvements globaux augmenteront mécaniquement.

Cette réforme impacte également le prélèvement forfaitaire unique (PFU), ou « flat tax ». La CSG constituant une composante des prélèvements sociaux, sa majoration ferait passer le taux global du PFU de 30 % à 31,4 %. Une évolution qui concernera en particulier les dirigeants de TPE et de PME percevant des dividendes.

Loi Spéciale, 26 décembre 2025

Les marchés financiers prouvent une nouvelle fois leur dépendance aux décisions des banques centrales. L'économie résiste, quant à elle, trés bien.

Le rendez-vous des marchés financiers - Décembre 2025

Marchés financiers & économie : les points clés

  • Les marchés financiers mondiaux ont battu des records avant de marquer (un peu) le pas.
  • Aux États-Unis, le plus long « shutdown » de l’histoire a pris fin, après 43 jours de blocage.
  • Le gouvernement chinois a présenté les contours du prochain plan quinquennal 2026-2030, centré sur l’indépendance technologique.
  • L’économie de la Zone Euro reprend quelques couleurs, avec une hausse de 0,2 % au 3ème trimestre.

Les grandes actualités géopolitiques et les performances sur les marchés financiers

  • De nouveaux records battus sur les marchés financiers

Entre avril et novembre 2025, les principaux indices des marchés financiers ont traversé sept mois d’un bull market historique.

Le CAC 40 a franchi un sommet en séance à 8 314 points, avant de se replier légèrement vers les 8 100 points. La frénésie des records a dépassé les frontières françaises : les places de Madrid et de Londres ont également enregistré des plus hauts historiques. Le bilan mensuel est toutefois nettement moins enthousiasmant : le CAC 40 n’affiche qu’un gain marginal de 0,02 % en novembre. L’indice allemand, le DAX, cède quant à lui 1,1 % sur la même période.

En Chine, le Shanghai Composite décroche lui aussi et recule de 1,5 %. En Inde, le Nifty 50 gagne près de 1,6 %.

Aux États-Unis, le S&P 500 s’est rapproché à moins de 90 points, soit environ 1,5 %, de son record absolu de 6 920,3 points, atteint fin octobre. Au mois de novembre, l’indice est toutefois en baisse de 0,04 %. Le Nasdaq est, lui, en hausse de 0,65 %.

Ces performances s’expliquent en grande partie par le soulagement suscité par la résolution de la crise budgétaire américaine, mais aussi par les résultats trimestriels spectaculaires de Nvidia. Le géant de l’intelligence artificielle a ainsi annoncé une hausse de 62 % de son chiffre d’affaires, avec un bénéfice en progression de 65 %, atteignant 31,9 milliards de dollars.

Marchés financiers - Evolution des principaux indices boursiers
Marchés financiers - Evolution des principaux indices boursiers
  • Les doutes planent sur les géants de l’IA

Si les records boursiers impressionnent, un examen plus attentif révèle qu’ils reposent sur une poignée de valeurs phares.

Sans Alphabet, Tesla, Apple, Amazon, Nvidia, Microsoft et Meta, l’indice S&P 500 n’aurait enregistré qu’une progression marginale. La comparaison entre le S&P 500 classique, pondéré par la capitalisation boursière des 500 sociétés qui le composent, et son homologue à pondération égale est révélatrice : le premier a gagné 13 % depuis décembre 2024, tandis que le second demeure quasiment stable.

Les grandes entreprises de l’IA dépensent sans compter. Meta, Google et Microsoft prévoient chacun plus de 100 milliards de dollars d’investissements en 2026, principalement dans les data centers et les puces électroniques. « Pour l’instant, les dépenses dépassent largement les gains », avertit Pierre-Alexis Dumont, directeur de l’investissement chez Sycomore AM.

Le risque ? Un cercle vicieux qui entretient l’illusion de prospérité : Nvidia injecte 100 milliards dans OpenAI, qui achète ses puces… financées par Microsoft. Résultat : OpenAI, valorisée 500 milliards de dollars, affiche 12 milliards de pertes annuelles.

Comme le souligne Sycomore AM, pour soutenir cette frénésie d’investissements, les hyperscalers lèvent massivement des fonds. En 2025, ils ont contracté 121 milliards de dollars de dette, soit quatre fois la moyenne de 2015 à 2024. Un chiffre qui fait réfléchir sur la pérennité de ce modèle ultra‑capitalistique.

  • Le Bitcoin en chute libre

Le bitcoin poursuit sa débâcle après son record du début octobre. Brièvement tombé sous les 80 500 dollars avant un léger rebond, il évolue désormais autour de 86 500 dollars, abandonnant plus d’un tiers de sa valeur en six semaines. Une chute fulgurante qui signe son pire mois depuis l’été 2022.

La volatilité s’est nettement ravivée, nourrie par une aversion généralisée au risque et un retrait massif des investisseurs les plus exposés. La fébrilité de Wall Street a accentué la pression : le repli des valeurs technologiques et les doutes entourant la soutenabilité des investissements en intelligence artificielle ont déclenché une vague de prises de bénéfices sur tous les actifs spéculatifs.

Les ETF bitcoin américains ont ainsi enregistré près de 900 millions de dollars de sorties en une séance, tandis que les liquidations de positions à effet de levier ont dépassé les 2 milliards. L’environnement macroéconomique n’aide guère : un rapport sur l’emploi américain plus robuste que prévu réduit la probabilité d’une baisse des taux de la Fed, étouffant l’appétit pour le risque. L’indice de sentiment CoinGlass plonge désormais en zone de « peur extrême ».

  • COP30 : un accord a minima

La COP30 de Belém, au Brésil, s’est achevée samedi 22 novembre sur un accord minimaliste, bien en deçà des attentes face à l’urgence climatique. Une issue qui illustre le fossé grandissant entre les pays producteurs de pétrole et le reste de la communauté internationale, d’autant que les États-Unis ont choisi de ne pas participer.

Faute de mieux, les Européens ont accepté un texte ne faisant qu’évoquer les énergies fossiles, pourtant au cœur du dérèglement climatique, sans calendrier ni obligations concrètes.

Quelques avancées émergent néanmoins : un financement accru pour l’adaptation, des discussions inédites sur le commerce mondial dans la transition verte et l’adoption d’un Mécanisme de transition juste, destiné à partager connaissances et compétences afin d’éviter que les mutations énergétiques ne creusent les inégalités.

Mais les progrès majeurs semblent désormais se jouer en marge des processus onusiens. La Colombie et les Pays-Bas organiseront ainsi, les 28 et 29 avril 2026, un sommet historique consacré à la sortie des combustibles fossiles.

Parallèlement, le pacte de Belém, soutenu par le Japon, l’Inde ou le Brésil, engage ses signataires à quadrupler la production et l’usage de carburants durables d’ici 2035. Enfin, Brasilia a lancé un vaste fonds mondial pour les forêts, déjà doté de 6 milliards de dollars, tandis que l’Union européenne annonce de nouveaux financements pour le bassin du Congo.

Confiance en berne et pari sur l’IA : le double visage de l’économie américaine

Le shutdown le plus long de l’histoire américaine a enfin pris fin, permettant la reprise progressive des publications de données macroéconomiques. Les premiers chiffres révèlent une nette érosion de la confiance des ménages, alimentant les inquiétudes sur la consommation. Une pression qui pourrait pousser la Réserve fédérale à envisager une nouvelle baisse de ses taux d’intérêt.

  • Un accord budgétaire met fin au plus long « shutdown » de l’histoire américaine

Après 43 jours de paralysie, le plus long « shutdown » de l’histoire américaine a pris fin. La Chambre des représentants a adopté l’accord budgétaire, après le Sénat, grâce au ralliement de plusieurs élus démocrates, mettant ainsi un terme à l’impasse qui paralysait le gouvernement fédéral.

Cette loi prolonge toutefois le budget de manière temporaire, jusqu’au 30 janvier 2026.

Parmi les concessions accordées à l’opposition, le texte prévoit la réintégration des fonctionnaires licenciés depuis le 1er octobre et le maintien des financements pour le programme d’aide alimentaire.

Pour Marina Garlatti, gérante de portefeuille chez Tailor Asset Management : « Les Républicains ont consenti certaines concessions, notamment sur le maintien des aides à l’assurance santé, le paiement des salaires non versés et la suspension des licenciements de fonctionnaires jusqu’à fin janvier. Cela reste très éloigné des demandes initiales des démocrates, mais au moins, cela permet de débloquer la situation. »

  • La confiance s’érode

Depuis la suspension des publications économiques provoquée par le shutdown, les indicateurs récemment dévoilés dressent un tableau préoccupant de la conjoncture américaine. La confiance des ménages s’effrite nettement, entraînant un ajustement sensible de leurs dépenses.

L’indice de confiance du Conference Board recule ainsi de 6,8 points en un mois pour s’établir à 88,7, un niveau bien inférieur aux anticipations des économistes. Les ménages américains semblent particulièrement éprouvés par la persistance des tensions inflationnistes.

« Ce rapport révèle que la consommation des ménages manquait déjà de dynamisme avant même le shutdown, lequel n’a pu que la pénaliser davantage. C’est un argument supplémentaire en faveur d’une baisse des taux directeurs par la Fed en décembre. Les consommateurs se montrent nettement plus pessimistes quant à la situation économique à six mois, exprimant des craintes concernant le marché du travail et leur pouvoir d'achat », analyse Dana Peterson, cheffe économiste du Conference Board.

  • Le chômage repart à la hausse

Les données relatives au marché du travail offrent un tableau contrasté. En septembre, 119 000 emplois ont été créés, un chiffre largement supérieur aux attentes (52 000). Parallèlement, le taux de chômage a progressé, mais l’absence de données pour octobre — conséquence directe de la paralysie administrative — limite la visibilité sur la tendance réelle de l’économie.

Le taux de chômage s’élève désormais à 4,4 %, soit une hausse de 0,1 point sur un mois et de 0,3 point sur un an. Il atteint ainsi son plus haut niveau depuis quatre ans.

Selon Chris Williamson, économiste en chef chez S&P Global Market Intelligence, « bien que la création d’emplois se soit poursuivie en novembre, le rythme des embauches reste freiné par les inquiétudes liées aux coûts, eux-mêmes alourdis par les droits de douane. Les coûts des intrants comme les prix de vente ont progressé à un rythme plus soutenu, ce qui alimente les préoccupations des partisans d’une politique monétaire restrictive ».

Jeff Schulze abonde en ce sens : « Le marché du travail semble avoir amorcé une stabilisation à l’approche de l’automne, ce qui tend à conforter les membres de la Fed favorables à une position hawkish, qui plaident pour attendre davantage de données avant d’envisager de nouvelles baisses de taux. »

Si les annonces de suppressions de postes se multiplient, les licenciements effectifs demeurent relativement contenus. Les nouvelles demandes d’allocations chômage ont même reculé, se rapprochant de leurs plus bas récents.

En l’absence de rapport officiel sur l’emploi, l’enquête ADP d’octobre fait état de 42 000 créations de postes (contre une destruction de 29 000 en septembre et 30 000 attendus). À l’inverse, l’indice Challenger signale une envolée de 175 % des annonces de licenciements sur un an, révélant un marché du travail en perte de vitesse malgré une résilience encore perceptible.

  • Une croissance américaine portée quasi exclusivement par l’intelligence artificielle

Selon une note récente d’UBS, la croissance de l’économie américaine repose sur des bases de plus en plus fragiles. Les analystes Jonathan Pingle et Alan Detmeister soulignent que l’expansion actuelle est « inhabituellement étroite », alimentée presque exclusivement par l’essor de l’intelligence artificielle et la flambée des marchés financiers qu’elle engendre.

« Les perspectives américaines ressemblent à un pari massif sur l’IA », résument les stratégistes. Cette richesse concentrée dans la sphère technologique soutient principalement la consommation des ménages aisés, tandis que les foyers à revenus moyens et modestes subissent une pression croissante. « En dehors des secteurs technologiques — logiciels, semi-conducteurs, équipements informatiques — une part significative de l’économie se trouve déjà en récession », avertissent-ils.

Les économistes d’UBS mettent également en garde contre l’impact des droits de douane massifs qui pourraient réduire le PIB réel de 0,8 point, dont plus de la moitié dès 2026, tout en alimentant l’inflation. À l’inverse, le plan budgétaire « One Big Beautiful Bill Act » pourrait fournir un soutien temporaire à la croissance, à hauteur de 0,45 point de PIB.

  • Vers une croissance annualisée de 2,5 % au dernier trimestre ?

Pourtant, des données récentes montrent un certain dynamisme. Les indicateurs PMI flash pour novembre suggèrent une croissance annualisée d’environ 2,5 % pour le quatrième trimestre. Cependant, les ventes au détail restent décevantes : elles se contractent pour la cinquième fois de l’année et affichent +0,2 % en septembre, contre +0,4 % attendu par le consensus.

Du côté des indices PMI, le composite, qui couvre les secteurs manufacturiers et des services, s’élève à 54,8, contre 54,6 en octobre, tandis que l’ISM manufacturier recule de 0,4 point en octobre, alors que l’ISM des services progresse de 2,4 points.

Ces chiffres traduisent une économie encore résiliente mais dont la croissance semble reposer sur un noyau étroit et concentré.

  • La Fed entre prudence et pressions économiques

La combinaison de politiques fiscales expansionnistes et de barrières commerciales place la Réserve fédérale américaine dans une position délicate, tiraillée entre le soutien à l’emploi et la lutte contre l’inflation.

La réaccélération de l’indice des prix à la production (PPI) en septembre ne contribue pas à apaiser les inquiétudes des décideurs : l’indice a progressé de 0,3 % sur le mois, soit une hausse annuelle de 2,7 %.

À cela s’ajoute un déficit fédéral encore très élevé, estimé à 5,9 % du PIB pour 2025, contre 6,3 % en 2024, accentuant la complexité de la tâche de la Fed.

Dans ce contexte, les responsables de la Réserve fédérale adoptent une posture prudente. Beth Hammack, de la Fed de Cleveland, a rappelé que l’inflation « durablement élevée » limitait toute marge de manœuvre. Alberto Musalem, votant cette année, a également souligné la nécessité de « prudence » avant toute décision sur les taux.

Malgré cette prudence, les analystes continuent de spéculer sur de nouvelles baisses de taux. Une posture renforcée par la baisse de l'indice ISM manufacturier à 48,2 en novembre, contre 48,7 en octobre.

UBS anticipe encore trois réductions d’ici la fin 2026, tout en soulignant l’extrême incertitude qui plane sur la trajectoire monétaire. Selon l’outil CME FedWatch, la probabilité d’une baisse de 25 points de base en décembre atteint désormais 87 %. Le verdict sur les décisions de la Fed ne devrait donc plus tarder.

Zone euro : les signaux d’un redressement économique se multiplient

Après plusieurs trimestres d’hésitation, l’économie de la zone euro semble enfin sortir de l’ornière. Les indicateurs publiés ces dernières semaines ont, dans l’ensemble, surpris par leur résilience, dépassant les attentes du consensus. Les performances de la France et de l’Espagne, en particulier, sont venues soutenir un redressement plus marqué qu’anticipé.

  • Une activité qui reprend de la vigueur

Au troisième trimestre, le PIB de la zone euro a progressé de 0,2 % en rythme trimestriel et de 1,4 % sur un an. Un rebond modeste, mais tiré par deux moteurs inattendus : la France, avec une croissance solide de 0,5 %, et l’Espagne, qui confirme son dynamisme (+0,6 %).

Les données conjoncturelles publiées pour la fin du troisième trimestre renforcent cette impression de reprise. La production industrielle a légèrement progressé en septembre (+0,2 %), tandis que les immatriculations automobiles témoignent d’un renforcement de la demande.

Selon l’enquête trimestrielle de la Commission européenne, le taux d’utilisation des capacités de production s’est hissé à 78,2 %, un plus haut depuis 18 mois. Les carnets de commandes atteignent eux aussi un sommet inégalé depuis trois ans et demi, signe d’un environnement industriel moins contraint.

Côté climat des affaires, l’indice de confiance des consommateurs progresse pour le deuxième mois consécutif, à -14,2 points, lorsque les indicateurs PMI indiquent une accélération de la production pour un cinquième mois d’affilée en octobre. Le PMI composite de novembre (52,4) confirme une expansion modérée mais désormais bien ancrée.

  • Le commerce extérieur en soutien

Le commerce extérieur a également apporté une contribution positive au redressement. En septembre 2025, la zone euro a enregistré un excédent commercial de 19,4 milliards d'euros, un niveau nettement supérieur aux 12,9 milliards enregistrés un an plus tôt. Les exportations ont progressé de 7,7 % sur un an, portées notamment par un bond du secteur des produits chimiques, dont l’excédent s’est nettement élargi.

Seule ombre au tableau : l’activité dans la construction, qui s’est contractée de 0,5 % en septembre par rapport à août, rappelant que la reprise reste encore inégale selon les secteurs.

  • Politique monétaire : un statu quo assumé

Sur le front des prix, les signaux sont également rassurants. Les prix à la production avaient reculé de 0,1 % en rythme mensuel, tandis que l’inflation annuelle était revenue à 2,1 % en octobre, contre 2,2 % en septembre. Un niveau très proche de la cible de la Banque centrale européenne. Mais pour le mois de novembre, l’inflation annuelle a cependant grimpé de 2,2 % en novembre.

Dans ce contexte, la BCE devrait maintenir son taux directeur à 2 % lors de sa réunion de décembre. Les minutes récentes témoignent d’une institution confiante dans le calibrage actuel de sa politique : le niveau des taux est jugé suffisamment restrictif pour absorber de futurs chocs, et seul un écart marqué et durable par rapport à la trajectoire d’inflation pourrait justifier un ajustement monétaire

Chine : la croissance s’essouffle

La Chine a annoncé un nouveau ralentissement de son activité au troisième trimestre, avec une croissance limitée à +4,8 % sur un an, son plus faible niveau depuis douze mois. Un résultat qui confirme l'essoufflement persistant de la deuxième économie mondiale, malgré l’accalmie sur le front commercial avec les États-Unis.

  • Une économie en perte de vitesse

Longtemps portée par ses performances à l’export, l’économie chinoise voit aujourd’hui le modèle vaciller. Les ventes à l’étranger, stimulées depuis des années par des coûts salariaux manufacturiers nettement inférieurs à ceux de l’Europe — près de 70 % de moins — ont subi en octobre une contraction inattendue : – 1,1 %, contre une hausse de + 3,5 % anticipée.

Les indicateurs conjoncturels confirment la morosité industrielle. L’indice des directeurs d’achat (PMI) remonte timidement de 49 à 49,2 points, mais reste sous le seuil critique des 50, synonyme de contraction. La production industrielle, quant à elle, n’a progressé que de 4,9 % sur un an, en retrait par rapport aux 5,5 % attendus par les analystes de Bloomberg.

La consommation intérieure, pourtant considérée comme un pilier de substitution aux exportations, peine, elle aussi, à prendre le relais. Les ventes au détail n’ont augmenté que de 2,9 % en octobre, un léger fléchissement après +3 % en septembre, enregistrant un cinquième mois consécutif de ralentissement. Le secteur immobilier continue d’amplifier cette fragilité : les prix du neuf reculent dans 61 des 70 grandes villes, signe que la crise immobilière continue d'éroder la richesse des ménages et leur confiance.

Les investissements en capital fixe accusent également un repli. Entre janvier et octobre, ils ont diminué de 1,7 % par rapport à l'année précédente. Selon Zhiwei Zhang, économiste chez Pinpoint Asset Management, ce recul illustre « la faiblesse persistante du secteur immobilier et l'insuffisant dynamisme des infrastructures », deux piliers historiquement stratégiques pour Pékin.

  • Un nouveau plan quinquennal axé sur l’autonomie technologique

Réunis à Pékin du 20 au 23 octobre, les dirigeants du Parti communiste chinois ont esquissé les contours du prochain plan quinquennal 2026-2030.

Au cœur de cette nouvelle stratégie : l’autosuffisance technologique. Alors que la Chine fait face aux restrictions américaines sur les semi-conducteurs et les technologies sensibles, Pékin veut réduire drastiquement sa dépendance envers les fournisseurs étrangers. Le pays entend ainsi accélérer le rattrapage dans les microprocesseurs de nouvelle génération, un domaine clé pour les industries militaires, aérospatiales et numériques.

Le gouvernement prévoit une modernisation massive des usines traditionnelles, une généralisation de l’automatisation et une transition écologique de l’industrie lourde. Des investissements colossaux devraient être injectés dans les entreprises nationales, notamment celles spécialisées dans les semi-conducteurs, les machines-outils de haute précision, la biotechnologie et l’informatique quantique.

En parallèle, Pékin promet de « stimuler vigoureusement la consommation » et de renforcer son marché intérieur, avec des investissements accrus dans l’éducation, la santé et la protection sociale.

Reste à savoir si ces ambitions permettront au pays de restaurer une croissance plus robuste.

Les convictions de Scala Patrimoine sur les marchés financiers

Le mois de novembre a signé le retour d’une volatilité marquée sur les marchés actions. Les grandes places ont, dans l’ensemble, oscillé autour de l’équilibre, tandis que les marchés émergents ont été davantage chahutés, pénalisés par des prises de bénéfices concentrées sur les actifs chinois.

  • Marchés actions : retour du “risk off”

Dans cette atmosphère de prudence, les métaux précieux ont poursuivi leur ascension – l’or et l’argent en tête – alors qu’à l’inverse, le bitcoin a brutalement corrigé après avoir glissé sous le seuil symbolique des 100 000 $, illustrant la puissance des rotations intra-classes d’actifs.

- Un horizon économique brouillé

Les secteurs défensifs, tels que la santé ou la consommation de base, ont retrouvé les faveurs des investisseurs après plusieurs mois dominés par la surperformance des valeurs de croissance. Ce regain d’intérêt traduit un climat d’incertitude alimenté par un déficit de visibilité macroéconomique.

Malgré l’accord budgétaire américain et la reprise du fonctionnement administratif, les marchés sont restés en suspens, tributaires de la publication d’indicateurs majeurs – inflation, emploi, activité – dont la diffusion a été perturbée.

Cette opacité est d’autant plus paradoxale qu’elle survient dans un trimestre où 81 % des entreprises du S&P 500 ont dépassé les attentes, y compris dans la tech, pourtant secouée par de fortes prises de profits. Les craintes de survalorisation et les interrogations autour d’une éventuelle « bulle IA » ont alimenté la correction, avant que les anticipations d’une baisse des taux en décembre n’amorcent un rebond technique.

L’enjeu central de décembre sera, sans surprise, la décision de la Réserve fédérale. L’institution devra trancher sur la base de données incomplètes, faute de statistiques gouvernementales actualisées. Les investisseurs suivront de près toute indication concernant la poursuite du cycle de baisse des taux.

Certains vents contraires demeurent : une inflation toujours supérieure à l’objectif (3 % en septembre), un marché de l’emploi plus solide que prévu, ainsi que des divergences croissantes au sein du FOMC quant au rythme de l’assouplissement monétaire. Ce cocktail crée un terrain fertile pour une volatilité de fin d’année, où chaque publication d’inflation ou d’emploi est susceptible de réorienter profondément les anticipations.

- Marchés américains : un attrait intact

Après un mois de novembre marqué par une pause technique, nous maintenons une vision constructive sur les actions. Si la Fed confirme l’amorce d’un cycle de baisse des taux, les marchés américains devraient rester bien orientés.

À l’approche des élections de mi-mandat, l’exécutif aura tout intérêt à préserver un climat de confiance économique, soutenant ainsi la consommation – moteur principal du PIB. Par ailleurs, la forte exposition de la base électorale de Donald Trump aux marchés actions pourrait inciter à maintenir un environnement boursier porteur.

La décision prochaine de la Cour suprême concernant la légalité des droits de douane instaurés durant son mandat pourrait provoquer des soubresauts, mais son impact économique devrait rester limité.

Aux États-Unis, le secteur technologique demeure une source structurelle de croissance, en dépit de sa volatilité récente. Les « Magnificent 7 » affichent des prévisions de croissance bénéficiaire de 22 % en 2026, nettement supérieures à celles du reste du marché américain (11 %) ou européen (12 %).

Toutefois, l’extrême concentration des performances et la sensibilité du secteur aux annonces de la Fed renforcent la nécessité de diversifier vers des segments plus défensifs (santé, utilities) ou vers des secteurs endettés qui profiteront directement de la détente monétaire. Les minières, dont les performances exceptionnelles cette année traduisent une réévaluation après une décennie de sous-performance, bénéficient également d’une demande structurellement robuste en métaux stratégiques.

- Europe : une croissance moins élevée qu’aux États-Unis

Le Vieux Continent reste traversé par des incertitudes budgétaires (France, Royaume-Uni) et par une Allemagne dont le stimulus peine encore à se refléter dans les chiffres d’activité. Les valorisations y demeurent attractives relativement aux États-Unis, et la région se montre moins vulnérable aux corrections des mégacaps technologiques.

Néanmoins, la dynamique économique reste en retrait par rapport à celle outre-Atlantique.

Une nouvelle baisse de taux de la BCE pourrait apporter un soutien supplémentaire, mais le marché semble privilégier pour l’instant un statu quo. Dans ce contexte, notre préférence se porte sur des secteurs résilients aux perspectives bénéficiaires solides : finance, défense et santé.

- Marchés Financiers Émergents : un terrain toujours porteur ?

Après une consolidation bienvenue en novembre, suite à une année 2025 particulièrement faste, nous conservons un biais positif sur les marchés émergents. Ceux-ci devraient profiter :

- du cycle de baisse des taux américains,

- d’un dollar orienté à la baisse,

- des mesures de soutien attendues dans le cadre du 15ᵉ plan quinquennal chinois.

Comme le mois dernier, nous préconisons une allocation diversifiée sur :

- les marchés chinois, toujours volatiles, qui demeurent un pivot stratégique ;

- l’Inde qui poursuit son momentum structurel ;

- la Corée du Sud, Taïwan et le Vietnam qui offrent des opportunités portées par l’essor de l’IA et l’intensification des échanges intra-asiatiques.

  • Les marchés obligataires : un positionnement stratégique

Les marchés souverains ont évolué dans un climat d’incertitude, nourri par l’absence de données macroéconomiques américaines et par les interrogations persistantes quant à la trajectoire future de la Réserve fédérale.

- Des performances contrastées sur les marchés obligataires

Malgré un marché du travail américain à double visage – hausse du chômage et des demandes d’allocations, mais créations d’emplois toujours robustes – les anticipations de baisse des taux en décembre ont provoqué un repli des rendements. Dans ce contexte, les Treasuries ont signé la meilleure performance du mois (+0,6 %).

À l’inverse, les obligations d’État japonaises ont reculé (-1,3 %), pénalisées par la remontée des rendements et par des doutes croissants quant à la soutenabilité d’un couple budgétaire et monétaire particulièrement accommodant, dans un environnement de yen faible et d’inflation élevée.

Au Royaume-Uni, les Gilts sont demeurés quasi inchangés (+0,1 %), l’annonce d’un budget finalement peu modifié n’offrant qu’un répit limité.

En zone euro, les Bunds ont sous-performé, affectés par un endettement net supérieur aux attentes, tandis que les obligations indexées ont enregistré une progression modeste (+0,2 %), dans un environnement de duration toujours défavorable hors États-Unis.

- La compression généralisée des spreads

Nous demeurons globalement positifs sur le marché obligataire, dans un contexte où les anticipations de croissance pour 2025 restent orientées à la hausse, tant aux États-Unis qu’en Europe.

Cette résilience apparente, conjuguée à un fort appétit des investisseurs pour l’obligataire – en témoignent des taux de couverture historiquement élevés –, a favorisé une compression des spreads sur l’ensemble des segments : Investment Grade, subordonnés, crédit américain, dettes périphériques européennes.

Les niveaux actuels, souvent proches de planchers historiques, envoient toutefois un signal ambivalent : ils témoignent certes d’une confiance renforcée dans la solidité des émetteurs, mais laissent également entrevoir un risque d'élargissement, notamment en cas de surprise sur la trajectoire des taux ou de fragilisation de la croissance.

Le portage, moteur essentiel de performance

Dans ce contexte, le portage demeure la principale source de performance, les rendements encore élevés constituant un véritable coussin face aux phases de volatilité.

Notre conviction reste solidement ancrée en faveur du crédit Investment Grade européen, soutenu par :

- des fondamentaux exceptionnellement robustes, avec un taux de défaut proche de ses plus bas historiques (≈0,15 %),

- une demande soutenue, comme en attestent les adjudications récentes et les émissions primaires sursouscrites,

- des niveaux de rendement attractifs sur les marchés.

Les stratégies de type buy & hold se révèlent particulièrement pertinentes, le portage constituant le cœur de la performance attendue et la visibilité sur les cash-flows des entreprises européennes restant élevée.

- États-Unis : vers une nouvelle détente monétaire ?

Sur les marchés américains, le crédit apparaît également bien orienté, porté par la perspective d’une nouvelle baisse des taux directeurs et d’un cycle potentiellement prolongé en 2026. La réduction attendue des coûts de financement soutiendrait directement les entreprises les plus capitalistiques ou les plus émettrices – notamment dans la technologie.

Toutefois, pour un investisseur européen, l’intérêt du crédit américain est fortement amoindri : le risque de baisse du dollar domine, et le coût de couverture efface en grande partie l’avantage de rendement.

Cette divergence nous conduit à maintenir une exposition limitée, privilégiant des positions tactiques plutôt que stratégiques.

- Gilts britanniques : une combinaison favorable

S’agissant des dettes souveraines, nous privilégions les Gilts britanniques, dont les rendements élevés s’accompagnent d’une trajectoire budgétaire 2026 orientée vers une consolidation crédible des comptes publics.

Cette combinaison – primes de rendement attractives et rigueur fiscale accrue – offre un profil plus séduisant que celui des États-Unis ou de l’Allemagne, où les besoins massifs de financement risquent de maintenir une pression haussière sur les rendements longs.

Dans ce cadre, nous conservons une duration courte, la partie longue de la courbe étant particulièrement vulnérable à une remontée des anticipations d’inflation ou à une réévaluation des risques budgétaires.

Nous continuons également d’apprécier les obligations financières subordonnées européennes : un segment robuste, soutenu par un cadre réglementaire strict, des niveaux de capitalisation élevés et une demande solide de la part des investisseurs institutionnels en quête de rendement. Malgré le resserrement des spreads par rapport au crédit corporate, ce segment offre toujours un rendement supérieur sans dégradation notable du profil de risque.

- High Yield : une approche sélective et prudente

Sur le segment du High Yield, notre posture demeure très prudente. La forte compression récente des spreads, conjuguée à des valorisations déjà exigeantes, impose une sélectivité accrue. Nous privilégions les maturités courtes et les signatures les plus solides.

L’année 2026 devrait être marquée par une hausse significative des besoins de refinancement, notamment chez les entreprises technologiques américaines susceptibles de solliciter plus fréquemment le marché européen. Cette dynamique pourrait créer des opportunités de rendement additionnel, à condition que la demande demeure soutenue.

- Taux longs : un risque de duration accru

Nous adoptons par ailleurs une prudence renforcée sur les taux longs.

Les besoins de financement massifs en Europe comme aux États-Unis pourraient exercer une pression haussière durable sur les rendements des maturités longues.

À cela s’ajoute un risque de remontée des anticipations d’inflation, particulièrement pénalisant pour cette partie de la courbe.

Les taux courts européens nous paraissent ainsi une alternative pertinente aux placements monétaires, compte tenu de la meilleure visibilité offerte par la politique de taux de la BCE.

Enfin, pour les investisseurs en euros, nous considérons qu’il est peu opportun de s’exposer au risque de change sur les obligations libellées en dollars : les moteurs de la parité EUR/USD demeurent défavorables au billet vert et le coût de couverture excède largement le surplus de rendement offert par le marché américain.

  • Les marchés financiers alternatifs : une préférence pour le long/short

Sur le segment des stratégies alternatives, nous maintenons une allocation globalement prudente, en conservant une exposition négative à l’ensemble de ces actifs.

Néanmoins, nous exprimons une nette préférence pour les stratégies actions Long/Short, particulièrement pertinentes pour couvrir partiellement une allocation longue sur actions.

Dans un contexte marqué par de fortes dispersions, ces stratégies exploitent à la fois la sous-évaluation (positions longues) et la surévaluation (positions courtes) des titres. Le Long/Short offre ainsi une double vertu : protection contre le risque directionnel et potentiel de surperformance même en période d’incertitude.

Sa flexibilité permet de saisir des opportunités dans toutes les conjonctures, tout en assurant une décorrélation précieuse par rapport aux indices boursiers traditionnels, offrant ainsi aux portefeuilles un instrument d’optimisation et de résilience.

  • L’or : un actif résilient face aux incertitudes des marchés

Le bond spectaculaire de l’or en septembre, avec l’once frôlant les 3 900 $, illustre une fois de plus la résilience du métal jaune. Malgré des performances déjà historiques cette année, nous maintenons une opinion positive sur ce placement stratégique.

Plusieurs facteurs structurels continuent de soutenir l’or : la baisse des taux réels consécutive à l’assouplissement des taux directeurs, la faiblesse persistante du dollar américain, l’escalade des tensions géopolitiques, ainsi qu’un recul de confiance parmi les acteurs économiques. À cela s’ajoute une demande soutenue, tant institutionnelle que privée, provenant notamment des banques centrales et des ménages, particulièrement en Asie et dans les économies émergentes.

  • Les produits structurés : flexibilité et personnalisation au service du rendement

Nous maintenons une conviction solide en faveur des produits structurés. Bien plus qu’un simple instrument d’exposition, ils constituent une solution sophistiquée de personnalisation, permettant d’ajuster avec précision l’accès aux marchés ainsi que le couple rendement-risque selon les objectifs de l’investisseur.

Ces instruments se révèlent particulièrement pertinents pour ceux qui souhaitent s’exposer à des marchés ou secteurs offrant un fort potentiel de croissance à moyen terme, tout en bénéficiant de mécanismes de protection contre les risques de correction. Cette caractéristique prend d’autant plus de valeur dans des périodes de valorisation élevée des marchés.

La diversification reste essentielle, tant au niveau des sous-jacents que des structures employées. Grâce à leur flexibilité, les produits structurés offrent aux investisseurs un levier pour optimiser leur portefeuille dans l’environnement actuel, tout en s’adaptant aux besoins de distribution. Ils constituent ainsi un pilier clé dans toute stratégie de rente personnalisée, conciliant performance et gestion des risques.

  • Private Equity : une classe d’actifs incontournable

L’intérêt des investisseurs institutionnels pour les actifs non cotés continue de croître, malgré un contexte économique marqué par des incertitudes. Cette dynamique, soutenue par la baisse progressive des taux d’intérêt en 2025, oriente également les flux vers des fonds plus accessibles au grand public.

- Des incertitudes perceptibles

Le marché reste prudent, influencé par les incertitudes politiques et économiques. Néanmoins, nous restons confiants quant au potentiel du private equity.

Les stratégies secondaires se révèlent particulièrement attractives grâce à leurs perspectives de valorisation prometteuses. Les fonds de co-investissement demeurent au cœur de nos priorités, combinant optimisation des rendements et maîtrise des coûts.

Parallèlement, les stratégies de dette privée – mezzanine ou growth buyout – gagnent en popularité pour accompagner les entreprises en pleine croissance. Le capital-risque, notamment dans les secteurs technologiques et liés à la transition énergétique, retrouve également un fort attrait, offrant des opportunités séduisantes pour les startups innovantes.

- Une allocation diversifiée et réfléchie

Pour exploiter pleinement le potentiel des investissements non cotés tout en limitant les risques, nous recommandons une approche diversifiée et de long terme, comprenant :

- Les stratégies secondaires, pour leur stabilité et la robustesse de leurs rendements ;

- L’exposition au capital-risque, visant des opportunités à haut potentiel dans les secteurs innovants ;

- Les LBO (Leveraged Buyout), permettant de tirer parti de l’effet de levier ;

- Le growth equity, pour bénéficier de la croissance d’entreprises matures et prometteuses ;

- La dette mezzanine, avec ses taux attractifs, comme outil clé de diversification.

Face à un environnement économique en constante évolution, cette allocation vise à conjuguer performance et gestion proactive des risques. Nous restons attentifs à l’évolution du marché, tout en capitalisant sur les opportunités offertes, notamment dans des secteurs stratégiques tels que la santé et la transition énergétique.

Nos équipes sont à votre disposition pour échanger sur vos projets d’investissement et évaluer, avec vous, leur intérêt, au regard de l’environnement économique et financier, de la structuration de votre patrimoine et de vos objectifs de vie.


Les Echos

Scala Patrimoine éclaire les Échos sur les frais des produits structurés

L’essor spectaculaire des produits structurés ne se dément pas. Leurs encours ont plus que doublé entre 2021 et 2024, pour atteindre 146 milliards d’euros. Une progression fulgurante qui masque toutefois une réalité moins reluisante : l’opacité persistante de leur tarification. Réputés pour être fortement chargés en frais, ces placements sophistiqués souffrent d’un manque de transparence que déplore une partie de la profession.

Laurence Boccara, journaliste aux Échos, a enquêté sur le sujet et a interrogé notamment Guillaume Lucchini, associé fondateur du multi-family office Scala Patrimoine.

Une tarification souvent opaque pour les produits structurés

Les frais représentent un enjeu majeur. « Les produits structurés sont tous chargés en frais. Non seulement cette tarification est multiple, mais elle demeure en grande partie opaque », avertit d’emblée Guillaume Lucchini.

La structure de coûts s’avère en effet complexe. À ceux du structureur s’ajoutent les ponctions de la banque émettrice, puis bien souvent celles de l’intermédiaire financier – conseillers en gestion de patrimoine ou établissements bancaires. Au total, ces charges successives peuvent atteindre entre 0,5 % et 1 % par an.

Contrairement aux frais clairement affichés d’un OPCVM traditionnel ou d’un ETF, les coûts liés aux produits structurés restent rarement mis en avant. «L’épargnant ne mesure pas réellement ce qu’il paie, ni ce qui vient amputer in fine le coupon. Ce sont des produits très rémunérateurs pour certains intermédiaires», souligne Guillaume Lucchini.

Le fondateur de Scala Patrimoine nuance toutefois son propos : « Dans certains contextes bien définis, ces produits peuvent être pertinents. Mais leur structure de frais est parfois illisible. Certains acteurs n’hésitent pas à en gonfler le niveau. C’est pourquoi nous privilégions une approche directe avec les salles de marché. Ainsi qu’une facturation fondée uniquement sur des honoraires explicites et transparents. »

Des outils financiers qui répondent à de véritables besoins

Malgré ces zones d’ombre, les produits structurés n’en demeurent pas moins des instruments patrimoniaux intéressants lorsque leurs frais sont clairs, transparents et raisonnables. Romane Azzopardi, responsable des investissements chez Scala Patrimoine, réaffirme d’ailleurs la conviction de la maison : « Nous conservons une vision très positive des produits structurés. Bien plus qu’un simple outil d’exposition, ils constituent une solution sophistiquée de personnalisation, permettant d’ajuster précisément l’accès aux marchés et le couple rendement-risque selon les objectifs de l’investisseur. »

Ces solutions bénéficient tout particulièrement aux épargnants souhaitant capter le potentiel de croissance de certains marchés ou secteurs à moyen terme, tout en intégrant des mécanismes de protection face aux risques de correction. « Cette approche se révèle d’autant plus stratégique dans des périodes où les valorisations sont élevées », ajoute Romane Azzopardi.

La diversification demeure un principe central – tant en ce qui concerne les sous-jacents que les structures utilisées. Grâce à leur souplesse, les produits structurés offrent un levier d’optimisation de la performance dans l’environnement actuel, tout en répondant à des besoins spécifiques en matière de distribution.

Ils constituent ainsi un pilier pertinent dans toute stratégie de rente personnalisée, combinant rendement, protection et adaptabilité. À condition que leurs performances ne soient pas englouties par des frais excessifs !


Le Figaro

« L’épargne française prend la fuite » : Guillaume Lucchini tire la sonnette d’alarme pour Le Figaro

Face à l’incertitude politique et fiscale, de nombreux foyers fortunés et entrepreneurs cherchent à protéger leur patrimoine. Guillaume Lucchini, associé fondateur de Scala Patrimoine, a accordé un entretien au journaliste Jean Kedroff pour Le Figaro sur le sujet. Il y analyse la montée d’une inquiétude diffuse mais profonde chez les épargnants français, nourrie par cette instabilité croissante.

L’année 2024 a marqué une rupture nette dans l’esprit des grandes fortunes. Instabilité politique, incertitudes fiscales : la combinaison inquiète et pousse à la prudence. Un réflexe s’installe : protéger son épargne, organiser son avenir, et parfois même envisager l’exil. Mais avant toute décision d’exil fiscal, un exil financier est déjà à l’œuvre. Le Luxembourg, avec son célèbre contrat d’assurance-vie, et la Suisse s’imposent comme destinations privilégiées.

Une nouvelle génération passe à l’action

Les nouvelles générations bousculent les codes de la gestion patrimoniale. Mieux informés que leurs aînés, scrutant marchés et opportunités, et n’hésitant pas à se former en continu, ils prennent des décisions plus rapides et audacieuses. Face aux incertitudes juridiques et fiscales, un nombre croissant de jeunes actifs envisagent désormais de transférer leurs avoirs à l’étranger.

Guillaume Lucchini le confirme dans les colonnes du Figaro. « Nous sommes désormais sollicités par des particuliers qui ont hérité d’un appartement et disposent de 800 000 à 1 million d’euros d’épargne. Jusqu’à présent, c’était inhabituel pour nous. »

Longtemps centrée sur les grands chefs d’entreprise, héritiers ou sportifs de haut niveau, la clientèle de Scala Patrimoine s’élargit désormais aux jeunes cadres et entrepreneurs, souvent mieux formés financièrement que leurs aînés. « Nous voyons arriver des trentenaires, cadres supérieurs ou jeunes entrepreneurs, qui s’informent beaucoup sur Internet et s’interrogent sur l’avenir politique et économique du pays », précise le gestionnaire de fortune.

« Une très mauvaise nouvelle pour le tissu productif français »

L’économie française sous tension

Les discussions autour du projet de loi de finances pour 2026 cristallisent les inquiétudes des entrepreneurs. Entre les incertitudes entourant le pacte Dutreil, la nouvelle taxe sur les « holdings patrimoniales » et l’impôt sur la fortune improductive, nombre d’entre eux révisent leur stratégie d’investissement.

« Pas un jour ne passe sans qu’un entrepreneur ne me contacte pour restructurer son patrimoine », confie Guillaume Lucchini pour le Figaro. Le schéma est souvent identique : des entrepreneurs âgés de 40 à 50 ans, possédant entre 5 et 20 millions d’euros en actions, choisissent de « cash out », c’est-à-dire de revendre leurs parts, pour sécuriser leurs capitaux en Suisse ou ailleurs. « C’est autant de fonds perdus pour le tissu productif français », déplore le gestionnaire parisien.

Selon lui, la menace pesant sur l’avenir du pacte Dutreil – dispositif fiscal exonérant la transmission des entreprises familiales – ainsi que la future taxe sur les « holdings patrimoniales » prévue dans le projet de budget 2026, poussent de nombreux entrepreneurs à « récupérer leur chèque » plutôt qu’à poursuivre l’aventure familiale dans un pays où l’instabilité fiscale rend toute projection à long terme incertaine.


Guillaume Lucchini, associé fondateur du multi family office de Scala Patrimoine

Guillaume Lucchini évoque dans L’essentiel un « exil financier » des épargnants français vers le Luxembourg

Alors que le climat politique et fiscal français continue de susciter interrogations et inquiétudes, le Luxembourg s’impose plus que jamais comme un havre de stabilité pour les investisseurs hexagonaux.

Dans un entretien accordé au journaliste du média luxembourgeois L’essentiel, Thomas Holzer, Guillaume Lucchini, fondateur de Scala Patrimoine, dresse ainsi le constat d’un mouvement croissant d’épargnants vers la place financière du Grand-Duché.

Un phénomène croissant depuis la dissolution de 2024

Depuis la dissolution de l’Assemblée nationale en juin 2024, ce phénomène aurait pris une ampleur inédite. « Un exil financier », résume ainsi le fondateur du multi family office Scala Patrimoine, rappelant que la souscription d’assurances-vie luxembourgeoises — longtemps réservée aux grandes fortunes — séduit désormais une clientèle plus diversifiée. « Le Luxembourg est une sorte de pays couteau suisse, qui permet à un investisseur amené à s'établir ailleurs en Europe ou dans le monde de conserver les bénéfices du contrat, ce qui n'est pas le cas pour un produit français », observe-t-il, soulignant « la souplesse et la portabilité de ces contrats, avantages que ne garantit pas la réglementation française. »

Un ticket d’entrée à 250 000 €

Si le ticket d’entrée demeure fixé à 250 000 euros, ce seuil ouvre la porte à de nouveaux profils : entrepreneurs, professions libérales ou héritiers désireux de protéger leur patrimoine dans un environnement plus prévisible. Guillaume Lucchini précise toutefois que l’intérêt véritable de ces contrats se manifeste surtout à partir de 2,5 millions d’euros d’encours, seuil à partir duquel les opportunités d’investissement se déploient pleinement.

Mais que personne ne se méprenne, tout cela est parfaitement légal, puisqu'il ne s'agit pas d'exil fiscal. « La seule obligation est de déclarer ses comptes à l'étranger », conclut Guillaume Lucchini.

Au-delà des chiffres, cette tendance traduit surtout une défiance croissante envers la fiscalité nationale, perçue par certains comme potentiellement « confiscatoire ». En filigrane, c’est bien la recherche de sécurité, de liberté et de cohérence patrimoniale qui pousse ces investisseurs à franchir la frontière.


Guillaume Lucchini est l'invité de BFM Business pour parler de l'assurance-vie au Luxembourg

Guillaume Lucchini sur BFM Business : « L’assurance-vie luxembourgeoise séduit les Français en quête de stabilité »

Invité de l’émission Good Morning Business sur BFM Business, présentée par Laure Closier, Guillaume Lucchini, associé fondateur du multi family office Scala Patrimoine, est revenu sur l’essor spectaculaire de l’assurance-vie luxembourgeoise, dont les souscriptions ont bondi de 54 % depuis la dissolution de 2024.

Laure Closier. Pourquoi les Français montrent-ils un tel engouement pour l’assurance-vie luxembourgeoise depuis la dissolution de 2024 ?

Guillaume Lucchini. La principale raison tient à l’instabilité politique et fiscale qui règne en France. Depuis juin 2024, beaucoup de Français doutent de la direction que prendra la politique nationale dans les prochaines années. La dette publique, déjà à un niveau préoccupant, continue de croître, tandis que les pouvoirs publics peinent à endiguer le déficit budgétaire.

Certains propos tenus récemment par des responsables politiques ont également inquiété les épargnants, notamment l’idée, évoquée par quelques députés, de mobiliser l’épargne privée pour résoudre une équation financière jugée “intenable”. Cette perspective, bien que marginale, a marqué les esprits.

L’instabilité fiscale, elle, reste omniprésente : les débats houleux autour du budget 2026 en sont une illustration. De plus en plus de familles et d’entrepreneurs envisagent aujourd’hui de transférer une partie de leur patrimoine vers des juridictions plus stables, comme le Luxembourg ou la Suisse, reconnues pour leur sécurité politique et financière.

« Oui, il existe une forme d’exode financier »

Laure Closier. Peut-on parler d’un exode financier ?

Guillaume Lucchini. Oui, je le crois. Les flux de capitaux transférés à l’étranger sont significatifs. Les épargnants ont peur de mesures de rétorsion sur leur épargne, comme cela avait été envisagé lors du vote de la loi Sapin II.

La dette publique constitue une autre source majeure d’inquiétude, tout comme l’éventualité d’un changement de majorité politique susceptible de bouleverser le cadre fiscal.

Chez Scala Patrimoine, nous le constatons clairement : avec nos bureaux à Paris et Genève, nous voyons de plus en plus d’entrepreneurs s’interroger sur la protection de leur patrimoine.

Jusqu’à récemment, ce sujet demeurait tabou. Aujourd’hui, il s’exprime ouvertement, signe d’un “ras-le-bol fiscal” grandissant. Les discussions récentes sur une hausse des droits de succession ou un réaménagement du pacte Dutreil, pourtant essentiel à la préservation des entreprises familiales, nourrissent un sentiment d’injustice.

Beaucoup s’interrogent : la France veut-elle encore valoriser ses entrepreneurs ou cherche-t-elle à les faire payer pour combler les déséquilibres budgétaires ?

« L’assurance-vie luxembourgeoise reste soumise à la fiscalité française »

Laure Closier. Les détenteurs d’une assurance-vie luxembourgeoise bénéficient-ils d’un régime fiscal différent ?

Guillaume Lucchini. Non, bien sûr. Une assurance-vie luxembourgeoise reste soumise au droit fiscal français. Autrement dit, la fiscalité applicable est identique à celle d’un contrat détenu en France. La différence réside ailleurs : les capitaux sont déposés dans un État mieux noté sur le plan de la solvabilité, comme le Luxembourg, et bénéficient d’un environnement réglementaire plus protecteur. Cela permet aux épargnants de sécuriser leurs avoirs tout en conservant une transparence totale vis-à-vis de l’administration fiscale française.

Il ne s’agit donc pas d’une pratique “offshore”. Tout résident français peut ouvrir une assurance-vie au Luxembourg, à condition de la déclarer correctement. Ce type de placement ne concerne d’ailleurs pas uniquement les très grands patrimoines, contrairement à l’idée reçue. Même les investisseurs disposant d’un capital plus modeste y voient aujourd’hui une solution de stabilité et de diversification.


Les marchés financiers prouvent une nouvelle fois leur dépendance aux décisions des banques centrales. L'économie résiste, quant à elle, trés bien.

Le rendez-vous des marchés financiers - Novembre 2025

Marchés financiers & économie : les points clés

  • Malgré les doutes sur les valorisations des entreprises de l'IA, les marchés actions continuent de grimper.
  • Les États-Unis et la Chine sont parvenus à un accord de désescalade commerciale ;
  • Le FMI a relevé ses prévisions économiques et table désormais sur une croissance mondiale de 3,2 % en 2025, soit une révision à la hausse de 0,4 point ;
  • La FED a baissé une nouvelle fois ses taux directeurs de 0,25 points de base ;
  • L’agence de notation Standard & Poor’s a abaissé la note souveraine de la France de AA- à A+.

Les grandes actualités géopolitiques et les performances sur les marchés financiers

  • Les marchés financiers mondiaux poursuivent leur ascension

Sur le mois écoulé, du 5 octobre au 5 novembre, les marchés financiers mondiaux affichent une performance globalement positive.

Aux États-Unis, les principaux indices continuent de progresser : le Dow Jones gagne 1,06 %, le S&P 500 s’adjuge 0,74 %, et le Nasdaq enregistre une hausse notable de 2,18 %, malgré certaines inquiétudes sur une éventuelle bulle spéculative autour des valeurs liées à l’intelligence artificielle.

En Europe, cette dynamique se fait également ressentir. Le CAC 40 progresse de 1,28 %, tandis que le FTSE MIB, principal indice italien, enregistre un léger gain de 0,17 %. Le DAX 30, référence allemande, cède toutefois du terrain, perdant 1,6 % sur la période.

Du côté de l’Asie, la tendance reste positive : le Shanghai Composite avance de 0,9 %, et le Nifty 50, indice phare de la Bourse indienne, s’apprécie de 2 %

Performances des marchés financiers - Octobre 2025
Performances des marchés financiers - Octobre 2025
  • Saison des résultats : Wall Street surperforme les attentes

La première salve de publications trimestrielles vient de tomber, et les signaux sont au vert — surtout du côté américain. Cette saison des résultats s’annonce particulièrement robuste : 85 % des entreprises du S&P 500 ont publié des bénéfices supérieurs aux attentes, portées par la vigueur persistante du secteur technologique et le soutien massif de l’intelligence artificielle.

D’après les données de FactSet, le bénéfice par action moyen des sociétés de l’indice a progressé de 10,7 % entre le troisième trimestre 2024 et le troisième trimestre 2025. Un chiffre calculé sur la base des résultats déjà publiés par plus de 60 % des entreprises du S&P 500, dont la plupart des plus grandes capitalisations boursières.

  • Nvidia pulvérise un nouveau record de valorisation

Rien ne semble pouvoir arrêter Nvidia. Le géant californien des semi-conducteurs vient d’inscrire un nouveau record à son palmarès, avec une capitalisation boursière de 5 100 milliards de dollars — soit davantage que Tesla, Meta (Facebook) et Netflix réunis.

Depuis le début de l’année, le cours de l’action du concepteur de processeurs, cartes graphiques et logiciels d’intelligence artificielle s’est envolé de près de 60 %, porté par une demande toujours plus forte dans le secteur de l’IA générative et des infrastructures cloud.

Avec une telle valorisation, Nvidia dépasse désormais le PIB de la France ou de l’Allemagne, un symbole fort de la domination croissante de la technologie dans l’économie mondiale. L’entreprise représente à elle seule 8 % de l’indice S&P 500, une concentration inédite pour une seule société depuis plus de quarante ans, selon les données de S&P.

Microsoft et Apple, qui complètent le podium des plus grandes capitalisations mondiales, affichent chacune une valeur de marché avoisinant 4 000 milliards de dollars. Une performance qui souligne l’ascension irrésistible de Nvidia au cœur de la révolution de l’intelligence artificielle.

  • La note de la dette souveraine française encore sous pression

- S&P sévit

Nouvelle alerte sur la dette française. L’agence de notation Standard & Poor’s a abaissé la note souveraine de la France de AA- à A+, assortie d’une perspective stable. Une décision qu’elle justifie par la montée des tensions politiques et « une série de votes de confiance négatifs » rendant plus difficile la consolidation budgétaire engagée par le gouvernement.

Selon S&P, la France, dont la dette publique atteint désormais près de 118 % du PIB, ne parviendrait pas à mettre en œuvre les réformes nécessaires pour réduire durablement son déficit. L’agence anticipe même une hausse du ratio dette/PIB à 121 % d’ici 2028. Elle estime que l’instabilité politique pèsera sur l’investissement, la croissance et la capacité de l’État à tenir ses engagements budgétaires.

Cette dégradation fait de S&P la deuxième agence, après Fitch, à retirer à la France sa note « double A ».

Du côté des marchés, la réaction reste mesurée, mais les tensions s’accroissent. La société de gestion Altitude IS observe que « l’écart entre les taux à dix ans OAT et Bund, à 86 points de base, flirte désormais avec des niveaux inédits depuis la crise des dettes souveraines ». Et d’ajouter : « S’il n’y a pas lieu de s’alarmer outre mesure — la Banque centrale européenne disposant d’outils puissants et un secteur bancaire bien plus solide qu’en 2011-2012 —, cette situation renforce malgré tout l’incertitude des investisseurs. Comme souvent, les banques et les sociétés les plus exposées au marché domestique français en subissent les premiers les effets. »

- Moody’s patiente

L'agence de notation américaine, Moody’s, pour sa part, s’est montrée plus clémente. Elle a maintenu la note française à Aa3, équivalente à AA- chez S&P. L'agence n’en demeure pas moins prudente, pointant un « risque accru que la fragmentation du paysage politique français continue de nuire au fonctionnement des institutions législatives ».

Cette instabilité, souligne Moody’s, pourrait freiner la capacité du gouvernement à répondre efficacement aux défis budgétaires : déficit élevé, dette en progression et coût de l’emprunt en hausse. L’agence redoute également un ralentissement des réformes structurelles, notamment celle des retraites, suspendue jusqu’en 2028.

Malgré ces incertitudes, Moody’s rappelle les atouts fondamentaux de la France : une économie diversifiée, des ménages et entreprises aux bilans solides, un secteur bancaire robuste et des institutions publiques expérimentées. Autant d’éléments qui continuent, pour l’heure, de soutenir la crédibilité financière du pays.

Analyse du FMI : une économie mondiale plus résiliente qu’attendu

Contre toute attente, l’économie mondiale résiste mieux que prévu à la nouvelle guerre commerciale initiée par Donald Trump. Dans ses dernières Perspectives économiques mondiales, le Fonds monétaire international (FMI) a même relevé ses prévisions : il table désormais sur une croissance mondiale de 3,2 % en 2025 et 3,1 % en 2026, soit une révision à la hausse de 0,4 point par rapport à son estimation d’avril dernier.

Les hausses de tarifs douaniers américaines, finalement plafonnées entre 10 % et 20 % pour la plupart des partenaires commerciaux, se sont révélées moins déstabilisantes qu’escompté. Selon le FMI, ces droits de douane n’auraient « pas exercé un effet aussi négatif qu’anticipé » sur la dynamique économique mondiale.

La première puissance économique du globe, les États-Unis, devraient enregistrer une croissance de 2 % en 2025 et 2,1 % en 2026, tandis que la zone euro progresserait de 1,2 % puis 1,1 % sur la même période. De son côté, la Chine maintient un rythme solide, avec 4,8 % de croissance en 2025 et 4,2 % en 2026.

Cependant, l’institution de Washington appelle à la prudence. Elle souligne plusieurs facteurs de fragilité : la fin des importations de produits dits de « pré-alimentation », l’aggravation de l’endettement public mondial et la flambée spéculative autour de l’intelligence artificielle, que le FMI compare à la bulle Internet des années 1990. Autant de menaces susceptibles d’ébranler une stabilité économique encore fragile.

États-Unis : l’économie US défie les pronostics

La croissance américaine continue de déjouer les prévisions. La progression du PIB au deuxième trimestre 2025, dans sa lecture finale, a été revue à la hausse à +3,8 %, alors que le consensus tablait sur 3,3 %. Et la dynamique semble loin de s’essouffler : selon la Fed d’Atlanta, l’activité pourrait encore croître de 3,9 % au troisième trimestre.

D’après une étude de S&P Global, la probabilité d’une récession dans les douze prochains mois ne dépasserait plus 30 %, et ce malgré la hausse des droits de douane et l’enlisement du shutdown budgétaire.

  • Un « shutdown » qui interroge

Le blocage budgétaire au Congrès, centré sur le financement fédéral et la prolongation des subventions santé, paralyse une partie de l’administration américaine depuis le 1er octobre. On entre ainsi dans la sixième semaine du conflit.

Selon les économistes, l’impact sur la croissance reste modéré — 0,1 % du PIB par semaine de blocage —, les dépenses gelées ne représentant qu’une faible part du budget fédéral (6,4 % du PIB).

Mais la situation inquiète : survenant à l’approche des fêtes de fin d’année, ce shutdown pourrait fragiliser la consommation, moteur traditionnel de l’économie américaine.

« Les entreprises s’inquiètent : United Airlines prévient d’un impact sur les réservations, Delta évoque des risques opérationnels et la National Retail Federation appelle à une réouverture rapide pour éviter un coup dur à la saison des fêtes », souligne Pierre-Alexis Dumont, directeur des investissements chez Sycomore AM.

Autre difficulté : l’économie avance désormais à vue, les publications de statistiques officielles étant suspendues durant la fermeture fédérale.

  • Le temps des incertitudes

Les barrières commerciales imposées par Donald Trump ne semblent pas encore peser lourdement sur l’activité, mais les risques s’accumulent : dépendance américaine aux terres rares venues de Chine, tensions commerciales persistantes avec le Canada, et volatilité accrue des échanges.

En octobre, l’indice PMI manufacturier s’est légèrement redressé, passant de 52,2 à 52,5 points, au-dessus des attentes. « Les performances de l’économie manufacturière américaine se sont encore améliorées, soutenues par la production et les nouvelles commandes. Cependant, la croissance reste tirée par la demande intérieure, les exportations ayant reculé sous l’effet des droits de douane », note S&P Global.

En parallèle, l'indice des directeurs d'achat pour le secteur non-manufacturier de l'Institute for Supply Management a, lui, dépassé les attentes. Il est ressorti à 52,4 contre 50,7 en septembre et un consensus de 50, signalant ainsi une nette accélération de la croissance.

Si la hausse des prix sur certains biens importés est perceptible, elle demeure contenue. L’inflation sous-jacente a même ralenti à 3 %, un niveau inférieur aux anticipations et désormais engagé sur une trajectoire plus favorable, bien que toujours au-dessus de la cible de la Réserve fédérale.

  • Un marché de l’emploi en perte de vitesse

Côté emploi, le ralentissement se confirme. En août, seules 22 000 créations nettes ont été enregistrées — un plancher depuis 2021. Mais selon le dernier rapport ADP, le secteur privé américain a créé 42 000 emplois le mois dernier, après en avoir détruit 32 000 en septembre.

Selon le Bureau of Labor Statistics, le nombre de postes disponibles est tombé à 9,5 millions en juin, soit 1,6 emploi par demandeur, en baisse pour le deuxième mois consécutif.

Le taux de chômage, estimé par la Fed de Chicago à partir de données privées (les chiffres officiels n’étant plus publiés depuis le début du shutdown), reste stable à 4,3 %.

Si les entreprises licencient peu, le taux d’embauche demeure à l’un des niveaux les plus faibles des vingt-cinq dernières années.

Cette prudence se reflète dans la confiance des ménages. Selon le Conference Board, l’indice de confiance des consommateurs américains a reculé à 94,6 en octobre, après 95,6 en septembre — un repli modéré mais révélateur du climat d’incertitude.

  • Nouvelle baisse des taux de la Fed

La Réserve fédérale américaine (Fed) a annoncé une nouvelle baisse de ses taux directeurs d’un quart de point, la deuxième en un peu plus d’un mois. Cette décision ramène la fourchette des taux entre 3,75 % et 4 %, marquant un tournant notable dans la stratégie monétaire de la banque centrale.

La Fed justifie cet assouplissement par la dégradation progressive du marché de l’emploi. Les créations de postes ralentissent, fragilisées par les politiques commerciales et migratoires plus restrictives, qui pèsent à la fois sur la disponibilité de la main-d’œuvre et sur la consommation intérieure.

Pourtant, la pression inflationniste ne faiblit pas. En septembre, les prix à la consommation ont progressé de 3 % sur un an, contre 2,9 % le mois précédent, selon l’indice CPI publié par le département du Travail. Sur un mois, la hausse s’est toutefois légèrement modérée (+0,3 %, après +0,4 % en août), malgré le renchérissement des prix de l’énergie.

Face à ces signaux contrastés, la Fed cherche à prévenir un ralentissement trop marqué de l’économie tout en maintenant la stabilité financière. Lors de la conférence de presse suivant la réunion du comité de politique monétaire, Jerome Powell a souligné les divisions persistantes au sein du conseil : « Une réduction supplémentaire des taux lors de la réunion de décembre n’est pas acquise, loin de là. »

Dans le même mouvement, le président de la Fed a annoncé la fin du resserrement quantitatif à compter du 1er décembre. La banque centrale reprendra ses achats d’actifs financiers, injectant ainsi de nouvelles liquidités dans le système. Cette mesure vise à soutenir le marché obligataire et à atténuer l’impact du ralentissement temporaire lié au shutdown fédéral.

  • Rencontre Chine–États-Unis : une trêve fragile mais stratégique

Après des mois de tensions commerciales et diplomatiques, Donald Trump et Xi Jinping ont décidé de mettre en pause l’escalade qui opposait Washington et Pékin. Les deux dirigeants se sont retrouvés en Corée du Sud pour un entretien de 90 minutes, au terme duquel ils ont conclu un accord de désescalade commerciale, marquant une tentative de stabilisation des relations économiques entre les deux premières puissances mondiales.

Ce compromis vise à prévenir toute nouvelle vague de tarifs punitifs et à rouvrir les canaux de communication rompus depuis plusieurs mois. Les États-Unis menaçaient d’imposer 100 % de droits de douane sur les importations chinoises à compter du 1er novembre, tandis que Pékin préparait des mesures de rétorsion ciblant notamment les exportations de terres rares, essentielles à l’industrie technologique américaine.

- Les principaux points de l’accord

Le texte dévoilé à l’issue de la rencontre prévoit :

- la réduction temporaire des droits de douane les plus élevés ;

- la suspension, par la Chine, de certaines restrictions sur les exportations stratégiques ;

- la création d’un canal permanent de concertation économique destiné à prévenir de nouvelles escalades.

- Les deux gouvernements insistent : il ne s’agit ni d’un accord global, ni d’un traité commercial, mais d’un cadre provisoire de coopération. Son objectif premier est de restaurer la confiance et d’éviter un choc récessif mondial à un moment où la croissance ralentit des deux côtés du Pacifique.

Preuve de la bonne volonté des différentes parties prenantes, la Chine a annoncé prolonger d'un an la suspension d'une partie des droits de douanes imposés aux produits américains, pour les maintenir à 10 %. Elle le fait peu après la signature par le président américain d'un décret abaissant de 20 à 10% une surtaxe douanière infligée à de nombreux produits chinois.

- Une trêve tactique plus qu’une paix durable

Si cette détente a été saluée par les marchés, les économistes demeurent prudents. Les questions de fond — subventions industrielles, transferts de technologies, propriété intellectuelle — n’ont pas été abordées.

L’accord ressemble donc davantage à une trêve tactique, dictée par l’urgence économique et politique, qu’à une véritable normalisation des relations commerciales.

Pour Washington, cette pause constitue avant tout un sursis stratégique : elle offre du temps pour réorganiser les chaînes d’approvisionnement et réduire la dépendance américaine vis-à-vis de la Chine, sans aggraver la pression inflationniste intérieure.

Zone euro : un léger rebond économique mais des incertitudes subsistent

L’économie de la zone euro montre des signes de redressement. Selon Eurostat, le produit intérieur brut (PIB) de la zone euro a progressé de 0,2 % au troisième trimestre 2025 par rapport au trimestre précédent, dépassant légèrement les prévisions (+0,1 %). Ce rebond reflète un regain de confiance des acteurs économiques et la bonne tenue des économies italienne et espagnole.

Pour autant, cette croissance reste « loin d’être impressionnante », tempère Jack Allen-Reynolds, analyste chez Capital Economics.

  • Des indicateurs économiques encourageants

La fin de l’année s’annonce positive sur le plan économique. Les indices de confiance européens ont progressé plus fortement qu’attendu en octobre : l’indice économique global passe de 95,6 à 96,8, l’indice industriel de -10,1 à -8,2, et celui des services de 3,7 à 4.

Cette confiance se traduit par une consommation plus soutenue des ménages. Au deuxième trimestre 2025, la consommation réelle par habitant a augmenté de 0,3 %, après un recul de 0,1 % au trimestre précédent. Dans le même temps, le revenu réel par habitant a progressé de 0,5 %, contre +0,1 % au premier trimestre.

Le marché de l’emploi demeure stable : le taux de chômage s’est maintenu à 6,3 % en septembre.

Autre signe positif, l’indice composite des directeurs d’achat (PMI) de S&P Global a grimpé de 51,2 en septembre à 52,5 en octobre, marquant le dixième mois consécutif de croissance et atteignant son niveau le plus élevé depuis 29 mois.

L’enquête souligne que « l’activité économique de la zone euro a progressé en octobre à son rythme le plus rapide depuis mai 2023, s’éloignant de la cadence modérée observée en début d’année, grâce à l’accélération de l’activité dans le secteur des services et à des conditions de demande favorables ».

Pour Cyrus de la Rubia, chef économiste à la Hamburg Commercial Bank : « Enfin, il y a de nouveau quelque chose de positif à signaler pour l’économie de la zone euro. Le secteur des services a connu une solide progression en octobre. En ce qui concerne les nouvelles affaires, il faut remonter à mai 2024 pour observer une augmentation aussi forte. »

  • Des incertitudes persistent

Cette dynamique pourrait toutefois être fragilisée par les hausses de droits de douane américains. Pour l’instant, il est difficile d’en mesurer l’impact. On note néanmoins que la zone euro a enregistré un excédent de 1,0 milliard d’euros dans ses échanges de biens avec le reste du monde en août 2025, contre 3,0 milliards un an plus tôt.

  • BCE : la lutte contre l’inflation touche à sa fin

La Banque centrale européenne (BCE) semble approcher de son objectif : l’inflation revient au niveau jugé compatible avec sa politique monétaire. En octobre, le taux d’inflation annuel de la zone euro est estimé à 2,1 %, contre 2,2 % en septembre, se rapprochant ainsi de la cible de 2 % à moyen terme.

Comme anticipé par les marchés, la BCE a choisi de laisser ses taux d’intérêt inchangés, confirmant une pause prolongée dans sa politique monétaire. Le taux de rémunération des dépôts reste à 2 %, le taux de refinancement à 2,15 % et la facilité de prêt marginal à 2,40 %.

Dans son communiqué, l’institution de Francfort souligne que l’inflation est désormais stabilisée autour de sa cible et que les perspectives économiques restent globalement solides, malgré un environnement international tendu et des tensions commerciales persistantes avec les États-Unis.

Christophe Boucher, directeur des investissements chez ABN Amro Investment Solutions commente : « Les pressions inflationnistes restent orientées à la baisse, mais il faudrait un écart significatif par rapport à l’objectif pour que la BCE reprenne ses réductions. Sa position actuelle offre néanmoins une visibilité appréciable aux acteurs économiques, tout en laissant la porte ouverte à une politique plus accommodante si la reprise devait faiblir. »

Chine : le piège déflationniste

L’objectif de 5 % de croissance annuelle fixé par Pékin semble désormais s’éloigner. La deuxième économie mondiale a enregistré un PIB en hausse de seulement 4,8 % au troisième trimestre 2025, marquant le rythme le plus faible depuis la fin 2024. Après des croissances de 5,4 % au premier trimestre et 5,2 % au deuxième, les chiffres récents soulignent un ralentissement notable.

Les tensions commerciales, la méfiance des ménages et la crise immobilière pèsent lourdement sur la dynamique économique chinoise.

  • La consommation, symbole des difficultés

La confiance des ménages reste fragile, entraînant une réduction des dépenses et des investissements. Cette prudence se traduit par une baisse des prix à la consommation pour le huitième mois consécutif en septembre. L’indice CPI s’affiche à -0,3 % sur un an, selon le Bureau national des statistiques (BNS), une baisse plus modérée qu’en août (-0,4 %), mais supérieure aux attentes des économistes (-0,2 %). Une spirale déflationniste qui tombe bien mal pour la Chine.

Car le secteur immobilier, pilier de l’économie et principal réceptacle de l’épargne des ménages, ne montre aucun signe de reprise. En septembre, le prix de l’immobilier neuf a reculé de 0,4 % sur un mois et de 2,2 % sur un an. Or, sans un marché immobilier solide, il est difficile d’espérer un regain d’activité économique et de confiance des ménages.

  • Une activité économique qui déçoit

L’activité reste poussive. Le PMI manufacturier officiel a reculé en octobre de 49,8 à 49, tandis que le PMI manufacturier de S&P Global est tombé à 50,6 contre 51,2 en septembre. Le PMI des services reste stable à 50,1, confirmant un ralentissement généralisé.

Malgré ce contexte, la Chine affiche une amélioration notable de son commerce extérieur. En septembre 2025, les exportations ont progressé de 8,3 % sur un an, tandis que les importations ont augmenté de 7,4 %, dépassant largement les prévisions des économistes de Bloomberg (+6,6 % pour les exportations, +1,9 % pour les importations).

Les convictions de Scala Patrimoine sur les marchés financiers

  • Un mois d’octobre porteur pour les marchés actions

Le mois d’octobre s’est révélé particulièrement favorable pour les marchés actions. Les places boursières des pays développés ont progressé en moyenne de 2,5 %, soutenues une fois encore par la vigueur du secteur technologique, à l’image du Nasdaq, en hausse de 4,8 % (en USD). Dans le même temps, le dollar s’est raffermi de 1,8 %, confirmant son rôle de valeur refuge.

Les marchés émergents ont également poursuivi leur ascension, enregistrant une performance de +6 % en euros, malgré la correction observée en Chine — conséquence de données macroéconomiques décevantes, d’un ralentissement de l’activité manufacturière et de doutes persistants sur la trajectoire des investissements.

Le rebond des actions indiennes, soutenu par d’excellents résultats au troisième trimestre, ainsi que la forte progression des bourses sud-coréennes et taïwanaises, ont contribué à cette dynamique.

Le Japon s’est distingué comme le marché le plus performant (en devise locale), porté par l’arrivée au pouvoir de Sanae Takaichi, partisane de politiques budgétaires et monétaires expansionnistes.

- Des facteurs de soutien solides aux actifs risqués

Plusieurs éléments expliquent la bonne orientation des marchés financiers :

- Un accord temporaire entre Washington et Pékin, prévoyant une réduction de 10 % des tarifs américains et la suspension des mesures non tarifaires chinoises à l’encontre des États-Unis (notamment la levée des restrictions sur les terres rares et la reprise des importations de soja).

- Une inflation maîtrisée aux États-Unis, qui a conforté la Réserve fédérale dans sa décision d’abaisser une nouvelle fois ses taux, désormais compris entre 3,75 % et 4,00 %.

- Une excellente saison de résultats d’entreprises : les bénéfices du S&P 500 affichent une croissance annuelle de 10,7 %, dépassant largement les attentes de 7,9 %. Les perspectives pour 2025 et 2026 ont, elles aussi, été relevées à +11,2 % et +14,0 % respectivement.

Cependant, quelques nuages s’amoncellent à l’horizon :

- Le shutdown américain, désormais le plus long de l’histoire (35 jours), engendre un manque de visibilité sur la conjoncture, faute de publications macroéconomiques officielles.

- Un regain d’inquiétudes chez certains grands acteurs de Wall Street concernant les valorisations des méga-cap technologiques, malgré leurs excellents résultats — à l’image de Palantir.

- Une position neutre mais constructive sur les marchés actions

En cette fin d’année, nous maintenons une approche constructive sur les marchés actions — une période historiquement favorable, portée par la détente géopolitique et la solidité des résultats d’entreprises.

Nous restons toutefois neutres sur les marchés développés, en raison de plusieurs incertitudes persistantes :

le manque de visibilité sur l’inflation, le marché du travail et la consommation américaine, malgré des indicateurs de croissance robustes, ainsi que les fragilités budgétaires en Europe et la lente reprise de l’activité allemande, malgré les dizaines de milliards d’euros de dépenses annoncées en début d’année.

Des éléments de soutien demeurent néanmoins. Aux États-Unis, la consommation résiste malgré un marché de l’emploi moins dynamique, tandis que les publications de résultats continuent de surprendre positivement. Et en Europe, la BCE a ajusté sa politique monétaire avec justesse, créant un environnement plus favorable à la reprise.

Nous conservons par ailleurs un biais positif envers les marchés émergents, portés par le repli du dollar et la vigueur des valeurs asiatiques. La région reste toutefois hétérogène : la correction chinoise et le rebond indien du mois dernier rappellent la nécessité d’une allocation équilibrée et sélective. Des pays comme la Corée du Sud, Taïwan ou le Vietnam offrent de réelles opportunités, stimulées par la montée en puissance de l’intelligence artificielle et le développement des échanges intra-asiatiques.

- Une allocation diversifiée et sélective

La diversification sectorielle demeure essentielle dans la construction de portefeuille.

Aux États-Unis, le secteur technologique reste le principal moteur des performances boursières : depuis l’essor de l’intelligence artificielle générative, il concentre près de 80 % des gains du marché. À moyen terme, ce segment demeure incontournable, les entreprises liées à l’IA continuant de tirer la croissance mondiale.

Néanmoins, la forte concentration des marchés et des valorisations élevées appellent à la prudence : toute déception, qu’elle soit d’ordre monétaire ou microéconomique, pourrait engendrer des ajustements significatifs.

Dans ce contexte, nous préconisons un rééquilibrage des portefeuilles, en intégrant des marchés et secteurs à fort potentiel tels que la santé, l’industrie, la défense ou encore les valeurs financières européennes, qui profitent toujours de la pentification de la courbe des taux.

  • Les marchés obligataires : entre détente mesurée et vigilance accrue

- Une accalmie bienvenue sur les marchés européens

Le mois d’octobre a offert un répit au marché obligataire européen. La légère détente observée sur les taux allemands, tant sur les maturités courtes que longues, a soutenu la performance des dettes souveraines de la zone euro. Ce mouvement a été accompagné d’un resserrement des spreads sur les dettes périphériques, notamment en Espagne et en Italie.

Les anticipations d’inflation, désormais mieux ancrées en Europe, ont également contribué à cette baisse des taux longs. Le phénomène a été particulièrement marqué au Royaume-Uni, où les Gilts ont enregistré leur plus forte détente depuis la fin de 2023.

Au Japon, les taux souverains ont suivi une trajectoire similaire, profitant de l’apaisement des craintes entourant le programme budgétaire de la nouvelle Première ministre.

- La dette émergente en pleine lumière

La dette émergente poursuit sa dynamique positive. Elle bénéficie à la fois de la faiblesse du dollar, de rendements réels attractifs et d’une inflation globalement maîtrisée. Ces facteurs lui confèrent un avantage compétitif face aux obligations des marchés développés.

Toutefois, certaines pressions haussières sur les taux souverains devraient persister.

Aux États-Unis, la Réserve fédérale s’est montrée plus prudente en fin de mois quant à une éventuelle troisième baisse de taux en décembre, après avoir déjà abaissé son taux directeur pour la seconde fois en octobre. Cette position plus réservée a provoqué une remontée des taux en fin de période.

En Europe, les tensions politiques en France, la réforme du système de retraites néerlandais et les dépenses publiques accrues en Allemagne devraient également maintenir une certaine tension sur les rendements.

- Des signaux contrastés sur le marché du crédit

Sur le marché du crédit privé américain, les faillites de First Brands et Tricolor, ainsi que les pertes essuyées par plusieurs banques régionales exposées à ces dossiers, ont ravivé la volatilité et les craintes d’un effet de contagion.

Néanmoins, les bilans d’entreprises solides, le taux de défaut en repli et la résilience des établissements systémiques rassurent sur la stabilité du marché.

Selon une étude récente de la BIS (Banque des règlements internationaux), les ratios de service de la dette des entreprises en Europe et aux États-Unis demeurent largement inférieurs à ceux observés lors de la crise financière de 2008.

Les perspectives restent donc positives pour le crédit, notamment en Europe, où les fondamentaux des sociétés cotées demeurent robustes. Le marché primaire a d’ailleurs retrouvé de la vigueur, dissipant les doutes sur la capacité des entreprises à se refinancer.

- Investment Grade : un segment toujours porteur

Nous restons globalement positifs sur le marché obligataire, avec une préférence affirmée pour le crédit Investment Grade européen.

Les rendements demeurent attractifs et la demande reste soutenue, portée par des investisseurs à la recherche de portage stable dans un environnement de taux en transition.

Sur le segment des taux, une approche prudente s’impose. Les besoins de financement massifs des États européens et américains devraient continuer à exercer une pression haussière sur les taux longs.

Dans ce contexte, nous recommandons une duration courte, afin de limiter l’exposition au risque de correction sur la partie longue de la courbe.

À l’inverse, les taux longs français et américains ne reflètent pas encore pleinement les préoccupations budgétaires ni le risque d’un rebond des anticipations d’inflation, susceptibles de peser sur les valorisations.

Pour un investisseur en euro, l’exposition aux obligations américaines en dollar apparaît peu attrayante : la trajectoire de la Fed, engagée dans un cycle de baisse des taux, pèse sur le billet vert, tandis que le coût de couverture de change neutralise le différentiel de rendement offert par le marché américain.

- Des opportunités sélectives sur le marché du crédit européen

Notre biais positif se concentre sur le crédit Investment Grade européen, combinaison équilibrée de rendement attractif, stabilité des émetteurs et faible taux de défaut (inférieur à 1 %).

Nous privilégions les stratégies de portage (buy and hold), qui continuent d’offrir un rapport rendement/risque particulièrement compétitif.

Les spreads de crédit, bien que proches de leurs plus bas historiques, demeurent compatibles avec une baisse progressive des taux courts et moyens termes, ce qui renforce notre vision constructive.

Le niveau actuel constitue, selon nous, une opportunité d’entrée intéressante pour les investisseurs obligataires.

- L’effet stabilisateur de la désinflation

La désinflation en Europe soutient le marché obligataire en maintenant des rendements réels positifs, même dans un contexte de compression des spreads.

Nous continuons d’apprécier les obligations financières subordonnées, qui permettent d’améliorer le rendement moyen d’un portefeuille sans altérer significativement sa qualité de crédit.

Malgré un resserrement des écarts de spreads avec les obligations corporate classiques, ce segment bénéficie de fondamentaux solides et d’un cadre réglementaire renforcé, plus strict qu’outre-Atlantique, ce qui conforte sa résilience.

Sur le High Yield, nous restons extrêmement sélectifs : seule une exposition limitée aux meilleures signatures et maturités courtes nous semble justifiée, à condition que le rendement additionnel compense clairement le risque accru.

- Une certaine prudence sur les taux étatiques

Nous restons vigilants sur le segment des taux souverains. Les besoins de financement élevés, tant en Europe qu’aux États-Unis, pourraient continuer de tirer les rendements longs vers le haut. Nous privilégions donc les obligations souveraines européennes de court terme, qui constituent une alternative pertinente aux instruments monétaires, compte tenu d’une meilleure visibilité sur la politique de la BCE. Le risque de duration reste bien réel. Les taux longs français et américains ne reflètent pas encore la situation budgétaire respective de ces deux économies.

Par ailleurs, le risque de remontée des anticipations d’inflation demeure un facteur de tension pour la partie longue de la courbe.

Enfin, pour les investisseurs en zone euro, l’exposition au marché obligataire américain ne semble pas opportune : les facteurs macroéconomiques (cycle de baisse de taux de la Fed) et les coûts de couverture élevés réduisent significativement l’intérêt de ce positionnement.

  • Stratégies Alternatives : une préférence affirmée pour les approches Long/Short actions

Nous maintenons une allocation globalement prudente à l’égard des investissements alternatifs dans leur ensemble. Cependant, au sein de cet univers hétérogène, une préférence claire se dégage pour les stratégies actions Long/Short, qui nous paraissent particulièrement pertinentes dans le contexte de marché actuel.

Dans un environnement marqué par une forte dispersion des performances sectorielles et géographiques, ces stratégies offrent une approche équilibrée : elles exploitent à la fois les opportunités de sous-évaluation (positions longues) et les excès de valorisation (positions courtes) sur les titres cotés.

Leur atout majeur réside dans leur capacité à réduire l’exposition directionnelle aux marchés actions, tout en préservant un potentiel de performance même lors des phases de correction ou d’incertitude accrue.

Grâce à leur flexibilité, les gérants Long/Short peuvent ajuster rapidement leurs expositions en fonction des conditions de marché, cherchant à générer de la valeur quelles que soient les configurations économiques.

Ces stratégies constituent ainsi un instrument efficace de diversification, offrant une décorrélation bienvenue face aux indices boursiers traditionnels et contribuant à stabiliser la performance globale d’un portefeuille dans un environnement de volatilité persistante.

  • L’or : une demande toujours soutenue

Le bond de l’or en septembre, avec l’once flirtant avec les 3 900 dollars, confirme la résilience persistante du métal jaune. Malgré des performances déjà exceptionnelles cette année, nous restons positifs sur l’or, soutenus par plusieurs facteurs structurels.

La baisse des taux réels, conséquence de l’assouplissement des taux directeurs, ainsi que l’affaiblissement du dollar américain, continuent de renforcer l’attrait du métal précieux. À cela s’ajoute l’escalade des tensions géopolitiques, qui alimente la recherche de valeur refuge, et une perte de confiance croissante parmi certains acteurs économiques.

Notons également que la demande institutionnelle et privée, portée par les banques centrales et les ménages, demeure solide, particulièrement dans les économies asiatiques et émergentes, confirmant le rôle stratégique de l’or comme actif de préservation de richesse et de diversification.

  • Produits structurés : un placement sur mesure

Nous conservons une conviction forte en faveur des produits structurés. Bien plus qu’un simple instrument d’exposition, ils offrent une solution sophistiquée de personnalisation, permettant d’ajuster avec précision l’accès aux marchés ainsi que le couple rendement-risque selon les objectifs de l’investisseur.

Ces instruments se révèlent particulièrement pertinents pour ceux qui souhaitent tirer parti de marchés ou de secteurs à fort potentiel de croissance à moyen terme, tout en intégrant des mécanismes de protection face aux risques de correction. Cette approche est d’autant plus stratégique dans des périodes où les valorisations des marchés sont élevées.

La diversification reste un principe central, tant sur le plan des sous-jacents que des structures utilisées. Grâce à leur flexibilité, les produits structurés permettent d’optimiser la performance d’un portefeuille dans l’environnement actuel, tout en s’adaptant aux besoins spécifiques de distribution. Ils constituent ainsi un pilier pertinent dans toute stratégie de rente personnalisée, combinant rendement, protection et adaptabilité.

  • Private Equity : opportunités dans les actifs non cotés

L’intérêt des investisseurs institutionnels pour les marchés non cotés continue de croître, malgré un contexte économique marqué par l’incertitude. Cette dynamique, renforcée par la baisse progressive des taux d’intérêt prévue en 2025, oriente également les flux vers des fonds plus accessibles au grand public.

Bien que le marché manifeste des signes d’attentisme, notamment en raison des incertitudes politiques et économiques, nous restons confiants dans le potentiel du private equity.

Certaines stratégies se distinguent particulièrement :

- Les stratégies secondaires, offrant des opportunités de valorisation attractives et une stabilité relative.

- Les fonds de co-investissement, qui combinent optimisation des rendements et maîtrise des coûts.

- Les stratégies de dette privée, telles que la dette mezzanine ou le growth buyout, qui soutiennent le développement des entreprises en phase de croissance.

- Le capital-risque, notamment dans les secteurs technologiques et liés à la transition énergétique, qui suscite un regain d’intérêt et propose des perspectives captivantes pour les startups innovantes.

- Allocation conseillée

Pour exploiter pleinement le potentiel des investissements non cotés tout en maîtrisant les risques, nous préconisons une approche diversifiée et long terme, articulée autour de :

- Marchés secondaires : stabilité et rendements robustes.

- Capital-risque : exposition ciblée à des opportunités à haut rendement dans les secteurs innovants.

- LBO (Leveraged Buyout) : bénéficier de l’effet de levier pour optimiser les performances.

- Growth equity : tirer parti de la croissance d’entreprises matures et prometteuses.

- Dette mezzanine : diversification et rendement attractif.

Cette allocation vise à conjuguer performance et gestion proactive des risques, tout en restant réactive aux évolutions du marché. Elle privilégie également les secteurs stratégiques, tels que la santé et la transition énergétique, offrant un potentiel de croissance durable et structuré.

Nos équipes sont à votre disposition pour échanger sur vos projets d’investissement et évaluer, avec vous, leur intérêt, au regard de l’environnement économique et financier, de la structuration de votre patrimoine et de vos objectifs de vie.


Projet de Loi de Finances pour 2026 : les amendements adoptés par les députés

Loi de finances pour 2026 : tour d’horizon des principaux amendements adoptés

Article mis à jour des amendements adoptés au 3 novembre 2025

Le chemin législatif s’annonce long et semé d’embûches. Les travaux de la commission des finances, visant à modifier le projet initial de loi de finances, ont été rejetés. La version originale du projet est donc celle actuellement débattue à l’Assemblée nationale.

Pour autant, de nombreuses propositions de la commission pourraient revenir sous la forme d’amendements. Près de 2 500 amendements ont été déposés et seront examinés par les parlementaires dans les semaines à venir.

Voici un état des lieux des principaux amendements adoptés à ce stade. Il convient de rappeler que le vote final de la loi de finances n’interviendra qu’à la fin décembre. Cela laisse donc la porte ouverte à de nombreuses évolutions.

La fiscalité patrimoniale

  • Les mesures concernant l’Impôt sur le revenu

Les parlementaires ont rejeté le gel du barème de l’impôt sur le revenu. Une mesure qui aurait pourtant rapporté environ 2 milliards d’euros à l’État. Les tranches du barème seront donc revalorisées de 1,1 %.

Le plafond des dépenses éligibles au crédit d’impôt pour les services à la personne est également abaissé, passant de 12 000 à 10 000 euros par an (et de 15 000 à 13 000 euros pour la première année d’utilisation). Les majorations par enfant à charge ou membre du foyer de plus de 65 ans restent inchangées. Cependant, le plafond global avec ces majorations sera désormais limité à 13 000 euros (16 000 euros la première année).

Par ailleurs, la réduction d’impôt sur les dépenses d’accueil en établissement spécialisé, notamment en Ehpad, sera convertie en crédit d’impôt. Cette possibilité se concrétisera toutefois dans la limite de 10 000 euros par personne. Enfin, un amendement rétablit la défiscalisation totale des heures supplémentaires et complémentaires.

Enfin, les députés ont adopté l’amendement qui supprime la mesure visant à revenir sur la réduction d’impôt relative aux indemnités journalières perçues par les patients souffrant d’affections de longue durée.

  • La hausse de la Contribution sociale généralisée (CSG)

La hausse de la CSG semble désormais actée. Jusqu’ici fixée à 9,2 % pour les revenus du capital, la CSG augmentera de 1,4 point, portant le total des prélèvements sociaux sur ces revenus à 18,6 %.

  • Un abattement sur les successions revu à la hausse pour les enfants du conjoint ou du partenaires de Pacs

Un amendement du budget 2026 propose un abattement spécifique au moment de la succession pour les enfants de conjoints ou partenaires de PACS n’ayant aucun lien de parenté avec le défunt. Il sera de 15 932 euros, au lieu de 1 594 euros actuellement

La fiscalité de l’épargne

Deux amendements concernent les placements préférés des Français. Pour le Plan d’épargne retraite (PER), la période pour utiliser le plafond de déduction fiscale des versements volontaires pourrait être prolongée de trois à cinq ans. Pour l’assurance-vie, il sera possible de transmettre par anticipation aux bénéficiaires les primes versées avant le 1er octobre 2025, dans la limite de 152 000 euros.

La fiscalité des grandes fortunes

  • La Contribution différentielle sur les hauts revenus (CDHR) retouchée

Les députés ont décidé de prolonger la CDHR jusqu’à ce que le déficit public repasse sous les 3 % du PIB. L’assujettissement se fera sur le même seuil que celui de la CEHR (revenu net imposable). Certaines réductions et crédits d’impôt ne seront pas pris en compte. Par ailleurs, le mécanisme de décote sera ajusté pour les contribuables ayant un revenu fiscal inférieur à 330 000 € (célibataires) ou 660 000 € (couples).

  • Le retour de l’Exit tax

Une « exit tax 2.0 » sera mise en place pour les Français quittant le pays. Parmi les amendements adoptés, il est prévu que les plus-values latentes seront imposées au départ et remboursées si elles sont conservées pendant plus de quinze ans.

  • L’Impôt sur la fortune immobilière (IFI) recentré

L’IFI se transforme en impôt sur la fortune improductive. L’assiette s’élargit aux biens immobiliers, bijoux, œuvres d’art, cryptomonnaies, véhicules de collection, yachts ou certains contrats d’assurance-vie investis dans des supports non productifs. Le seuil d’imposition est fixé à 2 millions d’euros. Un abattement d’1M€ pour un bien au choix et une réduction de 30 % pour la résidence principale pourrait s'appliquer. Le barème progressif laisse place à un taux unique de 1 % sur la part du patrimoine taxable dépassant le seuil.

  • La Taxe sur les holdings patrimoniales vidée de sa substance ?

Cette taxe ciblera uniquement les actifs détenus à des fins purement fiscales, excluant la trésorerie nécessaire à la stratégie des PME et ETI familiales. Les biens somptuaires concernés incluent désormais les aéronefs non commerciaux, vins et alcools, et chevaux de course. Le seuil de détention pour être redevable passe à 50 % (contre 33,33 % initialement).

  • La réforme du Pacte Dutreil 

Les députés ont adopté une série d’amendements qui proposent d’écarter les biens non professionnels des exonérations accordées par le pacte Dutreil sur la transmission des entreprises. Les députés ont aussi allongé la durée de détention minimale des actions par ceux à qui une entreprise est ainsi transmise. De six ans, celle-ci est portée à huit ans. Dernier changement, au moins l’un de ceux à qui l’entreprise est transmise devra être âgé de 18 à 60 ans.

La fiscalité immobilière

  • Un nouveau soutien à l’investissement immobilier

Le soutien aux investisseurs immobiliers se traduira par un nouveau dispositif d’incitation, plutôt qu’un statut spécifique de bailleur privé. À partir du 1er janvier 2026 et jusqu’au 31 décembre 2028, les particuliers acquérant un bien neuf ou en VEFA pour le louer en nu à une personne extérieure à leur foyer fiscal pourront amortir 2 % du prix d’acquisition (dans la limite de 5 000 euros par an et par foyer fiscal). Les biens doivent être loués sous deux ans, pour au moins neuf ans, avec possibilité de prolongation de l’amortissement.

Un mécanisme de soutien à la rénovation énergétique des logements anciens est également prévu. Le doublement du déficit foncier sur le revenu global sera prorogé jusqu’à fin 2027. Le plafond sera porté à 21 400 euros, reportable sur huit ans au lieu de six.

  • Une exonération des dons familiaux aux primo accédants

Un abattement temporaire au titre des dons de sommes d’argent consentis dans un cadre familial a été voté. Cela concerne ainsi les arrière-grands-parents et arrière-petits-enfants, grands-parents et petits-enfants et parents et enfants. Ces donations peuvent aller jusqu’à 100 000 € par donateur, affectés à l’acquisition ou à la construction de la résidence principale. Les montants sont cependant limités à 300 000 € par enfant donataire.

  • Un allégement de la fiscalité sur les plus-values

Enfin, la durée de détention nécessaire pour bénéficier de l’exonération d’impôt sur la plus-value de cession d’une résidence secondaire passera de 22 à 17 ans.